L’enfant parfaite de Vanessa Bamberger

9791034903443_1_75.jpgRoxane entre en classe de première S à Sully, lycée parisien élitiste. L’excellence et la perfection la constituent. Elle a intégré les exigences de ses parents. Mais depuis la rentrée, rien ne va plus, ni les maths, ni l’amitié, ni l’apparence physique.
Avec son verbe slamé, Roxane raconte la pression scolaire, la perte de confiance en soi, l’indifférence et l’incompréhension des adultes. Pour soigner l’acné qui enflamme son visage, elle n’a d’autre recours que de solliciter un ami de son père, cardiologue, pour une ordonnance de complaisance. Autour d’elle, personne ne voit venir le drame.
De ce qui est arrivé à Roxane, François, le cardiologue, doit répondre devant le Conseil de l’ordre des médecins, procès au cours duquel il cherche désespérément à saisir l’enchaînement tragique des choses.

 

Ma lecture

Roxane a la pression, celle de ses parents qui veulent pour elle l’excellence mais Roxane est mal dans sa vie, mal dans sa peau et cela ses parents récemment divorcés ne le voient pas ou ne veulent pas le voir, plus préoccupés par leurs vies que par leur fille. Ils ont placé en elle toutes leurs espérances, toute leur fierté de parents, ne s’arrêtent pas à ses changements d’humeur, ses moments de silence, de mal-être et ne pensent qu’aux notes, aux résultats.

François, cardiologue, a réussi sa vie entre son cabinet et la clinique où il opère, mais un grain de sable remet tout en question. Il attend un jugement qui risque de tout remettre en question mais c’est pour lui l’occasion de faire le point sur sa vie.

On pourrait penser qu’ils n’ont rient en commun et pourtant ils vont se rejoindre : deux vies, deux âges, deux parcours, deux langages pour exprimer un mal être, une pression qui pèse, une pression issue de l’extérieur et qui finit par tout envahir. On pourrait penser qu’ils sont heureux, qu’ils ont tout pour être heureux et pourtant…..

L’auteure restitue les deux parcours avec une écriture-reflet de chacun (celle de Roxane m’a posé quelques problèmes et m’a obligé à consulter très souvent le lexique en fin d’ouvrage mais j’ai finalement eu la signification de certains termes que j’entendais parfois) qui permettent de mettre face à face deux façons d’exprimer ses maux à hauteur d’une adolescente et d’un adulte. Deux vies, deux âges, deux univers mais un même mal.

Vanessa Bamberger signe un roman à deux tons : celui d’une adolescente de son temps avec les soucis de son âge : amitié, amour mais surtout solitude familiale où elle ne trouve aucun écho, aucune écoute, ses parents toujours par monts et par vaux et n’attendant d’elle que passage dans une grande école prestigieuse et celui d’un adulte que rien ne préparait réellement à affronter le Conseil de l’Ordre des médecins, à la remise en cause de son travail. 

On retrouve les thèmes de la pression, voire de la compétition et des rivalités qui entrent, pour les deux narrations, en ligne de mire :  être le (la) meilleur, exceller pour réussir même si la réussite ne tient pas forcément dans l’excellence. 

J’ai aimé suivre en cinq mouvements les destins (et je n’ose la descente en enfer) de ces deux êtres brisés à des âges différents, pour des raisons différentes : l’une par l’exigence de parents qui n’ont de relations avec leur fille que sur le chapitre des résultats, par le climat qui règne dans les lycées côtés où seuls les meilleurs gagnent, préparant de futur(e)s adultes à la compétition perpétuelle, où les professeurs se font managers plus qu’enseignants, croyant motiver leurs élèves en les rudoyant :

A croire que vous, nos profs, vous, nos parents, prenez du plaisir à nous voir souffrir, mus par l’obsession de nous dynamiser, nous secouer, nous endurcir. Peu importe si ça nous fait nous sentir stupides. Vous revêtez votre panoplie de manager. Nous ne sommes pas sur Terre pour nous amuser. Nous sommes priés d’être compétitifs, conformes, de bons produits homologués. Quels que soient nos efforts nous serons défaillants. C’est un système qui repose sur l’échec. Une société de tyrans. Bats-toi mon enfant lance-toi et si tu tombes tu te relèveras. Avec un peu de chance tu ne te fracasseras pas. Nous sommes vos cobayes nous sommes vos trophées, vos jouets sélectionnés pilotés triés orientés. Génération anxiété. (p82)

En refermant le livre se pose la question de la responsabilité : les parents, les enseignants, la société qui ne prône que l’excellence, le non-droit à l’erreur, à l’excellence, au parcours sans faute et sans écueil comme signe de la réussite parfaite ?

Vanessa Bamberger signe un roman fort, dur où la tension monte au fur et à mesure de la narration et qui se veut également une réflexion voire une dénonciation de nos systèmes d’éducation, de performance, de réussite au détriment du bonheur et de l’écoute. 

J’ai aimé mais je m’aperçois que je l’ai lu pendant mes vacances et qu’il m’a fallu un peu de temps pour me replonger dedans afin de rédiger ma chronique, signe qu’il ne m’avait finalement pas marquée autant que je le pensais.

Lecture dans le cadre du comité de lecture des bibliothèques

Editions Liana Levi – Janvier 2021 – 288 Pages

Ciao 📚

10 réflexions sur “L’enfant parfaite de Vanessa Bamberger

  1. Le thème interpelle. Et c’est vrai quand on a des enfants, on a tellement peur du chômage qu’on a tendance à leur mettre la pression. Après on doit s’adapter à son enfant. Dolto disait qu’être parent c’est s’ouvrir et faire le deuil à la fois. Le deuil de ses rêves de parents, mais aussi voir son enfant emprunter des chemins nouveaux.

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    • Oui mais je pense également que la société pousse également à l’excellence et que parfois les parents perdent le sens du mot réussite, veulent le meilleur pour leurs enfants en oubliant qu’il s’agit de leurs vies et non la leur….😉

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  2. J’ai souvent ce souci des chroniques rédigées plusieurs jours après la lecture, même quand ça m’a plu, j’ai du mal à retranscrire mon ressenti tel qu’il était à la lecture. En tout cas ce livre semble poser les bonnes questions et il me tente beaucoup maintenant que j’ai lu ton billet.

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  3. Ce que tu en dis me touche, c’est un questionnement que je vis souvent : comment doser l’inquiétude pour son enfant face aux exigences du monde…. Paradoxalement, je ne lirai donc pas ce roman, il ferai trop écho dans ma propre vie !

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