Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo lu par Dominique Reymond

AUCUN DE NOUS NE REVIENDRAAucun de nous ne reviendra est, plus qu’un récit, une suite de moments restitués. Ils se détachent sur le fond d’une réalité impossible à imaginer pour ceux qui ne l’ont pas vécue.
Charlotte Delbo évoque les souffrances subies et parvient à les porter à un degré d’intensité au-delà duquel il ne reste que l’inconscience ou la mort. Elle n’a pas voulu raconter son histoire, non plus que celle de ses compagnes ; à peine parfois des prénoms. Car il n’est plus de place en ces lieux pour l’individu.

Mon écoute

Bon je sais vous allez me dire que je choisis une période où l’on lit (écoute) en principe que des ouvrages plutôt réjouissants mais moi j’ai trouvé que c’était finalement le bon moment, parce qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise période pour lire des témoignages sur les camps de concentration, que ce soit Primo Levi ou Ginette Kolinka ou regarder des documentaires sur ce sujet (de temps en temps bien sûr) comme un devoir de mémoire nécessaire et utile non pas par morbidité ou pour me plomber le moral, non plutôt pour ne pas oublier ce que l’humain est capable de faire dans le domaine de l’horreur, ce que l’humain est capable de vivre quand il est confronté à l’horreur, de faire vivre par haine de l’autre (ou peur) et pour garder une vigilance vis-à-vis de certains courants, idées…..

Charlotte Delbo a été arrêtée et emprisonnée à Auschwitz-Birkenau puis à Ravensbrück de Janvier 1943 à Avril 1945 après avoir été arrêtée avec son mari (fusillé au Mont-Valérien) comme résistants, camps dont elle est revenue vivante. Dans ce témoignage bouleversant elle décrit les conditions inhumaines dans lesquelles vivaient, elle et les autres femmes, côtoyant la mort à chaque minute à l’ombre des chambres à gaz et des fours crématoires, suspendues à tout instant à la sanction de vivre ou de mourir, les sentiments qui les traversent, désir de tenir ou de mourir, la faim, le froid, la peur.

Charlotte Delbo était une femme de lettres et on le ressent dans le choix des mots, de la répétition de ceux-ci afin de les rendre plus forts, de donner même du rythme au récit comme par exemple dans les longues marches dans le froid, sur la brutalité des geôliers voire leur sadisme s’attachant énormément aux sentiments, pensées intimes, questionnements.

La voix de Dominique Reymond, linéaire, fluide, sans dichotomie dans les tons, neutre donne beaucoup de puissance au texte et même en lecture audio, il m’a fallu parfois faire des pauses car la narration du quotidien, des exactions perpétrées font monter en vous les images qui de toutes façons seront toujours en-deçà de la réalité vécue.

J’ai plusieurs ouvrages dans ma PAL pour tenter de comprendre comment l’humain peut-il arriver au mal absolu, à la volonté d’extermination et son ingéniosité des méthodes mises en place à cette fin et surtout, pour moi c’est très important d’essayer de comprendre (s’il y a quelque chose à comprendre) comment la conscience de ces humains les laissait en paix.

Inutile d’en dire plus. Vous l’avez compris j’ai été bouleversée par ce témoignage et dire que je l’ai beaucoup aimé pourrait sembler de mauvais goût mais oui je l’ai beaucoup aimé car il faut, je pense, beaucoup de courage à ceux et celles qui l’ont fait car cela leur demandait de revivre une période de leur vie qu’ils auraient voulu oublier, mais comment oublier ?

Editions des femmes – Antoinette Fouque – 3 h 28 – 2017

Ciao 📚

Une autobiographie de Agatha Christie

UNE AUTOBIOGRAPHIE IG« Je suis censée m’atteler à un roman policier mais, succombant à la tentation naturelle de l’écrivain d’écrire tout sauf ce dont il est convenu, me voilà prise du désir inattendu de rédiger mon autobiographie. »
Publiée pour la première fois en 1977 en Angleterre, l’autobiographie d’Agatha Christie nous permet d’entrer dans l’intimité d’une femme au destin incroyable. Sacrée « reine du crime » de son vivant, elle connut un succès mondial. C’est avec un humour ravageur qu’elle se raconte : ses souvenirs d’enfance, le naufrage de son premier mariage, sa relation particulière avec sa fille et, bien sûr, sa passion pour le suspense et la littérature… Mais ce que l’on retiendra surtout chez cette femme qui met si bien la mort en scène, c’est son formidable appétit de vivre.

