Déloger l’animal de Véronique Ovaldé

DELOGER LANIMALDans le couchant d’une ville blanche, lumineuse et brûlante, une enfant attend le retour de sa mère. Sur les toits d’un immeuble au sommet de son monde, elle perçoit les bruits d’ailleurs et ceux de l’intérieur. Mais ce soir-là, au-delà du scintillement des vagues, l’angoisse est infinie : la mère ne revient pas. Le cliquetis de ses talons aiguilles, l’éclat synthétique de sa perruque blonde, l’acidulé de ses vêtements, le velours de sa voix ne sont plus. La belle a disparu et l’enfant est perdue. Face à l’insouciance de son père, à l’inquiétante inertie des adultes, la petite Rose va réinventer l’histoire…

Ma lecture

Un court roman dont le personnage principal et narratrice s’appelle Rose, Rose la fille, 15 ans mais n’en paraissant que 7, qui vit entre Rose, sa mère et Monsieur Loyal, qui n’est pas son père mais tient la place du père.

C’était une période où je me tenais le mieux possible, où j’étais si douce et si charmante que je les entendais se demander l’un à l’autre, on ferait mieux de la retirer de l’Institut, ou bien alors je ne les entendais pas se dire ça, j’espérais juste qu’ils se le dissent, peut-être se méfiaient-ils des accalmies, ou me connaissaient-ils assez pour savoir que je pouvais pendant un certain temps tenir à distance la petite folle qui sommeillait, que je pouvais la laisser frétiller sans y toucher … (p40)

Rose regarde, écoute et tente de comprendre ce qui l’entoure : pourquoi sa mère porte une perruque, qui est son vrai père, pourquoi sa mère disparait, où est le « cirque » de son père, qui est le lion, que sait sa voisine, Madame Isis, sur sa drôle de famille. Il y a bien des choses mystérieuses et Rose se construit un monde, son monde et répond aux questions que les adultes jugent parfois inutiles de répondre mais elle le fait à hauteur de son esprit, de ce qu’elle voit et interprète et à 7 ans tout n’est pas toujours ce que l’on voit et les mots n’ont pas toujours le sens qu’on leur donne.

Petite Rose, tu imagines et tu t’es bâti un monde avec ce que tu vois, tu crois voir, tu entends ou que tu crois comprendre. Mais la vie, Petite Rose, est parfois bien plus simple, bien plus dramatique et tu vas le découvrir parce qu’à un moment il faut voir les choses en face pour pouvoir avancer.

C’est un roman étrange, à hauteur d’un petit bout de femme dont l’apparence ne correspond pas à ce qu’elle est vraiment : un esprit de moitié son âge corporel, qui navigue entre le domicile de ses parents, l’Institut et l’appartement de sa voisine. Elle est fascinante cette petite narratrice, elle nous décrit son monde pendant les 150 pages, on s’interroge, on s’inquiète et puis en 5 pages apparait la réalité, la vérité lorsque les adultes décident de lui dire réellement les choses, de ne plus la laisser vivre dans ses histoires et qu’il est temps de lui avouer la vérité, que le miroir des illusions se brise.

C’est un roman mais cela pourrait être un conte noir, tout au long du récit pèse des mystères qui s’emmêlent les uns aux autres, que Rose tente de démêler mais transcrit dans sa manière de s’exprimer, avec des dialogues qui s’intègrent à son récit, de longues phrases qu’elle livre sans respirer, afin de suivre son ou ses idées. Et justement là est apparu pour moi un petit problème :  la narration et le langage de Rose n’est pas raccord avec l’âge qu’elle est supposée avoir mentalement, les mots qu’elle utilise et même parfois ses déductions ne sont justement pas en adéquation et cela m’a gênée car il y avait distorsion entre le supposé et ce que je lisais.

J’ai aimé parce qu’il est malgré tout bien construit, on sent qu’il y a des chausse trappes et qu’à un moment où l’autre il faudra bien que cela s’éclaircisse et Véronique Ovaldé nous livre un final où chaque pièce prend sa place avec ce qu’il faut de tendresse pour Rose et pour Monsieur Loyal malgré ce que la vie parfois peut réserver.

Editions J’ai lu – Février 2009 – 155 pages

Ciao 📚

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