Crime et châtiment de Fiodor (ou Fedor) Mikhaïlovitch Dostoïevski

MAI TOUR D'EUROPE

Et c’est reparti pour une nouvelle saison du challenge Les classiques c’est fantastique et pour moi une deuxième année (je n’ai pas participé à la première saison et je le regrette vu le plaisir pris chaque mois à trouver le livre adéquat et surtout en sortir de ma PAL qui en contient beaucoup sans compter les découvertes faites et envies suscitées par les autres blogueuses participant à ce challenge).

Ce mois-ci Tour d’Europe de la littérature classique et j’ai choisi en premier la littérature russe non pas pour les cruels événements actuels mais pour les monuments littéraires qu’elle contient et que j’ai peu abordés car il s’agit souvent de pavés, avec des sujets sombres et je ne vous cache pas que leur grandissime réputation me faisait beaucoup un peu peur. Dans un premier temps j’avais choisi Anna Karénine mais j’avoue que les 1200 pages ont refroidi ma détermination mais il n’en reste pas moins sur mes étagères, à portée de mains.

DOSTOIEVSKI

J’ai donc opté pour Crime et châtiment et son auteur célébrissime, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881) dont j’avais découvert la plume avec L’Eternel mari, beaucoup plus court et léger mais ici le thème, de la conscience et son traitement ne pouvaient que m’intéresser voire me passionner moi qui suis toujours à me questionner…..

CRIME ET CHATIMENT IGQuatrième de couverture : Raskolnikov, un jeune homme désargenté, a dû abandonner ses études et survit dans un galetas de Saint-Pétersbourg. Sans un sou en poche, le voilà réduit à confier la montre de son père à une odieuse prêteuse sur ages. Convaincu de sa supériorité morale, un fol orgueil le pousse à préméditer l’assassinat de la vieille. Il en débarrasserait ainsi les misérables, quitte à racheter son crime avec l’argent volé.

Mais le diable s’en mêle, et le révolté se retrouve l’auteur d’un double meurtre. Ses rêves de grandeur s’effondrent. Le voici poursuivi par un juge et hanté par la culpabilité. La rédemption lui viendra-t-elle de la prostituée Sonia, dévouée jusqu’au sacrifice, ou de l’aveu de son crime ? A moins que l’expiation, tel un chemin de croix, exige le martyre de sa conscience.

Ma lecture

-Frère, Frère, que dis-tu ? Mais tu as versé le sang  ! (…)
-Et bien, quoi ! Tout le monde le verse, (…) il a toujours coulé à flots sur la terre ; les gens qui le répandent comme du champagne montent ensuite au Capitole et sont proclamés bienfaiteurs de l’humanité. (p716)

Saint Pétersbourg – Milieu du 19ème siècle : Rodia Raskolnikov (je vous donne la forme courte des noms des personnages) est un jeune homme de 23 ans qui vient d’arrêter ses études par manque d’argent. Il se ressent comme un être supérieur et décide de perpétrer un crime parfait sur la personne d’une vieille et horrible femme prêteuse sur gage à laquelle il fait souvent appel, crime comme une sorte de punition ou justice mortelle vis-à-vis de ceux qui, comme elle, abusent de la pauvreté des autres. Mais il n’y aura pas une victime mais deux car la sœur de celle-ci s’est retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

Qu’on la tue, et qu’on fasse ensuite servir sa fortune au bien de l’humanité, crois-tu que le crime, si crime il y a, ne sera pas largement compensé par des milliers de bonnes actions ? Pour une seule vie – des milliers de vies arrachées à leur perte : pour une personne supprimée, cent personnes rendues à l’existence, – mais  voyons, c’est une question d’arithmétique ! Et que pèse dans les balances sociales la vie d’une vieille femme cacochyme, bête et méchante ? Pas plus que la vie d’un pour ou d’une blatte : je dirai meme moins, car cette vieille est une créature malfaisante, un fléau pour ses semblables. (p93)

