Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

DANS LE CAFE DE LA JEUNESSE PERDUE IG

 

Quatre narrateurs (un étudiant de l’école des mines, un détective privé, l’héroïne et un de ses amants) construisent le portrait de Jacqueline Delanque ou Louki. Jeune femme ayant rapidement quitté son mari et qui flâne dans le Paris des années 50/60 en déversant ses souvenirs : une enfance difficile, un mariage raté et quelques amitiés avec des clients d’un café du quartier de l’Odéon : Le Condé.

 

Je résume

Les déambulations, dans les rues de Paris, de quatre personnages en quête d’une femme, Louki, surnom par lequel un groupe d’habitués du café le Condé ont baptisé Jacqueline Delanque. L’un en a fait son métier, il est détective privé, un autre a croisé Louki, un autre a été son amant et puis il y a Louki elle-même qui se raconte. 

Ma lecture

Nous vivons à la merci de certains silences. Nous en savons long les uns sur les autres. Alors nous tâchons de nous éviter. Le mieux, bien sûr, c’est de se perdre définitivement de vue. (p33)

Je n’avais jamais lu Patrick Modiano et l’homme, lors de ses interviews, restait pour moi une énigme car à chaque fois il était très difficile à cerner tant ses phrases ne se finissaient pas, ses mots ne venaient pas, ne semblant pas faire la connexion entre ses pensées et ceux-ci, peut-être parce qu’il voulait le mot juste, précis qui allait refléter ce qu’il voulait dire. Mais il m’intriguait et de la même manière que le thème de son roman je suis partie à la recherche de Patrick Modiano à travers un de ses romans et celui-ci, par son titre, m’a paru attrayant….

Et bien, je dois avouer que son écriture est nettement plus lisible que son expression orale. Je me suis installée et j’ai écouté trois personnes raconter Louki, cette mystérieuse jeune femme, apparue aussi subitement qu’elle a disparu dans ce café du quartier de l’Odéon et puis j’ai écouté Louki parler d’elle, enfin ce qu’elle a bien voulu dire et peu à peu tout à pris corps, forme et j’ai retrouvé ces ambiances des bars que j’ai connus à Paris, il y a longtemps, les rendez-vous non formalisés après les études ou le travail, les discussions à n’en plus finir, les avis sur tout et rien,  les liens qui se nouent et se dénouent, les zones d’ombre qui entourent certains comme elles entourent certains quartiers.

Il existait à Paris des zones intermédiaires, des no man’s land où l’on était à la lisière de tout, en transit, ou même en suspens. On y jouissait d’une certaine immunité. J’aurais pu les appeler zones franches, mais zones neutres était plus exact. (p109)

C’est tout le charme de ce roman, la déambulation dans le Paris de Patrick Modiano qu’il semble connaître sur le bout des doigts, avec ses lumières, ses ambiances, ses détails qui leur donnent vie à eux mais également à ceux qui y vivent. Et chacun à son Paris, un Paris qui n’est plus, baignant dans les souvenirs et la nostalgie de ce qui n’est plus et ne sera plus jamais comme avant.

Patrick Modiano se fait le guide des lieux, de ceux qui les hantent, parfois aussi de façon fugace  comme Louki, qui tel un fantôme continue de les hanter, eux les lieux mais également ceux qui l’ont approchée, croisée, pensant détenir un élément sur elle mais comme l’évoque l’auteur, il y a les zones d’ombres, des zones que seul les intéressés connaissent, révèlent.

Un roman choral, qui se joue de la chronologie des récits mais le lecteur s’y retrouve car, comme dans toute errance, il ne s’agit pas d’avoir des repères mais des points d’accroche pour se retrouver et dans le cas présent c’est Louki qui nous sert de guide.

Je vais approfondir le cas Modiano et j’ai sur mes étagères Place de l’Etoile, son premier roman, qui sera ma deuxième lecture de cet auteur, dont j’ai aimé l’ambiance, la mélancolie du temps d’avant, de son regard sur les ombres croisées, sur les lieux parcourus, faisant remonter en moi bien des sentiments, bien des souvenirs, sur ma jeunesse perdue mais dont j’ai également apprécier l’écriture, même si l’évocation de tous ces lieux, de toutes ces rues m’ont parfois donné le tournis……

J’ai aimé et ai envie d’approfondir son univers…..

Editions Gallimard – Septembre 2007 – 149 pages

Ciao 📚

7 réflexions sur “Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

  1. Tiens, tu me fais penser que cela fait longtemps que je n’ai pas lu Modiano, alors que j’ai plusieurs de ses titres sur ma PAL. C’est un auteur vers lequel je reviens souvent avec plaisir (« Dora Bruder » est un de mes romans préférés), mais je te rejoins sur la difficulté à le suivre lorsqu’il s’exprime à l’oral (il m’est même arrivé d’interrompre le visionnage d’une émission dont il était l’invité, tant j’avais du mal à rester concentrée…) !

    Aimé par 1 personne

  2. Il y a quelques temps aussi que je ne me suis pas plongée dans l’univers de Modiano !
    j’ai particulièrement aimé « Dora Bruder » et « Rue des boutiques obscures » (lus 2fois!)
    j’ai mis un option sur « Chevreuse » et pourtant sa prestation dans LGL m’a laissée pantoise mais on connait ses difficultés à l’oral 🙂

    Aimé par 1 personne

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