Requiem pour une apache de Gilles Marchand

REQUIEM POUR UNE APPACHE IGJolene n’est pas la plus belle, pas la plus fine non plus. Et pas forcément la plus sympa. Mais lorsqu’elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d’anciens taulards qui n’a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n’a plus toute sa tête, une jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation. Ce petit monde vivait des jours tranquilles jusqu’à ce que Jolene arrive. En quelques mois à peine, l’hôtel devient le centre de l’attention et le quartier général d’une révolte poétique, à l’issue incertaine.

Ma lecture

La lecture d’un roman de Gilles Marchand est un voyage dans un monde parallèle mais je ne suis pas inquiète. Après Une bouche sans personne, Un funambule sur le sable (romans) et Des mirages plein les poches (nouvelles),  je le retrouve avec ce poing levé sur fond sombre étoilé et je m’embarque au sein d’une communauté qui a tout de l’auberge espagnole pour les déshérités, les solitaires et les branquignoles de toutes espèces.

Ce poing levé c’est celui de Jolene, qui n’avait pourtant au démarrage rien d’une égérie, mais à force de trop, de pas assez, elle va devenir la tête pensante d’une révolte des mis à part qui ont trouvé refuge chez Jésus, leur sauveur, le tenancier de cette hôtel-pension-de-famille-refuge. Ici tout se paie en amitié, en entraide, suivant ses moyens, sans jugement sauf celui de la confiance.

Dans ce roman le réel et l’imaginaire se côtoient  : un couple de cambrioleurs, un architecte, une caissière, l’inventeur d’un bizarrotron (comment ne pas penser à Boris Vian….oui je sais on fait souvent la comparaison) et un ancien catcheur, en autres, cohabitent avec une odeur ou une cuvette pleine d’eau et chacun à sa place, son rôle à tenir, sans compter que parfois dans les greniers on retrouve celui que l’on avait oublié.

Quand on a un père qui est peintre de la Tour Eiffel, quand on ne supporte plus le monde qui vous entoure, qui ne nous voit plus, quand les règles deviennent trop lourdes, trop absurdes, il n’y a qu’un endroit pour reprendre goût à la vie, c’est auprès de Jésus, ce sauveur des âmes et des êtres. Mais chez lui, il y a des règles qu’il ne faut pas enfreindre et quand un employé du gaz y déroge, le quartier entre en ébullition et les barricades vont s’ériger.

Jolene, qui doit son prénom mais pas son physique à une chanson de Dolly Parton (voir ci-dessous), et sa joyeuse bande hétéroclite de révolutionnaires m’ont entraînée dans leur sillage, dans un univers fait de solidarité, de fraternité et de regards sur notre monde à travers un récit plein d’humanité

A chaque lecture c’est une parenthèse enchantée pour moi. Je n’attends rien, je me laisse bercer par les mots qui m’amènent des décors, des musiques, des visages. Il y a de la douceur, de la bienveillance mais aussi des soirées arrosées, des partages « Alors ta gueule »  comme dirait Nino, le père de Jolène, lisez et rêvez. Prenez l’histoire pour ce qu’elle est, acceptez l’univers qu’on vous propose, envolez-vous et oubliez notre monde pendant 400 pages pour en découvrir un autre. Un roman à la manière d’une fable et encore une fois, et plus particulièrement en ces temps troublés, que cela fait du bien.

On pourra te confisquer ton argent, ta montre, ta maison, ton travail. Même ta virginité et ton honneur peuvent être volés. Personne ne pourra jamais te voler les livres que tu as déjà lus. C’est pour ça que l’on fait croire aux pauvres et au miséreux que la culture n’est pas faite pour eux : parce que l’on sait que s’ils parviennent à l’acquérir,  jamais on ne pourra la leur reprendre. (p362)

Gilles Marchand est fidèle à son style et à ses personnages, n’hésitant pas à laisser des traces de ses précédents romans comme page 94 :

Parce qu’elle faisait partie de ces ombres qui rythmaient sa vie et qu’elle voulait en garder une trace, comme cet homme qu’elle avait aperçu quelques fois et dont elle n’avait jamais pu distinguer le visage camouflé par une grande écharpe. (Une bouche sans personne)

ou page 278 :

On ne se débarrasse pas si facilement d’un homme qui a des mirages plein les poches … (Des mirages plein les poches)

Alors debout les damnés de la terre, croyez en vos rêves et visez les étoiles.

Editions Aux forges de Vulcain – Août 2020 – 405 pages

Ciao

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