Canoës de Maylis de Kerangal

CANOES IG« J’ai conçu Canoës comme un roman en pièces détachées : une novella centrale, « Mustang », et autour, tels des satellites, sept récits. Tous sont connectés, tous se parlent entre eux, et partent d’un même désir : sonder la nature de la voix humaine, sa matérialité, ses pouvoirs, et composer une sorte de monde vocal, empli d’échos, de vibrations, de traces rémanentes. Chaque voix est saisie dans un moment de trouble, quand son timbre s’use ou mue, se distingue ou se confond, parfois se détraque ou se brise, quand une messagerie ou un micro vient filtrer leur parole, les enregistrer ou les effacer.
J’ai voulu intercepter une fréquence, capter un souffle, tenir une note tout au long d’un livre qui fait la part belle à une tribu de femmes – des femmes de tout âge, solitaires, rêveuses, volubiles, hantées ou marginales. Elles occupent tout l’espace. Surtout, j’ai eu envie d’aller chercher ma voix parmi les leurs, de la faire entendre au plus juste, de trouver un « je », au plus proche. »

Je résume

8 nouvelles, sept petites et une plus longue, Mustang, qui tournent toutes autour de la voix mais aussi des souvenirs, des pensées qui vagabondent. Une séance chez le dentiste, une amie retrouvée, un séjour aux Etats-Unis et une virée en voiture pour découvrir un nouveau continent, un enregistrement d’un poème d’Edgard Poe, une voix d’outre-tombe impossible à effacer, une fête d’après bac, une rencontre dans un cocktail et pour finir une femme de 92 ans qui a vu un étrange phénomène.

Ma lecture

Si ce n’était pas pour le Comité de lecture des Bibliothèques, je pense que j’aurai pas lu ce recueil de nouvelles car je ne suis pas très fan de cette forme car je n’y trouve pas forcément mon compte, même si quelques fois j’y ai pris plaisir, mais j’ai constaté qu’au fil du temps je n’en garde pas un souvenir marquant. Sans avoir regardé la quatrième de couverture, la première réflexion que je me suis faite en les lisant était que la voix y était extrêmement présente (bingo en la découvrant en fin de lecture c’était le but de l’auteure) par sa tonalité ou ses défauts mais également les souvenirs avec un petit défi supplémentaire auquel l’auteure s’est astreint : incorporé  « canoë » dans chacune de ses nouvelles, canoë étant une sorte de  totem  personnel (p159).

J’ai retrouvé l’écriture à la fois précise, ciselée de Maylis de Karengal mais également ses longues phrases, prenant parfois toute une page car elle écrit, elle pense dans la continuité et ne sait pas faire court quand elle développe une idée, qu’elle la fouille, la dissèque, l’analyse. Alors parfois j’ai eu du mal à retrouver l’idée de départ et ai remonté (mais pas en canoë 🙂 ) les mots pour la retrouver.

Toujours très documenté sur les sujets abordés, traités, elle explore les voix, leurs fêlures, reflets parfois  des êtres qui en sont porteurs de leurs parcours, caractères ou blessures. Un oiseau léger, évoquant la voix enregistrée d’un être aimé et disparu, qui peut se révéler à la fois réconfortante pour certains et devenir devenir insupportable pour d’autres, est certainement la plus émouvante.

8 nouvelles racontées par des femmes, 8 situations peut-être très personnelles à l’auteure mais qui réveillent en nous également des instants de vie, des situations ou des souvenirs où la voix se fait l’écho d’une émotion, d’un souvenir, une trace dans l’âme et le corps.

En résumé : j’ai aimé même si je ne suis pas sûre d’en garder le souvenir longtemps mais dans le moment c’est agréable, on ressent tout le travail d’écriture, de sa précision et finalement ce n’est pas la plus longue, celle qu’elle nomme novella, Mustang, qui sera la plus marquante pour moi mais les plus courtes : Bivouac, Nevermore, Un oiseau léger qui sont les plus représentatives du son de la voix, de sa signification et de son empreinte.

J’aime bien arriver à pied chez les gens, comme une voisine, ou quelqu’un d’assez familier pour se pointer à l’improviste, en passant. Auparavant, je tourne un peu, je prends la mesure des lieux, je reconnais les perspectives, les points aveugles et les lignes de fuite, je situe les repères. (p163)

Lecture dans le cadre du Comité de lecture des Bibliothèques de ma commune

Editions Verticales – Mai 2021 – 168 pages

Ciao 📚

5 réflexions sur “Canoës de Maylis de Kerangal

  1. Très très sympa ce billet !! J’en aime le texte, la saveur, la forme et le contenu !! je partage avec toi la confiture de mûres, les figues en quantité et le jardinage. Frustration quant aux randonnées car septembre rimant avec rentrée et boulot de lycée c’est un peu compliqué… mais j’essaie quand même !! bises et bon automne à toi (je plussoie sur l’importance de coller au temps de la nature et des saisons…)

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  2. De plus en plus les recueils de nouvelles m’attirent, c’est un genre qui permet de concentrer les histoires et le style. Je suis une fan de Maylis de Kerangal, sous toutes ses formes d’écriture. Merci pour ce billet.

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