Le château des Carpathes de Jules Verne

LE CHATEAU DES CARPATHES IG

Près du village de Werst, en Transylvanie, se dresse le château des Carpathes qui depuis le départ du dernier représentant de ses seigneurs, Rodolphe de Gortz, est complètement abandonné et fui par tous tant les rumeurs alarmantes et de folles légendes circulent à son sujet.
Un jour, une fumée est aperçue au faîte du donjon. Malgré leur peur, le jeune forestier Nic Deck et le docteur Patak partent en reconnaissance et sont victimes de phénomènes surprenants. Peu après ces événements, le comte Franz de Telek qui voyage pour oublier la mort de sa fiancée, la cantatrice Stilla, arrive à Werst. Apprenant que le château des Carpathes appartenait à celui qui l’avait maudit au moment du décès de la Stilla, il décide de s’y rendre…

Ma lecture

Je ne connais Jules Verne qu’à travers des adaptations cinématographiques de ses romans,  qui me fascinaient dans mon enfance et en particulier Vingt mille lieues sous les mers et je dois avouer que le calamar géant y était pour beaucoup. Je me souviens des livres rouges avec une couverture ornée de caractères et de dessins dorés, souvent agrémentés d’illustrations mais que je n’ai jamais lus, peut-être parce que j’avais le sentiment qu’ils étaient destinés plus aux garçons….

J’ai donc choisi Le château des Carpathes pour le découvrir dans le texte et si j’ai choisi celui-ci c’est parce que je ne connaissais rien de l’histoire et que le titre suggérait du mystère, un peu d’angoisse de par le lieu et même si je n’ai pas lu Jules Verne je connais vaguement les sujets de certains de ses romans qui mêlent intrigues et sciences.

Nous voici en Roumanie et plus particulièrement en Transylvanie, dans le petit village de Werst surplombé par un château, le Burg, château-fort orné d’un donjon et appartenant à la famille des Gortz dont le dernier descendant, le Baron Rodolphe, a abandonné depuis 20 ans et qui tombe du coup tombe en ruines. Appelé à disparaître prochainement car chargé de légendes dont une prétend que lorsque l’arbre qui le côtoie n’aura plus de branches (il lui en reste 3 : une par année) le château disparaîtra, et de peur, personne au village ne s’y aventure par craintes mais également parce qu’il est noyé dans la végétation qui le rend inaccessible.LE CHATEAU DES CARPATHES 1

Mais une lorgnette va mettre en émoi le village car grâce à elle, Frik, le berger va apercevoir une fumée s’élever au-dessus du sinistre lieu et laisser à penser qu’il est peut-être habité voire hanté et que son occupant pourrait être le Chort, le Diable….. Je n’en dirai pas plus car c’est un court roman et que je veux vous laisser tout le plaisir de l’intrigue.

Je dois avouer que je ne pensais pas ressentir ces sentiments que l’on a enfant ou adolescente quand on lit ce genre de récit qui mêle mystère, intrigues, amour, drame avec un petit plus sur l’étrange et l’inexplicable. Jules Verne décrit ce village et ses occupants avec les figures habituelles comme Maître Koltz, le propriétaire fortuné, Nic Deck le fougueux forestier amoureux de Miriota, fille de Maître Koltz, dont le mariage va être célébré dans quelques jours, sans parler de Jonas, le tenancier juif de l’Auberge du Roi Mathias et l’infirmier-médecin Patak. Chacun va avoir un rôle à tenir sans compter d’autres personnages qui seront au cœur de l’intrigue et à la base de la résolution de l’énigme (je ne vous dis rien de plus car vous en devineriez très vite les éléments).

Voilà pour le décor et les personnages…. Venons-en au fond et à mon ressenti :  Jules Verne était féru de sciences, de technologies et d’inventions, avait une imagination fertile voire anticipatrice et le récit fait la part belle aux découvertes qui permettent la résolution de l’énigme. Ici il est question de sons, de lumières et de musique. Il installe très bien son histoire, le décor, l’ambiance, ses personnages, même si ceux-ci sont assez stéréotypés et même un peu trop comme le personnage de Jonas, le « juif » grippe-sou…

Un juif du nom de Jonas, brave homme âgé d’une soixantaine d’années, de physionomie engageante mais bien sémite avec ses yeux noirs, son nez courbe, sa lèvre allongée, ses cheveux plats et sa barbiche traditionnelle. Obséquieux et obligeant, il prêtait volontiers de petites sommes à l’un ou à l’autre, sans se montrer exigeant pour les garanties, ni trop usurier pour les intérêts, quoiqu’il entendît être payé aux dates acceptées par l’emprunteur. Plaise au Ciel que les juifs établis dans le pays transylvain soient toujours aussi accommodants que l’aubergiste de West ! (p47)

Ne serait-ce pas un fond d’antisémitisme ? J’avoue j’ai été assez choquée.

