Petits secrets de vagabondage – Sous un ciel d’orage de Dominique-Jean Chertier

 

PETITS SECRETS DE VAGABONDAGES

« Il était parti. Sans autre but précis que celui de partir. Comme tant d’autres, mais sans eux. Ce qu’il voulait, c’était fuir, le temps de quelques semaines, ses habitudes, l’agitation rassurante de son quotidien. – Être seul. Avoir le temps. Celui de marcher sur des bords de routes départementales. De traverser d’infinies forêts. De parcourir les rues de bourgs isolés. Le temps de s’attarder. Dans son errance, il a mesuré ses propres limites, celles que l’âge restreint. Fait la rencontre extraordinaire de gens communs. Observé l’Histoire suinter le long des murs. Il aura finalement trouvé bien plus qu’il n’aurait pu chercher. »

Ma lecture

On a besoin parfois de prendre des chemins parallèles dans nos lectures et en particulier dans la période que nous traversons.. J’avais envie de suivre un chemin mais je me suis trompée de route ou mal lu l’itinéraire. Je pensais suivre l’auteur dans ses réflexions, lui qui décida de s’enfuir sur un tronçon du chemin de Compostelle, de Vézelay (dont je garde personnellement un merveilleux souvenir) à Oradour-sur-Glane, décor d’un massacre durant la deuxième guerre mondiale en passant par Clamecy et Bourges entre autres et me suis retrouvée à l’écouter dans ses réflexions, assez négatives, sur les villes qu’il traversait et sa nostalgie d’un monde qu’il ne reconnaît pas.

Qu’importe le but c’est le chemin qui y mène qui est important….. 

Il part et se raconte essentiellement à travers les villes qu’il traverse, faisant le constat de notre vie actuelle dans ces villes qui se sont uniformisées et souvent enlaidies utilisant une narration assez sombre et justifiée mais qui ne correspondait pas à ce que j’espérais y trouver (mais la faute m’en revient peut-être car il est précisé en sous-titre : Sous un ciel d’orage….. annonciateur sûrement de l’ambiance). Désabusé, nostalgique, revenant sur certaines métiers perdus comme le transport du bois sur les rivières, le ton m’a presque miné le moral, même si beaucoup de ses réflexions et pensées, mêlant souvent l’histoire au présent, rejoignaient mes propres observations :

On se révolte parfois contre un hangar agricole, un silo à blé, un mât d’éolienne. Ici c’est pire : on nous impose, en plus, des couleurs à vomir. Ce peuple, qui s’est si souvent soulevé contre ce qui l’appauvrissait, l’exploitait, l’asservissait, l’aliénait, ce peuple qui n’hésitait à décoller pour un oui, pour un non, la tête de ceux qui causaient leur malheur ou ne leur donnaient pas le bonheur, ce peuple se résigne à la laideur. Il accepte le dépeuplement de ses cœurs de villes, il consent à perdre son temps, à s’émerveiller devant des têtes de gondoles en ferraille badigeonnée (…) Il s’identifie à l’image que la publicité lui donne de lui-même. Il ne voulait pas aller à l’office, il revendique l’ouverture dominicale de ces usines marchandes. Il se consume à petits feu dans la consommation. (p33)

L’auteur fait dans ce court récit de vagabondages le constat (pessimiste) de notre époque, de notre société mais à aucun moment il ne fait l’éloge des petits sentiers paisibles qu’il aurait pu mettre en opposition, des personnes croisées (ou très rarement avec un traitement critique), de la beauté des paysages. Il rencontre, chemin faisant, un groupe de gens du voyage en roulotte et narre une soirée partagée et un rapprochement avec une des femmes, terminant son voyage avec le récit des événements survenus à Oradour-sur-Glane, village martyr, où la population fut exterminée de façon immonde lors du passage d’une unité de chars allemands.

Je ne dis pas que ce récit n’est pas intéressant mais je ne m’attendais pas à cela, j’attendais autre chose, une évasion bucolique peut-être, un peu comme celle de Jean-Christophe Rufin dans Immortelle randonnée (lu et beaucoup aimé mais à l’époque le blog n’existait pas encore), d’ailleurs citée dans le récit, mais là les mots, le cheminement intérieur du narrateur m’a gênée dans le sens où je n’ai pas eu le sentiment qu’il en tirait un profit autre que la critique négative du monde qui l’entoure et de son périple et avec des incursions dans sa vie personnelle que je n’ai pas trouvé pertinentes. 

La partie que j’ai le plus appréciée c’est la première partie, Vézelay, un lieu magique emprunt de sérénité et de beauté qu’il décrit parfaitement, ajoutant des détails historiques intéressants. Je vous invite d’ailleurs, lors d’un passage dans la région, de visiter, de déambuler dans cette enclave hors du temps même si les boutiques jalonnent le cheminement mais arrivée dans l’Abbaye est magique….. Pour les autres villes je ne les connais pas ou seulement pour en avoir traversées certaines, rapidement, et je dois avouer qu’elles ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable et à le lire cela ne pousse pas à y faire un séjour.

L’ouvrage est agrémenté de quelques photos représentatives du voyage.

La couverture était prometteuse et bucolique, le résumé incitatif mais nos chemins ne se sont pas croisés.

Editions L’Harmattan – Novembre 2020 – 124 pages

Ciao

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