Ma lecture

On se demande d’où viennent ces élans – ceux qui s’imposent à vous. Je me dis parfois que c’est dans ces moments qu’on se sent le plus près de Dieu, car il vous est donné d’éprouver un peu de la joie de la création pure, de faire quelque chose qui n’est pas vous-même. Vous êtes un peu à l’image du Tout-Puissant au septième jour, lorsque vous constatez que ce que vous avez fait est bien. (p609)

Qui était vraiment Agatha Christie ? La reine du mystère se dévoile dans cette autobiographie écrite de 1950 à 1965 et publiée en 1977, après son décès en Janvier 1976, enfin elle se dévoile je devrai plutôt dire qu’elle ne dit que ce qu’elle a envie de porter à notre connaissance car elle gardera pour elle au moins une réponse : celle de la raison de sa disparition après la mort de sa mère, Clara, et la trahison de son premier mari, Archie. Mais ne faisons pas la fine bouche, elle nous offre, dans cette autobiographie qui se lit comme un roman, beaucoup et je dois avouer que j’ai découvert une femme particulièrement sympathique.

AGATHA CHRISTIE 1Une enfance heureuse, choyée voire privilégiée auprès de ses parents, Frédérick (américain) et Clara (britannique) Miller, ayant un amour immense pour son père qu’elle perdra à l’âge de 11 ans et qui marquera la fin d’une époque, celle où l’argent ne se comptait pas. Elle était la cadette des trois enfants : l’ont précédés Madge et Monty. La maison de son enfance, Ashfield, restera son lieu privilégié de résidence et de cœur et elle gardera toute sa vie le goût des maisons, des déménagements et de la décoration.

AGATHA CHRISTIE 4Elle s’étend longuement sur son enfance et l’on ressent tout le bonheur de celle-ci, égrainant de nombreux souvenirs liés à ses jeux, son éducation, ses lectures, le personnel employé à l’entretien de la demeure. Puis elle évoque ses deux mariages : le premier avec Archie Christie, rencontré alors qu’elle n’était qu’une enfant et dont elle eut une fille, Rosalind, le second avec Max Mallowan, archéologue avec lequel elle participa à de nombreuses campagnes de fouilles principalement au Moyen-Orient qui lui permettaient d’assouvir son attrait pour les voyages mais également pour le dépaysement que lui offraient les paysages et civilisations.

Je dois avouer que j’ai été surprise par la qualité de la narration, alternant dialogues et souvenirs, la multitude de détailsAGATHA CHRISTIE 2 donnés mais également sur certaines prises de position ou réflexions que ce soit sur son travail d’écriture mais également sur l’amitié, les femmes ou même son opinion sur sa vision du traitement à appliquer aux criminels.

Sans férocité, sans cruauté, sans une totale absence de pitié, l’homme aurait peut-être cessé d’exister : il aurait été rapidement balayé de la surface de la Terre. L’homme mauvais d’aujourd’hui est peut-être le héros du passé. Seulement s’il était nécessaire à l’époque, il ne l’est plus de nos jours : il est maintenant devenu un danger pour l’humanité. (p535)

Elle se révèle comme une femme à la fois sensible mais déterminée, ironique, sélective et fidèle dans ses amitiés, observatrice de ce qui l’entoure, relevant de détails (noms, lieux etc….) pour s’en servir afin de construire ses romans, pièces de théâtre et nouvelles. Une femme curieuse de tout et en particulier des arts : elle adorait chanter, jouer du piano, à tenter le dessin et la sculpture mais avoue n’avoir que peu d’aptitudes dans ces domaines. Son poste d’infirmière durant la première guerre mondiale lui permit de manipuler des substances pouvant se révéler des poisons, devenant une spécialiste de celles-ci et que l’on retrouvera dans nombre de ses romans.

Bien sûr elle évoque son travail d’écrivaine, les règles qu’elle s’imposait pour la rédaction de ses romans, la vitesse à laquelle elle les rédigeait  (mais la présence de bonnes, nurse etc… aide), ses lieux d’écriture (n’importe où du moment qu’il y avait une table, une chaise) sans oublier de glisser ici ou là ses conseils pour devenir un écrivain à succès :

Le seul reproche que je saurais faire à un écrivain en herbe serait de ne pas avoir calibré son produit en fonction du marché (…) Si vous étiez menuisier, il serait ridicule de fabriquer une chaise dont le siège se trouverait à un mètre cinquante du sol : ce n’est pas ce que les gens veulent pour s’asseoir. (p404)

AGATHA CHRISTIE 3Mais elle ne s’est pas contentée d’une vie de femme, de mère, d’écrivaine : elle fut également une voyageuse infatigable, exploratrice-archéologue  se passionnant dans les fouilles au Moyen-Orient, passion dont qu’elle partageait avec Max.

