Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault

ATTENDS MOI LE MONDE IG

Premier prix: vous détestez la grisaille et la nuit qui tombe à 16h30 ? Vivez une année sans mois de novembre !

Lorsqu’elle tombe sur un petit flyer vantant les mérites d’une tombola locale en ces termes, Camille comprend d’emblée qu’elle va jouer, et gagner.
Durant ce mois de non-novembre, un étrange temps suspendu l’invite à emprunter quelques chemins inexplorés, tandis qu’alentour, le monde continue son petit manège habituel.
En acceptant de perdre ses repères, d’abord un peu hésitante, puis entièrement chamboulée, Camille se laissera porter par l’étrangeté dont jaillira peu à peu la compréhension de sa propre histoire.

Ma lecture

Camille, la trentaine, est arrivée dans un petit village pour s’y réfugier ou plutôt s’y cacher. Elle a abandonné son métier de sage-femme après un événement douloureux et se voit désormais travailler comme graphiste, profession qui lui permet de se couper du monde extérieur en restant chez elle. Et pourtant l’ombre elle ne l’aime pas surtout quand il s’agit de celle qui règne sur le mois de Novembre avec ses journées amputées de lumière et pourtant chaque année à date fixe Novembre revient…. Alors quand on propose comme premier prix d’une tombola lors de la fête du village de supprimer le mois de Novembre de cette année, elle n’hésite pas un instant car elle y voit un signe, d’autant que le flyer est distribué par un homme qui semble respiré la joie de vivre et la confiance.

Cet homme c’est No-No (Non-Novembre) qui va accompagner Camille sur le chemin de ce mois inexistant pour la première fois, la pousser à explorer sa vie et son passé, à trouver les réponses à ses tocs (elle se lance dans des opérations mathématiques dès que les situations lui échappent ou se compliquent) pour trouver les sources de son mal-être et ouvrir les yeux sur ce qui la perturbe au point de ne plus voir la bienveillance autour d’elle.

30 jours pour changer, pour trouver la lumière au bout du tunnel, un challenge impossible à la fois dans sa réalisation car Camille sait qu’un mois ne se raye pas du calendrier par magie mais qu’elle mettra à profit, avec l’aide de No-no, pour apprendre beaucoup sur elle.

J’ai trouvé l’idée de départ originale, on en rêverait presque tous, pouvoir supprimer des périodes ou des dates anniversaires d’un calendrier parce qu’elles sont synonymes de tout ce nous détestons ou un rappel d’un évènement douloureux, sachant que l’option prise du côté fantastique de la situation permet de tout imaginer. J’ai trouvé la description de Camille et de sa solitude dans laquelle elle s’enferme et/ou se réfugie bien traitée, lu ce qui pouvait se cacher entre les lignes des lettres qu’elle adresse à Emilie pour découvrir son identité car elle est une des clés du mystère, écouté la voix peut-être de sa conscience s’annonçant par une ritournelle (ploum-ploum) remontant le temps, petit à petit pour comprendre, expliquer, mettre Camille face à face avec ce dont elle n’arrive pas à guérir mais peut-être parce qu’elle n’en connaît pas la source ou qu’elle l’a occultée. Je l’ai regardée avancer, stagner, reculer, recevant des messages bleutés sibyllins pour guider ses journées, accompagnée d’un No-No attentif, et finalement connaître ce qui l’empêchait de s’épanouir, d’être elle.

Gaëlle Pingault mêle le réel au fantastique pour explorer l’inconscient, l’empreinte que peut laisser un traumatisme (dont je ne dirai rien) dans la mémoire d’une personne mais qui tente de sortir du brouillard dans lequel elle se cantonne, se préserve ou s’enlise, jusqu’au moment où toutes les pièces du puzzle s’imbriquent et fournissent les clés de l’énigme, permettant de découvrir l’origine de ce mal-être et le pourquoi de l’abandon de tout ce que vous aviez aimé passionnément.

L’écriture est fluide, efficace mais j’ai senti venir un côté feel-good se rajouter au fantastique (deux univers dont je ne suis pas friande), non pas dans la raison du traumatisme qui reste mystérieux jusqu’au bout, mais dans son aboutissement et ses ressorts. Le contexte irréel dans lequel évolue le personnage rend l’histoire totalement improbable à première vue mais après réflexion je pense que ce stratagème permet de se démarquer de cette catégorie des récits où tout est, soi-disant, à portée de soi, pour imaginer qu’il faut justement un coup de pouce « féérique » pour trouver les réponses, pour lever le voile et pour comprendre pourquoi Camille avait abandonné tout ce qu’elle aimait : son métier de sage-femme mais également la danse.

C’est une lecture agréable, plutôt plaisante, d’une construction originale mêlant la voix de la narratrice à ses lettres remontant le temps sans oublier la voix de l’inconscient, faisant de l’ensemble un récit sur ce qui est tapi en soi, sur les blessures inconnues et comment cela peut un jour être mis à jour parfois brutalement et perturber une vie. Etant peu sensible à ce genre de lecture car un peu trop stéréotypée et prévisible à mon goût, je dois lui reconnaître un traitement peu habituel pour ce que je connais du genre.

J’ai aimé.

Editons Eyrolles – Septembre 2021 – 207 pages

Ciao 📚

5 réflexions sur “Attends-moi le monde de Gaëlle Pingault

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