Les caprices d’un astre de Antoine Laurain

LES CAPRICES D'UN ASTRE IGXavier Lemercier, agent immobilier, trouve au hasard d’une visite d’appartement un mystérieux télescope ayant appartenu à un célèbre astronome. Voilà bientôt qu’il cadre dans l’instrument, depuis son balcon, une femme derrière une fenêtre, sans oser, bien sûr, l’aborder. Divorcé et esseulé, avec pour seules joies ses week-ends avec son jeune fils, il commence à tomber amoureux de l’inconnue. Un jour, Alice, la femme observée, pousse la porte de l’agence immobilière pour lui demander d’expertiser son appartement.
Deux cent cinquante ans plus tôt, Guillaume Le Gentil de la Galaisière, astronome de Louis XV – personnage qui a réellement existé -, partait vers les Indes pour observer l’exceptionnel passage de Vénus devant le Soleil. Il revint onze ans plus tard, déclaré mort et sans avoir pu observer l’éclipse. « Tu ne cherches pas une étoile, tu cherches l’amour, tu le trouveras à la fin du voyage », lui dit un vieux sage durant son étonnant périple dans les mers de l’Inde.

Ma lecture

Les caprices d’un astre au XVIIème siècle et les caprices de l’amour au XXIème siècle voilà ce dont il est question dans ce roman de Antoine Laurain avec comme totem une lunette astronomique. Inspiré et romancé à partir du périple (réel) entreprit par l’astronome Guillaume Le Gentil de la Galaisière (1725-1792) vers les Indes afin d’observer le transit de Vénus devant le soleil et ainsi calculer le plus exactement possible la distance entre la terre et soleil, périple qui dura 11 ans et dont il revint bredouille. Ce transit ne se produit qu’à un rythme immuable de 8 ans après le premier transit puis 122 ans, puis 105 ans etc….. Alors mieux vaut ne pas rater Vénus. Il en est un peu de même pour l’amour quand celui-ci frappe à la porte….

Parallèlement au voyage de Guillaume Le Gentil, il y a le voyage presque immobile de Xavier Lemercier, en 2012, agent immobilier, père d’Olivier, 11 ans, divorcé, au bord de la dépression et qui s’accroche à des séances de méditation sur une application comme on s’accroche à une bouée pour ne pas sombrer.

L’oubli d’un télescope va chambouler sa vie : celui-ci se trouve avoir appartenu à Guillaume Le Gentil de la Galaisière et de fil en optiques il va être amener à ne pas seulement observer les étoiles avec celui-ci mais également les appartements voisins et tomber sous le charme d’une taxidermiste, Alice. Mais les voyages les plus courts ne sont pas les moins périlleux et l’auteur nous entraîne dans les parcours de deux hommes à la recherche d’une étoile, celle du bonheur.

Je ne suis pas friande de ce genre de récit (sans surprise quant au déroulé et assez prévisible quant à leur issue) mais dans le genre ce fut une lecture plutôt agréable même si parfois certains événements étaient un peu cousus de fil blanc mais nécessaires afin de mener à bien l’entreprise amoureuse (car la scientifique est semble-t-il conforme)et à son dénouement sans surprise. Tout l’intérêt réside dans le parallèle entre les quêtes de ses deux héros dans le passé et le présent que ce soit sur le terrain scientifique ou personnel. Il y a tous les ingrédients pour une lecture sans anicroche avec la petite touche supplémentaire d’un personnage ayant réellement existé (je veux parler bien sûr de Guillaume Le Gentil de la ….), de ses différentes escales et découvertes lors de son voyage.

Les deux personnages se font écho assez habilement à chaque changement de chapitre et même s’il est finalement conforme au genre, c’est une lecture plaisante, légère mais malgré tout instructive sur l’opiniâtreté d’un homme pour mener à bien son entreprise astronomique et d’un autre, plus fragile mais non moins original, pour trouver l’amour.  Roman avec un fond légèrement philosophique, optimiste, sans prise de tête.

J’ai aimé.

