Les garçons de la cité-jardin de Dan Nisand

LES GARCONS DE LA CITE JARDINMelvil a grandi dans l’un des 138 pavillons de la cité-jardin Hildenbrandt, en Alsace. A vingt-cinq ans, sa vie se résume à un modeste emploi en mairie, quelques soirées au bar ou au lac. Et à prendre soin du paternel depuis que ses frères sont partis. Virgile, l’aîné, s’est engagé dans la Légion. Jonas, le cadet, a disparu depuis des mois. Au grand soulagement du voisinage. Car leur nom seul suffit à terroriser le quartier.
Les Ischard : irresponsables, asociaux, récidivistes. Des teignes. Mais un jour de printemps, le téléphone sonne et, dans les rues aux noms de fleurs, la rumeur enfle….Un retour est annoncé. Pour le jeune Melvil, si admiratif de ses frères et pourtant si différent, l’heure est venue de choisir l’homme qu’il va devenir.

Ma lecture

Ce roman est une immersion dans une cité-ouvrière-pavillonnaire de l’Est de la France, celle édifiée dans les années 1920 par un industriel, Ferdinand Hildenbrandt, qui voulait ainsi offrir des conditions descentes de vie, d’hygiène aux ménages en laissant l’empreinte de son nom sur une région. Mais les années ont passé, les temps ont changé et ce qui pouvait ressembler à un rêve est devenu peu à peu une concentration de misères, de trafics, d’exclusions. La cité-jardin est quadrillée de rues aux noms de fleurs mais ici les mauvaises graines ont poussé entre les pavés et portent parfois le nom d’une famille comme celle des Ischard. Les deux fils aînés : Virgile et Jonas ont quitté les lieux après des événements qui ont fait dates dans le quartier. Désormais le pavillon n’est plus occupé que par Aymé, le père, malade et son fils Melvil, 25 ans, qui, à la différence de ses frères, est resté pour s’occuper de lui, mettant ainsi sa propre vie entre parenthèses et n’ayant comme seule distraction que ses déambulations avec William souvent imbibé d’alcool et Hyppolyte, handicapé et simple, sujet de moqueries et de quolibets dans tout le quartier. Mais un coup de fil va remettre en question le frêle équilibre. Ils sont de retour…

Il y a plusieurs manières de laisser une empreinte : comme Ferdinand Hildenbrandt en édifiant un quartier ou comme une famille, celle des Ischard, avec deux frères qui ont laissé la leur d’une autre manière dans la cité-jardin avant de disparaître pendant plusieurs années. Leur retour, l’un après avoir été légionnaire et l’autre après une violente dispute va confronter Melvil aux personnalités de ses deux frères, deux inconnus, laissant apparaître violences et blessures dont il ne comprend pas la teneur car dans ses familles-là c’est à celui qui parleraon ne s’exprime pas, on impose ou on frappe et face à eux Melvil ne fait pas le poids.

Ce qui aurait pu être à la base une cité paradisiaque dans les années 20 devient un de ces quartiers-ghetto où la violence et la misère ont remplacé les bonnes intentions. La famille Ischard en est le symbole, une famille masculine où la communication est inexistante ou violente, où les sentiments ne s’expriment pas, où règnent des zones grises, celles des activités de chacun plus ou moins licites mais dans laquelle Melvil dénote par son courage à gérer un père handicapé, par sa droiture, tentant de tenir encore debout tant bien que mal une maison familiale qui se fissure. Et puis il y a les autres de la cité-jardin, les voisins qui ont toujours à dire et puis ses amis que Melvil tente de protéger de la violence d’eux-mêmes et des autres.  Ses sorties avec eux représentent une bouffée d’air même si ses deux comparses ont leurs propres souffrances que l’un noie et que l’autre cache derrière un monument.

Dan Nisand semble bien connaître l’ambiance des quartiers qui représentaient à une époque une évolution dans le cadre de vie et qui, au fil du temps, sont devenus les repères de ceux qui ne peuvent aller ailleurs, où tout le monde sait sans vraiment savoir, où tout  se colporte et il décrit parfaitement les comportements qui règnent dans ceux-ci, les lois qui les régissent, les suspicions mais également les amitiés qui peuvent s’y nouer comme peuvent s’y dérouler des haines de l’autre, des jugements sans appel. Et puis il y a cette famille délabrée, où le père n’est plus qu’une ombre, où les deux aînés sont venus se réfugier en tentant de reprendre d’anciennes habitudes, relations ou amour sous les yeux d’un Melvil peut préparer à vivre ce retour au bercail.

Un roman sociétal, réaliste sur ces quartiers abandonnés, enviés par le passé et livrés désormais à eux-mêmes. Une écriture efficace qui m’a parfois un peu gênée dans l’utilisation du « Il » puis du « Melvil » pour finir par un « Je », l’auteur faisant de son personnage central, Melvil, un héros malgré lui, celui qui tente à la fois de trouver un moyen de conserver une unité familiale, d’être un ami fidèle qui veut franchir la frontière des apparences pour découvrir se qui se cache derrière et être celui sur qui l’on peut compter et ne plus faire d’un nom une malédiction. L’environnement déteint-il sur ses habitants, y a-t-il une fatalité inévitable quand on y vit, est-ce le quartier qui fait l’homme ou les hommes qui font le quartier ?

J’ai aimé.

Lecture dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques

Editions Les Avrils – Août 2021 – 384 pages

Ciao 📚

4 réflexions sur “Les garçons de la cité-jardin de Dan Nisand

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