Le messager de Leslie Poles Hartley

LE MESSAGER IG

1900 –  Léo, un garçon issu d’une famille modeste, est invité par son camarade d’internat à venir passer les vacances d’été dans sa famille de l’aristocratie britannique, dans le Norfolk. Il devient le messager d’abord ravi puis réticent entre la ravissante fille aînée de la maison, Marian, fiancée à un vicomte, et son amant clandestin, un fermier, Ted Burgess. Le jeune Léo, un peu désœuvré dans ce château, fait la connaissance de Ted Burgess qui le charge de remettre un billet à Marian. Il devient donc en quelque sorte le « messager du couple » tout en gardant le secret sur cette correspondance. Cependant la mère de Marian surprend Marian et Ted dans une grange voisine.

Ma lecture

Le passé est un pays étranger : on y fait les choses autrement qu’ici. (incipit)

Ainsi débute le roman narré à la première personne par l’enfant, Léon Colston, devenu un homme de plus de 70 ans, retrouvant son journal rédigé alors qu’il n’avait que 12 ans, pendant un été étouffant, durant lequel il passa quelques jours de vacances chez son meilleur ami, Marc Maudsley, dans la propriété de sa famille, Branham Hall, famille d’un rang supérieur au sien et où sont survenus des événements auxquels il fut mêlé.

Revisiter son enfance et retrouver les sensations du jeune âge mais en les analysant également avec le recul des années voilà ce dont Leslie Poles Hartley traite dans ce très joli roman dont Ian Mc Ewan ne cache pas de s’être inspiré pour la rédaction de Expiation et cet aveu à un peu gâché mon plaisir car Expiation a été un très beau moment de lecture dont je garde en mémoire tout le charme.

Leslie Poles Hartley, dont j’ai lu Eustache et Hilda tome 1 et tome 2 et dont j’attends avec impatience le tome 3 (prévu en Juin 2022), a publié ce roman en 1953 et axe son récit sur deux tons : celui de l’enfant qu’il était, très préoccupé par lui-même, le regard que l’on porte sur lui, la découverte d’une classe sociale aisée dont il est fier d’être assimilé pendant ce séjour mais également sur le regard de l’homme devenu adulte et qui revit les faits en portant un jugement sur l’enfant qu’il était. Il redonne au Léon de 1900 ses pensées, ses sentiments mais en déduit, maintenant qu’il est adulte, tout ce qu’il n’avait pas vu, compris, de ce qui se jouait en coulisses, entre adultes et c’est cette complémentarité parfaitement maîtrisée qui fait tout l’intérêt. 

Dans ce roman emprunt de tendresse et d’indulgence vis-à-vis de l’enfant qu’il était, le narrateur s’attache à refaire pas à pas, degré par degré (telle la chaleur de cet été), les étapes qui vont peu à peu mener au drame qui fera que cet été ne pouvait que déboucher sur un orage. On suit Léon dans ses tergiversations, ses hésitations mais également, grâce aux notes prises par l’enfant, ses manies et obsessions sur les températures, les rites qu’il observe, se sentant depuis longtemps en possession d’une maitrise sur le déroulé d’événements, se croyant détenteur de pouvoirs magiques et que le rôle de messager entre deux personnes va le conforter. 

Confronter le monde des adultes et leurs règles que ce soit de bienséance mais également de classes sociales à travers le regard porté par un pré-adolescent sur un monde dont il ne comprend pas toutes les subtilités, les sous-entendus, la portée des actes ne se fiant qu’à son instinct où ce qu’il pense être le mieux d’abord pour lui mais également pour ceux à qui il veut plaire est finement suggéré d’autant que l’homme adulte y ajoute ses propres réflexions.

Léon est subjugué par le monde qu’il découvre et ceux qui l’habitent, y trouvant son héros à travers le personnage du vicomte Hugues de Trimingham, revenu défiguré de la guerre des Boers et prétendant de Marian mais également un éveil à ses sens à travers celle-ci sans voir que tous l’utilisent d’une manière ou d’une autre pour obtenir ce qu’ils recherchent.