J’ai trouvé également qu’il appuyait beaucoup sur le lieu : la Transylvanie, revenant régulièrement sur celle-ci car pour lui sûrement le lieu idéal pour l’ambiance du récit mais qui était à mon goût trop insistant.

Pour l’histoire en elle-même je dois avouer qu’elle est assez prévisible (pour notre époque et avec le recul) et il n’y a globalement aucun suspens une fois que tous les personnages sont en place. Au fur et à mesure de leur entrée, on comprend comment l’auteur à imaginer son mystère et la résolution est explosive ! J’ai vraiment eu le sentiment de voir un vieux film, en noir et blanc, avec ce qu’il faut de moments de peur, d’effroi, de tragédie avec une musique de fond à la manière des pianistes qui accompagnaient les films muets en insistant sur les moments cruciaux sans oublier l’amour pur et romantique…..

J’ai lu qu’il avait été publié dans un premier temps sous la forme d’un feuilleton (1892), très courant à cette époque et je ne doute pas qu’il devait passionner ses lecteurs qui y trouvaient matière à interrogations, hypothèses et devaient imaginer toutes ces inventions techniques qui constituent l’ossature du roman, mais aujourd’hui on le trouve un peu daté, mais je pense que cela peut, peut-être, plaire à de jeunes lecteurs pour le côté mystère et inventions. J’ai un jeune voisin qui s’est procuré il n’y a pas très longtemps toute une collection de ses livres…..

Pour ma part j’ai aimé parce qu’il m’a rappelée ma jeunesse, où ce genre de récits m’avaient parfois captivée mais qu’aujourd’hui me semblent un peu poussiéreux dans le style même si j’ai suivi avec plaisir les rebondissements qui devaient clôturer chaque parution et tenir en haleine les lecteurs jusqu’au prochain épisode.

J’ai aimé.

Lu dans le cadre de Les classiques c’est fantastique # organisé par Moka Milla et Fanny où vous pourrez découvrir sur leurs sites les liens vers toutes les lectures faites au mois de Juin avec pour thème :

LE TOUR DES LIVRES DE JULES VERNE

Editions Le Livre de Poche – Avril 2016 – 213 pages

Ciao 📚

Paul et Virginie de Jacques Bernardin Henri de Saint-Pierre

 

L'INVITATION AU VOYAGE MOKADeux cabanes au bord de l’eau, sur le rivage de l’île de France, aujourd’hui l’île Maurice…
C’est là qu’ont grandi Paul et Virginie. Leurs mères, rejetées par la société, ont jadis trouvé refuge en ce paradis. Depuis ce jour, ils vivent ici le plus simplement du monde, en parfaite harmonie avec la nature qui les entoure.
Ils se nourissent de mangues, de papayes, de goyaves, s’offrent des bouquets exotiques et se reposent à l’ombre du lilas de Perse… Ils n’ont qu’à tendre les mains pour cueillir le bonheur. Pourquoi conquérir ailleurs ce qui leur est ici offert ?
Mais l’horizon s’assombrit… Leur amour est menacé. L’hypocrisie, la jalousie, la cupidité du monde civilisé les rattrapent. Tels de nouveaux Adam et Eve, les voilà chassés de ce merveilleux Eden. Arrachés l’un à l’autre… Séparés à jamais par les flots d’un océan déchaîné…

 

Ma lecture

Je ne suis pas une habituée des challenges mais de plus en plus fan des classiques et comme j’ai beaucoup de mal à faire baisser ma PAL car elle se remplit plus vite qu’elle ne se vide, j’ai franchi le pas et ai suivi Moka et Fanny (et bien d’autres) dans la deuxième édition des Classiques c’est fantastique, un livre par mois sur un thème donné et on commence par L’invitation au voyage.

