Les saisons de la nuit de Colum McCann

LES SAISONS DE LA NUIT IG

« Ce roman parle de New York, d’amour, de mariages mixtes, de terrassiers qui creusent des tunnels, de bâtisseurs de gratte-ciel qui dansent sur des poutrelles à des centaines de mètres au-dessus de la ville. C’est peut-être le premier vrai roman consacré aux sans-abri, à ceux qui vivent au-dessous et à l’écart de la cité prospère. On sent que Colum McCann a fréquenté ces lieux-là : dans une langue qui procure un plaisir presque physique, il évoque avec une rare puissance ce présent qui empeste et ce passé qui oppresse. »

Ma lecture

Une brutalité sensible dans l’atmosphère. De la tendresse aussi, pourtant. Il y a là quelque chose de si vivant que le cœur de la ville semble près d’éclater de toute la douleur qui y est accumulée. Comme s’il allait soudain exploser sous le poids de la vie. Comme si la ville elle-même avait engendré toutes les complexités du cœur humain. Des veines et des artères (…) bouillonnantes de sang. Des millions d’hommes et de femmes irriguant de ce sang les rues de la cité. (p242)

Il est des lectures qui, l’air de rien, laissent une empreinte en vous et Les saisons de la nuit est de ce genre-là. Evoquer une ville, un pays mais à travers les invisibles, les déshérités, ceux que l’édification d’un pays brise dans le corps par la rudesse de la tâche mais également dans les âmes et les cœurs par une société qui laisse sur le bord du chemin ceux qui ont participé à sa renommée, à son prestige.

Deux narrateurs : Nathan Walker, noir américain, en 1916 qui travaille sous terre et même sous un fleuve à creuser un tunnel sous l’East River à New-York pour que d’autres puissent emprunter le métro qui liera Brooklyn à Manhattan . Il fait partie de ces ouvriers que personne ne voient ou ne pensent quand ils empruntent le dit tunnel, à ce qu’il a fallu de peine, de sueur, de labeur et de drames pour raccourcir les distances ou relier les hommes. Nathan raconte sa vie, ses relations avec ses compagnons d’ouvrage, son mariage mixte et un drame qui va sceller son destin à plusieurs titres avec l’un d’entre eux.

1991 – Manhattan : Treefrog vit sous terre depuis qu’il s’est trouvé dans la position d’exclu pour un geste peut-être (ou pas) mal interprété, il fait partie de ceux qui vivent en marge de la société, sous terre, qui se sont créer une sorte de ville où les rues deviennent des galeries, où les logements sont des cavernes, qui partagent leur quotidien avec les rats, sous la ville : drogués, marginaux, paumés ils ont fait de ce lieu leur territoire.

Et si un tunnel ne reliait pas uniquement deux rives mais également était le point de jonction de deux existences ?

Un auteur irlandais pour mettre dans la lumière ceux qui vivent dans les ténèbres d’une mégalopole, qui ont contribué à ses constructions souterraines ou aériennes comme Nathan ou son petit-fils Carlson, ouvrier-funambule qui travaille à l’édification de buildings, à l’opposé de son ancêtre sur les poutrelles qui serviront d’armature aux buildings. Sortir de terre mais pas forcément pour sortir de la misère, de sa condition et des accidents de la vie.

Colum Mc Cann les extrait de l’ombre, raconte leurs vies, leurs bonheurs comme leurs malheurs mais également les amitiés, les amours de ces hommes brisés, pauvres, ces hommes que la couleur de peau ou l’origine ethnique tient à distance, cantonne à des basses tâches.

L’égalité de l’ombre n’existe que dans les tunnels. (…) C’est seulement sous terre, il le sait bien, que la couleur est abolie, que les hommes deviennent des hommes. (p56)

J’ai trouvé dans la plume de cet auteur du Steinbeck dans la manière qu’il a, non pas de les glorifier car il n’occulte pas leurs travers, leurs excès, mais de leur rendre justice. A travers l’histoire de ces hommes c’est l’histoire de la construction d’un pays, d’une ville avec ce qu’elle peut avoir de plus beau et de plus sombre.

J’ai choisi de lire ce roman car j’ai repéré à la bibliothèque, Apeirogon, son dernier roman, mais avant de l’aborder je voulais découvrir la plume, l’univers et je dois avouer que je me suis à la fois enfoncée avec curiosité et plaisir dans les ténèbres et élevée dans les airs pour suivre ces deux personnages, écouter leurs complaintes et découvrir ce qui les reliait et faisait du tunnel une sorte de sanctuaire.

Un roman fort, humain, qui répond à des questionnements que j’ai de temps en temps quand j’emprunte un tunnel ou lève la tête vers le sommet d’immeubles sur la vie de ces ouvriers d’un autre temps mais pas si lointain, travaillant souvent sans protection, mal payés, gardant en eux les cicatrices de leur travail mais également des accidents où certains périrent, des ouvriers qui affrontaient la roche et les éléments pour les générations futures.

Et même si la personnalité de Nathan Walker illumine le récit, même si Treefrog est plus énigmatique, plus sombre, j’ai beaucoup aimé suivre leurs parcours avec quelques joies et beaucoup de souffrance, la fierté de leur travail, d’avoir contribué, sans aucune reconnaissance, à des ouvrages qui perdurent aujourd’hui et qui font parfois la renommée ou le symbole d’un pays et d’une ville.

Un auteur que je vais continuer de lire et de suivre.

Traduction de Renée Kérisit

Editions Belfond – Juillet 2007 (1ère parution 1998)- 320 pages

Ciao 📚

12 réflexions sur “Les saisons de la nuit de Colum McCann

  1. j’ai adoré « Apeirogon » c’était mon coup de cœur de l’année 2020 alors je vais lire tous ses livres, il y en a déjà plusieurs dans ma PAL et celi-ci en fait partie.
    Je voudrais lire « Et que le vaste monde poursuive sa course folle » avant 🙂

    Aimé par 1 personne

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