J’ai beaucoup aimé ce regard sur l’enfance, très juste, y incorporant les joutes verbales entre Marc et Léon, faites de rivalités amicales mais également rapports sociaux très marqués, entremêlant l’insouciance des jeux mais également l’observation du monde des adultes,  leurs caractères et attitudes vus à hauteur d’enfant mais complétés par le recul de l’âge, les manipulations psychologiques des adultes sur Léon pour obtenir ce qu’ils souhaitent et dont celui-ci ne voit pas le but. pour comprendre la vie et l’avenir qui l’attend,  acceptant de refaire le chemin de cette période de sa vie.

Que j’aime la littérature anglaise et la manière dont ses auteur(e)s ont de retracer à la fois les clivages sociaux mais également la psychologie des êtres en les mêlant à une intrigue que nous devinons, certes, assez vite mais qui n’est que le prétexte à évoquer, dans le cas présent, l’enfance à la fois dans son innocence, ses premiers émois et le regard qu’elle porte sur les « grands » par l’âge que ce soit par l’âge ou le milieu.

Qu’il est doux et difficile le temps de l’enfance où tout pourrait paraître sans importance mais qui parfois est lourd de conséquences.

J’ai beaucoup aimé.

LE MESSAGER FILM

 

Joseph Losey a adapté ce roman au cinéma en 1971, musique de Michel Legrand avec Julie Christie et Alan Bates dans les rôles principaux.

 

Traduction de Denis Morrens et Andrée Martinerie

Editions Belfond – Avril 2019 – 390 pages

Ciao 📚

Le vent dans les saules de Kenneth Grahame illustré par Chris Dunn

LE VENT DANS LES SAULES

Quatrième de couverture

En cette belle matinée de printemps, quand M. Taupe décide de partir en promenade pour découvrir le vaste monde, il est loin de se douter de ce qui l’attend ! De la rivière de Rat à la tanière de Blaireau en passant par le manoir de Crapaud, que de péripéties en perspective…..

Ma lecture

Je n’avais jamais entendu parler de ce classique de la littérature jeunesse anglaise (écossaise) publiée en 1908 et pour la première fois en France en 1935. Ce qui m’a poussée à le choisir lors de la dernière Masse Critique ? Sa couverture si bucolique, si charmante avec son côté vintage et puis un classique anglais réédité que je ne connaissais pas cela ne se refuse pas et j’étais curieuse de savoir à quoi tenait son succès et sa longévité à travers les années…..

L’action se déroule sur les bords de la Tamise et les héros sont Mr Taupe, Mr Rat, Mr Blaireau et l’impossible Mr Crapaud sans oublier d’autres petits habitants des rives du célèbre fleuve. C’est une jolie histoire d’amitié entre ces quatre personnages au caractère bien défini : l’un est doux et mélancolique, Taupe, Rat, l’optimiste, quant à lui est très attaché à sa vie dans sa maison sur les bords du fleuve, le troisième, Blaireau, est un peu bourru et n’aime guère qu’on le dérange mais pour ses amis il est toujours disponible et prêt à trouver une solution à tous les problèmes et puis il y a Crapaud le riche héritier qui vit dans le chateau de ses aïeux et qui ne perd pas une occasion de se faire remarquer que ce soit quand il prend le volant de sa voiture, se mettre en avant ou pour jouer un tour aux autres.

Et la vie pourrait être tranquille le long du fleuve mais c’est sans compter sur Crapaud qui va découvrir qu’il est important d’avoir de bons copains quand on ne réfléchit pas, comme lui,  aux conséquences de ses actes et que sans eux il aurait pu perdre à la fois sa liberté mais également son domaine sans compter qu’il peut mettre en danger ses amis. Mais tous pour un, un pour…… lui seulement tant Crapaud est égoïste et vantard.

C’est une jolie histoire où animaux et humains se côtoient et sont sur le même pied d’égalité, où de par les personnalités de chacun l’auteur aborde différents thèmes comme l’amitié, la peur, la témérité ou l’entêtement mais également les beautés de la nature, de son chez soi, de la convivialité et de l’aventure.

Que ce soit chez les animaux comme chez les humains, les aventures se ressemblent mais il est judicieux d’entrer dans le monde animal vivant à la manière humaine pour faire passer des messages auprès des enfants et la richesse à la fois de l’histoire mais également des illustrations en font une lecture idéale au coin du feu quand justement le froid nous éloigne de la nature. En ouvrant ce très beau livre, on pousse également la porte des terriers et l’on découvre que leurs habitants ont des intérieurs cosy, aiment à s’y retrouver entre amis et n’hésitant pas à se lancer à l’assaut de ceux qui chercheraient à les en déposséder, le tout avec une morale sous-jacente : vouloir s’entêter et ne pas réfléchir avant d’agir ne peut attirer que des soucis et des conséquences qu’il faut assumer sans compter que la vantardise est bien mauvaise conseillère et se retourne souvent sur celui qui la professe.