PAUL ET VIRGINIE IGVoyage…… Un livre me saute tout de suite aux yeux et entre les mains : Paul et Virginie car je sais qu’il se déroule sur l’Ile Maurice, une histoire d’amour entre deux jeunes enfants, élevés ensemble mais je n’en connais pas beaucoup plus ni sur l’auteur, Bernardin de Saint-Pierre ni sur les détails, le style etc…

Allez on y va et on embarque pour l’Ile de France dans l’Océan Indien, fin du XVIIIèmeILE MAURICE ILE DE FRANCE siècle : Deux femmes, Madame de la Tour et Marguerite, se retrouvent, pour des motifs différents, seules et enceintes : La première va donner naissance à une fille Virginie et la seconde à un fils Paul. Elles vont les élever conjointement, comme frère et sœur, faisant de leur amitié une communion maternelle, élevant et éduquant leurs enfants dans un paradis sauvage, menant une vie simple, loin de toute civilisation, simplement aidées par un couple de couleur, Domingue et Marie.

Chaque jour était pour eux un jour de fête, et tout ce qui les environnait un temple divin, où ils admiraient sans cesse une Intelligence infinie, toute-puissante, et amie des hommes. (p161)

En grandissant commence à naître un sentiment amoureux chez Virginie qui ne voit plus Paul comme un frère mais comme celui qui fait battre son cœur, encouragé par les projets que forment les deux mères d’unir leurs enfants. Mais des nouvelles arrivent de France où la tante de Mme de la Tour, qui l’avait répudiée, suite à sa mésalliance lors de son mariage,  se sentant mourir et voulant léguer sa fortune à sa seule héritière, Virginie, « exige » qu’elle vienne auprès d’elle afin de la connaître et de parfaire son éducation, vœu soutenu par Monsieur de la Bourdonnais, gouverneur de l’île.

Les deux adolescents vont se trouver séparer pendant plusieurs années, Virginie recevra une proposition de mariage sur le continent, Paul profitera de son absence pour apprendre à lire et écrire afin de partager avec celle qu’il aime les connaissances qu’elle aura acquises mais passera par des moments de désespoir et de craintes de ne pas revoir Virginie.  Vont-ils se retrouver, pourront-ils s’aimer et vivre libres ? Suspense !!!!

Et bien ce fut bien loin de ce que je pensais trouver. Certes il s’agit d’un roman d’amour et pour ceux qui me connaissent, vous savez que ce n’est pas un domaine où je m’aventure car je trouve cela toujours un peu « gnangnan » mais j’ai découvert que l’histoire aborde bien d’autres thèmes.

BERNARDIN DE SAINT PIERREDe son vrai nom, Henri Bernardin de Saint-Pierre, botaniste s’installe, après une carrière militaire, sur l’Ile de France (ancien nom de l’Ile Maurice), lieu dont il va s’inspirer pour situer son roman. Grâce à cela et à sa formation de botaniste, les descriptions des plantes, des paysages, du contexte de l’époque et en particulier de l’esclavage, de la présence des familles françaises toutes puissantes sur l’île sont largement évoqués. L’auteur se fait le narrateur de l’histoire, histoire qui lui est racontée par un vieillard à qui il demande à qui appartenait les deux cabanes désormais en ruines où vécurent les deux femmes, leurs enfants et leurs domestiques.

A la fois roman d’amour certes, mais également d’apprentissage, d’éveil à la nature, aux sens mais également avec unPAUL ET VIRGINIE 1 fond de philosophie reprenant les préceptes de Jean-Jacques Rousseau et Voltaire voire Sénèque sur les bienfaits du stoïcisme, d’une vie simple, de la pureté des sentiments quand ils ne sont pas envenimés par les règles, la cour et les classes sociales, regard sur l’esclavagisme et le sort réservé à ceux qui tentent de s’enfuir, la condition féminine à travers les deux mères répudiées, issues de milieux différents mais également par la confrontation entre mariage d’amour et mariage de raison sans oublier également le sens que l’on donne à la richesse.

Un mal au milieu des plaisirs est pour les riches une épine au milieu des fleurs. Pour les pauvres, au contraire, un plaisir au milieu des maux est une fleur au milieu des épines ; ils en goûtent vivement la jouissance.(p226)

PAUL ET VIRGINIE 2D’autres idées s’affrontent également et en particulier durant un dialogue entre le vieillard, témoin de l’histoire, et Paul sur l’éducation et les bienfaits de la lecture :

Lisez donc, mon fils. Les sages qui ont écrit avant nous, sont des voyageurs qui nous ont précédés dans les sentiers de l’infortune, qui nous tendent la main, et nous invitent à nous joindre à leur compagnie lorsque tout nous abandonne. Un bon livre est un bon ami. (p230)

Certes l’écriture peut nous sembler un peu ampoulée, parfois excessive que ce soit dans la formulation mais également dans les événements relatés avec une alternance entre les scènes de bonheur au milieu d’une végétation luxuriante, abondante et celles qui s’apparentent à un récit d’aventures et de drames offrant une fin dans le plus pur style mélodramatique.

