Les couloirs aériens de Etienne Davodeau – Joub – Christophe Hermenier

LES COULOIRS AERIENS IG

À 20 ans, Yvan considérait les quinquagénaires comme des gars en fin de course. Et ça y est, Yvan vient d’avoir 50 ans. Il a perdu son boulot, sa mère, son père. Et si ce n’est pas la fin de la course, c’est quand même un virage un peu glissant…

Ma lecture

Quand une BD d’Etienne Davodeau sort et est présente à ma bibliothèque, je m’empresse de la découvrir car j’aime beaucoup l’ambiance et les thèmes de ses ouvrages….

La fameuse crise de la cinquantaine voilà de quoi il est question ici et quand on arrive à ce virage on peut être également confronté au deuil, à la perte de ses parents, à des changements de relations familiales et c’est ce qui arrive à Yvan. Il a récemment perdu son boulot, ses parents, a dû vider l’appartement de ceux-ci, sa femme est partie travailler à l’étranger et il ne sait pas trop d’ailleurs où il en est dans son couple. Sans compter ses enfants qu’il ne voit plus beaucoup car ils vivent loin et mènent leurs propres vies.

C’est dans le Jura qu’il trouve refuge, chez des amis et c’est l’occasion pour lui de faire une sorte de bilan de sa vie et d’imaginer un futur tout en fixant sur la pellicule les objets du passé avant que ceux-ci disparaissent faisant remonter ainsi les souvenirs, la nostalgie. Faire de la place mais sans oublier, garder des traces comme le temps en laisse sur les visages et les corps, repartir sur de nouvelles bases en empruntant d’autres chemins.

50 ans, le presque milieu d’une vie et Etienne Davodeau l’aborde avec une certaine mélancolie désabusée mais avec comme toujours une pointe d’humour et de dérision. Où sont les rêves d’antan, que sont devenus la famille, les relations, les amis ?

Dans la solitude d’un petit village de montagne, il va trouver un peu d’amour consolatoire, de l’amitié, des rencontres furtives qui vont le guider sur les routes du reste de sa vie. Ce qui est important, ce qui l’est moins et qui va se résumer finalement à quelques mots au final.

Un récit doux-amer comme la vie, à la fois tendre et mélancolique mais sans jamais sombrer dans le désespoir, Etienne Davodeau trouve toujours le chemin pour nous parler de lui, de nous, de notre monde, de notre société et de nos questionnements, de nos doutes et surtout de nos espoirs.

Après Lulu femme nue 1 et 2, Le chien qui louche et Les ignorants, Etienne Davodeau raconte en dessins mis en couleur par Joub et avec l’insertion des photographies de Christophe Hermenier une étape à laquelle nous sommes tous un jour confronté, qu’il aborde, lui, entouré de ses amis, avec la lucidité et la franchise qu’on lui connaît et la lecture est comme à chaque fois une bulle de vie, d’humour mais aussi de réflexion.

LES COULOIRS AERIENS 1LES COULOIRS AERIENS 2LES COULOIRS AERIENS 3

Editions Futuropolis – Octobre 2019 – 108 pages

Ciao

Une vie avec Alexandra David-Néel de Fred Campoy et Mathieu Blanchot – T 2 & 3

UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-NEEL TOME 2Tome 2

Alexandra fête ses 100 ans. Rêvant toujours de voyager à travers l’Europe et la Russie, elle entame pourtant une longue et sereine agonie, veillée par Marie- Madeleine. Au cours de ces 17 jours, le présent et le passé s’entremêlent, allant de l’épisode de Lhassa jusqu’à son enfance difficile, en passant par sa découverte du musée Guimet de Paris où elle passait d’innombrables heures à étudier l’hindouisme et le bouddhisme.

Ma lecture

J’avais laissé Alexandra en bien mauvaise posture à la fin du premier tome et je la retrouve toujours aussi changeante mais dans ce deuxième opus on aborde les derniers instants de sa vie jusqu’à sa mort. On découvre l’enfant qu’elle était, le non-amour de sa mère, ses fugues et espiègleries et comment elle en est venu à s’intéresser à ce qui fut ses  grandes passions : le Tibet, et le bouddhisme.