Une autobiographie qui se lit comme un roman, certes un peu long (650 grandes pages) mais mon attention ne s’est jamais relâchée (à la différence de mes bras qui pliaient parfois sous le poids du livre) tellement elle possède l’art de la narration, restituant les dialogues et anecdotes amenant parfois des pensées plus intimes ou réflexions personnelles parfois teintées d’humour.

Il n’est pas bon de se prendre dès le départ pour un génie-né – ils sont très rares -. Non, nous sommes des artisans, les artisans d’un commerce fort honorable. Il faut apprendre les techniques, et là, dans le cadre de ce commerce, vous pourrez appliquer vos propres idées créatrices. Tout en vous soumettant à la disciple de la forme. (p404)

Certes c’est une autobiographie et elle s’est peut-être dresser un portrait flatteur mais finalement j’ai beaucoup aimé cette dame, so british, très moderne, n’écoutant que son goût dès l’enfance pour l’aventure, courant parfois après l’argent et trouvant la solution en écrivant vite fait un roman pour le faire entrer, aimant sa fille mais n’hésitant pas à l’abandonner entre des mains familiales ou domestiques pour courir le monde. Elle s’est servi de toutes ses passions pour bâtir ses romans : ses voyages dans l’Orient-Express, le Moyen-Orient, les poisons, les maisons. J’ai aimé ce ton, sans fard, vivant, abordant toutes les facettes de sa vie, avouant sa timidité dont elle n’a jamais pu se libérer et qui rendait ses prises de parole en public difficiles.

J’ai lu nombre de ses romans dans mon adolescence, les enchaînant les uns après les autres, étant à chaque fois admirative de la manière dont elle avait retenue mon attention, avait fait frissonner n’ayant parfois qu’une envie la retrouver, elle et la fluidité de son écriture sans parler de la résolution des énigmes qui me laissait sans voix…. Je pensais à chaque fois avoir trouvé la solution et à chaque fois c’était elle qui détenait le trousseau des clés.

J’ai beaucoup aimé et j’ai ressorti ma collection de recueils de ses romans achetés dans une brocante et comme pour d’autres auteur(e)s (Jane Austen par exemple) je les lirai dans l’ordre de leur écriture maintenant que je connais pour certains la petite « cuisine » de la reine du mystère et des énigmes.

Lecture faite dans le cadre du challenge Les classiques c’est fantastique Saison 2 organisé par Moka Milla et Fanny

Traduction de Jean-Michel Alamagny

Editions du Masque  – Mars 2002 – 650 pages + Bibliographie

Ciao 📚

Le consentement de Vanessa Springora lu par Guila Clara Kessous

LE CONSENTEMENT AUDIOAu milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. A treize ans, dans un dîner, elle rencontre G. , un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte.
Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin  » impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.
Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire.
V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
 » Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  » , écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Ma lecture audio

J’ai attendu avant de découvrir ce récit témoignage. J’ai laissé le temps passé, je voulais choisir le bon moment, attendre que l’on en parle moins pour presque avoir le sentiment d’être en terrain neutre,  sans à priori sur lui tout auréolé qu’il était après le séisme qu’il provoqua lors de sa sortie. Je suis souvent assez réticente à lire ce genre d’ouvrage mais le passage de Vanessa Springora à La Grande Librairie m’avait convaincue de franchir le pas car j’avais aimé sa réserve, sa pudeur et ses silences tellement plus forts parfois que les mots.

Comment ne pas être touchée par le témoignage de Vanessa Springora, par la justesse de ses propos, le poids de chacun de ses mots, le recul que le temps lui a permis de poser sur ce qu’elle a vécu et d’en faire l’analyse, sa rencontre avec G., son envoutement et surtout la manière dont celui-ci a tissé sa toile autour d’elle, abusant de sa jeunesse, de son incrédulité et tout ceci sous le regard d’adultes et de la famille consentants, acceptant.

Inutile de revenir sur les faits car qui n’est pas au courant, qui n’a pas entendu parler de ce prédateur pédophile dont, même à l’époque les agissements étaient connus et même reconnus puisque souvent invité pour ce que contenait la publication de ses écrits. 