S’il avait fallu que je vous donne mon impression au milieu du récit j’aurai écrit que oui ce sont deux enfants dont on se doute qu’ils vont s’aimer mais arriver à la moitié du récit j’y ai trouvé plus de matière, plus de réflexions qui donnaient une profondeur aux pensées et aux messages de l’auteur, un récit pas si léger que cela finalement et j’y ai pris un certain plaisir, mais peut-être parce qu’elles rejoignaient des convictions personnelles.

Certes l’écriture peut nous paraître un peu chargée, grandiloquente, reflets d’une époque mais la construction avec plusieurs intervenants : l’auteur, le vieillard mais également l’introduction du dialogue que j’ai trouvé particulièrement savoureux et philosophique entre le vieillard et Paul durant l’absence de Virginie, permettent de donner des points de vue différents : le témoin direct et l’écrivain-chroniqueur.

Mon fils, les talents sont encore plus rares que la naissance et que les richesses ; et sans doute ils sont de plus grands bien, puisque rien ne peut les ôter, t que partout ils nous concilient l’estime publique : mais ils coûtent cher. On ne les acquiert que par des privations en tout genre, par une sensibilité exquise, qi nous rend malheureux au-dedans et au-dehors, par les persécutions de nos contemporains. (p220)

C’est finalement un roman en forme de « leçon » de vie : vie naturelle, sauvage contre vie maîtrisée et entrant dans les codes de la « bonne éducation » et le dénouement laisse à penser que Bernardin de Saint-Pierre penchait plus pour la première, y trouvant plus de bienfaits et de bonheur que dans la deuxième. L’auteur était un précurseur à la manière de Thoreau, à un retour à la nature et à une sorte d’autosuffisance qu’elle soit nourricière, sociale mais également philosophique.

J’ai aimé le voyage et cela me confirme que nous avons parfois une fausse idée des romans classiques, qu’il faut franchir le pas, lire et ensuite savoir de quoi on parle et non pas tenir un discours sur ce que l’on pense être. Lisons avant de porter un jugement et ensuite parlons-en.

Mon édition était agrémentée d’illustrations dont je vous ai mis quelques exemples et qui reflètent les moments décisifs de l’histoire.

J’ai aimé.

Editions Le livre de Poche – Juin 2001 – 348 pages (156 pages : roman + annexes)

Lu dans le cadre du challenge organisé par Moka Milla (Au milieu des livres) et Fanny (Mes pages versicolores)

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

Ciao 📚

 

Petites misères de la vie conjugale de Honoré de Balzac

PETITES MISERES DE LA VIE CONJUGALE IG

Balzac, presque en vacances, se promène en observateur amusé dans l’intimité des couples : dans cette suite de saynètes sur la vie conjugale, comparables aux caricatures de Daumier, il porte à son apogée le genre des « physiologies » (petits livres, généralement illustrés, qui proposent des études de mœurs traitées avec légèreté et humour).
Ici, quand Balzac décrit un tapis, il se contente d’un coup de plume : « le fond est en velours bleu, noir ou rouge, la couleur est, comme vous le verrez, parfaitement indifférente. » Car l’essentiel est de saisir sur le vif quelque chose de pittoresque, qui montre les petites mesquineries et les grandes déceptions du mariage bourgeois – tout en gardant toujours un rire généreux. C’est ainsi que Balzac met en scène deux types humains : d’un côté, Adolphe, l’homme bourgeois, se signale par une aridité mentale désespérante ; de l’autre, la femme (Caroline) est réduite à être l’un des « plus jolis joujoux que l’industrie sociale ait inventés ». Ensemble, les jeunes époux vont suivre pas à pas le chemin qui mène de la promesse de bonheur… aux « misères » du mariage. Car entre eux, les époux ne cessent jamais de faire l’expérience de l’incompréhension. Balzac, lui, se contente de les trahir à chaque page, et l’équivoque du narrateur (à défaut d’impartialité) lui permet de pouvoir délicieusement compter les points dans la guerre des sexes.
Ma lecture

Je m’attendais à une lecture ennuyeuse et soporifique pour ma deuxième découverte de la plume de Balzac après Eugénie Grandet et je découvre des chroniques drôles, vivantes et finalement toujours actuelles ou encore visibles dans une vie de couple le tout sous l’œil scrutateur d’un écrivain avide d’évoquer les petits (et parfois grands) désagréments de la vie maritale.

