L’amant de Kan Takahama d’après Marguerite Duras

L'AMANT IGLa narratrice, c’est l’autrice elle-même. Elle a 15 ans et vit en Indochine avec sa mère, veuve et ses deux frères. Pensionnaire dans un lycée pour étudier les mathématiques, elle ne rêve que de devenir écrivain. Sur le bac qui traverse le fleuve séparant son lycée de sa pension, elle fait la connaissance d’un riche chinois. Ils tombent éperdument amoureux et commencent une relation faite d’amour et d’argent qui durera un an et demi durant lequel ils se verront régulièrement. Marguerite devra faire face à la honte, la peur, la jalousie et parvenir à trouver sa place au sein d’une famille où il est difficile de s’imposer.

Ma lecture

Merci à Antigone pour la découverte de ce roman graphique à l’esprit manga adapté du très célèbre roman de Marguerite Duras L’amant, que j’ai lu il y a très très longtemps, qui n’est pas mon roman préféré de cette auteure, je lui préfère Barrage sur le Pacifique mais que j’avais apprécié comme l’adaptation cinématographique de Jean-Jacques Annaud.

J’étais très intriguée de découvrir la manière dontt Kan Takahama, avec un esprit manga, pouvait illustrer et faire émerger de ce roman le pays, le Vietnam et en particulier Sadec, le Mékong, pays que j’ai eu la chance de parcourir du nord au sud mais aussi toute la sensualité et le climat…..

La tâche n’était pas facile car cette histoire de passage de l’enfance à l’état de femme à travers une histoire de découverte des sens et d’amour tient surtout à travers les mots mais aussi la voix de Marguerite Duras, que je ne peux m’empêcher d’entendre à chaque fois que j’aborde un de ses romans.

Le résultat est réussi : les illustrations reflètent parfaitement le pays, les couleurs, la singularité, un mélange de chaleur, de moiteur mais aussi de douceur. Elles se suffisent souvent à elles-mêmes, sans texte souvent, pour laisser planer toute la sensualité des gestes, des regards, des sensations. Les expressions des visages sont très bien rendues et laissent paraître parfois toute la souffrance et les abus (en particulier dans la famille de la jeune fille) mais aussi toute la plénitude ou violence dans les rapports des deux amants.

J’ai beaucoup aimé en début d’album la représentation de Marguerite Duras, femme âgée, interpellée sur un quai de gare par un lecteur qui l’a reconnait, sa confrontation à ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue, sans complaisance et qui se souvient de la jeune fille qu’elle était, jeune, fraîche et belle en se replongeant dans le souvenir de cette rencontre déterminante pour elle, qui l’a fait femme; Un message de l’auteure sur les circonstances qui l’ont menée à faire cette adaptation et en fin d’ouvrage celui de l’éditeur japonais pour nous faire découvrir Kan Takahama, mangaka reconnue dans son pays et recommandée par Jirô Taniguchi ce qui est un gage de qualité….

Je conseille à tous ceux qui vont apprécier ce roman graphique de se plonger ensuite dans le roman, pour en retrouver toute la magie par la plume de l’écrivaine. Il en existe deux versions : soit l’Amant soit l’Amant de la Chine du Nord qu’elle écrit à l’annonce du décès du « chinois » et dans lequel elle se livre apparemment plus sur ses sentiments de l’époque (je ne l’ai pas lu).

L’avis d’Antigone est ici….

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Traduction et adaptation de Corinne Quentin

Editions Rue de Sèvres – Janvier 2020 – 159 pages

Ciao

Dans la forêt de Lomig d’après le roman de Jean Hegland

DANS LA FORET RGRésumé

Rien n’est plus comme avant. Le monde tel qu’on le connaît semble avoir basculé : plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient.
Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au coeur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, les deux soeurs demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leur passion de la danse et de la lecture. Mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.
Ma lecture
Dans la forêt de Jean Hegland a été pour moi un roman marquant. Découvrir à la bibliothèque l’adaptation en roman graphique m’intéressait  donc. Je voulais voir comment visuellement l’auteur allait traiter le sujet de ces deux adolescentes isolées au milieu de la forêt, en mode survie, loin de toute civilisation, sans aucune autre ressource que de ce dont elles disposent dans la maison de leurs parents décédés et ce qu’elles peuvent trouver dans la forêt voisine, mais aussi leur complicité.
Rien que la couverture révèle l’ambiance du récit. La forêt omniprésente, à la fois source de vie, de joies mais aussi de dangers, si grande, si majestueuse. Je retrouve Nell qui relate dans le cahier offert par Eva, sa sœur, leurs vies, elles si proches et pourtant si différentes. Elle raconte son quotidien tout en revenant sur les faits marquants de leurs existences.
J’ai trouvé l’adaptation réussie, les illustrations délicates, uniquement « au trait » ce qui correspond parfaitement à l’esprit du récit : dépouillé, sombre parfois, offrant un rendu très délicat et esthétique, fourni dans les milles détails de leur environnement.
Il n’est pas question de comparer l’œuvre originale et cette adaptation : dans la première la plume de Jean Hegland donnait toute la profondeur des deux personnages, le climat, les tensions entre elles mais aussi les moments d’intense émotion. Ici il est plus question de sensations visuelles : Lomig parvient à faire de ce Grand roman une adaptation personnelle, fidèle et réussie, qui peut donner envie à des lecteurs de se plonger l’œuvre originale.
Un bel ouvrage dans sa conception, par la qualité des illustrations et qui parvient à retranscrire parfaitement l’esprit du roman de Jean Hegland.
DANS LA FORET 2DANS LA FORET 1
Editions Sarbacane – Août 2019 – 156 pages
Ciao