Mais une fois le crime accompli et après s’être débarrassé de l’argent et objets de valeur qu’il a trouvés chez l’usurière (l’argent, malgré sa condition, n’étant pas le but final) sa conscience le torture. A-t-il eu raison d’agir ainsi, va-t-il être découvert, doit-il se dénoncer ? La culpabilité le ronge moralement et physiquement et il cherche même à être découvert pour abréger ses souffrances allant jusqu’à envisager d’avouer son crime. Rodia apparaît comme un être fier et orgueilleux, vivant aux crochets de sa mère (veuve) qui n’hésite pas à se sacrifier pour son fils acceptant même un mariage pour sa fille, Doumia, mariage devant arranger les finances de toute la famille qui va se retrouver à Saint Pétersbourg où vont se tisser les cas de conscience pour certains, pour d’autres s choix à faire mais aussi l’enquête sur les meurtres, crises de folie, prostitution, misère, histoires d’amour et d’amitié et là je vous fais une version courte car il s’agit d’un roman complexe non seulement dans la multitudes personnages (et de leurs noms à rallonge) mais également dans les thèmes abordés et les rebondissements.

Rodia est-il sensé, intelligent ou fou ? Tout au long du roman le héros lui-même s’interroge (mais il ne doute souvent guère de sa supériorité et c’est plus les autres qui doutent de sa santé mentale et le font douter) mais nous sommes également plongés dans un roman social avec la grande misère du peuple russe où les hommes s’enivrent pour oublier la pauvreté et où les femmes sont parfois amener à se marier ou se prostituer pour survivre, n’ayant que leurs corps à monnayer ou meurent de phtisie.

A de nombreuses reprises j’ai retrouvé les thèmes traités par Victor Hugo dans Les Misérables (qui m’attend toujours) comme la pauvreté de Fantine réduite à la prostitution dans le personnage de Sonia, le policier Javert qui poursuit Jean Valjean et que l’on retrouve ici sous les traits du juge d’instruction Petrovitch, convaincu de la culpabilité de Raskolnikov et le poussant sadiquement dans ses retranchements afin de le faire avouer son crime.

Raskolnikov a malgré tout un ami fidèle en la personne de Razoumikhine qui se tiendra à ses côtés, le soutiendra et le maintiendra en vie durant ses délires et finira par tomber amoureux de la sœur de celui-ci. Il y a toute une galerie de personnages, du plus perfide, intéressé voire harceleur, jusqu’aux femmes, qui sont le plus souvent des saintes comme la mère et la sœur du héros, se sacrifiant pour lui ou Sonia, la prostituée se sacrifiant pour sa belle-mère et sa progéniture mais leurs présences ne sont qu' »accessoires » car moins fouillées ou approfondies par rapport aux personnages masculins qui tiennent le devant de la scène.

Il y a le temps du crime puis celui du châtiment : se punir soi-même, être puni par la justice des hommes ou celle de Dieu auquel Raskolnikov ne croit d’ailleurs pas ou finalement le châtiment n’intervient-il pas dès le crime commis avec la torture cérébrale qui s’impose au personnage. Lui seul connait son méfait et finalement ne maîtrise pas sa conscience qui sera sa principale ennemie et son bras vengeur.

Quelle œuvre, quel roman je dirai presque quel délire ! car il s’agit bien d’un roman où la psychologie est le socle du récit. Raskolnikov est un être torturé et tortueux : il se questionne à tout moment, il feint la maladie ou la subit (on ne sait trop par moments ce qu’il en est réellement), il hésite, il flanche puis se reprend, il se croit fort mais apparaît comme lâche, il se croit fou ou supérieur à la l’humanité et d’ailleurs pourquoi se sentirait-il coupable alors que de grands personnages, tel Napoléon, sont responsables de tueries en toute impunité ? Mais il aborde également d’autres thèmes comme la politique (socialisme), la justice et la culpabilité, les conditions misérables de l’époque, l’auteur s’attachant souvent dans la description des lieux de vie, des hardes des personnages et de la famine en oubliant jamais la trame romanesque (surtout dans la dernière partie). Il plante le décor, il décrit ses personnages physiquement, moralement en nous plongeant dans leur inconscient, ne nous laissant aucun moment de répit.