L’auteur prend un couple type : Caroline et Adolphe pour nous raconter surtout les petits désillusions qui surviennent après quelque temps, après que les cœurs se soient embrasés et que le feu s’apaise (si feu il y a car tous les mariages n’étaient pas des mariages d’amour à l’époque). Adolphe puis Caroline, vont donner leurs ressentis sur ce qui se cache derrière le mariage, les petits désagréments, mensonges, arrangements ou interprétations des agissements de la personne qui partage votre vie.

Je ne savais rien de la construction du récit et je me suis lancée dedans en lisant les axiomes avec lesquels le grand Honoré introduit chacun de ses chapitres comme par exemple pour celui sur La logique des femmes

Les êtres sensibles ne sont pas des êtres sensés

Le sentiment n’est pas le raisonnement, la raison n’est pas le plaisir, et le plaisir n’est certes pas une raison (p40)

et ensuite il démontre la justesse de ce qu’il avance comme vérité, mettant en garde, en quelque sorte, les candidat(e)s à l’aventure. Ne sachant pas que Caroline allait dans la deuxième partie prendre la parole et nous faire part de ses constations et pensées, je trouvai qu’Adolphe était bien prétentieux et nous offrait de sa femme une image assez légère et inconséquente, une femme sans cervelle qui ne faisait que se plaindre ou réclamer argent et toilettes. Puis quand Caroline prend la parole, Balzac nous livre une autre version, une autre vision du mariage vue du point de vue féminin avec certains faits ou vérités tus par le mari mais aussi les sentiments de jalousie, d’envie voire de rivalités avec d’autres couples ou femmes.

Bon disons-le clairement Honoré est homme et écrit en tant qu’homme : on sent la misogynie pointée dans le constat qu’il fait d’une union mais aussi des portraits dressés, mais il ne se départit pas d’une critique sur les comportements parfois hasardeux du mari et rend justice à la finesse d’esprit de la femme, jamais dupe des agissements de celui-ci mais qui apparait malgré tout assez frivole et plus préoccupée par sa mise et sa position dans la société que par ses déboires conjugaux. N’oublions pas que nous sommes au milieu du XIXème siècle et que la femme « bourgeoise » ne travaille pas, dépend financièrement presque totalement de son époux (heureusement certaines avaient quelque argent issu de leur dot) et si l’homme est libre d’agit, son épouse doit rendre des comptes.

Je ne m’attendais pas à ce ton là de la part de Balzac que l’on me décrivait souvent comme ennuyeux, descriptif et faisant languir son lecteur et je découvre de l’ironie, de la justesse, des vérités encore actuelles sur le mariage, la vie à deux, les attitudes et pensées de chacun(e). Il joue avec différents styles : épistolaire, pièce de théâtre (vaudeville), on ressent une certaine jouissance à relater les désagréments (principalement) de la vie à deux, les petits compromis ou tolérances dont chacun doit faire preuve. C’est pétillant, drôle, sarcastique et il me faisait un peu penser à Sacha Guitry sous certains aspects (mais c’est plutôt Sacha qui s’est inspiré d’Honoré…..).

L’écriture est remarquable, travaillée pour être la plus efficace possible, avec parfois un parler et des expressions dont on n’a plus l’utilisation, certes, ou le sens, mais sans lourdeur et je dois avouer que j’ai pris plaisir et souri des péripéties du couple en particulier quand Caroline pouvait, enfin, s’exprimer. C’est divertissant, grinçant, cela offre une galerie de portraits mais également de sentiments n’encourageant pas au mariage. Au-delà des émois du début que devient l’amour quand le quotidien et les caractères se révèlent et transforment l’amour en affrontements.

Honoré ne me fait plus peur et comme j’aime de plus en plus me plonger dans les classiques où je trouve de plus en plus sources de plaisir que ce soit dans l’écriture, la construction et les thèmes, je vais m’aventurer sur ses terres avec un roman où je pourrai découvrir sur la longueur son style et sa créativité.

J’ai aimé d’autant plus que je l’ai lu dans une édition ancienne de chez Albin Michel, jaunie, aux pages dentelées et sentant bon le renfermé…… A nous deux Honoré !

