Buvard de Julia Kerninon

BUVARD IG

 

Un jeune homme réussit à forcer la porte d’une romancière célèbre, Caroline N. Spacek, réfugiée en solitaire dans la campagne anglaise depuis plusieurs années. Très jeune, elle a connu une gloire littéraire rapide et scandaleuse, après une enfance marquée par la violence et la marge. Il finit par s’installer chez elle et recueillir le récit de sa vie.

 

Ma lecture

Qui se cache derrière une plume, qui est l’auteur(e), d’où vient-il (elle) et comment est-il (elle) venu(e) à l’écriture, que reflète ses ouvrages ? Si vous aimez la littérature et tout ce qui touche aux écrivain(e)s ce roman retiendra votre attention.

Lou, 24 ans demande à Caroline N. Spacek, 39 ans, écrivaine à succès qui vit recluse dans le Devon (Angleterre) depuis plusieurs années si elle accepterait de le recevoir pour une interview. A sa grande surprise non seulement elle accepte mais ce qui aurait dû durer qu’une journée va devenir un long séjour de neuf semaines pendant lesquelles Caroline va se livrer, dans un premier temps par bribes, elle, son enfance, son parcours, ses rencontres, sa vie et comment est née sa plume, dans quelle encre elle s’est nourrit,  révélant au jeune homme ce qu’elle tenait caché, son jardin secret, les hommes de sa vie et ce qui l’a à la fois construite mais également détruite et pourquoi, désormais, elle vit à l’écart du monde.

J’ai connu Julia Kerninon avec Ma dévotion et Liv Maria, deux romans que j’avais beaucoup aimés, dont la plume douce et délicate relatait des histoires fortes et féminines, où l’amour tenait une place prépondérante même si elle s’attache aux destinées de ses héroïnes et à leurs secrets. Ce qu’elles sont, leurs choix et comment ne pas penser qu’ici elle parle également d’elle en tant qu’écrivaine d’un premier roman où, à travers Lou, elle évoque un monde dans lequel elle entre, découvre et tente de déflorer les secrets de création. 

Mais il s’agit d’un roman et son héroïne, Caroline, est entourée de mystères et après avoir lu tous ses ouvrages grâce à son amant, Piet, grand fan de l’auteure et qui l’encourage dans la voie de l’écriture, Lou va tenter de soulever le voile sous lequel désormais elle se cache. Alors certes on peut trouver étonnant la connection rapide qui se produit entre eux deux, Lou restant en « résidence » chez Caroline, partageant son quotidien durant plusieurs semaines, celle-ci acceptant peu à peu de se livrer à cet inconnu, à lui, qui ne possède aucune expérience dans le domaine de l’écriture et c’est justement peut-être les raisons pour lesquelles elle accepte l’offre, parce qu’il offre un visage pur, non travesti, afin de l’avertir, de le prévenir des influences, des répercussions, des échos qui s’insinuent à la fois dans l’existence mais également dans les œuvres d’un(e) écrivain(e) et peut-être parce qu’elle devine face à elle un jeune homme dont le passé et le destin sont similaires aux siens.

Bien sûr il y a l’enfance, le milieu social, les amours, Un Amour, celui qui la fera à la fois grandir mais qui la ravagera parce qu’on ne sait pas toujours ce qui nous attire vers l’autre, pourquoi on accepte ses absences, ses silences, ses troubles (sujet central de Ma dévotion). Elle aborde l’influence que peut avoir un écrivain sur un autre, comment ceux-ci arrivent (ou pas) à cohabiter, à travailler, à se jalouser parfois. 

J’ai mis un peu de temps à m’intéresser au contexte, à comprendre ce que les deux personnages allaient partager, ayant le sentiment d’entrer dans un puzzle dont je n’aurai pas toutes les pièces. Et puis la magie de la plume de Julia Kerninon a opéré. J’ai écouté, comme Lou, Caroline et, peu à peu, le portrait sortait du flou, elle apparaissait avec ses cicatrices, ses douleurs, ses pertes et comment tout son travail était le reflet de sa vie, de façon directe ou indirecte, comprenant que souvent les écrivain(e)s mettaient un peu (beaucoup) d’eux d’une manière ou d’une autre dans leurs ouvrages.

J’aime, comme dans les deux lectures précédentes d’elle, la manière dont elle dévoile ses objectifs, laissant le lecteur avancer à petits pas, sans brutalité, doucement, prenant soin comme Lou de prendre le temps de s’imprégner non seulement du lieu où vit celle qui sera le sujet de son article, mais également de comprendre comment elle a semé tout au long de son œuvre des traces de sa vie sans pour autant se dévoiler, ayant trouver grâce à un homme une échappatoire à une vie qui n’avait rien de littéraire.

Caroline et Lou sont animés des mêmes passions : l’amour, l’écriture mais l’une en est ressortie cabossée et l’autre n’en est qu’à ses débuts. 

J’ai beaucoup aimé.

Editions La brune au Rouergue – Janvier 2014 – 192 pages

Ciao 📚

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16 réflexions sur “Buvard de Julia Kerninon

  1. C’est son premier roman, si je me souviens bien. J’avais lu deux autres titres que les tiens (Le dernier amour d’Attila Kiss / Une activité respectable), mais à chaque fois, la magie avait opéré. Je comprends ton enthousiasme !

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