C’est un opus beaucoup plus sombre car une fin de vie n’est jamais très gaie mais aussi parce que Marie-Madeleine se retrouve seule dans cette grande bâtisse, elle prend conscience de l’attachement qui la liait à l’écrivaine mais elle a diverses missions à accomplir. Elle va aller de découvertes en découvertes en particulier avec un pan de la personnalité d’Alexandra qu’elle ne connaissait pas, la correspondance qu’a entretenue le couple Néel pendant des années.

Comme j’avais beaucoup aimé le premier tome d’Une vie avec Alexandra David-Néel, je me suis précipitée pour découvrir la suite de la biographie en bande dessinée de cette prodigieuse et surprenante aventurière au caractère bien trempé, parfois désagréable mais aussi l’histoire de celle qui l’accompagna pendant ses dix dernières années, Marie-Madeleine Peyronnet, la narratrice.

Toujours aussi richement documenté, toujours avec une qualité d’illustrations qui reflètent parfaitement à la fois les deux temporalités : le passé d’Alexandra David-Néel et le quotidien à Samtem Pzong, la maison de Digne où elle vécut avec Marie-Madeline, à la fois sa garde malade, gouvernante, secrétaire, souffre-douleur etc…. D’un côté des couleurs vives, lumineuses et de l’autre, un dégradé de couleurs plus sombres reflétant l’humeur de cette voyageuse désormais immobilisée.

Toujours aussi passionnant, toujours aussi richement documenté avec les informations de fin d’ouvrage et en particulier la découverte du Musée  des Arts Asiatiques – Guimet à Paris dans lequel on peut découvrir des objets ramenés par Alexandra David-Néel de ses voyages et qu’elle a légués.UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-TEEL T2UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-NEEL TOME 2 IMAGES 2

Editions Grand angle – Février 2017 – 96 pages

Tome 3

UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-NEEL TOME 3Après la mort d’Alexandra David Néel, Marie-Madeleine, qui l’a assistée et supportée pendant dix longues années, se heurte au manque de moyens. Et des moyens, il lui en faut pour respecter les dernières volontés de l’exploratrice : disperser dans le Gange ses cendres et celles de son fils adoptif, le lama Yongden. Pour offrir ce dernier voyage à Alexandra, Marie-Madeleine va se lancer à corps perdus dans la publication de la correspondance de celle qui a été la première femme lama. L’occasion pour elle de se remémorer de nombreuses anecdotes émouvantes et inédites avec la grande et complexe Alexandra David-Néel.

Ma lecture

Dans ce dernier opus Marie-Madeleine accompagne les cendres d’ Alexandra et de son fils adoptif Yongden afin que celles-ci soient dispersées dans le Gange. Nous la suivons dans la découverte de l’Inde dont elle a tant entendu parlé par l’aventurière mais c’est également un voyage dans le temps pour retrouver Alexandra elle-même dans ses propres voyages en 1894 et 1911. Chacune ses observations, ses ressentis et peu à peu Marie-Madeleine va comprendre ce qui animait cette femme au parcours exceptionnel, au caractère indomptable et va trouver un sens à donner à ses souvenirs.

Comme pour les deux autres tomes, ce troisième volume est un petit bijou à la fois visuel mais aussi par son contenu, les informations fournies, les regards lucides et parfois humoristiques d’un pays, d’une femme et je dirai même de deux femmes car Marie-Madeleine est également une femme tout à fait passionnante. Comme on le dit souvent qu’importe le but c’est le chemin qui compte….

J’ai beaucoup appris même si je connaissais un peu de la vie de l’exploratrice, aux multiples facettes : avant-gardiste, libre, volontaire, lucide, indépendante et j’ai en plus voyagé dans ce Tibet lointain, inaccessible pour beaucoup et mystérieux.

Malgré l’alternance des temporalités heureusement identifiables par les couleurs, l’abondance de textes nécessaires pour suivre le cheminement de ce parcours hors norme, on plonge dans ce voyage initiatique passionnant, respectueux des personnages, de leurs réalités et de leurs histoires, permettant de remettre sur le devant de la scène cette femme, quoiqu’on en pense, exceptionnelle, avec certes une personnalité assez « particulière » mais que j’ai trouvé malgré tout attachante sous des dehors revêches. Mais ne fallait-il pas avoir une telle carapace pour vivre et obtenir tout ce qu’elle a voulu faire et voir…..

UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-NEEL T3

Editions Grand Angle – Septembre 2018 – 88 pages

Ciao