Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andrea

DES DIABLES ET DES SAINTSC’est une histoire d’orphelin et d’amour. Celle d’un vieil homme qui joue divinement du Beethoven sur les pianos publics. Il se fait appeler Joe, pour Joseph. On le croise un jour dans une gare, un autre dans un aéroport. Il gâche son talent de concertiste au milieu des voyageurs indifférents. Il attend.
Mais qui, et pourquoi ?
Alors qu’il a seize ans, ses parents et sa soeur disparaissent dans un accident d’avion. Il est envoyé dans un pensionnat religieux des Pyrénées, Les Confins. Tout est dans le nom. Après Les Confins, il n’y a plus rien. Ici, on recueille les abandonnés, les demeurés.
Les journées sont faites de routine, de corvées, de maltraitances. Jusqu’à la rencontre avec Rose, une jeune fille de son âge. La vie n’est alors que rêves de fugues.

Ma lecture

Une fois de plus je vais aller à contre-courant des avis sur ce roman mais je reste sur ma ligne de conduite dans ce blog : honnêteté par rapport à « mon » ressenti… Toutes les éloges et prix reçus m’ont poussée à me saisir du roman à la bibliothèque d’autant que j’avais plutôt aimé son précédent roman : Cent millions d’années et un jour et finalement je reste assez dubitative une fois le livre refermé à la fois sur ce qui a fait le succès de celui-ci mais également pourquoi un tel engouement.

De nos jours, un vieil homme, Joseph, mais il préfère Joe, 69 ans, joue sur les pianos mis à disposition dans les lieux publics : gares, centre commerciaux, aéroports, il attend et espère. Il se livre à nous et revient sur son enfance en 1969 et ce qui l’a amené à se retrouver à 16 ans aux Confins, un orphelinat dans le sud-ouest de la France dans l’attente d’un placement en famille d’accueil. Il y fera des rencontres amicales, amoureuse mais sera également confronté à la dure loi du directeur, l’abbé Armand Sénac et son assistant dévoué et bras armé, surnommé Grenouille, appliquant une discipline de fer.

Voilà le décor planté et les personnages s’installent, assez stéréotypés : les bons, les méchants, le simple, le chef, le violent, l’absent, le petit fragile, la jeune fille, les rebelles, le professeur de musique et maître à penser, personnages stéréotypés mais également récit très conventionnel dans sa forme. Dès le début de ma lecture j’ai été assez gênée par l’écriture, très imagée ou faisant appel à des envolées lyriques dont je n’ai pas toujours compris le sens, le pourquoi, parfois décalées par rapport au contexte et lorsqu’il n’y en a que quelques unes cela passe encore mais là le texte en est truffé comme :

Une liberté encore maladroite, un tas de duvet gauche au vol tordu, zigzagant, mais qui, l’espace de vingt mesures, avait filet comme l’aigle royal qu’il deviendrait un jour. (p143)

Sans passé, sans avenir, sans avant et sans après, un orphelin est une mélodie à une note. Et une mélodie à une note, ça n’existe pas. (p248)

Et puis surtout le sujet : un orphelinat dirigé d’une main de fer (et même pas dans un gant de velours) par un religieux (presqu’un fou de Dieu) qui n’hésite pas à appliquer sa propre loi et qui le fait grâce à un ancien légionnaire (carrément). Et là j’ai vite compris où je mettais les pieds, qu’elle était l’histoire et arrivée au bout de ma lecture je n’avais ressenti aucune émotion car cette histoire je l’avais en moi dès le début, tellement elle est prévisible,  respectant d’ailleurs tous les codes du genre : le drame, le désespoir, l’espoir en un ailleurs ou un héros (ici l’alunissage de la mission Apollo et l’admiration pour Collins, le seul à ne pas avoir posé un pied sur la lune mais à qui incombait la récupération des astronautes après avoir disparu pendant 47 minutes de l’autre côté de l’astre), les liens amicaux, la rencontre d’une jeune fille mystérieuse et puis ….. Bon, je ne veux pas gâcher votre plaisir mais il y a un dénouement avec de l’aventure, une lettre et des risques.