Je comprends qu’il puisse plaire à la jeunesse (mais également aux adultes) d’autant que dans l’édition reçue il est agrémenté de ces très jolies illustrations de Chris Dunn qui enjolivent et aèrent le récit  à la mode du début du XXème siècle et confèrent à l’ensemble tout ce qui fait le charme d’antan et méritent qu’on s’y arrête tant elles sont riches de détails, de nuances et d’atmosphères.

J’ai beaucoup aimé.

LE VENT DANS LES SAULTES 1

Je remercie les Editions Caurette et Babelio pour cette lecture dans le cadre d’une Masse Critique Jeunesse

Traduction de Gérard Joulié

Editions Caurette – Octobre 2021 – 184 pages

Ciao 📚

Les classiques c’est fantastique …. Mais ce mois-ci cela n’a pas fonctionné quoique…..

QUAND L'HISTOIRE RACONTE L'HISTOIRE MOKA

Ce mois-ci le thème des Classiques c’est fantastique orchestré par Moka Milla et Fanny était Quand l’histoire raconte l’histoire : Les événements historiques vus à travers le prisme de la littérature. Mon choix des classiques à lire ayant été fait dès la liste des thèmes établie, je me suis lancée assez confiante dans l’histoire avec un grand H.

RECITS HISTORIQUES ABANDON

J’avais privilégié des ouvrages de ma PAL (lier l’utile à l’agréable) et il y avait un énorme pavé Le pavillon des Cancéreux de Alexandre Soljenitsyne qui m’a semblé une évidence mais j’ai cru avoir à lire l’Archipel du goulag qui me semblait totalement correspondre au thème (par moment mon cerveau bug)

LE PAVILLON DES CANCEREUX

J’avais déjà fait connaissance avec cet auteur avec Une journée d’Ivan Dessinovitch il y a quatre ans avec un ressenti identique pour cette lecture mais à la différence qu’il s’agissait d’un roman beaucoup plus court et qui se déroulait sur une journée.

Ici il s’agit d’un récit choral qui se déroule au sein d’un service de cancérologie de 1963 à 1967. Je vous mets le résumé de Babelio ci-dessous :

En 1955, au début de la déstalinisation, Alexandre Soljenitsyne est exilé dans un village du Kazakhstan après huit ans de goulag. Il apprend alors qu’il est atteint d’un mal inexorable dont le seul nom est un objet de terreur. Miraculeusement épargné, il entreprendra quelques années plus tard le récit de cette expérience.
Au  » pavillon des cancéreux « , quelques hommes, alités, souffrent d’un mal que l’on dit incurable. Bien que voisins de lit, Roussanov et Kostoglotov ne se parlent pas. Pour l’un, haut fonctionnaire, la réussite sociale vaut bien quelques concessions. Pour l’autre, Kostoglotov, seule compte la dignité humaine. Pour ces êtres en sursis, mais également pour Zoé la naïve, Assia la sensuelle, Vadim le passionné, c’est le sens même de leur vie qui devient le véritable enjeu de leur lutte contre la mort.

Je n’ai rien à reprocher à l’écriture qui est très accessible et j’ai même pris du plaisir dans la première moitié du roman (j’ai abandonné à la page 404) mais que c’était long et déprimant d’écouter les propos des malades, médecins, infirmières, cela n’avançait pas, tournait en rond et je dois avouer également que je me perdais dans les différents intervenants (et leurs noms) car non seulement il est question de la maladie, des traitements mais également des différentes classes sociales qui se retrouvent au sein du service sans différenciation de traitement, les deux principaux étant Roussanov représentant le « bon élève » du parti et Kostoglotov, le lucide et le réactionnaire mais également des voix féminines à travers une chef de service ou une infirmière sans oublier une ébauche de romance entre l’un des malades et une infirmière

Mais l’intérêt du récit tient surtout à l’exploration non seulement du fonctionnement d’un service de cancérologie où quelque soit l’origine sociale chacun se retrouve face au mal et les différentes manières d’y réagir vis-à-vis des traitements mais également de la mort. Le fonctionnement du système politique après la seconde guerre mondiale n’est pas mis de côté car certains personnages ont été prisonniers dans des camps mais une fois sortis des camps les exactions ne sont pas arrêtées là car certains ont dû faire face à la relégation ou au bannissement et d’autres ont dénoncé des personnes pour en tirer avantages, grimper dans l’échelle dirigeante, avoir le sentiment d’un certain pouvoir, craignant désormais de subir des représailles, l’action se situant au moment de la déstalinisation.

