Nos silences ne sont pas des chansons d’amour de Tom Noti

NOS SILENCES NE SONT PAS DES CHANSONS D'AMOUR IGSi vous n’aviez qu’un ami,
mais qu’il était fan de karaoké…
Si vous n’aviez qu’un frère,
mais qu’il était parti vivre sa passion loin de vous…
Si vous n’aviez qu’une passion,
mais que la vie l’avait mise en sourdine…
Et si vous receviez des textos de votre mère,
mais qu’elle était pourtant morte depuis des                                                                           années…

Ma lecture

Tom Noti est un auteur qui s’intéresse à ses concitoyens, avec leurs petits (ou grands) malheurs et il le fait avec compassion, sans porter de jugement y ajoutant même des pointes d’ironie car sinon la vie serait trop triste. Il nous livre, comme dans Elles m’attendaient que j’avais beaucoup aimé, une tranche de vie et cette fois-ci, nous faisons la connaissance d’Aldino, 35 ans, employé dans une société de recouvrement et pour lui rien ne va plus. Emilie, lui demande de débarrasser le plancher, son travail l’assomme et, là, tout au fond sommeillent des souvenirs parentaux ambigus.

Alors quand il reçoit de mystérieux SMS maternels venus, croit-il d’outre-tombe puisque ses parents sont décédés, il s’agace, s’interroge, devient soupçonneux pour finir par être curieux de son expéditeur. Et à vouloir découvrir les autres il va apprendre à mieux se connaître et s’accepter avec une prise de conscience qui va bouleverser sa vie.

Au rythme des chapitres comme autant de refrains, Tom Noti nous entraîne dans le monde d’Aldino, ce trentenaire resté à la traîne d’un frère aîné, Primo, star des terrains de foot, alors que lui  enchaîne les relations éphémères, les échecs et les désillusions, refusant de grandir, de devenir adulte comme s’il ne parvenait pas à surmonter un sentiment de manque dans son enfance qui l’empêche d’avancer.

L’auteur compose ses romans avec des personnages qu’il habille d’une touche de poésie et de fantaisie : Marie, une cantatrice aphone, Ludo, l’ami de Aldino, en couple Gabrielle, une taxidermiste, le tout assaisonnée de paroles et de sa petite musique personnelle et vous obtenez une histoire qui se voulait légère mais prend des accents de prise de conscience.

J’ai eu un peu de mal en début de lecture à m’immerger dans le monde d’Aldino malgré les repères musicaux, malgré la façon dont Tom Noti s’amuse des mots, des expressions, des phrases et des situations, des humains et de leurs travers. Mais  Marie et sa douleur silencieuse sans compter Edward, le révélateur d’une passion enfouie, m’ont rattrapée comme ils l’ont fait pour Aldino et là j’ai senti que le roman prenait une autre tournure, jouait une autre partition, plus douce, plus sentimentale.

Plus ironique que son précédent roman qui m’avait particulièrement touchée, un peu rock-and-roll et surtout très sonore par la musicalité qu’il y glisse, donnant aux silences et événements des tempos différents comme peut l’être la vie. J’ai apprécié qu’ il évite certains écueils ou stéréotypes auxquels on pourrait s’attendre (je ne suis pas très clair mais je vous laisse le découvrir sans rien dévoiler).

Tom Noti a une plume et un univers bien à lui pour parler de nous, notre société mais comme c’est un gentleman il le fait en mettant en mots nos maux, avec délicatesse et ce qu’il faut d’humanité pour les alléger.

J’ai aimé ce roman moins léger qu’il n’en à l’air, à bord d’une coccinelle orange pour mettre de la couleur dans la grisaille, de la musique à fond pour surmonter les silences et toujours la touche personnelle de Tom Noti, son style pour faire d’un personnage lambda un héros de roman.

Editions La Trace – Novembre 2020 – 245 pages

Ciao