Mais pourquoi pas après tout, il faut renouveler le genre, mais quand on lit beaucoup, on a des scénarios en réserve (et c’est le revers de la médaille) et il en faut un peu plus. Et puis j’ai pensé à Nickel boys de Colson Whitehead mais également à un vieux film Les disparus de Saint Agil de Christian-Jacque avec lesquels j’ai trouvé certaines similarités. Alors si je fais abstraction de cela il reste l’écriture que je n’ai pas trouvée sincère, profonde : elle se veut poétique mais elle n’est pas spontanée, naturelle…. J’ai finalement eu le sentiment de lire un roman qui avait tous les codes pour en faire un succès : de la tristesse, de l’effarement (voire de la révolte) pour les conditions dans lesquelles vivent les enfants dans l’orphelinat (œuvre de pure fiction ici), un brin de suspens teinté d’aventure et une belle histoire d’amitié avec des forts et des faibles (en plus des diables et des saints) et des beaux sentiments.

Je ne vais pas en écrire plus car je m’en veux un peu d’avoir céder à cette lecture qui ne m’attirait pas  mais j’en tire malgré tout une leçon (grâce à elle mais aussi à bien d’autres romans) : être plus vigilante sur mes choix de lectures, ne pas toujours me laisser tenter par les trompettes du succès, des prix car ce qui plaît aux autres n’entre pas toujours dans mes choix personnels et cela ne nuira pas au succès du livre, déjà très grand.  Je demande du dépaysement, de l’originalité, de la profondeur, de la créativité….

D’autres blogs en parlent comme : KrolSandrion, Nom d’un bouquinRoseleenAntigoneLire et vous, Pamolico, Les liseuses, Au fil des livres, La marmotte à lunettesMon petit carnet de curiosités, Entre les lignes qui ont toutes beaucoup aimé et parfois eu un coup de cœur….. Alors ne vous fiez pas à mon ressenti, il est personnel, honnête et sans aucune influence afin d’être en accord avec moi-même.

Je reste pour ma part sur ma position : Bof-Bof.

Grand Prix RTL / Lire 2021

Editions L’Iconoclaste – Janvier 2021 – 320 pages

Ciao 📚

25 réflexions sur “Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andrea

  1. Tu as bien raison de donner ton ressenti le plus sincère ! J’ai beaucoup aimé Cent millions d’années et un jour, mais là, le sujet très proche de Nickel boys m’a freinée un peu, et je ne me suis pas précipitée… Bah, il y a beaucoup d’autres romans, et c’est vrai que, lisant beaucoup, nous avons envie de dépaysement, de nouveauté.

    Aimé par 1 personne

      • Je te comprends très bien. Ce sentiment d’être à côté de quelque chose, quand tout le monde – ou presque – pense le contraire. Il faut toujours rester honnête. C’est une des raisons qui font que je n’écris pas sur ce que je n’ai pas aimé; d’abord parce que souvent je lâche le livre, et qu’autrement je ne me sens pas capable de démonter un bouquin ou un auteur, ça ne m’intéresse pas trop. J’ai déjà du mal à écrire sur ce que j’aime !!! ça me prend beaucoup de temps, donc, je n’en rajoute pas avec ce qui ne m’a pas plu.

