La femme qui tuait les hommes de Eve de Castro

LA FEMME QUI TUAIT LES HOMMES IGJeanne pense souvent au point de bascule. L’instant où la vie change de cours. Où l’homme qui n’était qu’un voisin, un parent, un amant, un fonctionnaire, un commerçant, devient un criminel ou une victime. Quand elle compulse ses dossiers, quand elle punaise une coupure de presse sur son mur, c’est ce mystère qui la hante. L’instant où le passé, le présent et l’avenir cristallisent sans remède. »
Paris, 2017. Saint-Pétersbourg, 1909. Une rencontre sur un quai de métro. Un hallucinant fait divers. Un voyage entre deux mondes où se noue le destin d’une couturière octogénaire, d’un écrivain coureur de jupons, du jeune Lénine et d’une terrible justicière. Une comtesse savoyarde y côtoie un poseur de rails et un cirque ambulant. De la Russie prérévolutionnaire au Paris littéraire, mêlant humour, tendresse et gravité, Eve de Castro nous embarque, nous bouscule, nous envoûte.

Ma lecture

Ce roman est à l’image des matriochkas russes, vous savez ces petites poupées russes s’emboitant les unes dans les autres et se découvrant de la plus grande à la plus petite. Voici un roman à multiples tiroirs mais commençons pas le début et le début c’est l’épilogue…… Oui je m’explique.

1909 – Prison de Kresty (Saint Pétersbourg) – Tout commence par une lettre d’une femme, Lena, une lettre-testamentaire écrite avant d’être exécutée qu’elle adresse à son idole, Vladimir Ilitch Oulianov mais en plus connu sous celui de Lénine, celui dont elle se sent proche par sa propre lutte pour rendre justice et dont elle s’est voulue le bras armé et pour laquelle elle a commis 272 crimes.

2017 – Paris – Une rencontre sur un quai de métro entre Jeanne, octogénaire et Julie, 26 ans désespérée suite à une rupture avec Paul Brideau, romancier et coureur de jupons qui rêve de voir couronné son travail par un prix Goncourt.

Voilà vous avez toutes les poupées : de la plus grande qui correspondrait à la grande Histoire avec Lénine qui se bat pour la cause du peuple mais aussi la sienne et qui entraîne dans son sillage une sorte de « fan » inconditionnelle qui se veut la vengeresse de toutes les femmes opprimées qu’elle rencontre, par devoir mais aussi un moyen d’existence car elle se fait rétribuer : 20 roubles la vengeance. Et puis il y a Jeanne, une ancienne couturière au Palais Garnier, une femme de l’ombre, qui travaillait en coulisses, vit dans une mansarde et qui va faire de cette rencontre avec Julie une sorte de « cheval de bataille » pour se sentir utile, devenir visible et indispensable avec une idée en tête bien sûr.

Il y a le passé avec la grande Histoire et la révolution bolchévique, il y a le présent, beaucoup moins glorieux, avec Jeanne, fait de rencontres et en particulier d’un amour éternel pour Maurice. Il y a également un roman qui s’écrit sous vos yeux, un roman écrit à plusieurs mains…. Oui je sais c’est difficile de s’y retrouver mais croyez-moi une fois plongé dedans on ne lâche pas même si au début on flotte à la fois dans les époques et les narrations des différents personnages.

J’ai beaucoup aimé démêler, grâce à l’auteure qui maîtrise parfaitement les différentes narrations, les fils et remettre au fur et à mesure chacun à sa place, à son rôle, comprendre ce qui dans le passé de chacun des personnages avait provoqué cette soif de justice. J’ai aimé Jeanne qui? à sa manière devient la projection d’une justicière russe pour se guérir de ses propres blessures. J’ai abominé l’odieux Paul Brideau et sa soif de chair féminine et de consécration n’hésitant pas à mettre à profit l’utilisation des femmes pour arriver à ses fins. J’ai été soufflée par le personnage de Lena, qui ne dévira jamais de sa route, de son sacerdoce faisant de sa justice une lutte pour les femmes.

L’écriture est vivante, la construction est très habile ne dévoilant les événements qu’au moment opportun pour en garder tout le mystère sur certains même si l’on se doute qu’une fin est programmée mais qui n’en garde pas moins tout son charme.

Chacun(e) sa lutte, chacune son destin, il y a de l’histoire, une forme d’aventure, une pointe de suspense, de la tendresse et de la rage, des personnages hauts en couleur, très bien installés et décrits. Je me suis installée auprès de Jeanne, sur son banc dans le métro et je l’ai sentie revivre grâce à une rencontre qui lui a permis de sortir de sa monotonie et lui donner une raison de vivre.

J’ai beaucoup aimé.

Editions Robert Laffont – Janvier 2018 – 288 pages

Ciao 📚

3 réflexions sur “La femme qui tuait les hommes de Eve de Castro

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