J’ai trouvé la plume de Vanessa Springora particulièrement efficace dans l’énoncé des faits, ne masquant pas la fascination qui s’opérait sur elle par cet homme mais surtout la manière dont il opérait, comment il choisissait ses proies pour ne plus les lâcher, comment l’entourage (et en particulier sa mère) participait au rapt de sa jeunesse. Témoignage factuel sans esprit de revanche, pour elle le mal était fait, simplement de passer par l’écriture, milieu de son suborneur pour l’atteindre, que j’ai ressenti comme un acte nécessaire pour ne plus se taire, pour alerter sur certaines dérives inacceptables même quand il s’agit d’une soi-disant élite culturelle (ou autre).

Un témoignage fort, poignant par tout ce qui est exprimé, bien sûr, mais également par la manière dont elle a choisi d’écrire, étape après étape jusqu’à sa reconstruction : pesant chacun de ses mots, les faits, rien que les faits, ayant au fil du temps vu et compris ce que cette relation a détruit en elle et l’impact qu’elle a eu dans sa vie.

Il a fallu du courage pour une telle mise à nu mais le mal étant fait, prescrit, il restera utile à tous les lecteurs, hommes ou femmes, pour l’importance de la vigilance, du respect et de la protection de la jeunesse qui n’est pas toujours en mesure de comprendre ce que le mot « consentement » signifie.

Je l’ai écouté et j’ai aimé cette forme, Guila Clara Kessous collant parfaitement son timbre de voix avec le récit, oscillant avec les différents sentiments évoqués jusqu’à donner à l’ogre un effet terrifiant, certes accentué mais révélant la vraie nature de l’homme. J’ai également trouvé intéressant que l’écoute soit complétée par un entretien avec Vanessa Springora qui revient sur le pourquoi de son témoignage.

J’ai beaucoup aimé.

J’ai l’occasion de voir en replay sur France TV un document L’enfance mise à nu où apparait d’ailleurs G. et dont on comprend toute la mégalomanie dont il fait preuve mais montre également comment certains « célébrités » ont dévié et surtout l’évolution de la pensée et de la tolérance vis-à-vis d’eux. Edifiant et instructif. 

Editions Grasset – 216 pages – Janvier 2020 – Audiolib – 3 H 52

Ciao 📚

Neverland de Timothée de Fombelle

NEVERLAND IG

Neverland est l’histoire d’un voyage au pays perdu de l’enfance, celui que nous portons tous en nous. À la fois livre d’aventure et livre-mémoire, il ressuscite nos souvenirs enfouis.

Ma lecture

Incipit :

Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte. (p7)

Ce livre est inclassable. C’est à la fois des pensées, un récit personnel, une évocation du temps qui passe et surtout un retour sur les souvenirs d’enfance : un son, une odeur, une image qui parfois ressurgissent et nous replongent à la fois dans le passé mais également dans l’enfant que l’on était.

Timothée de Fombelle dans cette courte narration qui n’est ni un roman, ni un journal mais plutôt une sorte de récit autobiographique, d’un retour sur le passé, sur ces instants dont on ne se rend pas toujours compte, quand on les vit de l’importance qu’ils ont pour notre futur, mais également de la place qu’ils vont tenir dans nos souvenirs en ressurgissant parfois au moment où on s’y attend le moins. A travers des paysages, une maison, des objets mais également des images mentales personnelles, l’auteur partage avec le lecteur ses propres souvenirs en particulier auprès de ses grand-parents, nous invitant sans le vouloir à regarder par dessus notre épaule, à penser à nos propres souvenirs ou évocations et à plonger dans nos propres parfums d’enfant.

Ne vous est-il pas arrivé à vous aussi de retrouver grâce à une odeur, un bruit, la chaleur d’un été, une sensation sur le corps,  une musique de faire un voyage dans le temps et de retrouver l’enfant que vous étiez, les sensations du moment évoqué et d’avoir à la fois un regard attendri sur lui mais également sur ces moments d’insouciance où l’avenir n’était même pas à l’ordre du jour et où nous ne pensions qu’à vivre l’instant présent. Ces souvenirs peuvent ressurgir n’importe où n’importe quand et l’on comprend que ce qui était insignifiant à l’époque prendre une autre signification à l’âge adulte, il nous construit parfois, laisse une trace indélébile malgré le temps.

Neverland, à la manière du monde imaginaire de Peter Pan, nous entraîne dans l’enfance de Timothée de Fombelle, un récit très personnel que j’ai aimé mais sans vraiment y pénétrer peut-être parce que ce monde est son monde et ne peut-être qu’évocateur pour lui mais il m’a malgré tout entraînée dans ma propre enfance, avec d’autres sons, d’autres souvenirs et c’était malgré tout une lecture aux accents tendres et nostalgiques mais que je ne suis pas sûre de garder en mémoire.

J’ai aimé.

