Une vieille maîtresse de Jules Barbey d’Aurevilly

UNE VIEILLE MAITRESSE

Un homme, Marigny, pris entre une sylphide et une catin. La sylphide, c’est sa femme, Hermangarde ; la catin : Vellini, une espagnole qui n’est même pas belle mais qui a empoisonné le cœur, le sexe et le sang. Marigny, retiré dans le Contentin, s’est juré de rompre. Mais, un jour qu’il se promène à cheval le long de la mer, il retrouve Vellini ; et la pure Hermangarde, dans des scènes les plus « diaboliques » de l’œuvre de Barbey, sous une effroyable tempête de neige, assistera, collée à la fente d’une fenêtre, aux furieux ébats du couple et manquera d’en mourir. « Tu passeras sur le cœur de la jeune fille que tu épouses pour me revenir ! » avait prédit la Vellini.
Publié en 1851, le roman fit scandale mais Théophile Gautier déclara : »Depuis la mort de Balzac, nous n’avons pas encore vu un livre de cette valeur et de cette force. »

Ma lecture 

Paru en 1851, ce roman est le roman de l’amour mais également de l’emprise. Celle d’une femme, la vieille maîtresse, la Mauricaude comme on la surnomme, la Vellini, cette vieille maîtresse non pas uniquement par l’âge, quoi que plus toute jeune, mais par la durée de sa liaison avec Rony de Marigny. Ce dernier a multiplié les conquêtes mais lui est toujours revenu et lorsqu’il lui annonce qu’il se marie avec la belle et innocente Hermangarde, avec qui il partage un amour sincère et qui lui apporte également une aisance financière, elle lui prédit que cette union ne changera rien à leur lien qu’elle appelle amour mais qui ressemble presque à un ensorcellement tant ils sont unis, pour toujours, quoiqu’il fasse.

Deux femmes que tout oppose, tout différencie, l’une au tempérament de feu, au physique peu plaisant, prête à tout pour garder une place privilégiée dans le cœur de son amant et l’autre, jeune, jolie et tendre, qui tombe sous le charme de Rosny et qui fera les frais d’un mariage, certes d’amour, mais dont l’ombre et la présence de la maîtresse et de l’attirance de son époux pour celle-ci mettront en péril.

L’auteur utilise nombre de procédés pour nous conter cette histoire d’amour diabolique. Il y a les gens de l’entourage : parents, ami(e)s ou commères, mais également échanges épistolaires pour retranscrire les ressentis de chacun. L’auteur dresse ainsi un portrait de chacun de ses personnages,  leur concédant une sincérité dans leurs sentiments, même la Vellini qui n’hésite pas à user de stratagèmes pour garder Rosny près d’elle. Mais elle a des arguments : un passé de dix ans avec lui, émaillé d’un deuil douloureux et même si Rosny joue la carte de l’honnêteté que ce soit avec sa maîtresse mais également avec sa future belle-famille, rien n’y fera : les deux amants sont comme les deux pôles d’un aimant qui s’attirent dès qu’ils sont en présence l’un de l’autre.

Avec une écriture très riche, imprégnée des décors de la Normandie natale de l’auteur dans la deuxième partie avec tout ce que l’environnement peut offrir de violence, de mer déchaînée comme le sont les sentiments et l’issue que l’on pressent, l’histoire se déroule sous nos yeux, très imagée avec ce qu’il faut de revirements grâce à l’intervention des personnages secondaires servant d’agents de liaison.

On ne peut détester l’un ou l’autre des protagonistes, ils sont tous sincères dans leurs sentiments, même si la Vellini endosse le mauvais rôle, celle de la maîtresse bafouée, abandonnée et diabolique dans son obstination à se rapprocher du couple, utilisant tous les moyens pour continuer à exister et prendre le dessus dans le cœur de son amant.

L’auteur s’attache à la personnalité des personnages, avec une maîtresse tour à tour ensorceleuse ou sorcière, devenant provocatrice et sensuelle, faisant de Rosny son jouet, lui-même ne comprenant pas toujours pourquoi il succombe à chacune de ses réapparitions, se retrouvant dit-il sans volonté face à elle alors qu’il est sincère dans ses sentiments avec son épouse celle-ci n’usant d’aucun stratagème pour lutter contre sa rivale, allant presque jusqu’à se sacrifier.

Les personnages secondaires reflètent à la fois les bruits des salons parisiens de l’époque, où tout se disait, se savait ou s’inventait  mais également l’ambiance du pays normand donnant à l’ensemble un roman tragique et passionnel où les personnages se déchirent et courent vers un destin inévitable avec des scènes où la nature et sentiments se mêlent. Trois visages de l’amour : la fougue, la fragilité et l’homme déchiré entre deux femmes.

