Le crépuscule de Shigezo de Sawako Ariyoshi

LE CREPUSCULE DE SHIGEZO IGDevenu veuf, Shigezo est recueilli par son fils et sa belle- fille. Et c’est sur celle-ci, Akiko, que va reposer cette lourde charge, avec les problèmes concrets que cela implique. Mais alors que le vieil homme glisse vers une seconde enfance, elle découvrira qu’il symbolise peut-être l’amour le plus authentique, le plus désintéressé qu’elle ait jamais connu.

Ma lecture

Nous n’envisageons la vieillesse que lorsque nous y sommes confrontés et c’est ce qui arrive à Akiko un soir d’hiver en rentrant de son travail de dactylo dans un cabinet d’avocats. Elle retrouve sa belle-mère morte et son beau-père Shigezo, 84 ans, atteint d’une forme de démence sénile, n’ayant pas conscience de l’événement et ne reconnaissant plus ses proches sauf Akiko. Celle-ci va devoir non seulement faire face à cet homme dont la mémoire s’efface, alors que par le passé il ne faisait que grogner, râler et qui, désormais ne s’oublie, est affamé à longueur de journée mais également comprendre que la vieillesse guette tout être humain un jour ou l’autre, qu’elle peut présenter des formes différentes et ne pourra compter que sur elle, malgré la présence de son mari, Nobutoshi et son fils Satoshi, pour le prendre en charge, gérer sa vie professionnelle et familiale et faire face aux différentes étapes de fin de vie d’un être.

Sawako Ariyoshi dans ce roman réussit à concilier beaucoup de thèmes : vieillesse, maladie, dégradation physique, rapport au grand âge, charge mentale féminine (déjà et toujours) et même la fin de vie avec ce qu’il peut y avoir de plus cru, de plus réaliste et concret, tout en se penchant sur la société japonaise (mais je ne pense pas que ce soit des sujets uniquement nippons) sur la gestion de la famille dans son ensemble, sur le rôle tenu par l’épouse, du peu de cas qu’il est fait de sa fatigue, du manque de compassion et parfois d’intérêt de son époux pour ce qu’elle doit assurer et supporter.

Sur un sujet assez sombre elle réussit à extraire un récit touchant et lumineux dans lequel se glissent des scènes de tendresse entre Shigezo et Akaki, celui-ci se raccrochant et ne reconnaissant qu’elle mais également ressentir l’angoisse qui monte en elle quand elle prend conscience qu’un jour il s’agira peut-être d’elle ou de son mari, qu’à leurs tours ils vont devenir vieux, peut-être séniles et devenir une charge pour leur fils qui pour l’instant se refuse à cette éventualité.

L’auteure n’hésite pas à décrire dans les moindres détails tout ce qu’Akaki doit assumer, endurer, trouvant des solutions et des ressources en elle dont elle ne se sentait pas capables. Je pense qu’il est nécessaire d’avoir conscience de la déchéance de certains corps et parfois esprits, du manque de structures, d’aide pour adoucir à la fois la vie des accompagnants mais également des personnes qui perdent tous repères et fonctions. Elle attire l’attention du lecteur sur le fait que l’on se soucie peu de la vieillesse tant que celle-ci n’est pas là, qu’on y est pas préparé et qu’elle engendre à ce moment là une double angoisse : celle d’accompagner la personne mais également un effet miroir et une prise de conscience d’une future décrépitude à venir.

Grâce à son écriture Sawako Ariyoshi en fait un plaidoyer et rend hommage, dans le cas présent, à la femme japonaise qui trouve en elle les forces nécessaires pour être assumer ses tâches, même les plus basses, parfois avec une touche d’ironie et de philosophie, pour dresser un portrait à la fois plein de forces, de courage, alternant parfois la colère, l’abnégation, le désespoir mais sachant également repérer les petites éclaircies qui illuminent parfois le quotidien. Elle nous fait pénétrer au sein d’une maison, avec ses meubles, ses mets et son rythme de vie et dès les premières pages j’étais avec eux, visualisant le décor, me promenant entre la maison et le pavillon.

Elle dresse les portraits des différentes générations face au grand âge et surtout à la perte d’autonomie que celui-ci peut entraîner, chacun trouvant (ou pas) une manière de s’y confronter, de l’accepter (ou pas), d’y faire face (ou pas) pour en faire un roman plein d’humanité, de réalisme mais en utilisant une manière douce et poétique par de superbes images, comme celles de l’oiseau, du jardin qui gomment les côtés plus prosaïques de la vieillesse.

C’est très beau, c’est fort et cela s’adresse à tout le monde car on ne peut s’empêcher de penser aux personnes autour de soi mais également à soi-même car elle ne cherche pas à édulcorer en trouvant le juste ton, vrai, sans fard et sans pathos mais malheureusement réaliste pour aborder un sujet dont nous refusons souvent de regarder en face avant d’y être confrontés.

J’ai beaucoup aimé.

Traduction de Jean-Christophe Bouvier

Editions Folio -Septembre 2020 (1ère parution en France sous le titre Les années du crépuscule 1986) -367 pages

Lecture pour Objectif PAL de Juin chez Antigone

OBJECTIF PAL

 Ciao 📚

13 réflexions sur “Le crépuscule de Shigezo de Sawako Ariyoshi

  1. Je suis très heureuse que tu aies aimé tout autant que moi ! Tu as raison de souligner qu’elle n’y met aucun pathos, c’est seulement la triste réalité des choses à laquelle nous serons tous confrontés un jour. C’est un très beau texte 🙂

    Aimé par 1 personne

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