Liv Maria de Julia Kerminon

LIV MARIA IGLiv Maria est la fille d’une insulaire bretonne taiseuse, et d’un norvégien aimant lui raconter les histoires de ses romanciers préférés. Entouré de l’amour de ses parents et de ses oncles elle a vécu sur l’ile natale de sa mère dans un milieu protégé avec une douce quiétude et une certaine liberté jusqu’à « l’événement » qui lui fera quitter le cocon familial. Arrivée à Berlin comme jeune fille au pair, elle va vivre une histoire d’amour forte qui se terminera contre sa volonté. Simultanément un deuil familial l’amènera à voyager, à grandir et à rencontrer un deuxième amour sincère. Mais aura-t-elle le droit ou se donnera-t-elle le droit de le vivre vraiment ?

Ma lecture

Liv Maria Christensen a été une enfant entourée de l’amour de ses parents, métisse de Norvège et de Bretagne, imprégnée du climat de liberté et d’indépendance qu’offrait son île puis est devenue femme, femme expatriée et femme amoureuse, elle a franchi nombre de frontières, toujours à la recherche d’elle-même mais aussi pour retrouver les émotions de son premier amour. Liv Maria Christensen se cherche,  croit parfois se trouver ou trouver un port d’attache, des raisons de se sédentariser en fondant une famille mais Liv Maria est une femme libre qui navigue entre pays, cultures, amours pour se créer à chaque fois une identité, un environnement et ensuite l’abandonner. Elle est sincère, honnête et quand le passé lui revient en plein cœur par le jeu du hasard, elle n’a d’autre choix que trouver un autre chemin, parce que certains souvenirs ne peuvent s’avouer.

J’avais beaucoup aimé le précédent roman de Julian Kerninon, Ma dévotion, non pas pour l’histoire en elle-même, mais pour l’écriture, une écriture d’une rare beauté dans sa simplicité, d’une réelle profondeur, sondant les recoins des pensées de ses personnages et mettant au premier plan ses personnages féminins. Que j’ai aimé Liv Maria et son environnement dans cette île, avec ce père, Thure, colosse féru de littérature et une mère taiseuse, Mado, qui tient le café de l’île comme l’a tenu sa famille, les Tonnerre, depuis toujours.

Liv se croyait à l’abri dans son île, son destin était tracé mais un événement va la contraindre à fuir ce bout de terre tant aimé pour découvrir le continent mais aussi l’amour à travers un de ses professeurs, Fergus, qui laissera en elle, une empreinte indélébile. Mais le voyage continuera, elle rencontrera d’autres hommes, d’autres expériences, d’autres pays et comprendra ce que son père lui avait expliqué sur les romans de Faulkner et qui peuvent s’appliquer à sa vie :

-Mon père dit que, quand on commence à lire un roman de Faulkner, on ne comprend rien. (…) Et puis d’un coup, presque, la scène s’illumine. D’une page à l’autre, on saisit ce qu’on est en train de lire, et qui nous avait échappé jusque-là. On s’aperçoit que depuis le début on a enregistré à notre insu des informations capitales et que ce sont elles qui nous permettent de comprendre à présent. (p60-61)

Liv Maria a de multiples identités, se transforme au fil du temps, comme l’enfant qui devient femme, qui se construit au gré de ses rencontres, de ses expériences qui deviennent ses matériaux de construction. Mais qui est-elle, cette femme au bracelet d’or ? Qui sait ce qui se cache derrière ce visage, révèle-t-elle tout de sa personnalité, de ses blessures car elle-même est en quête perpétuelle et ce qui fait son bonheur aujourd’hui peut la pousser à partir demain.

Mais le contraire d’oublier, Liv Maria, ce n’est pas se souvenir – c’est apprendre. (p94)

J’ai trouvé l’écriture d’une rare précision, profonde et concise, fine et féminine, immergeant le lecteur dans l’univers de son personnage, ses questionnements mais aussi sa faculté à nous embarquer en quelques phrases dans son récit, à suivre Liv Maria, sans porter de jugement sur ce qui l’anime, car c’est un cheminement personnel pour se comprendre, s’accepter et continuer, parce que cela touche finalement à l’intime de chacun(e). Ce que l’on est, ce que l’on voit et ce que l’on tait.

Et alors je commence à devenir. Bientôt, je serai vraiment moi. (p12)

Un roman que je n’ai pas lâché, qui m’a emportée sur les traces d’une vie de femme, de ses origines, dans les embruns de son île,  de tout ce qui fait que l’on croit la connaître, la saisir, mais qui reste une inconnue, parce qu’elle-même se cherche et passera sa vie à se chercher, à se construire, parce que chaque pierre de son chemin la pétrit, la transforme et la fait autre que ce qu’elle était.

(…) -Vous la connaissiez ?

-Je ne sais pas, s’était-il entendu dire. C’était ma femme. (p271)

J’ai beaucoup aimé…..

Editions l’Iconoclaste – 193 pages – Août 2020

Ciao

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