SOLJENITISYNEAlexandre Solejnitsyne ayant lui-même été atteint à deux reprises d’un cancer a mis, je pense, beaucoup de lui-même dans ce roman, fournissant nombre de détails sur le déroulé des traitements, le ressentiment en tant que malade et les réactions de chacun des occupants de la salle commune mais également sur l’observation des équipes de traitants et personnel d’entretien, montrant le manque de moyens dont disposent les hôpitaux mais également la charge mentale d’une cheffe de service devant faire face à des hommes tout puissants.

Mais j’ai corné la page où je me suis arrêtée car je n’abandonne pas l’idée de le reprendre un jour, là où je l’ai abandonné, car même si l’ambiance me minait le moral mais surtout la lassitude des récits de chacun d’eux que j’avais bien du mal à situer en dehors des deux personnages principaux, j’ai trouvé l’écriture vivante et même parfois très belle (je vous mets quelques extraits ci-dessous) je me suis rendue compte que j’avais du mal à le reprendre et à m’y intéresser. Les pavés ne me font pas peur mais il faut qu’ils m’invitent à tourner les pages, qu’il y ait de quoi susciter soit ma curiosité (et ici c’était le cas) mais qu’également je n’ai pas un sentiment d’ennui, de longueurs.

C’est un ouvrage ambitieux qui traite à la fois d’une maladie où la mort était à l’époque le plus souvent la seule issue, mais également d’un mal, celui d’un régime politique totalitaire avec ce qu’il entraîne comme comportements chez les hommes mais qui, pour ma part, aurait peut-être gagné à moins de personnages pour pouvoir mieux les identifier.

Ce n’est pas une lecture difficile en soi et même instructive mais c’est finalement la longueur et la quantité de narrateurs qui font que j’ai eu envie de les laisser à leurs tristes sorts pour la plupart d’entre eux mais je leur rendrai peut-être une visite, plus tard pour savoir ce qu’ils sont devenus, car il y a une fine analyse non seulement psychologique mais également sociétale et humaine.

Non, pas à vie, à perpétuité ! insistait Kostoglotov. Sur le papier c’était écrit en toutes lettres : à perpétuité. Si c’était à vie, alors on pourrait au moins rapatrier mon cercueil par la suite, mais c’est à perpétuité – c’est sûrement interdit de ramener le cercueil. Le soleil pourra s’éteindre, ça n’y changera rien à rien, l’éternité, c’est encore plus long…. (p263)

Et voici que maintenant commençait une nouvelle époque, trouble et malsaine, où il fallait rougir au souvenir de ses plus beaux actes de civisme ! Ou même craindre pour soi ! (p299)

Roussanov lui jeta un regard sauvage et il eut alors la sensation cuisante qu’il ne pouvait plus tourner la tête sans tourner le torse tout entier, comme Ephrem. Cette excroissance affreuse à son cou appuyait en haut sur sa mâchoire et en bas sur sa clavicule (…) Là entre sa mâchoire et sa clavicule, il y avait son destin. Son tribunal. Et devant ce tribunal, il n’avait plus ni relations, ni mérites, ni défense. (p310)

Traduction de Alfreda et Michel Aucouturier, Lucile et Georges Nivat et Jean-Paul Sémon

Editions France Loisirs – 1976 – 781 pages

HORS LA LOIMais je n’avais pas dit mon dernier mot ! Je retourne farfouiller dans ma PAL et sort un livre tout jauni, acheté je ne sais où et qui parle d’une période bien sombre de notre histoire de France, la Terreur durant la révolution. Il s’agit de :

Hors la loi sous la Terreur de Jacques Hérissay

Jacques Hérissay était un écrivain historien français, mort en 1969, spécialisé dans les écrits sur la Révolution française et surtout à travers la religion catholique. 

