Je chante et la montagne danse de Irène Solà

JE CHANTE ET LA MONTAGNE DANSE IGDans un village perché en haut des Pyrénées, on conserve la mémoire des drames familiaux, des persécutions guidées par l’ignorance, des exécutions sommaires de la guerre civile. Mais rien, jamais, ne vient altérer la profonde beauté du lieu, terre propice à l’imagination, à la poésie, aux histoires transmises de génération en génération. Chaque voix raconte : d’abord les nuages, puis l’éclair qui foudroya Doménec, le paysan poète. Dolceta, qui ne peut s’empêcher de rire lorsqu’elle se rappelle avoir été pendue pour sorcellerie. Puis Sió, qui dut s’occuper seule de ses deux enfants. Puis les trompettes de la mort, avec leurs chapeaux sombres et appétissants, qui annoncent l’immuabilité du cycle de la vie. Puis le chevreuil, l’ours, la femme amoureuse, l’homme blessé par balle, et les autres. Dans ce lieu hors du temps, amitiés, mariages, deuils, naissances s’entrelacent au fil des saisons.

Ma lecture

Nous, nous étions ici. Les premiers. Bien avant les hommes et les femmes. Nous sommes arrivés les premiers et ces montagnes, ce froid, ce ciel, cette forêt et cette rivière et tout ce qu’il y a dedans, les poissons et les feuilles, c’était à nous. Nous étions les maîtres. Et alors vous êtes arrivés. Vous, les hommes dégoûtants qui tuent ce qu’ils ne mangent pas. Les hommes qui veulent tout, qui prennent tout Vous êtes venus avec vos brebis couardes, et vos vaches couardes, et vos chevaux couards. Je hurle. Et vous avez construit des villages au pied des montagnes et vous avez dit, rapineurs, que les montagnes étaient à vous. Et que nous, nous étions des étrangers, des étrangers chez nous. Et vous avez commencé à nous tuer. Seules les bêtes couardes tuent ce qu’elles ne mangent pas. (p163-164)

Que la montagne est belle, que de messages inscrits dans ses pierres, dans ses vallées, malgré les hommes, malgré les guerres et c’est cela qu’à voulu transmettre Irène Solà dans ce roman en donnant la parole à ce qui la constitue : les êtres, les animaux (ours, chevreuil, chienne), la nature (champignons), les éléments (l’eau, les nuages), les traces d’anciens combats (balles, grenades), malgré les morts, malgré les accidents, malgré les éléments (nuages). L’autrice laisse la parole à tous, car tous ont leurs mots à ajouter, leurs histoires à raconter, celles qui constituent un paysage, qui le créent (allant jusqu’à le dessiner), le modifient, l’habitent.

Il y a des histoires d’orage et d’éclair qui tue, de femmes qui donnent la vie, de celles qu’on imagine sorcières, de celles qui aiment ou détestent, d’amitié et puis il y a les chemins empruntés par les bêtes et les hommes en temps de guerre, pour prendre la fuite et retrouver l’espoir d’une vie.

Irène Solà s’immerge totalement, se fond dans le paysage pour en restituer tout le paysage, tout son amour et je dois avouer que dans la première partie du roman je me suis laissée bercer par ses histoires, parfois ses légendes qui parcourent les esprits et les lieux. Elle fait fi des époques, les mêle, les entremêle pour finir par les faire parfois se rejoindre. Mais au fil des pages j’ai eu un peu plus de difficultés, les chemins m’ont semblé plus ardus, je me suis perdue parfois au détour de personnages n’arrivant pas à les resituer, à perdre le fil de sa narration et peut-être qu’ à trop vouloir s’attacher à l’écriture, à sa poésie, à faire une construction originale et à vouloir transmettre l’amour qu’elle porte aux Pyrénées, elle m’a perdue, mon intérêt s’est envolé ne retrouvant plus le fil d’Ariane emprunté par l’autrice, j’étais ailleurs….

Cela aurait put être un recueil de nouvelles, des chroniques de déambulations de voyages pyrénéens avec les présences fantomatiques ou réelles, sa faune et sa flore mais l’autrice en a fait un roman sensoriel voulant y mettre tout l’amour qu’elle y porte mais en le construisant d’une manière un peu anarchique elle m’a fait perdre l’attachement que je prenais à certains épisodes. J’ai trop ressenti une recherche d’écriture, des divagations nébuleuses et n’étant pas versée (vous le savez) dans la pure poésie, je suis restée sur le bord du sentier, j’ai lu les mots mais j’avais perdu mes repères…… Dommage.

J’ai un peu aimé surtout pour la première partie, pour les images et l’originalité des narrations mais à force je me suis égarée alors que j’aurai bien aimé passer un peu plus de temps auprès de certains d’entre eux. Il y a de la beauté certes mais la beauté se ressent et là je n’avais qu’une hâte arriver au bout du voyage.

Lu dans le cadre d’une Masse critique privilégie de Babelio que je remercie ainsi que les Editions Seuil

Traduction du catalan par Edmond Raillard – 215 pages – Mai 2022

Ciao 📚

6 réflexions sur “Je chante et la montagne danse de Irène Solà

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