Ravage de René Barjavel

RAVAGE« Vous ne savez pas ce qui est arrivé ? Tous les moteurs d’avions se sont arrêtés hier à la même heure, juste au moment où le courant flanchait partout. Tous ceux qui s’étaient mis en descente pour atterrir sur la terrasse sont tombés comme une grêle. Vous n’avez rien entendu, là-dessous ? Moi, dans mon petit appartement près du garage, c’est bien un miracle si je n’ai pas été aplati. Quand le bus de la ligne 2 est tombé, j’ai sauté au plafond comme une crêpe… Allez donc jeter un coup d’œil dehors, vous verrez le beau travail ! »

De l’autre côté de la Seine une coulée de quintessence enflammée atteint, dans les sous-sols de la caserne de Chaillot, ancien Trocadéro, le dépôt de munitions et le laboratoire de recherches des poudres.

Une formidable explosion entrouvre la colline.

Des pans de murs, des colonnes, des rochers, des tonnes de débris montent au-dessus du fleuve, retombent sur la foule agenouillée qui râle son adoration et sa peur, fendent les crânes, arrachent les membres, brisent les os.

Un énorme bloc de terre et de ciment aplatit d’un seul coup la moitié des fidèles de la paroisse du Gros-Caillou.

En haut de la Tour, un jet de flammes arrache l’ostensoir des mains du prêtre épouvanté.

Ma lecture

Science-fiction, dystopie, ce roman est un des classiques de la littérature française que je voyais régulièrement passé ici ou là et je l’avais mis au programme de mes lectures en cette période où notre monde a été bouleversé. Je ne suis pas amatrice de lectures de science-fiction mais ce roman a une telle renommée qu’il me semblait important de le découvrir.

L’action se situe dans un Paris de 2052 dans lequel j’ai retrouvé beaucoup de notre époque actuelle (René Barjavel est un visionnaire mais dans certains domaines nous avons pris de l’avance sur ce qu’il avait imaginé) envahit de plastec la matière ayant pris le dessus sur toutes les matières « nobles ».

Quatre parties pour ce roman et quatre univers très différents. Tout commence par la rencontre avec François, le personnage principal, et Blanche. Ils sont jeunes, ils sont venus de Provence remplis d’espoir à Paris et éprouvent l’un pour l’autre une amitié amoureuse encore non avouée. 

Lorsque dans la deuxième partie une sorte de guerre des énergies s’abat sur le pays provoquée par le continent africain en représailles de toutes les humiliations et abus subis, le ton change. Plus d’électricité, plus d’eau, plus de lait, les villes se vident, les gens fuient, se battent pour se nourrir. L’exode commence et dans la troisième partie le couple, rejoint par d’autres fuyards, part rejoindre leur région d’origine, espérant y trouver eau, paix et nourriture. C’est un long chemin de croix, parsemés de tueries, d’incendies et de pertes en tout genre.

Dans la dernière partie ….. Et bien là je ne vais rien vous en dire…..

C’est à la fois un roman, un conte philosophique, une odyssée apocalyptique, un voyage dans le futur qui ressemble presque à notre présent. Cela se lit presque comme un thriller des temps modernes car comment ne pas voir les similitudes avec les modes de vie, les réactions humaines de notre époque et l’idée (voire envie) de revenir à la vie simple, avec moins de technologie, à repenser sa manière de vivre afin de ne plus dépendre de quiconque…..

Une lecture intéressante, agréable mais qui m’a un peu gênée sur la fin par l’image faite des femmes, de leur rôle ramené uniquement à la procréation (cela m’a beaucoup fait penser au roman de Margaret Atwood La servante écarlate, ces femmes habillées de rouge, ne s’en est-elle pas inspirées ?), la position de l’homme dominant, polygame…. 

Je m’attendais à une lecture plus difficile dans son écriture. Ce qui est le plus surprenant ce sont les différents tons et ambiances utilisés, allant d’une sorte de badinage à des scènes assez insoutenables, où humanité et nature se trouvent réduites à rien et où la prise de conscience d’un monde artificiel et superficiel transpire.

Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai beaucoup aimé et comprend mieux pourquoi ce roman fait partie des romans précurseurs de la science-fiction et combien il colle de plus en plus à notre actualité. Tout y est : amour, road-movie, survie et idéologie.