Il s’agit d’un recueil de 12 récits relatant la fuite de prêtres ayant refusé de prêter serment à la Constitution à partir de 1789 leur enjoignant de ne recevoir que d’elle des ordres et non plus du pape et de se dessaisir de leurs biens et pratiques religieuses.

J’ai été intéressée en début de lecture par l’évocation d’une chasse aux hommes religieux avec « Les martyrs d’Orléans » car j’y ai retrouvé beaucoup de détails géographiques d’une ville où j’ai vécu plusieurs années. Mais arrivée en milieu d’ouvrage je trouvais que les faits, quelque soit la ville, étaient toujours les mêmes : fuites, stratégies pour trouver des refuges et continuer la pratique religieuse allant parfois jusqu’à se déguiser en personne du sexe opposé, dénonciations, jugements et verdicts hâtifs avec exécution immédiate (la période portait le nom de Terreur et ce nom n’était pas usurpé la guillotine fonctionnant à plein régime). 

Une fois de plus au début cela fonctionnait bien puis le côté répétitif des situations ne m’apportait pas satisfaction et plaisir. Rien là non plus à redire sur l’écriture mais ce sont des récits certes très documentés mais mon esprit revenant d’un service de cancérologie sous Staline n’était pas disposé à être confronté à un autre régime sanglant tel que la Terreur.

Voilà…. Je n’ai pas eu de chance dans mes choix (mais je garde Soljenitsyne sous le coude car j’ai vraiment envie d’aller au bout) et je pense que le mois prochain avec comme thème « Elémentaire mon cher Watson » et donc des romans policiers classiques je vais sans peine trouver mon bonheur…..

Ciao 📚

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

 

La chamade de Françoise Sagan

SACREES FEMMES MOKA

LA CHAMADE IG

 

Au cours d’un dîner, Lucile rencontre Antoine, jeune éditeur parisien. Leur complicité se transforme vite en une fougueuse passion. Or, Lucile vit avec Charles, quinquagénaire élégant et fortuné qui l’entoure d’un amour désintéressé. Malgré sa profonde affection pour lui, lorsque Antoine lui demande de choisir, elle décide de quitter Charles. « Vous me reviendrez. Je n’ai qu’à attendre. » Charles n’en doute pas. Parce qu’il aime cette femme-enfant pour elle-même et non pour lui. Parce qu’il sait qu’un jour Antoine lui reprochera ses faiblesses et ses défauts. Parce qu’il sait aussi que l’amour sans argent ne fait pas le bonheur. Il entend déjà la « chamade », ce roulement de tambour qui annonce les défaites…

 

Je résume

LA CHAMADEParis – 1964 – Lucile, la trentaine, vit heureuse avec Charles, la cinquantaine, homme beau et aisé. Antoine, la trentaine, travaillant dans l’édition, entretient une relation avec Diane, femme d’une quarantaine d’années à la vie confortable. Lucile croise Antoine dans un dîner et dès le premier échange de regards, ils savent qu’ils vont s’aimer, au risque de tout perdre, leurs compagnons avec lesquels ils vivent depuis 2 ans un bonheur sans nuage mais également la vie confortable qu’ils mènent grâce à eux, surtout pour Lucile qui s’accommode très bien de cette existence. Mais comment résister aux battements du cœur et le cœur peut-il faire oublier la vraie nature de chacun. ?

Ma lecture

Ils savaient aussi que ce moment était exceptionnel et que rien de mieux ne pouvait être donné à un être humain que la découverte de son complément. Imprévisible, mais à présent inéluctable, la passion physique allait faire, de ce qui aurait pu être, entre eux, une passade – une véritable histoire. (p68)

Il s’agit pour moi d’une relecture. La première avait eu lieu en 2016 et je n’en gardai aucun souvenir (merci mon blog de me leFRANCOISE SAGAN rappeler). L’occasion du challenge Sacrées femmes m’a fait parcourir ma bibliothèque et il m’a paru comme une évidence de lire (ou donc relire) Françoise Sagan qui a marqué une époque mais également un style de littérature.

