Le déjeuner de la nostalgie de Anne Tyler

LE DEJEUNER DE LA NOSTALIE IG Dans l’Amérique des années 1960, une famille sans histoires vit au rythme des déménagements successifs que leur impose le père, représentant de commerce. Baladés d’une ville à l’autre, les enfants se partagent entre leur mère, Pearl, une femme autoritaire et leur père, Beck, souvent absent. Le rythme est précaire mais il existe. Jusqu’au jour où le mari décide de les quitter… pour ne jamais revenir. Ne rien dire aux enfants. Leur faire croire qu’il est parti en voyage. Continuer à vivre dans l’illusion d’une vie normale. S’occuper seule des gamins, travailler dans un supermarché, et tenter de maintenir le bonheur d' »avant » vivace. Anne Tyler nous offre dans « Le déjeuner de la nostalgie » le portrait à fleur de peau d’un drame familial calfeutré, en y décortiquant leur incapacité à vivre ensemble. Jalousies, trahisons méfiance, bonheurs souvent succincts perdus le flot du désamour, symptômes d’un manque qui malgré le dévouement maternel absolu, laissera toujours entendre sa voix nostalgique.

Ma lecture

Baltimore – Pearl Tull est sur le point de mourir. Ainsi débute le roman de Anne Tyler. Auprès d’elle, dans ces derniers instants, il y a Ezra, son fils, le deuxième, car avant lui il y a eu Cody, l’aîné, et puis Jenny, la cadette. Le père et mari, Beck, représentant de commerce toujours sur les routes a pris un soir celle de la fuite : « Ce soir je pars » sans autre explication, prenant sa valise et avertissant Pearl qu’il enverrait de l’argent mais ne reviendrait jamais voir les enfants âgés entre 14 et 9 ans. Pearl ne désarme pas, elle trouvera des petits boulots et assumera cette nouvelle famille sans père, faisant en sorte de s’en sortir seule mais c’est une femme se révélant parfois violente que ce soit physiquement ou verbalement. Elle donne l’image d’une femme forte, courageuse mais ses enfants connaissent un autre visage.

C’est un roman sur l’histoire d’une famille que l’auteure s’attache à décrire, au fil des années, du départ de Beck à la mort de Pearl et à son enterrement avec un repas de funérailles aux multiples rebondissements, sur l’évolution de chacun de ses enfants jusqu’à l’âge adulte. La mère tient certes une place prépondérante de par sa personnalité, fière, égoïste parfois, que l’on pourrait qualifier par moments de bipolaire, assez autocentrée sur elle-même même si ses enfants sont une de ses priorités mais surtout pour l’image que donne « sa » famille à l’extérieur et donc d’elle.

Trois enfants, trois personnalités très différentes : Cody, à l’image de son père, qui veut être et avoir le meilleur en tout quitte à convoiter ce qui lui échappe, Ezra, le doux, le tendre, l’effacé Ezra, qui ne contrariera jamais ses proches, tentera toujours de préserver l’unité de la famille quitte à se sacrifier et Jennie, celle promise à un avenir brillant et qui mettra du temps à trouver son équilibre affectif.

Anne Tyler s’attache au fil des années à relater les relations familiales, dans ce qu’elles peuvent avoir de difficiles surtout quand la famille a brutalement éclaté, quand les faits sont constatés mais non dits, le départ du père en autre, quand la mère décide d’avoir la maîtrise totale de sa famille et de son environnement, ne laissant rien au hasard ni à la distraction, poussant peu à peu ses enfants à prendre de la distance, à se démarquer ou à souffrir eux-mêmes de certains troubles.

C’est un roman qui vous tient par la douceur de l’écriture dans l’énonciation des faits, malgré les accès de violence, malgré un affrontement familial qui s’annonce, parce qu’il relate des relations ou sentiments familiaux dans lesquels tout à chacun peut se retrouver, avoir vécu ou se sentir proche. Ce n’est pas un roman où l’action prédomine même si le climat psychologique dans lequel vit cette famille entretient une certaine tension, mais un roman sur le parcours d’une famille ballotée par la vie, les conflits intra-familiaux, les distances prises entre les enfants entre eux ou avec la mère, quatre identités et quatre personnalités.

J’ai aimé mais sans arriver à trop comprendre pourquoi, peut-être justement cette nostalgie, ce regard sur le passé familial qui nous plonge parfois notre propre vécu, acceptant ce voyage à travers le temps et laissant les caractères de chacun prendre forme peu à peu, acceptant cette immersion familiale grâce à la plume de Anne Tyler qui énonce mais jamais dénonce, elle relate des tranches de vie, il n’y a pas de regrets car à aucun moment l’un ou l’autre des personnages n’en a, l’auteure refusant de porter un jugement. C’est le constat d’une famille comme il en existe tant, avec des hauts et des bas, des relations parfois tendues, très peu de marques d’affection pure et pourtant il y a un fil entre eux, un attachement pudique, un lien résultant de ce qu’ils ont vécu sans doute, chacun réagissant différemment, héritage d’un passé et de la volonté de mener chacun à leur manière leurs propres destinées.

Traduction de Michel Courtois-Fourcy

Editions Stock – Avril 2009 – 388 pages

Proposé pour l’Objectif PAL d’Antigone

OBJECTIF PAL

Ciao 📚

15 réflexions sur “Le déjeuner de la nostalgie de Anne Tyler

  1. Tout comme Fanny : Anne Tyler me disait bien quelque chose en lisant ta chronique et effectivement mo c’est : « Un garçon sur le pas de la porte » que j’ai mis dans ma liste de mes envies mais, je vais rajouté également celui que tu viens de chroniquer.

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  2. J’ai l’impression qu’Anne Tyler écrit toujours le même livre. Attention, il ne faut pas prendre mon affirmation comme un reproche. Bien au contraire! J’aime revenir vers certains auteurs précisément parce que je sais où ils vont m’amener et que c’est là où j’ai envie d’aller. Anne Tyler en fait partie. Il y a plusieurs années, j’ai lu quatre-cinq de ses romans. Je n’ai cependant pas lu ses derniers. Moins envie de revenir vers elle? Je garde un excellent et précieux souvenir de Leçons de conduite. C’est d’ailleurs le seul titre dont j’ai parlé sur mon blogue. Bref, je suis contente que tu aies aimé cette rencontre, même si tu ignores pourquoi. Le plus important, à mes yeux, n’est pas la raison, mais le ressenti!

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