Les roses fauves de Carole Martinez

IMG20201108153505Lola vit en Bretagne au-dessus du bureau de poste où elle travaille. Elle est jolie, sage et boiteuse. Elle ne désire rien et se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de son potager et, dans sa chambre, face au grand lit où elle s’interdit de rêver, trône une armoire de noces pleine des cœurs de ses ancêtres.
Dans la région d’Espagne où sont nées ses aïeules, quand une femme sent la mort venir, elle brode un coussin en forme de cœur qu’elle bourre de bouts de papier sur lesquels sont écrits ses secrets… À sa mort, sa fille ainée en hérite avec l’interdiction absolue de l’ouvrir. Des cœurs de femmes battent dans la vieille armoire de Lola. Ils racontent une histoire qui a commencé en Andalousie, il y a plus d’un siècle. Lola se demande si elle est faite de cette histoire familiale qu’elle ignore, si le sang des fables coule de génération en génération, s’il l’irrigue de terreurs et de peines qui ne lui appartiennent pas, mais agitent ses profondeurs. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés ? Il faudrait ouvrir ces cœurs pour le savoir…
Un jour, l’un des cœurs éclate, libérant les secrets de son aïeule Inès Dolorès, ainsi qu’un plus petit cœur rempli de graines, d’où naîtront des roses au parfum envoûtant qui envahiront le jardin. Saura-t-elle se laisser porter par son désir, s’affranchir de la voix de son père qui lui a prédit un destin de solitude ?

Ma lecture

Je me souviens de ma lecture de Du domaine des murmures de Carole Martinez et de la façon dont elle m’avait embarquée dans son univers, je me revois installée dans le jardin, dans une chaise longue à mettre en images les mots, l’époque, les personnages.. J’ai depuis des années Le cœur cousu dans ma PAL (je crois depuis sa sortie en édition de poche) mais toujours pas lu malgré les éloges lues ici et là….

Alors c’est avec plaisir que j’ai pris ce roman à lire dans la sélection du Comité de lecture étant pratiquement sûre de trouver du plaisir dans cette histoire de femmes et….. et bien la magie n’a pas autant opéré cette fois-ci.

L’idée de la mise en abyme de son propre personnage, elle, l’auteure, partit en Bretagne pour la rédaction d’un prochain roman avec en toile de fond le conte de Barbe-bleue et sa rencontre avec une préposée aux postes boiteuse du nom de Lola Cam et des femmes pipelettes qui tiennent salon dans la poste avec leurs tricots était intéressante mais elle l’étoffe de l’histoire des aïeules de Lola ayant reçu en héritage, à l’intérieur une armoire, des cœurs cousus contenant sur des petits papiers leurs souvenirs ou pensées jamais avoués, le tout avec une romance style roman-photos entre un très beau comédien américain et Lola le tout sur fond de parfum enivrant de roses et vous obtenez un roman, certes, original mais dans lequel je me suis perdue et sentie frustrée.

Et pourtant il y avait dans cette histoire tous les ingrédients pour me plaire : des destins féminins troublants, transmissibles, teintés d’histoire et d’amour endeuillé, de liberté, des évocations de fleurs magiques et ensorcelantes et finalement arrivée à la fin de ma lecture, j’ai un peu de mal à m’y retrouver, à comprendre l’intérêt de son propre personnage en dehors du fait qu’il lui permet la rencontre avec Lola.

Je garderai le souvenir de cet univers oscillant entre réel, imaginaire et magique que créée l’auteure, avec une écriture poétique avec des personnages troublants, des femmes aux caractères forts et volontaires mais j’aurai préféré moins de personnages mais plus fouillés, m’attarder plus longuement avec eux, sur leurs histoires, mieux suivre leurs vies car finalement nous n’en connaissons qu’un court moment alors qu’ils avaient sûrement plus à dire. Exemple : Inès ou les personnages de Pierre et Marie, dont l’histoire m’a émue, qui sont certes utiles au récit mais pour lesquels je reste sur ma faim.

Il est très en vogue pour les auteur(e)s de se mettre en scène actuellement (David Foenkinos, Emmanuel Carrère) dans leur travail d’élaboration d’un roman mais cela n’offre pas toujours un intérêt et retire finalement de la fluidité au récit. Ah les affres de l’écriture !

Alors oui j’ai aimé, pour l’ambiance générale, pour cette lignée de femmes, pour la manière dont Carole Martinez se fait conteuse et raconteuse d’histoires, mais je vais en garder un souvenir confus, trop superficiel et si vous me demandez dans quelques temps de vous parler de tel ou tel personnage je crois que j’aurai bien du mal à en définir les spécificités.

J’ai aimé mais j’ai été déçue.

Lecture dans le cadre du Comité de Lecture des Bibliothèques

Editions Gallimard – Août 2020 – 352 pages

Ciao

14 réflexions sur “Les roses fauves de Carole Martinez

  1. c’est ce que l’on retrouve ça et là dans les chroniques pour cet opus… quand on apprécie le plume d’un auteur on finit pas en attendre trop….
    Je l’attendais aussi avec impatience (en liste d’attente à la BM)
    heureusement je n’ai pas encore lu « Le cœur cousu » je le garde pour plus tard

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  2. […] Ils en parlent aussi : Camus Diffusion, Lili au fil des pages, Louise et les canards sauvages, Succulentes découvertes, Thomas Louis, Le blog d’une Pipelette liseuse, Le temps libre de Nath, Elle m lire, Entre les lignes, Au temps des livres, Carolivre, Cultur’elle, Aleslire, Vagabondage autour de soi, La culture dans tous ses états, Mademoiselle Maeve lit des livres, Les livres de K79, Le jardin de Natiora, La librairie idéale, Pause polars, Mumu dans le bocage […]

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  3. Une déception pour moi aussi ! Les histoires sont belles, prises une à une … Et l’écriture est toujours « magique », mais la mise en scène de l’auteure rend l’ensemble artificiel et le récit sonne faux.

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