Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon

HISTOIRE DU FILS IG

Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu.

André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille.

Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Ma lecture

Avec Histoire du fils je retrouve la plume de Marie-Hélène Lafon que j’avais découvert avec Nos vies en 2017 et dont j’avais admiré la façon dont elle observait les vies des gens qui n’attirent pas forcément l’attention des autres et de la restituer en mots précis, simples.

Ici il est question d’une famille dans le Cantal, à Chanterelle très exactement et le fils dont il est question s’appelle André, il est l’enfant de Gabrielle Léoty et pour le père, il n’y en a pas, et la mère n’est pas véritablement celle que l’on croit car Gabrielle a « abandonné » son fils aux bons soins de sa sœur Hélène et son mari, Léon, déjà parents de trois filles et qui l’ont accueilli avec autant d’amour que pour leurs propres enfants. Pas de père connu et une mère absente qui délègue la fonction à sa sœur.

Et pourtant tout commence par la famille Lachalme, par Paul et son frère Armand, des jumeaux âgés de 5 ans et par un drame qui reste en suspens dès les premières pages. Mais ce ne sont pas eux, ou alors indirectement le centre de cette histoire, non, c’est plus l’histoire d’un autre homme, André, du fils et de femmes qu’elles s’appellent Gabrielle, Hélène ou Juliette, car ces trois dernières vont jouer un rôle prépondérant dans le devenir d’André.

C’est un roman du cru, d’un territoire dont l’auteure est issu, qu’elle affectionne et décrit que ce soit dans ses décors, les attitudes  mais aussi dans l’esprit avec ce qu’ils peuvent influer sur ses habitants. Certains y restent fidèles, d’autres n’auront qu’une hâte le quitter pour vivre en ville, à Paris et n’y revenir que pour y retrouver famille et souvenirs ou des vacances.

C’est également un roman identitaire, sur la quête d’un père mais aussi sur le rôle de chacun, sa place, ce qui fait une famille, sur les relations subtiles entre chacun des membres, car on est dans une région où tout ne se dit pas mais se fait ou pas.

Les personnages de Gabrielle et Hélène, ces deux sœurs qui n’ont rien de commun, sont des femmes qui assument chacune leur place en opposition totale mais qui n’en varieront jamais. L’une va s’émanciper, changer et assumer ses choix, qui pense à elle plus qu’à sa descendance, l’autre est à l’image de la mère-louve, dévouée, aimante, protectrice.

De façon méthodique, l’auteure retrace les liens entre les différents membres, ce qui les lie ou pas, ce que l’on sait et ce que l’on ignore, ce qui est dit et ce qui est tu, en alternant les époques. Marie-Hélène Lafon n’hésite pas, surtout dans la première partie, à chercher, à préciser jusqu’à décortiquer pour trouver le mot juste, approprié, pour être au plus près de sa vérité, du reflet et de la moëlle de ce qu’elle évoque.

Il devint attentif à la voix, grave voilée chaude moirée veloutée. Il épuisa ses adjectifs. Il s’appliquait, les yeux fermés, divagant et ramassé dans sa peau. Granuleuse, peut-être, la voie de Mademoiselle Léoty, mais pas rocailleuse, ni éraillée ; caressante ; non, pas caressante, le contraire, presque le contraire, ça vous passait dessus, vous passait au travers, vous rentrait dedans, vous touchait à l’intérieur, sous la peau. (p38)

Après avoir refermé le livre et en commençant cette chronique, j’avais un avis mitigé. J’ai trouvé l’histoire assez banale finalement, une histoire de femmes, de paternité, de terroir avec des indices laissés ici ou là, un démarrage qui laisse en suspens et puis s’oriente sur une autre voie. J’ai été également un peu agacée, surtout dans la première partie, par la façon dont l’auteure cherchait ses mots, revenait parfois sur chacun, affichant son travail de recherche devant nous pour trouver le mot juste.

Et puis au final je me rends compte que l’important n’est finalement pas l’histoire, même si celle-ci retrace parfaitement les époques, les lieux et les mentalités dans les différents lieux, les choix de vie, mais la façon dont elle le raconte, de façon concise, optant pour une construction originale, faite de petits morceaux de puzzle qui finiront par s’emboiter, se jouant de la chronologie pour ne rapporter que les moments clés de chacun et d’ailleurs laissant certaines questions sans réponse.

J’ai donc aimé mais peut-être pas autant que j’aurai pu l’être. Un roman qui traite de vies ordinaires, qui n’étalent pas leurs sentiments ni leurs tourments, ne cherchent d’ailleurs pas obstinément ce qui leur est caché mais dont Marie-Hélène Lafon sait parfaitement rendre hommage car elle a cette appétence pour parler de ce qu’elle aime, sa région, les gens qui y vivent et mettre en mots ce qui s’y cache.

Prix Renaudot 2020

Editions Buchet-Chastel – Août 2020 – 176 pages

Ciao

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