La vie rêvée d’Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia

LA VIE REVEE D'ERNESTO G IG« Quand Joseph repensait à Alger, la première impression qui venait à son esprit était cette lumière d’or en fusion quand il ouvrit la porte de la coursive […]. Il se demanda s’il y avait le feu, il n’y avait aucune panique, à peine le ronronnement de la grue qui déchargeait les régimes sur le quai affairé. Il écarta lentement ses doigts pour s’accoutumer à cette incandescence, leva les yeux, aperçut un bleu de paradis originel comme il n’en avait jamais vu, ni à Prague, ni à Paris, balayé de toute impureté, chaleureux et chatoyant, un monument monochrome en suspension dont la seule fonction semblait de vous hypnotiser.
En cette fin de journée d’octobre 38, à l’âge de vingt-huit ans, il découvrit enfin le ciel et le soleil, regarda les docks en arcade montante comme une vague et, posé fièrement au-dessus, un jeu inextricable de cubes soudés par un architecte fou dévalant en cascade jusqu’aux immeubles éclatants qui défiaient la mer et comprit ce que voulait dire Alger la blanche. »

Ma lecture

J’avoue tout….. J’ai choisi ce roman uniquement parce que j’avais beaucoup aimé Le club des incorrigibles optimistes ainsi que Trompe la mort. J’ai à peine jeté un coup d’œil sur la quatrième de couverture et donc me voilà partie pour découvrir Ernesto G. Les pages défilent, je fais la connaissance de Joseph Kaplan, jeune médecin biologiste juif tchécoslovaque, danseur passionné de tango et plus particulièrement ceux de Carlos Gardel, aimant les femmes mais refusant de se lier avec aucune d’elle. Son destin est ailleurs. De Prague à Alger où il travaillera pour l’Institut Pasteur en tant qu’épidémiologiste pour trouver un remède et comprendre le fonctionnement du paludisme et sera également confronté à la peste qui sévit sur la région, il reviendra après la deuxième guerre mondiale dans son pays natal et après avoir été député, il prendra la tête d’un sanatorium et là…… Ernesto G (ou devrais-je dire Ramon) entre enfin en scène……

Naïve que je suis, je n’avais pas du tout fait la relation mais c’est lors de l’apparition de ce Ramon, que sa véritable identité m’est apparue mais il a fallu plus de 300 pages pour connaître la justification du titre mais et bizarrement au final cela ne m’a gênée car j’ai pris plaisir à suivre Joseph, cet homme aux multiples visages : le jour chercheur ne comptant pas ses heures et la nuit danseur infatigable et amateur de rencontres amicales.

Mais le fond du roman est une chronique sur un siècle d’une vie oscillant entre médecine, vie politique  et amoureuse d’un homme de son siècle, qui espérait beaucoup puis fut désabusé par les grandes idéologies quand il comprendra leur fonctionnement et le rôle jour par la police secrète et ses conséquences : disparitions et tortures. Mettre en parallèle une histoire d’amour imaginaire d’une figure réelle de l’histoire, elle-même à un tournant de son existence et le propre destin de ce médecin et de sa famille dans la tourmente de guerres, qu’elles soient mondiales ou épidémiologiques, c’est ce que Jean-Michel Guenassia réussit dans ce roman fleuve.

Par moment certaines tournures de phrases, très courtes, presque énumérées et réduites à leur plus simple expression, m’ont un peu lassée, pendant la première partie j’ai eu le sentiment de lire une sorte de remake du Club des incorrigibles optimistes, reprenant la forme d’une chronique d’une époque à travers un personnage mais j’ai malgré tout suivi les destins de tous les personnages avec intérêt sachant malgré tout qu’à la fin la réalité allait les rattraper mettant fin au suspens bien avant la dernière ligne.

Alors qu’en penser au final : déjà le titre : je pense que La vie rêvée de Joseph K. aurait été plus approprié car finalement c’est lui le héros de ce roman. Très semblable dans la forme au Club des incorrigibles mais c’est un auteur qui entraîne par son écriture dans l’Histoire et son histoire, mêlant réalité et part de romanesque mais j’ai eu une pointe de déception une fois le livre terminé en trouvant qu’il manquait une pointe d’un je-ne-sais-quoi pour le distinguer des autres romans du genre. Une bonne lecture de détente avec une remise en mémoire de certains faits et personnages historiques.

Editions Albin Michel – Août 2012 – 535 pages

Ciao

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