Le Mas Théotime de Henri Bosco

LE MAS THEOTIMEQuelquefois, tapi sous la haie d’aubépine, je l’épiais, surtout le matin, à l’heure où les enfants sont le plus légers. J’étais ému de la voir courir çà et là, sans but apparent. Jamais elle ne regardait de mon côté. Quelquefois, essoufflée par l’ardeur de sa course, elle s’arrêtait, haletante, à deux pas de ma cachette. Et alors je la voyais bien, car je pouvais la regarder à loisir. Elle avait de grandes jambes nues, griffées par les ronces, deux yeux verts très foncés, et quelques taches de rousseur sur les bras, au cou. Je la trouvais laide et effrontée.

Ma lecture

Incipit : En Août, dans nos pays, un peu avant le soir, une puissante chaleur embrase les champs. Il n’y a rien de mieux à faire que de rester chez soi, au fond de la pénombre, en attendant l’heure du dîner. Ces métairies que tourmentent les vents d’hiver et que l’été accable, ont été bâties en refuges et, sous leurs murailles massives, on s’abrite tant bien que mal de la fureur des saisons. (p9)

Henri Bosco vous connaissez ? Moi le nom me parlait très vaguement, il avait un petit parfum de Provence et il m’évoquait des romans comme Pagnol, Giono. Et bien je ne me suis pas trompée. Quelle belle découverte d’écriture, d’ambiance.

L’auteur nous emmène au Mas Théotime où vit Pascal Dérivat, la quarantaine, propriétaire du lieu et des terres environnantes et à la manière d’un conteur  il nous fait vivre, l’espace d’un été, la vie dans ce lieu, avec le travail de la terre, les relations conflictuelles avec son voisin, Claudius, mais aussi son attirance pour deux femmes : Geneviève, sa cousine, qu’un tendre lien unit depuis l’enfance mais jamais concrétisé ou avoué, mais aussi Françoise, fille de ses métayers, avec qui il a une relation partagée entre amour et amitié. Mais un événement va bouleverser l’ambiance champêtre et jeté la suspicion voire l’angoisse chez certains.

Henri Bosco aime sa terre, son dur travail mais aussi les gens qui la travaillent. Il leur rend un magnifique hommage dans ce roman avec certes une histoire assez convenue de rivalités territoriales, d’attirance mais en y incorporant une intrigue qui va révéler des facettes inattendues de certains mais le tout avec subtilité, délicatesse et poésie.

Mais le principal héros de ce roman c’est le Mas lui-même, d’où le titre, que l’auteur rend particulièrement vivant, secret parfois, avec son grenier, ses granges, sa source et ses recoins.

Une écriture ciselée, fluide pour vous décrire une terre, des hommes simples et une vie qu’il aime, faite de cueillette d’herbes, de promenades de champs en prés, de contemplation mais aussi des exigences que réclame la terre car son héros n’est pas homme à se contenter d’engranger, il participe à tous les travaux agricoles par amour mais aussi comme un devoir : c’est une ode d’amour à un monde où l’on parle peu mais où les actes comptent plus que les mots, où la principale richesse est la terre. Les personnages sont présents, vivants, leurs portraits tellement bien retranscrits que l’on a presque l’impression de les connaître, de les avoir déjà rencontrés ou côtoyés.

Vous vous installez au mas comme en vacances, dans la chaleur d’un été de moissons, avec les  troupeaux en alpage et la bienveillance d’un couple de métayers, les Alibert, dévoués, travailleurs et discrets. Une vie simple mais pleine de sensations.  Cela sent bon la terre chaude, l’odeur des blés fauchés et les mille parfums de la nature environnante. Il y a la sueur, des rancunes pour des motifs oubliés mais aussi de la solidarité, des regards, des frôlements et tout ce qui fait que l’on passe un bon moment de lecture, un peu à la manière de Giono ou de Pagnol.

Certes la mise en route est lente mais en Provence rien ne se fait dans la précipitation, on vit au rythme des cultures et du temps, on pense lire un récit sur le bonheur de la vie rurale mais l’intrigue prend finalement toute sa place dans la deuxième moitié, révélant les personnalités, caractères (et parfois secrets) de chacun.

Acheté pour sa reliure à l’ancienne, ce roman a été une belle surprise qui tombait à point pour une lecture dans la chaleur caniculaire de ce mois d’Août. Henri Bosco un nom qui ne me sera plus inconnu, une plume que j’ai apprécié et un univers dans lequel je me replongerai sûrement.

Prix Renaudot 1945

Editions Gallimard – 3ème trimestre 1952 – 357 pages

Ciao

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