Editions De La loupe – Février 2018 – 164 pages

Ciao 📚

Trois jours chez ma mère de François Weyergans

TROIS JOURS CHEZ MA MERE IG

Le héros de ce roman, un homme désemparé, décide, le jour de ses cinquante ans, d’annuler tous ces rendez-vous afin d’essayer de savoir où il en est. Il voudrait changer de vie, de métier, de femme, de ville, et même d’époque ! « Je refuse, se dit-il, le côté vomitoire de celui qui se penche sur son passé, je veux m’élancer vers le futur ». Cependant, il ne peut s’ abolir ce passé dont il voudrait se délivrer. Il se souvient d’un voyage de deux mois, en Italie et en Grèce, avec sa femme. Ce voyage a failli les séparer, mais le souvenir qu’il en garde le rend amoureux d’elle. Et pourtant, affirme-t-il, « j’aurais passé ma vie à souhaiter vivre avec d’autres femmes qu’elle ».

Ma lecture

Je suis très rarement attirée ou séduite par les Prix Goncourt et je dois avouer que j’ai pris un certain plaisir avec celui-ci. Un écrivain qui pourrait être François Weyergans lui-même, se trouve dans une situation difficile…. Il fait peur à tout le monde et en particulier à sa femme Delphine qui ne le reconnaît plus. Il n’arrive plus à écrire, est criblé de dettes et doit faire face à ses créanciers et ses éditeurs. Il voudrait tout plaquer, changer de nom (!), de vie, de ville et pour cela envisage de passer trois jours chez sa mère, en Provence, un retour aux sources pour retrouver l’inspiration et pour se faire oublier de ceux qui le poursuivent. Ce retour vers celle qui le connaît peut-être le mieux pourrait faire un sujet de livre mais également être un retour sur soi-même, une auto-analyse de son parcours :

« Un homme très désemparé décide, le jour de ses cinquante ans, d’annuler tous ses rendez-vous afin de savoir où il en est. Il souhaite changer de vie, de métier, de femme, de ville et même d’époque. » (p136)

Il n’est finalement pas question d’un récit sur ce voyage auprès du giron maternel mais finalement un roman dans le roman, la fameuse mise en abyme, celle d’un auteur en mal d’inspiration et au bout du rouleau, la manière dont il envisage sa sortie de la page blanche et comment s’élabore un roman, d’autant qu’il est écrit sous la contrainte pour apurer les comptes, qu’ils soient financiers ou personnels. Et quoi de mieux que de se pencher sur son passé, son enfance avec l’ombre d’un père féru de cinéma, d’une mère aimante et de cinq sœurs mais également sur sa vie avec un mariage heureux, une épouse « tolérante » et complice, deux filles. Alors aurait-il finalement rien à raconter car sa vie serait parfaite. Ah si un détail : le Monsieur est irrésistiblement attiré par les femmes et multiplie les conquêtes.

Une mise en abyme à la fois sombre et parfois humoristique, voire sans complaisance sur son existence, sur son quotidien et ses amours. Et là l’auteur se dévoile totalement, peut-être même fantasmatiquement,  évoquant ses nombreuses rencontres avec parfois un côté que j’ai trouvé sans fard (même si je pense qu’il en rajoute un peu) et que j’ai trouvé par moments assez pathétique.

Ce n’est pas un livre qui me marquera durablement mais il y a en fond une sincérité que j’ai aimée. Il creuse son passé pour tenter de trouver matière à un nouveau roman, qu’il annonce partout mais qu’il peine à écrire et dont même sa mère l’enjoint de publier et ne dit-on pas qu’il faut toujours écouter sa mère et que la littérature peut sauver. Il se joue des identités afin de ne pas totalement se dévoiler ou seulement à travers peut-être le ou les hommes qu’il rêverait d’être, devenir le héros de son propre roman.

Ce qui m’a particulièrement plu c’est finalement l’écriture : il y a une sorte de jeu, de clins d’œil et à force de s’inventer des personnages l’auteur s’amuse à nous perdre dans son « délire » d’écriture, à brouiller les pistes et je dois avouer que j’ai suivi ses déambulations avec un certain plaisir. Il cherche, il creuse pour finalement aboutir à une ébauche de roman (allant jusqu’à y insérer la couverture imaginée) mais au-delà du roman, il y a également une réflexion au temps, à sa relation avec sa mère vieillissante, qui vit loin de lui et dont il admet ne pas toujours avoir pris soin d’entretenir avec elle une proximité.

J’ai aimé.

Prix Goncourt 2005

Editions Grasset – Septembre 2005 – 262 pages

Ciao 📚