Des gens comme eux de Samira Sedira

DES GENS COMME EUXLorsque les Langlois arrivent à Carmac, ce village perdu dans une vallée montagneuse où tout le monde se connaît et se ressemble, ils font l’effet d’une apparition. Des gens comme eux, aussi riches, aussi heureux, on n’en fréquente pas. Ils se font construire un chalet impressionnant, face à la maison modeste d’Anna et de Constant. Entre les deux couples se noue une relation ambiguë, faite de fascination, de gêne, bientôt de jalousie, peut-être de racisme.
Car Bakary Langlois est noir. Rien, toutefois, qui laisse imaginer que Constant puisse en venir à assassiner toute une famille.
Dans ce roman inspiré d’un fait divers, Samira Sedira nous fait entendre la femme de l’assassin, cette Anna qui porte l’opprobre de n’avoir rien deviné, rien empêché. Lors du procès, elle tente de comprendre la mécanique infernale qui a mené Constant, son amour de toujours, à une telle folie meurtrière, explorant aussi l’enfermement d’une petite communauté villageoise vivant en huis clos où l’autre – par sa condition sociale, sa couleur de peau, son appétit de vivre – subjugue et dérange…
jusqu’au meurtre.

Ma lecture

Inspiré de faits réels, le meurtre en 2003 au Grand-Bornand des cinq membres (parents + 3 enfants de la famille Flactif), Samira Sedira retrace à travers ce court roman les faits afin de tenter de comprendre ce qui a conduit Constant, ce père de famille, voisin de cette famille, à passer à l’acte, avec une violence inouïe et se retrouver derrière les barreaux à perpétuité.

C’est à Anna, sa femme, que l’auteure donne la parole, celle qui est sensée la mieux placée pour expliquer et analyser et en nous invitant au procès de cet homme que rien ne prédestinait à se retrouver dans le box des accusés.

Racisme (Bakary Langlois était noir), vengeance, rancune, jalousie, pas à pas Samira Sedira prospecte toutes les pistes. Elle nous plonge dans ce village où tout le monde se connaît et se ressemble jusqu’à l’arrivée de cette famille, qui détonne dans le paysage : grosses voitures, grand train de vie et une image du bonheur qui pourrait bien intriguer et devenir suspecte.

N’attendez pas de réponses aux nombreuses questions sur les raisons d’un tel crime, l’auteure se contente de retracer les faits, de cette amitié rapide qui se transforme, d’après elle, au fil du temps en un rapport de force, où la naïveté et peut-être le désir de leur ressembler va transformer un homme sans histoire en criminel.

Je suis un peu restée sur ma faim car ayant connu les faits, je n’ai pas eu le sentiment d’en apprendre plus sur les causes et sur la personnalité éventuelle du meurtrier. C’est assez fidèle à l’impression ressentie à l’époque, celle que toute vie peut basculer dans l’horreur, que tout homme peut se transformer en monstre sans que même ses proches ne réalisent ou comprennent ce qui a provoqué un tel sentiment de haine, même si certaines blessures du passé peuvent expliquer un manque d’assurance et d’accomplissement mis à jour par l’arrivée d’êtres à qui tout semble réussir.

Ecriture fluide, attachement au personnage d’Anna, femme dévouée et fidèle qui tentera jusqu’au bout de comprendre, mais que peut-on réellement comprendre à de tels actes ? Constant restera, comme beaucoup d’autres, une énigme et peut-être que lui-même ne sait pas réellement pourquoi il est devenu cet assassin.

Evoquer le racisme comme motif du crime est un faux motif car rien dans le récit n’est apporté pour alimenter cette hypothèse mais finalement tout tient dans le titre du roman : ce sont des gens comme eux, comme nous, tout peut basculer parce que trop d’envie, trop de blessures, trop de rancunes…..

Un roman journalistique.

Lu dans le cadre du Cercle Livresque Lecteurs.com

Editions Du Rouergue – Janvier 2020 – 144 pages

Ciao

2 réflexions sur “Des gens comme eux de Samira Sedira

  1. « un roman journalistique », l’expression est claire, ce n’est pas suffisant pour me tenter. Tu connais L’adversaire » de Carrère ? Un roman magistral à partir d’un fait divers.

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.