Et je vous avoue que cette relecture a été un grand plaisir. Je n’avais qu’une hâte c’était de rejoindre l’histoire de ce quadrille amoureux où jeunesse et âge mûr se confrontent. Les premiers ne résistent pas à la pulsion amoureuse mais sans vouloir faire souffrir pour autant ceux avec qui ils vivent, les seconds, plus au fait de la vie et de ses aléas, pour Diane attendant d’être face à l’évidence, pour l’autre, Charles, faire preuve de sagesse et même s’il souffre, faire confiance à ce qu’il sait de Lucile, de ce qu’elle est et de ce dont elle a besoin, sachant qu’un jour ou l’autre elle lui reviendra.

Quel très beau roman et à la différence de ma première lecture, j’ai trouvé que la manière dont l’auteure retrace une histoire d’amour sur trois saisons : Printemps avec l’éclosion de l’amour entre Lucile et Antoine, Eté avec son épanouissement et Automne avec son flétrissement, était tout simplement d’une implacable justesse. 

-D’où vient l’expression « la chamade » demanda le jeune Anglais à l’autre bout de la table;

-D’après le Littré, c’était un roulement joué par les tambours pour annoncer la défaite, dit un érudit.(p249)

Elle fait évoluer ses personnages dans un univers qu’elle connaît et maîtrise pour y avoir eu ses entrées, la jet-set parisienne, ses codes, ses figures, où l’argent s’expose, est assumé et entretient les liens. Il n’y a pas de jugement mais simplement le constat de ceux qui y vivent mais l’ensemble s’oriente malgré tout vers une certaine mélancolie, un constat doux-amer car elle confronte deux manières de vivre l’amour. La première de façon confortable même s’il ne s’agit pas d’amour fou mais d’amour paisible et l’amour fou, incandescent mais confronté aux réalités de l’existence. 

Lucile est ce qu’elle est et Charles l’accepte telle qu’elle est alors qu’Antoine voudrait la voir changer, la faire entrer dans son monde à lui, celui où il faut avoir une activité, travailler, s’investir. Tous les personnages sont attachants (peut-être un peu moins Diane car un peu moins présente) et on ne voudrait presque pas les voir souffrir et pourtant la souffrance guette.

Elle s’étira, ferma les yeux. Cela devait arriver, elle savait que cela devait arriver, les hommes étaient horriblement fatigants. D’ici après-demain, elle devrait prendre une décision et c’était un des mots de la langue française qui lui faisaient le plus horreur. (p127)

Car, nous qui observons, voyons les premiers indices qui apparaissent et annoncent que cette histoire d’amour est promise à s’éteindre par les réactions de Lucile, son regard désabusé sur l’univers d’Antoine, sa chambre, le manque du confort auquel l’a habitué Charles. Elle croit, dans un premier temps, pouvoir passer au-delà de tout cela, n’écoutant que l’appel de ses sens et voulant croire qu’elle peut changer, qu’elle peut être autre différente de la femme-enfant insouciante. L’auteure confronte également la préalable position des deux jeunes amants entretenus chacun par une personne plus âgée, l’un en tant qu’homme et l’autre en tant que femme, cette dernière étant pour Lucile « normale » et pour Antoine « humiliante » :

Elle aimait les objets, elle aimait ces fichus objets, il en faisait partie, il une pièce maîtresse de son luxe, il était un jeune homme entretenu. Pas vraiment, non, bien sûr, mais il dînait chez « ses amis », il dormait dans « son appartement », il vivait « sa vie ». Il avait beau jeu de juger Lucile. Au moins Lucile était une femme. (p118)

J’ai trouvé que le roman était le reflet d’une époque, d’un monde mais également une observation fine des caractères, de leurs attentes à chacun, l’écriture est très fluide, efficace, ne cherchant pas à « enrober » les faits ou les sentiments, mais à les restituer tels qu’ils sont, l’auteure en étant le témoin.. Une histoire d’amour ou plutôt plusieurs histoires d’amour et de comportements amoureux où chacun cherche sa place ou celle qu’il voudrait avoir ou tenir mais qui se confrontera à ce qu’il est vraiment et l’assumer. L’amour est-il toujours synonyme de bonheur ?

J’ai beaucoup aimé.

Il y a eu une adaptation cinématographique en 1968 d’Alain Cavalier avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli.

 

Lecture dans le cadre du challenge Les classiques c’est fantastique Saison 2 organisé par Moka Milla et Fanny

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

Editions Julliard – 1965 – 250 pages

Ciao 📚

Les vagues de Virginia Woolf

SACREES FEMMES MOKA

LES VAGUES IG« Les Vagues » (« The Waves »), publié en 1931, est le roman le plus expérimental de Virginia Woolf. Il a été traduit en français par Marguerite Yourcenar.