        Aimé par 1 personne

        • Je me pose souvent la question de savoir si je vais continuer à parler des livres que je n’ai pas aimé mais pour l’instant je le fais pour expliquer pourquoi mais je pense que d’ici quelques temps je ne les mettrais que dans mon bilan mensuel en nommant les livres que je n’ai pas aimés ou abandonnés. Oui cela prend beaucoup de temps et je préfère me plonger dans un livre que j’aime plutôt que d’expliquer pourquoi je n’ai pas aimé….. Mais je veux garder cette honnêteté de dire mon sentiment sans pour autant le descendre (de toutes façons souvent les livres que je n’ai pas aimés ont déjà trouvé leur public) 🙂

          Aimé par 1 personne

          • Complètement d’accord avec toi. Je m’apprête à faire un post un peu fourre-tout où je parlerai de 3 livres allant d’un très aimé à un qui m’a laissée assez indifférente, mais même le plus aimé, je ne trouve pas les mots vraiment pour en parler. C’est bien, c’est intéressant, parfois touchant, mais pas de quoi faire un long discours. Et puis après une petite pause avant les sorties de mi août. Si tu en prends, bonnes vacances Mumu !

            Aimé par 1 personne

  2. ah, intéressant d’avoir ton avis ! j’ai lu également Nickel Boys, et Les mal-aimés de Jean-Christophe Tixier qui se passe… dans un orphelinat dans les Cévennes… des similitudes alors si je comprends bien. Mais je pense qu’à l’occasion je lirais celui-ci aussi car j’avais aimé ses deux précédents romans.

    Aimé par 1 personne

  3. Merci de ton lien !
    J’ai aimė, mais je m’attendais peut-être à un peu plus étant donnés les éloges… contrairement à toi, j’ai regretté que cette poésie qui t’a gênée ne soit pas plus présente, pour moi c’est elle qui porte le roman, plus que l’histoire, assez classique comme tu le soulignes.

    Aimé par 1 personne

  4. Hello !
    J’ai bien aimé mais…sans plus…(avec du recul…).
    Envolées lyriques, exacerbations de tout, pour toucher la corde sensible…je me rends compte quelques mois après ma lecture que ce roman ne m’a pas tant emballée que celà et je me rappelle grâce à toi avoir ressenti furtivement mais à plusieurs reprises durant ma lecture tout ce que tu as ressenti.
    En fait, je le trouve « facile », « normé » dans le sens « thématique à caser absolument », un peu comme « la brodeuse de Winchester », que j’ai détesté, qui m’a ennuyée, et qui pourtant est encensé.
    J’ai aussi souvent l’impression de m’être faite avoir par les engouements, encensements, et j’aime pas çà (mais je respecte les avis de tous, les attentes et besoins en lecture sont si différents d’une personne à l’autre et également pour une personne en fonction des moments de sa vie…).
    En tout cas grâce à toi je me rends compte que je dois plus laisser maturer mes lectures, ne pas me précipiter à rédiger mes chroniques car après quelques temps, le point de vue et ressenti évolue et s’affirme…
    À bientôt !

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ces réflexions qui rejoignent ma façon de réagir désormais à certaines lectures. Moi aussi en reprenant ou en voyant un livre je ne sais plus ce que j’en ai pensé…. Preuve qu’il ne m’a marqué plus que cela alors que certains restent gravés dans mon esprit et mes émotions…. Oui chacun(e) ressent différemment une lecture suivant son passé, ce qu’il attend d’elle et je me rends compte que je suis de plus en plus exigeante, que mes critères ne sont pas toujours ceux des autres. Cela ne m’empêche pas de lire les avis mais c’est désormais plus le sujet que le ressenti qui influe mes envies. Belle journée à toi avec le soleil revenu 🙂

      Aimé par 1 personne

  5. il est dans ma PAL (avec les précédents!) je le lirai pour me faire une idée du style de l’auteur, je vais attendre encore un peu comme chaque que fois que les avis sont autant partagés entre les coups de cœur et les moins enthousiastes, je laisse un peu retomber 🙂

    Aimé par 1 personne

  6. Merci pour ce billet, merci pour ton honnêteté et pour ta sincérité.
    J’aurais pu écrire (en moins bien), ton avant dernier paragraphe. Je partage tes mots.
    Quant au roman, je passe (en courant). Déjà, les citations me freinent. Ce style me laisse de marbre.
    Merci encore!

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.