Editions Albin Michel – Mai 1956 – 275 pages

Ciao 📚

Basil de W. Wilkie Collins

BASIL IG

Un jeune homme, Basil, s’engage dans un mariage qui ne tarde pas à se révéler un guet-apens… Où la bonne société victorienne nous découvre le dessous – peu reluisant – de ses crinolines. Basil (1852), le plus sexué des romans de Collins, en tout cas l’un des plus délicieusement inconvenants, ne fait pas beaucoup de cadeaux à son lecteur… qui n’attend d’ailleurs que cela, l’hypocrite. A ne pas lire la nuit si l’on veut dormir.

Ma lecture

William Wilkie Collins est souvent cité comme un auteur de romans de littérature victorienne teintés d’intrigues, de mystères, des sortes de thrillers avec de nombreux rebondissements. J’ai lu il y a très très longtemps La dame en blanc et comme je suis très attirée par la littérature anglaise, ses ambiances, ses personnages fouillés, j’ai toujours du plaisir à m’y replonger de temps à autre, pour faire une pause ou pour retrouver ce charme indéfinissable qu’elle dégage.

Basil vit auprès de son père et de sa sœur et confidente, Clara qu’il adore, sa mère étant décédée depuis longtemps, son frère aîné, Ralph, ayant été dans l’obligation de l’éloigner du cercle familial par son père, car sujet aux jeux d’argent et aux femmes, afin de préserver la réputation de cette famille aristocratique.

Basil va croiser fortuitement le chemin de Margaret et en tomber éperdument amoureux, prêt à tout pour l’épouser immédiatement sans la connaître, ni elle, ni sa famille, prêt à une mésalliance et à accepter toutes les conditions pour y parvenir, même les plus étranges imposées par le père, marchand de tissus. Innocent et naïf, Basil, aveuglé par son amour, il ne va pas voir ou vouloir voir le piège qui lui est tendu et comprendre bien trop tard que cette histoire qu’il pensait être une histoire d’amour va se transformer en tragédie.

Que tu es naïf Basil ! Ton amour pour Margaret t’a rendu complètement aveugle : tu n’as pas entendu Mr Sherwin, le père de la jeune fille, sa voix roublarde saisissant l’occasion d’une alliance inespérée pour sa fille, vu le désespoir de Mrs Sherwin à ton arrivée, remarqué le caractère de Margaret, enfant gâtée et capricieuse, soupçonné Mannion, l’homme de confiance de Mr Sherwin, décalé et mystérieux.

Un joli roman dans la pure tradition victorienne dont le personnage principal est le narrateur, avec ce qu’il faut de retournements de situations, d’actes de vengeance, des révélations, des retours d’absents tenant un rôle important ensuite, des relations familiales tendues ou tendres. Les caractères des personnages sont peu à peu révélés,  avec des indices que nous lecteurs relevons  mais que le narrateur n’a pas su voir,  mettant en évidence combien l’incrédulité de celui-ci et son manque de discernement vont provoquer quand les faits vont être mis à jour et déclencher une tempête de violence.

J’ai aimé le renversement de situations, les personnalités très opposées, la douceur et l’amour sans faille de Clara, bravant les interdits paternels, Ralph, le frère banni, rédempteur et bienveillant, le changement de rythme et de ton entre la confession première puis les événements qui suivent et font l’objet soit de narration soit d’échanges de lettres entre des personnages annexes pour relater les faits, à distance, de façon neutre par rapport au drame.

Comme toujours dans la littérature anglaise il faut un peu de temps pour s’installer dans l’histoire et prendre possession des personnages mais ce temps est nécessaire et utile car il permet d’être totalement immergé, de visualiser les protagonistes, les décors, les ambiances et je trouve que c’est un des traits dominants de la littérature anglaise. Rien n’est laissé de côté, tout contribue à l’histoire, à son développement et à la tension du récit.

J’ai dans ma PAL le roman de W.W. Collins le plus noir paraît-il : Sans nom mais c’est un pavé de près de 900 pages et comme j’ai également l’intention un jour de relire La dame en blanc, je reviendrai vous parler de cet auteur et de ses romans, qui parait-il, vous font passer des nuits blanches….. Peut-être à l’époque mais ce ne fut pas le cas pour moi mais j’ai passé un joli moment de lecture mais j’ai eu à plusieurs moments envie de secouer ce gentil Basil et lui ouvrir les yeux sentant le piège s’ouvrir devant lui pour ensuite se refermer et provoquer une tempête.

J’ai aimé.

Natiora a également lu Basil et je vous laisse découvrir ce qu’elle en pense.

Traduction de Marie-Thérèse Carton-Piéron

Editions Phebus – Septembre 2005 – 352 pages

Ciao 📚