Il consiste en monologues parlés par les six personnages du roman : Bernard, Susan, Rhoda, Neville, Jinny, et Louis. Percival, le septième personnage, est aussi important, bien que les lecteurs ne l’entendent jamais parler lui-même. Les monologues sont interrompus par neuf brefs interludes à la troisième personne, qui détaillent une scène côtière à différents moments du jour, de l’aube au crépuscule.

Je résume

Résumer est bien difficile car il n’y a pas vraiment une histoire mais plutôt six histoires + 1 car il s’agit de sixLES VAGUES personnages à différentes étapes de leurs vies, six amis gravitant autour d’un autre, Perceval,  qui, lui, n’apparaîtra qu’à travers les autres, nous faisant part de leurs existences, de l’enfance à l’âge avancé. Perceval, le « sans voix » est pourtant omniprésent car objet de tous les fantasmes, amours et parfois jalousies mais qui, tel un héros légendaire, disparaitra en Inde en milieu de récit, dans la fleur de l’âge, laissant une place vide, irrémédiablement vide.

Ma lecture

La découverte de Virginia Woolf a été pour moi une révélation non seulement au niveau de l’écrivaine mais aussi de la femme que j’admire pour ses prises de position, son franc-parler mais également pour son écriture et l’originalité des contextes de ses différents œuvres, tentant des sortes d’expériences de construction pour chacune d’entre elles (pour celles que j’ai lues).

Ici, six personnages prennent la parole à tour de rôle : Bernard, Suzanne, Neville, Louis, Rhoda et Jenny et le septième, Perceval, n’est évoqué qu’à travers ses amis, les parties de la construction étant séparées par l’évocation de la course du soleil sur le rivage, de l’aube au crépuscule, au rythme des vagues et de leurs empreintes sur le littoral, comme le flux et reflux des pensées. Ces intermèdes permettent une rupture entre les différentes époques de l’aube (le jeune âge) au crépuscule (l’âge avancé), ils suivent l’inclinaison des rayons du soleil qui, à l’image des âges, montent en puissance pour ensuite décliner.

Bernard se rêve écrivain, Suzanne ne conçoit sa vie qu’à la campagne, Neville est attiré par les hommes, Louis est d’origine australienne et après la faillite de son père banquier mettra un point d’honneur à reconquérir un rang perdu, Rhoda est l’effacée du groupe, mal dans sa peau et Jinny est une femme belle et riche, profitant de tout ce que ses atours lui offrent, espérant toujours plus.

Le thème des vagues est omniprésent dans les narrations et est souvent l’objet de visualisation d’une idée, d’une pensée :

La vie est agréable. La vie est bonne. Le simple fait d’être en vie est une volupté. (…) Il y a toujours quelque chose à faire. Mardi suit lundi, mercredi succède à mardi. Chaque jour arrondit la même vague de bien-être, obéit au même rythme, avance un peu plus loins sur la plage ou meurt sur le sable à l’endroit marqué. (p254)

donnant à l’ensemble du récit à la fois de la mélancolie, une certaine langueur, un effet du temps qui passe mais sans jamais renouveau, l’auteur explorant la condition de chacun de ses personnages au fil des années mais sans que chacun finalement ne change réellement depuis l’enfance, où les bases de son existence et de son caractère étaient jetées sauf pour Perceval, celui à qui tout était permis, promis et qui, de par sa mort, restera un symbole, un mythe sans devenir.

Chacun, tour à tour, aux différentes étapes de son existence fait une sorte de bilan de celle-ci, se confiant sur ses attentes, à ce qu’il ne révèle pas parfois aux autres, ce qu’il (ou elle) a de plus intime, les confrontant à la réalité.

