L’aveuglement de José Saramago

L'AVEUGLEMENT IG

Un homme devient soudain aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse. » Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité ?

Ma lecture

Je ne connaissais pas José Saramago, même de nom et pourtant Prix Nobel de littérature en 1998, mais l’on ne peut fort heureusement tout connaître et tout savoir….. Ce roman j’en ai entendu parler pour la première fois lors du premier confinement car le rapprochement était fait par rapport à l’épidémie qui s’installait dans le Monde et le sujet de cette dystopie qui y faisait écho. Mais à l’époque impossible de le trouver car je n’ai sûrement pas été la seule à souhaiter le lire. Donc réédition en Mars 2020 des Editions Points et arrivée dans ma bibliothèque municipale….. Comme par hasard.

Un homme devient aveugle alors qu’il se trouve dans sa voiture, à l’arrêt à un feu rouge. On lui vient en aide puis peu à peu tous ceux qui l’ont approché sont atteints de cécité, la contamination est enclenchée, des mesures d’isolement sont prises, le monde est en sursis et les contaminés sont abandonnés à leur triste sort. Mais une femme, une seule, voit mais n’avoue pas qu’elle est épargnée. Va-t-elle devoir le révéler ou doit-elle le garder secret ? Est-ce une chance ou un malheur ?

Ce roman a des accents de prophéties sur le comportement de l’humanité quand elle est en proie à la peur face à une épidémie inexpliquée, inexplicable, dont on ne saura jamais d’où elle vient ni ce qu’elle est, ce qui lui donne un caractère universel mais le choix de l’auteur de prendre la perte de la vue comme virus, lui donne de nombreux sens : à la fois cécité et tout ce qu’elle entraîne dans le quotidien quand elle survient à grande échelle, mais également aveuglement d’une humanité qui revient à de bas instincts, à un comportement parfois presque animal où la force fait loi et où la raison parfois se noie. Et faut-il mieux voir comme cette femme qui devient le seul regard d’une réalité ou être aveugle et subir, imaginer et accepter.

Mais il y a malgré tout une lumière, celle d’un groupe d’hommes et de femmes, dont aucun ne porte de nom, on les identifie par rapport à une spécificité physique ou comportementale, qui n’ont rien en commun à part d’être embarqués dans la même galère et qui vont trouver et puiser en eux la force nécessaire pour survivre.

Une lecture éprouvante par le contexte (et augmenté par la situation que nous vivons), par certaines scènes mais qui sont relatées et analysées avec lucidité par le narrateur imaginant l’humain poussé dans ses plus bas retranchements mais également un monde non préparé à vivre une telle épreuve (cela vous parle je pense….).

Une narration assez particulière, où les dialogues sont insérés et non détachés, le manque de ponctuation, tout cela surprend puis finalement on s’aperçoit que cela donne une certaine fluidité et cohérence, un effet de masse oppressante, urgente,  beaucoup de rappels à des dictons, à des savoirs ancestraux qui se révèlent frappés d’un bon sens oublié et puis à travers la femme « voyante » l’importance du langage. José Saramago n’omet aucune des conséquences liées à la perte d’un sens et en particulier de la vue, ce qu’elle peut entraîner au niveau du fonctionnement du monde….. Terrifiant.

Comme je l’ai dit il y a un côté prophétique dans le récit sorti en 1995 sur ce que nous avons fait de notre monde et sur le fait que l’on a oublié de prévoir l’impensable, que ce que nous avons acquis, construit peut s’effondrer à tout moment et que nous ne sommes jamais prêts à vivre une telle apocalypse.

J’avais lu il y a quelques mois Némésis de Philip Roth qui évoquait également une épidémie et le comportement d’un homme se pensant responsable de la contamination de son entourage mais dans L’aveuglement l’auteur s’attache au comportement d’une humanité entière ramenée à l’état bestial, oubliant que le pire peut advenir et que les comportements restent identiques et qu’alors l’humain revient à une bête comme une autre.

J’ai beaucoup aimé même si parfois j’avais besoin d’une pause car, à trop patauger dans la fange humaine, dans les détritus, la saleté et autres immondices, certaines images montaient en moi, analogues à celles des camps durant la deuxième guerre mondiale. C’est sombre, c’est terrifiant, c’est philosophique et prophétique, maintenant on sait que cela peut arriver et dans un tel monde quel visage montrerions-nous alors ?

Traduction de Geneviève Leibrich

Editions Points – Mars 2020 (1ère parution 1995 Portugal – 1997 Editions du Seuil France) – 365 pages 

Ciao 📚

8 réflexions sur “L’aveuglement de José Saramago

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