Une éducation de Tara Westover

UNE EDUCATION IGTara Westover n’a jamais eu d’acte de naissance. Ni de dossier scolaire, car elle n’a jamais fréquenté une salle de classe. Pas dossier médical non plus, parce que son père ne croyait pas en la médecine, mais à la Fin des temps.
Enfant, elle a regardé son père mormon s’enfermer dans ses convictions, et son frère céder à la violence. Et, à seize ans, Tara décide de s’éduquer toute seule. Son combat pour la connaissance la mènera loin des montagnes de l’Idaho, au-delà des océans, d’un continent à l’autre, d’Harvard à Cambridge. C’est à ce moment seulement qu’elle se demande si elle n’est pas allée trop loin. Lui reste-t-il un moyen de renouer avec les siens ?

Ma lecture

L’enfance de cette auteure je l’ai découverte grâce à un article paru dans America #7 paru en Octobre 2018 consacré à La Foi et il m’avait fortement impressionnée.  Récit autobiographique d’un parcours au sein d’une famille de mormons de l’Idaho où la doctrine instaurée par le père, qui se révélera bipolaire, imprègne chaque enfant sous les yeux d’une mère silencieuse et effacée, soumise aux préceptes de son époux.

J’avais toujours su que mon père croyait en un dieu différent. Enfant, j’avais conscience que si ma famille fréquentait la même église que tout le monde dans notre ville, notre religion n’était pas pareille. Les autres croyaient en la décence ; nous, nous la pratiquions. Ils croyaient au pouvoir de guérison de Dieu ; nous remettions nos blessures entre Ses mains. Ils croyaient en la préparation de la Résurrection ; nous nous y préparations véritablement. (p238)

Tara revient sur le quotidien de sa famille, fait de violences, du rejet de la médecine et de toute intrusion du monde moderne (à part quelques exceptions). Vous pensez être au XIXème siècle mais il s’agit du XXème siècle, dans l’Idaho, aux USA, où l’enfant découvrira sidérée que deux buildings peuvent s’écrouler un 11 septembre, événement qui confortera son père dans l’idée d’une fin du monde proche. Ici, dans un environnement dessiné par les ferrailles qui envahissent les lieux et l’utilisation d’outils terrifiants que les enfants doivent manier, ils n’ont d’autre choix que de faire preuve de solidité à la fois physique et mentale, face à la dure loi d’un père fondamentaliste, qui voit partout des signes de l’urgence de vivre à l’écart, en auto-suffisance mais sachant également profiter du commerce des plantes de sa femme, pressentant une apocalypse et privant ses enfants de toute éducation car pour lui l’extérieur n’est qu’un lieu de perdition et de mensonges. Ils vivent à la manière d’un camp retranché, ne connaissant du monde extérieur que ce que le chef de famille leur dépeint de celui-ci. 

Certains des enfants souffrent de troubles psychiques ou physiques aggravés par le travail à la casse, où brûlures, blessures sont soignées le plus souvent grâce aux remèdes maternels, survivant parfois par miracle et qui au fil du temps provoqueront installeront un climat d’agressions et de peur.

Qu’il a fallu de force, de courage pour sortir de ce milieu, découvrir le monde extérieur avec parfois ce qu’il a de plus terrible encore comme l’Holocauste, les gens de couleur où même ce qu’est un livre de cours, l’algèbre et elle va peu à peu au prix de beaucoup de sacrifices découvrir ce qui peut, elle, la sauver. Elle va, grâce à l’éducation et l’enseignement mais surtout grâce à une volonté farouche, s’offrir une chance d’un autre destin, partant de très loin pour finir par passer un doctorat en histoire à Cambridge, mais pour cela il lui faudra faire des choix familiaux. 

Tara Westover revient sur son parcours, semé d’embûches, d’agressions en particulier d’un frère instable et imprévisible dont les parents préfèrent ignorer la réalité de son comportement, usant auprès des autres enfants de leur influence et pouvoir pour refouler les accusations portées contre lui. Elle va s’ouvrir au prix de sacrifices à un autre monde mais la découverte ne sera pas linéaire, elle sera faiet de doutes, de retours au bercail dans l’espoir d’un changement, d’un signe pour finir par comprendre que rien ne changera jamais et que son seul espoir c’est de se construire elle-même.

Vous pourriez attribuer quantité de noms à cette individualité. Transformation. Métamorphose. Fausseté. Trahison.
J’appelle cela une éducation. (p466)

Un roman d’une force incroyable à l’image de son auteure qui doute elle-même parfois de ses souvenirs, cherchant à être la plus exacte possible, ne cherchant pas ni à masquer ni à déformer ce qui peut sembler incroyable au XXIème siècle. On ne peut être qu’admiratif de la volonté dont elle a fait preuve, ne pouvant rien attendre de sa famille pour parvenir à sortir à la fois d’un milieu extrémiste et rétrograde pour accéder à la connaissance, à l’éducation qui lui ont ouvert les portes de la réflexion, du questionnement et du jugement sur le monde mais aussi sur elle et sur ce que fut son enfance.

Je n’ai pas été déçue, j’ai attendu pour le lire et j’ai beaucoup aimé ce témoignage sincère, éprouvant parfois par la violence décrite qu’elle soit physique mais également morale mais admirative face à une telle personnalité.

Traduction de Johan Frederik Hel Guedj 

Editions JC Lattès – Janvier 2019 – 471 pages

Lu dans le cadre OBJECTIF PAL

chez Antigone

 Ciao 📚

13 réflexions sur “Une éducation de Tara Westover

  1. J’ai lu ce roman l’année dernière et c’est vrai qu’il est très marquant… C’est plus la maladie psychiatrique du père que sa religion qui le rend aussi dangereux pour son entourage. En tout cas, quelle volonté il faut pour s’en sortir !

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