Ainsi je m’écarte de mes propres angoisses ; je me rapproche de symboles peut-être permanents, pour autant qu’il y a quelque chose de permanent dans nos vies tumultueuses, partagées entre l’esprit et la chair, entre le souci de dormir, de respirer et de manger. (p242)

Ce n’est pas un roman, ni un récit, ni un conte, cela s’apparente plus à des réflexions philosophiques, intimistes sur l’existence, sur les personnalités de chacun et leurs destins mais aussi le rapport à l’autre, à un groupe d’amis unis mais différents, une micro-société représentative en quelque sorte. J’ai déjà beaucoup lu de livres de Virginia Woolf mais aussi sur sa vie, son journal sans oublier des biographies comme celle de Viviane Forrester et d’autres ouvrages se rapportant à sa vie comme Vanessa et Virginia de Susan Sellers et Léonard et Virginia -Je te dois tout le bonheur de ma vie  de Carole d’Yvoire (je vous l’ai dit je suis fan)  et comment ne pas penser qu’elle s’est inspirée des membres du Bloomsbury Group (cercle amical et littéraire dont elle faisait partie) pour créer ses narrateurs et de Thoby Stephen, son frère tant aimé par elle mais aussi par les autres membres du groupe, décédé à 26 ans  pour le personnage de Perceval sans écarter la possibilité que chacun d’entre eux soit une partie d’elle (je pense à Bernard, l’écrivain, bien sûr mais également Suzanne, la « rurale » ou Neville pour ses orientations sexuelles).

Je suis interrompue chaque fois que la porte s’ouvre. Je suis destinée à être brisée ; je serai moquée toute ma vie. Je suis destinée à aller et à venir çà et là, parmi ces hommes et ces femmes aux faces grimaçantes, aux langues menteuses, comme un bout de liège sur une mer agitée. Le vent de la porte qui s’ouvre m’agite et me projette au loin comme une algue. Je suis la blanche écume qui lave et remplit jusqu’aux bords les creux des rochers. Je suis aussi une jeune fille, debout dans cette chambre. (p110)

On retrouve l’acuité du regard de l’auteure, de la nature, des sentiments et comportements, de son don d’observation des objets,  les intégrant à son récit car, pour elle, ils font partie de la vie et contribuent aux ressentis de chacun, à l’instant, aux événements. Il y a comme dans Mrs Dalloway des éléments du flux de conscience mais ici de plusieurs personnes et pour une époque donnée.

Les vagues n’est pas ma lecture préférée de Virginia Woolf : elle a demandé beaucoup plus d’attention car ilVIRGINIA WOOLF n’y a pas d’action ni de véritable fil de lecture, rien que des pensées qui sont des instantanés de vies, celle de chacun des narrateurs mais également à travers eux, celles du groupe : les attirances,  les espoirs professionnels et personnels avec bonheur ou résignation. Mais je suis malgré tout éblouie par l’originalité de l’œuvre, la beauté de l’écriture pour atteindre la sensibilité de l’instant, la capter et la restituer et je dois avouer que certaines images sont venues au fil de la narration. Il faut accepter de perdre tous les repères habituels et de se lancer dans une expérience littéraire, un objet inclassable, comme l’était son auteure, mais qui finalement représente à elle seule toutes les orientations que peut prendre la littérature et la recherche perpétuelle de l’auteure à explorer toutes les constructions de narration. Exigeante avec elle-même comme elle l’était avec les autres, recherchant la perfection dans le style, la construction, les mots et la forme afin que chacune de ses créations soit unique et explore l’intériorité humaine, les souvenirs le plus souvent de façon mélancolique, avec, mais ce n’est que mon ressenti, des messages et souvenirs personnels cachés.

J’ai beaucoup aimé et heureuse d’avoir découvert un autre aspect de son travail, mais je garde une préférence pour Un lieu à soi, Trois guinées, Vers le phare ou Mrs Dalloway et surtout pour son Journal dun écrivain. Je l’ai lu en début de mois et il reste étonnamment présent en moi, plaçant Orlando à un degré moins plaisant pour moi en terme de lecture car plus complexe à suivre au niveau de la lecture. N’ayez plus peur de Virginia, lisez la.

J’ai inventé des milliers d’histoires ; j’ai rempli d’innombrables carnets de phrases dont je me servirai lorsque j’aurai rencontré l’histoire qu’il faudrait écrire, celle où s’inséreraient toutes les phrases. Mais je n’ai pas encore trouvé cette histoire. Et je commence à me demander si ça existe, l’histoire de quelqu’un (p185)

Lecture dans le cadre du challenge Les classiques c’est fantastique organisé par Moka Milla et Fanny

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

Traduction de Marguerite Yourcenar

Editions Le livre de poche – Septembre 2002 (1ère parution 1931) – 286 pages

Ciao 📚