Je ne vous cache pas que les nombreuses divagations de Raskolnikov et surtout leurs répétitions m’ont paru parfois longues et répétitives mais au final elles montrent parfaitement l’état mental du personnage, frôlant ou entrant dans une folie meurtrière, culpabilisant ou se justifiant, argumentant, prenant la décision d’avouer son crime puis se rétractant etc… Il y a un souffle romanesque indéniable se mêlant à des questionnements qui m’on paru à de nombreuses reprises encore d’actualité ou prémonitoires :

C’était l’occasion ou jamais de mettre en avant la théorie moderne de l’aliénation temporaire, théorie à l’aide de laquelle on cherche si souvent aujourd’hui à expliquer les actes de certains malfaiteurs. (p740)                  

C’est une lecture exigeante mais je suis heureuse d’avoir tenu bon, d’avoir suivi les méandres et circonvolutions du cerveau du héros et ne suis pas encore capable de savoir s’il est supérieurement intelligent ou fou ou finalement un peu des deux. J’ai trouvé la dernière partie axée sur la décision prise par Rodia, son châtiment et la manière dont il le vit plutôt écourtée et nettement moins approfondie que le reste.  L’âme humaine est bien complexe et ce roman en est la démonstration magistrale…..

Il y a parfois des coïncidences dans nos lectures. J’ai lu, il y a quelques jours Crime de Meyer Levin et tout au long de ma lecture je n’ai pu m’empêcher de penser que Meyer Levin avait dû s’inspirer de Crime et châtiment pour son roman…..

Paru en 1866 le roman rencontra dès sa sortie le succès.

J’ai beaucoup aimé et si je n’avais pas trouvé parfois des longueurs il aurait été un coup de cœur.

Traduction de Victor Derély

Editions La bibliothèque du collectionneur – 762 pages – 2013

Lecture dans le cadre du challenge Les classiques c’est fantastique Saison 3 orchestré par Moka Milla et Fanny.

SAISON 3

Ciao 📚

19 réflexions sur “Crime et châtiment de Fiodor (ou Fedor) Mikhaïlovitch Dostoïevski

  1. Quel courage de t’attaquer à un tel monument ! Je ne l’ai jamais lu même si j’en ai vraiment envie. Le côté psychologique du récit est ce qui m’attire le plus et ce que tu écris me laisse entendre que je devrais être comblée. Ce ne sera pas pour tout de suite, d’autres classiques m’attendent avant (je veux notamment relire Anna Karénine que j’avais beaucoup aimé il y a une dizaine d’années mais dont je ne garde que peu de souvenirs). (Et je ne peux que t’inviter à lire Les Misérables (quel roman incroyable !))

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  2. J’adore cette littérature du XIXème, et cette espèce de théâtralité qui fait que tout semble exhaussés : les tourments, les émotions… j’avais préféré ce titre aux « Frères Karamazov », dont certains passages philo-théologiques m’avaient un peu perdue..

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  3. Je garde un très beau souvenir de cette lecture. J’étais complètement happée par les tourments de Raskolnikov, que je vivais intensément. C’en était presque éprouvant parfois. Mais je dois avoir un côté maso, j’ai adoré ^^

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  4. Quelle lecture et quel beau billet. Je me retrouve dans ton premier paragraphe ( pour le second, tu me rappelles un grand souvenir de lecture que je n’ose pas encore reprendre… ). Autant, j’ai lu Tolstoï, autant Dostoeïevki m’attend encore, je n’ai lu que des textes courts. Les Démons m’attendent, j’en crains un peu la complexité.

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