J’ai eu parfois un sentiment de quelques longueurs, de redites par la reprise de certains événements par d’autres narrateurs ou procédés de narration mais cela vient peut-être également du fait que j’avais hâte de découvrir l’issue de cette double histoire d’amour. Le désarroi de Rosny, partagé entre deux femmes, une qu’il aime et une autre à laquelle il ne peut résister, m’a touchée et l’écriture de Jules Barbey d’Aurevilly donne au roman un souffle à la fois de romantisme, d’aventure et de dramaturgie propre à ce genre de récit avec un final en total accord avec le fond de l’histoire.

Un classique de la littérature française que j’ai aimé découvrir et qui fait scandale à sa sortie par son audace…

Editions TUM/Grands caractères – Novembre 2020 – 640 pages

Ciao

Le grand Meaulnes de Alain Fournier (lu par Christiane Jehanne)

LE GRAND MEAULNES AUDIOA la fin du XIXè siècle, par un froid dimanche de novembre, un garçon de quinze ans, François Seurel, qui habite auprès de ses parents instituteurs une longue maison rouge -l’école du village-, attend la venue d’Augustin que sa mère a décidé de mettre ici en pension pour qu’il suive le cours supérieur: l’arrivée du Grand Meaulnes à Sainte-Agathe va bouleverser l’enfance finissante de François…

Mon écoute

Ce livre a, dans ma mémoire, une histoire….. Plus jeune une amie m’avait dit son enthousiasme à sa lecture et je ne sais pourquoi, ce qu’elle me disait à l’époque -de ce « petit » livre en format poche,, je m’en suis fait une idée d’ennui, de langueur et donc jusqu’à ce jour je ne l’avais jamais lu. Alors certes je ne l’ai pas lu mais je l’ai écouté avec beaucoup d’intérêt et dès les premières pages, la voix de Christiane Jehanne m’a emportée sur les chemins du Cher, en Sologne, sur les terres de François Seurel et d’Augustin Meaulnes, terres natales d’Alain Fournier.

Ce roman, un classique de la littérature française et le seul d’Alain Fournier puisqu’il paraît en 1913 et que l’auteur décèdera en 1914 dans les premiers combats de la première guerre mondiale, retrace l’amitié des deux jeunes gens mais également la quête d’Augustin Meaulnes pour retrouver Yvonne de Galais, aperçue pendant un bal costumé dans un lieu mystérieux, inconnu et impossible à retrouver. Mais Augustin est un homme d’amour et d’honneur. Ayant fait une promesse à un jeune bohémien c’est deux recherches qu’il va mener : celle de retrouver Yvonne mais également tenir la promesse faite au bohémien.

C’est un roman charmant qui possède beaucoup de qualités, à mon avis. Il a le charme de ces romans qui décrivent la vie d’une époque,  ses usages et ambiances, avec en particulier l’école de Monsieur Seurel, père du narrateur où exerce également sa mère, Millie. Sans lourdeur mais très habilement l’auteur glisse ce qu’il faut de détails pour imaginer le décor.

L’auteur glisse habilement plusieurs intrigues, des ellipses narratives qui entretiennent le mystère, les interrogations pour finalement se révéler en fin de roman avec ce qu’il faut de coïncidences, de romance mais également de drames pour en faire une construction littéraire parfaitement réussie.

Il y est donc question d’amour mais aussi une belle histoire d’amitié et d’aventures entre deux jeunes hommes, François et Augustin Meaulnes, ce grand Meaulnes qui impressionne tant le narrateur par son côté aventureux, chevaleresque et à la belle âme.

J’ai passé un délicieux moment à les suivre, à découvrir les différents secrets qui entourent ce domaine mystérieux ainsi que ses habitants, à parcourir les chemins avec eux et à imaginer le bal costumé au Pays perdu. J’ai aimé la délicatesse avec laquelle l’auteur décrit que ce soit les scènes du quotidien mais également l’admiration de François pour ce Meaulnes qui va le sortir de sa vie habituelle mais aussi l’attachement de l’auteur aux villes et paysages de son enfance, que ce soit Nançay ou La Chapelle d’Angillon.

Mais pourquoi je ne l’ai pas lu plus tôt ayant cette fausse idée de ce qui s’y trouvait mais  je suis ravie d’avoir enfin passé outre mes aprioris et j’ai trouvé la voix de Christiane Jehanne totalement adaptée au récit et à son ambiance.

J’ai jeté un coup d’œil sur la biographie de l’auteur et ai découvert qu’il avait été lui-même amoureux d’une Yvonne déjà fiancée à un autre homme, je pense qu’il s’est peut-être (sûrement) inspirée de cet amour impossible pour créer le personnage d’Yvonne de Galais mais aussi des terres de son enfance dans le Berry.

J’ai beaucoup aimé.

Librivox 

Ciao