Ils comparaient leur propre misère à cette horreur. Nus, mais debout, maigres, affamés, las, mais décidés à la lutte, ils étaient loin de cette déchéance atroce. Ils n’avaient pas renoncé. Ils étaient encore des hommes. (p247)

Editions Le livre de poche – 1970 (1ère parution Denoël 1943) – 279 pages

Ciao

Le Horla et autres nouvelles de Guy de Maupassant

LE HORLA

Par une belle journée de printemps, depuis son jardin, un homme salue un superbe trois-mâts qui passe sur la Seine. Mais, rentré chez lui, il est saisi d’un étrange malaise. Bientôt surviennent des événements mystérieux. Chaque soir, de l’eau disparaît sans raison de la carafe posée sur sa table de chevet et son sommeil est interrompu par un même cauchemar : il croit sentir une créature invisible se pencher sur son corps et aspirer sa vie…

Ma lecture

Un livre tout rafistolé mais qui réserve bien des surprises. De jolies gravures, un papier de qualité et des textes qui m’ont ravie. Bienvenue chez Maupassant…..

La première, Le Horla, une de ses plus célèbres et qui est le symbole de la folie. Tout démarrait bien pourtant, un 8 Mai, le narrateur passait une journée dans sa maison des bords de Seine qu’il aime tant pour finir en Septembre dans la tourmente d’un esprit en proie au  délire.  Cet homme tient un journal et à partir de cette date du 8 mai il y consigne sa lente descente aux enfers. Une présence l’habite, qu’il nomme Le Horla, rôde autour de lui, le poursuit, le harcèle, le hante. Il est ici et là et l’obsède.

Certes, je me croirais fous, absolument fou, si je n’étais conscient, si ne ne connaissais parfaitement mon état, si je ne le sondais en l’analysant avec une complète lucidité. Je ne serais donc, en somme, qu’un halluciné raisonnant.(p43)

Guy de Maupassant retrace les étapes progressives qui mèneront son héros, malgré ses tentatives de rationalisation des faits, à envisager l’issue finale : Lui ou Moi….. Récit mélangeant les styles, de la douceur d’une journée de printemps, à l’amour d’un lieu où il vit jusqu’à une écriture délirante  : dédoublement de la personnalité, fantômes, hallucinations, schizophrénie, paranoïa etc… tout y passe. Une analyse de la progression d’un trouble, d’une obsession.

Suivent ensuite, dans mon édition, treize nouvelles, assez courtes, variées dans les domaines abordés :

Amour : où l’amour existe ailleurs que chez les humains

Le trou : où qui va à la pêche perd sa place et peut mener à la mort

Sauvée : quand une épouse trompée ruse pour obtenir le divorce

Clochette : où une jeune fille portera à vie la trace d’une chute amoureuse

Le marquis de Fumerol : qui passera de vie à trépas auprès de femmes de petite vertu

Le signe : être à sa fenêtre et lancer des œillades peut être dangereux

Le diable : quand un paysan avare parie sur l’agonie de sa mère

Les rois : une soirée entre officiers et religieuses qui va mal se terminer

Au bois : un couple voulant revivre leurs premiers émois vont se retrouver entre les gendarmes

Une famille : retrouver un ami de jeunesse et découvrir les joies de la famille

Joseph : entre deux verres de chartreuse, deux femmes esseulées ont bien des secrets à avouer

L’auberge : quand un homme se retrouve bloqué par la neige en pleine montagne (beaucoup aimé)

Le vagabond : il ne fait pas bon vouloir travailler (magnifique et très actuel)

Quel conteur, quelle plume, Guy de Maupassant en de courts récits explorent toutes les couches de la société, de la plus pauvre à la plus bourgeoise et éclaire sur les travers de l’homme sans oublier les femmes, que ce soit pour nous faire sourire ou pas, évoquant à travers ses courtes histoires l’amour, la mort, la peur, la religion, la cupidité et leurs conséquences. Cela se veut gai mais il y a toujours derrière un côté grinçant ou tragique  pour certaines surtout si on tient compte que l’auteur était dépressif et souffrait de troubles qui le mèneront peu à peu à la folie…..

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces nouvelles agrémentées de gravures à l’ancienne, mettant en situation personnages et décors. Je vous en mets quelques exemples :

LE HORLA 1LE HORLA 2LE HORLA 3

La plupart des nouvelles paraissaient dans un premier temps dans différentes revues entre 1885 et 1887 dont Gil Blas, soit 8 ans avant sa mort à 42 ans.

Illustrations de Julian-Damazy (gravées sur bois par G. Lemoine)

Editions Albin Michel – Année ? – 313 pages

Ciao