Pandorini de Florence Porcel

PANDORINI IG

Pandorini, monstre sacré du cinéma français, vient de mourir. Le monde médiatique s’agite. Sur les plateaux télé, les commentateurs se succèdent, on raconte, on rend hommage. Une femme se souvient. L’acteur hante ses pensées depuis quatorze ans. Elle en avait dix-neuf, elle commençait sa vie d’adulte en douceur, portée par ses rêves. Pandorini lui en a vendu. Lui en a volé, aussi. Elle n’a jamais oublié.
Bientôt, les langues vont se délier et la jeune femme va réaliser qu’elle n’a pas vécu une histoire d’amour. Elle était sous emprise.

Ma lecture

Elle rêvait d’être comédienne, elle voulait faire du théâtre et a rencontré l’idole des foules, Pandorini, de plus de 30 ans son aîné et,  comme tous ceux mais surtout  toutes celles qui le côtoyaient, elle est sous son charme dans un premier temps puis en tombe amoureuse mais s’agit-il d’amour ou d’emprise car il apparaît très vite comme un être odieux et manipulateur.  Elle revient sur le long travail qu’elle a du faire  pour se détacher du pouvoir qu’il exerçait sur elle. Pendant quatorze ans elle est partagée entre répulsion et attirance, saisissant la moindre occasion de l’approcher malgré son dédain pour elle une fois arrivé à ses fins. Il faut la disparition de Pandorini pour quelle arrive à s’avouer ce que fut réellement leur relation basée de son côté sur une découverte du sentiment amoureux ou de ce qu’elle croit être l’amour et pour Pandorini sur une énième conquête brutale, forcée.

Elle se raconte, se ment parfois comme elle dissimule à ses amies la réalité de la relation parce qu’être l’élue de Pandorini représente tout pour elle, pour le devenir de sa carrière et elle devra payer le prix fort pour sortir de l’enfer dans lequel elle s’enferme.

Une confession entrecoupée des révélations et des mécanismes qui se font jour après le décès de l’acteur, les prises de conscience que la parole libère mais avec également les soutiens, les détracteurs, les journalistes, les réseaux sociaux qui vont faire émerger un autre visage de celui que tout le monde adulait.

L’auteure a mis beaucoup d’elle-même dans ce roman (il ne s’agit pas d’un récit autobiographique mais inspiré d’un épisode de sa propre vie) et quel que soit le milieu artistique (cinéma, théâtre, chanson, danse) on sait désormais qu’au-delà des apparences, sous les fards et les flashs, il y a et il y a eu (et j’espère qu’il n’y aura plus) en coulisse des attitudes, des abus, des violences faites, tues et qui peu à peu se révèlent grâce au mouvement #METOO entre autres.

Florence Porcel décortique le mécanisme d’emprise mais avec le parti pris de la fascination qu’exerce le prédateur sur sa victime, celle-ci reconnaissant et criant même son amour pour lui, certes parce qu’il s’agissait d’un premier amour ayant été « corsetée » jusqu’à l’âge adulte, mais aussi parce qu’il était l’emblème charismatique du monde dans lequel elle voulait avoir sa place et qu’il exerçait sur elle une fascination qui se révélera malsaine et destructrice.

On peut avoir du mal parfois à comprendre comment des êtres peuvent tomber dans le piège tendu par des personnalités souvent narcissiques, usant de leur position ou de leurs aura et pouvoir pour parvenir à leurs fins et Florence Porcel le fait avec efficacité, mettant son héroïne parfois face à ses contradictions, entre fascination et dégoût sur le long chemin de réconciliation avec elle-même.

Un roman que j’ai aimé, partagée entre révolte, répulsion même si ce n’est pas un domaine que j’apprécie particulièrement mais qu’il est nécessaire d’aborder pour livrer des témoignages sur une réalité et qui peuvent aider d’autres à ne pas tomber dans le même piège ou dénoncer ce qui n’est pas acceptable, quel que soit le milieu où cela se produit mais il m’a manqué quelque chose que j’ai du mal à définir pour être en empathie avec le personnage.

Lu dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques.

Editions J.C. Lattès – Janvier 2021 – 248 pages

Ciao 📚

4 réflexions sur “Pandorini de Florence Porcel

  1. j’hésite! peut-être parce qu’on baigne trop dans ce sujet via les actualités télévisées ou autres…
    j’ai le même doute avec « La familia grande » d’ailleurs 🙂 je le note pour plus tard, quand ce sera moins omniprésent 🙂

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  2. Comme je suis en train de, finalement … et après beaucoup d’hésitation de lire Le consentement, que je trouve, finalement, excellent, je vais passer ce titre. J’évite moi aussi ce sujet déjà très prégnant dans l’actualité ( sûrement pour de bonnes raisons .. )

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