Tout sur mon frère de Karine Tuil

Deux frères, issus de la petite bourgeoisie, Arno et Vincent, pareillement élevés dans le respect des mots : pourtant tout les oppose. Vincent, désormais « trader », adore les signes extérieurs de la réussite, les objets onéreux, les amours tarifées. Arno, le frère aîné, écrivain, est l’espion, le délateur, le juge aux affaires familiales. Jusqu’au jour où la maladie neurologique de leur père les incite à renouer l’impossible dialogue au chevet d’un homme qui ne parvient plus à assembler les lettres. C’est alors comme s’ils se perdaient dans le labyrinthe de leurs émotions d’enfants. Le financier insensible découvre bien des choses : le visage inconnu de son père ; de quoi sont capables les femmes quand elles souffrent ; une caisse d’où s’échappent les fantômes du passé.
Alternant le ton d’un comique sans illusions qui montre les humains menés par leurs vices, le sexe et l’argent, avec l’écriture d’une tragédie intime, détournant pour mieux s’en moquer les codes de l’autofiction, Karine Tuil a composé un fort habile livre gigogne, tout en dévoilements et en fausses surprises, qui puise sa force au plus profond de la haine comme de l’amour.
Ma lecture
Quand je découvre un(e) auteur(e) et que je l’apprécie pour son écriture, la construction de ses écrits, son univers, j’aime lire d’autres romans de lui (d’elle). Ce fut le cas avec Karine Tuil. J’ai d’abord lu Les choses humaines que j’avais beaucoup aimé, puis L’invention de nos vies que j’ai trouvé aussi très bien et j’ai ensuite eu envie de lire celui-ci, plus ancien et là je dois avouer que je suis un peu déçue.
J’y ai retrouvé ses thèmes de prédilection : la famille et ses relations, les mensonges et l’idée que l’on se fait de nos vies et de celles des autres. Comme le titre le laisse penser, ici, il s’agirait de la relation entre deux frères, Vincent, trader, le narrateur et personnage central et Amo, son frère aîné, écrivain.
Nous étions capables de rester face à face sans nous parler par crainte de miner de nos paroles une terre que les silences avaient déjà dévastée. (p84)
Malgré le lien qui les unissait enfants, tout les oppose désormais. L’un, Vincent, dans le monde de l’argent, des apparences, du speed et des femmes, l’autre, effacé, solitaire et presque absent et c’est bien là ce que je reproche globalement à ce roman, c’est qu’il est axé finalement uniquement à travers Vincent et il faut avouer que sa vie est à elle seule un roman : luxe, femme officielle et maîtresses, drogue, il brûle la vie par tous les bouts, se met souvent en danger, sur le fil du rasoir que ce soit dans sa vie professionnelle ou sa vie privée. Il fait partie de cette catégorie de personnes que l’on pourrait appeler des « flambeurs » et qui se croient les maîtres du monde :
C’est son incapacité à affronter ses propres faiblesses, à assumer son orgueil et son désir de reconnaissance sociale, ce désir que j’étais le seul à affirmer au sein de notre famille, ce désir que nous cachons tous en nous comme une bête immonde parce qu’il nous fait honte, parce qu’il nous fait peur et qu’il dévoile aux autres autant qu’à nous-mêmes nos propres défaillances. (p87-88)
Amo, lui est pratiquement absent du récit, une sorte d’ombre aux cheveux roux qui apparaît de ci, de là, à travers Vincent dont nous connaîtrons plus ou moins ce qui l’éloigne de ce frère, mais rien du côté d’Amo ou presque.
Karine Tuil est une analyste des personnalités et sait parfaitement les restituer, son domaine de prédilection la famille qu’on entrevoit à travers les relations de Vincent avec un père diminué après un AVC et le souvenir (léger) d’une mère décédée. Mais qui dit famille dit également non-dits, apparences, silences.
J’ai lu sans déplaisir mais parfois agacée par la personnalité du narrateur, Vincent, je me suis lassée de suivre ses pérégrinations, tous ses déboires et mésaventures, ses lâchetés et ses petits arrangements, j’attendais le moment de comprendre réellement ce qui opposait ces deux frères, de mieux connaître cette ombre furtive et lorsque je suis arrivée à la fin du roman j’ai trouvé celle-ci un peu bâclée voire « facile ».
Bref, un roman que je n’ai pas trouvé aussi abouti que L’invention de nos vies qui tournait déjà autour de l’identité entre frères, de la relation et de l’usurpation mais celui-ci a été publié 10 ans auparavant et on y sent déjà l’attrait pour un domaine, la famille, dans lequel l’auteure aime y puiser ses sources d’inspiration.
Je continuerai à la suivre, à la découvrir malgré tout.
Editions Grasset – Septembre 2003 – 289 pages
Ciao

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