Haute société de Vita Sackville-West

HAUTE SOCIETE IGEvelyn Jarrold est une parfaite représentante de la haute bourgeoisie oisive. Sophistiquée, exigeante, elle tombe amoureuse de Miles Vane-Merrick, un député réformiste, de quinze ans plus jeune qu’elle. Mais Miles, même s’il l’aime sincèrement, se sent avant tout porté vers ses ambitions et  » l’ivresse du moment « . Qui, dans cette relation complexe, pourra rester fidèle à l’autre ?

Ma lecture

A coup sûr, pensa-t-elle, la haute société anglaise (une expression horrible, mais il fallait bien l’utiliser !) était la plus décorative de la terre. On eût dit que, depuis des générations, ils avaient été bien nourris, bien protégés, bien entraînés aux sports, et persuadés qu’ils n’avaient pas d’égaux. (p38)

Années 1930 – Angleterre – Evelyn, veuve d’une quarantaine d’années, mère de Dan âgé de 17 ans futur héritier d’une fortune et d’un domaine familial bâtit par le travail du patriarche William Jarrold, son grand-père paternel, noue avec Miles Vane-Merrick, jeune homme de 25 ans promis à un brillant avenir politique par ses idées réformistes, une relation amoureuse secrète dans un premier temps dans laquelle elle comprend tous les dangers de par leur différence d’âge, leurs situation sociétales opposées mais également par la manière dont chacun la vit : lui sincèrement mais au jour le jour et pour elle, de façon passionnée, fougueuse et exclusive même si elle comprend peu à peu que les sentiments qui l’animent ne la mèneront qu’à l’éloigner.

La haute société anglaise Vita Sackville-West la connaît bien puisqu’elle est elle-même fille d’un baronVITA SACKVILLE west dont elle ne put hériter car la loi anglaise de l’époque le lui interdisait en tant que femme. Donc inutile de vous dire qu’en tant qu’élément féminin de la haute société et à son esprit rebelle,  elle avait quelques comptes à régler avec le milieu dont elle était issue. Mais elle ne le fait pas de manière frontale mais à travers une histoire d’amour qu’elle teinte d’accents sociétaux qui seront, outre le comportement de l’héroïne et la différence d’âge, les obstacles à l’épanouissement de leur amour, se faisant même prophétesse d’un monde en perdition, celui de la haute société qui se prévaut de ses traditions, avantages, supériorité. Miles, lui-même privilégié par l’héritage d’un domaine à gérer, briguant un poste de député et auteur d’un livre avançant des idées démocratiques, est le reflet de l’avenir et de l’espoir. Oui tout les oppose mais ils s’aiment et n’ont en commun que l’amour mais cela suffira-t-il à Evelyn, acceptera-t-elle toutes ces différences,  acceptant de vivre ce qu’il lui offre et n’exigera-t-elle pas trop de Miles avec ce qui pourrait apparaître comme parfois des caprices ?

Evelyn apparaît à la fois comme une femme lucide sur sa condition, sur ceux qui l’entoure mais également une femme « folle d’amour » perdant toute raisonnement et mesure, passant par tous les sentiments amoureux : jalousie, doutes sur la durabilité des sentiments de son amant, allant jusqu’à passer par des périodes alternant passion et rupture le tout ne pouvant mener qu’au drame.

Je ne lis que très rarement des histoires d’amour mais ici ce n’est qu’un prétexte et je dois avouer que dès les premières pages j’ai été capté par le personnage d’Evelyn, par sa manière d’évoluer dans un monde où elle se sent à sa place tout en le critiquant mais dont elle est la parfaite représentante, en tirant tous les avantages, mais comprenant que même son fils, Dan, tend à vouloir s’en émanciper et refusant d’écouter et de comprendre ceux qui la mettent en garde sur son comportement. Elle veut tout : le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier.

L’autrice prend le parti de ne dévoiler que peu à peu tout ce qui unit et/ou sépare ses personnages, révélant par petites touches leurs sentiments et attitudes,  montrant à quel point ceux-ci reflètent à la fois leurs milieux mais aussi leur âge, leurs passés ou ce qu’ils entrevoient de leurs avenirs.

Ce roman est tout ce que j’aime dans la littérature anglaise : une étude non seulement sociétale mais également psychologique très fine, essentiellement du point de vue féminin, d’une confrontation entre deux mondes, celui de la bourgeoisie victorienne face à une société plus populaire ou tout du moins plus ancrée sur l’ouverture et la réalité, en particulier à travers le couple d’amis artistes de Miles, les Anquetil, et en particulier Viola, qui va devenir l’amie conseillère intermédiaire entre les deux mondes. VITA ET VIRGINIA

Même si la fin m’a paru un peu disproportionnée par rapport à l’histoire la transformant en une tragédie romanesque, j’ai beaucoup aimé à la fois l’écriture et le ton et suis ravie d’avoir deux autres de ses ouvrages :  Dark Island et Infidélités pour retrouver ces ambiances que j’aime tant. Cette autrice j’ai eu envie de la découvrir par mon intérêt à tout ce qui touche Virginia Woolf qui vécut Vita une histoire d’amour intense (qui avait, entre autre, été l’objet d’un film : Vita et Victoria) et je ne suis pas sans penser que la différence d’attitudes  entre les deux amants n’est pas sans rappeler les deux manières dont chacune vivait la relation.

Les Jarrold sont des victoriens ; et pas seulement parce qu’ils croient toute l’hypocrisie que cela représente. Ils croient aux réputations, à la respectabilité, et tiennent à sauver les apparences. Et ne pas permettre aux gens de s’amuser le dimanche (…) et condamner les femmes à faire enfant après enfant, sans se soucier de savoir si elles peuvent les nourrir (…) tout cela pour faire de l’Angleterre ce qu’elle est ! Débarrassons-nous de toutes ces idées, et de ce qu’elles entraînent, et nous pourrons nous en sortir. De nos jours, vos Jarrold sont des anachronismes. Il faut les empailler et les placer sous vitrine. (p107)

J’ai beaucoup aimé.

Traduction de Bernard Delvaille

Editions Autrement – Septembre 2008 – 271 pages

Ciao 📚

4 réflexions sur “Haute société de Vita Sackville-West

  1. De prime abord, ce roman n’avait rien pour me tenter. Déjà que je me débat en ce moment avec Orgueil et préjugés… Mais si j’en sors avec toute ma tête, je me laisserai tenter par le roman de Vita Sackville-West (il est plus court, aussi), surtout que les citations me poussent à en apprendre plus.

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