Et la peur continue de Mazarine Pingeot

ET LA PEUR CONTINUE

Lucie a peur. De tout. Si le métro s’arrête entre deux stations, elle pense qu’elle va mourir. Elle craint, lorsqu’elle part travailler le matin, qu’une catastrophe ne survienne, la privant à jamais de revoir son mari et ses enfants. Pourtant, à quarante ans, elle est comblée par un métier qui la passionne et une vie de famille réussie. Mais la disparition brutale d’Héloïse, sa cousine sourde et muette qu’elle chérissait, et celle de Louis, son ami d’enfance, font affleurer un souvenir flou et pénible au goût d’essence et de boue.
Pour se libérer de ce mal étrange, Lucie devra revenir à la source de l’angoisse qui la saisit et l’empêche de vivre. Parce que, oui, la peur est tapie dans l’enfance, enfermée dans la cabane du pêcheur.

Ma lecture

Je me suis intéressée à ce roman de Mazarine Pingeot par le thème évoqué en quatrième de couverture : La peur à travers une femme, Lucie, la quarantaine, mère de deux adolescents, mariée à Vincent, rédactrice dans une revue scientifique ayant traversé plusieurs vagues de licenciements et dont il ne reste que 6 personnes. J’avais envie de découvrir comment était traité ce thème qui nous touche, tous, plus ou moins dans différentes circonstances et parfois de façon très présente, pour la moindre petite chose. Où la peur prend-elle sa source, de quoi se nourrit-elle etc….

S’il fallait résumer ce roman, il est pour moi plus un roman sur la charge mentale d’une femme même si l’on sent dès les premières pages, avec l’annonce de la mort de Louis, un ami d’enfance, alors qu’elle rentre à Paris après les vacances, ce décès survenant un an après la mort de sa cousine et amie, Héloïse, sourde et muette . Ces deux disparitions (suicides) vont faire ressurgir chez Lucie des souvenirs d’enfance, en particulier en Dordogne, dans la maison de sa grand-mère et surtout de la complicité qui la liait à Héloïse dont elle servait d’interprète, partageant avec elle le langage des signes mais aussi avec Louis et Lucas, son frère aîné.

J’ai eu beaucoup de difficultés avec cette lecture car comme je l’indique un peu plus haut, il est question du quotidien de l’héroïne, de la rédaction d’un article sur la notion de Temps dans la physique quantique, de ses recherches à travers entre autre Bergson, article qu’elle doit rendre sous une semaine et qu’elle n’arrive pas à rédiger, perturbée qu’elle est par l’annonce du décès de Louis et par des souvenirs qui refont surface par bribes, ici ou là, et que l’on comprend très vite qu’ils sont liés à un événement survenu alors qu’elle avait 9 ans.

J’ai trouvé la lecture assez longue, fastidieuse car se focalisant sur la vie de cette femme et de ses questionnements par rapport à ses enfants, Mina née d’une précédente relation et Augustin, du détail et de l’organisation au sein du foyer en particulier quand son mari s’absente pour partir en mission à l’étranger et où elle se retrouve seule avec ses enfants. La solitude est un sentiment qu’elle éprouve depuis son enfance, fille de médecins urgentistes très investis dans leur domaine et qui « l’abandonnaient » très souvent seule dans l’appartement pour rejoindre l’hôpital.

Tout au long de ma lecture je me demandais quand elle allait aborder, franchement, le thème annoncé de la peur, car je ne voyais dans les 3/4 du roman qu’un récit qui oscillait entre obligations familiales, courses alimentaires, inquiétudes professionnelles, réflexions philosophiques sur le temps, le marécage et la vase dans lesquels s’englue le personnage, disgressions continuelles peut-être à l’image des pensées de la narratrice mais qui n’arrivaient pas, pour moi, à entrer et se concentrer sur la véritable sujet et ses motifs (même si j’ai très vite compris d’où venait le mal-être).

Je n’ai pas réussi à m’attacher au personnage, à compatir à sa détresse très intériorisée dans un premier temps, j’aurai peut-être plus aimé en savoir un peu plus sur la relation entre les deux cousines que j’ai trouvé trop « effleurée », l’une étant presque la voix de l’autre. Mazarine Pingeot a pris l’option de plus s’axer sur la notion de temps, de celui qui court, celui d’une vie menée tambour battant, à nier jusque là les blessures parce que niées par elle mais aussi par son entourage,  même quand la dépression devient omniprésente et qu’elle écrase le personnage qui tient grâce un mantra répété à plusieurs reprises : « volonté, volonté, volonté » et dans une ville, Paris, où les notions de rythme et anonymat sont les leitmotiv :

La vie dans les capitales aujourd’hui est objectivement dure. Il y a quelque chose comme ça qui vous soumet… Ca vous soumet à un ordre et à une contrainte diffuse ; et la principale dynamique c’est le mouvement perpétuel, la vitesse, la compétition… (p112)

En résumé j’ai trouvé que le thème est noyé dans le flux, qu’il est certes suggéré mais pas réellement approfondi, Mazarine Pingeot nous livre un récit de vie en nous montrant les impacts de traumatismes de l’enfance et comment ils vont dérégler ses facultés et profondément l’handicapée mentalement et presque physiquement en la menant au bord du précipice.

J’avais tenté sans succès par le passé de lire cette auteure, je ne me souviens d’ailleurs plus de quel roman il s’agissait, mais j’avais déjà été gênée par l’écriture, le milieu décrit, un côté un peu intello-bobo et n’avait pas eu envie depuis de lire ses romans. Cette lecture est loin de m’avoir convaincue, je n’avais qu’une hâte c’est d’arriver au bout et comme il l’est à plusieurs évoqué dans le récit, je me suis engluée dans la vase des mots, des idées, tout se télescopant parfois mais sans jamais atteindre le but escompté et répondre à mes attentes.

Peut-être suis-je passée à côté, compris la démarche de l’auteure, peut-être que d’autres apprécieront….

A la rigueur.

Editions Miallet Barrault – Janvier 2021 –  281 pages

Lu dans le cadre de la Masse critique Babelio que je remercie ainsi que les Editions Mialet Barrault

Ciao 📚

7 réflexions sur “Et la peur continue de Mazarine Pingeot

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