Editions Flammarion – Janvier 2022 – 288 pages

Lu dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques

Ciao 📚

Le livre des heures de Anne Delaflotte Mehdevi

LE LIVRE DES HEURES IGMarguerite, fille et petite fille d’enlumineurs, vit sur le pont Notre-Dame. Son frère jumeau est épileptique. Marguerite le veille, le maintient littéralement en vie. Sa mère préfèrerait que Marguerite soit malade plutôt que son fils. Elle harcèle et accable sa fille. Pour compenser et conjurer cet enfermement, Marguerite s’arrime à la manifestation primordiale de la vie qu’est la lumière, la couleur.
Elle va gagner sa place dans l’atelier familial, non sans peine.
Toute sa vie, elle marche sur une ligne de crête, un chemin borné par le pont Notre-Dame et le Petit Pont. Chaque jour elle traverse l’île de la Cité, de l’atelier d’enluminure à l’apothicairerie de son parrain où elle vient s’approvisionner en pigments.
Jusqu’au jour où elle rencontre Daoud. Un maure – l’ennemi absolu.

Ma lecture

Paris –  De 1468 à la fin du XVème siècle – Dans Le livre des heures, nous découvrons la vie de Marguerite, de son enfance à sa vie de femme et de la passion qu’elle noue avec le travail d’enlumineuse, métier dans lequel elle baigne dès sa naissance puisqu’elle vit sur le lieu même où exercent et excellent son grand-père et son père, eux-mêmes enlumineurs réputés à Paris. En effet la maison de bois sur le pont (en bois à l’époque) Notre-Dame à Paris qui enjambe la Seine, abrite non seulement l’atelier de ceux-ci  mais également le logis où vivent Marguerite, son frère jumeau Jacquot et ses parents.

A travers le travail d’enlumineuse dont l’autrice nous fournit beaucoup d’éléments, que ce soit au niveau des couleurs, de la manière dont elles sont produites, c’est une plongée dans le Paris de la fin du moyen-âge avec non seulement l’architecture des bâtiments autour de la Seine mais également le portrait d’une jeune femme de l’époque avec les obstacles qui se présentent à elle pour exercer son art (plutôt pratiqué par la gente masculine les femmes ne devant se préoccuper que des tâches maritales et ménagères), usant de stratagèmes pour y parvenir (en particulier face à une mère acariâtre), s’occupant de son jumeau atteint de crises d’épilepsie, de la manière dont elle va s’affranchir à la fois pour être libre de ses choix et de ses passions à une époque où la religion dictait et imposait sa loi.

C’est un roman imprégné non seulement de l’époque par certains éléments de langage mais également par la description des lieux,  entremêlant le destin de cette jeune femme passionnée par l’enluminure depuis son plus jeune âge, bercée qu’elle a été par son grand-père en particulier, un maître en la matière et l’histoire que ce soit par le sacrifice d’une femme, Jeanne d’Arc, pour sauver un pays, la découverte de nouveaux horizons avec Christophe Colomb, les tensions entre communautés religieuses à l’aube de la renaissance.

Anne Delaflotte Mehdevi nous invite à une plongée à la fois instructive et documentée sur le travail des ces doigts agiles et patients qui décoraient les ouvrages avant que l’imprimerie mécanise et « industrialise » l’illustration des ouvrages. Le journal des heures est non seulement un livre de prières mais également, pour Marguerite, un support tel un journal intime illustré dans lequel elle colore ses émotions et sentiments, ses joies et ses peines, ses victoires et ses défaites.

Ce roman a des aspects intéressants : documenté, original par l’époque et la profession évoquées, instructif sur le travail d’enluminure mais j’ai trouvé qu’il comportait tous les éléments de nombreux romans de ce genre : la jeune femme contrariée dans ses passions, très douée dans son art, se dévouant corps et âme pour son jumeau, contrainte au mariage par sa famille (même si c’était une réalité) et je vous passe les derniers rebondissements communs à toute romance. Je n’aurai pas choisi de lire ce roman si ce n’était pour le Comité de lecture des bibliothèques car à la lecture de la quatrième de couverture je redoutais d’y trouver tous ces éléments et cela n’a pas manqué.

Pourquoi emprunter, pour évoquer un thème, les chemins tellement parcourus, avec les rebondissements habituels tant déjà usités ? Certes il plaira dans une bibliothèque  justement pour ce côté romantique sur fond historique à tout lecteur aimant apprendre avec une intrigue en fil rouge, mais pour ma part, n’étant pas trop friande de ce genre de concept, je l’ai aimé, mais n’y ai pris de l’intérêt justement que dans les informations fournies sur le milieu de l’enluminure et beaucoup moins sur le destin de l’héroïne, commun à de nombreux autres romans. Une petite mention concernant l’écriture que j’ai trouvé plaisante à certains moments et à d’autres constituée de phrases courtes donnant le sentiment d’une énumération de mots et de faits.

J’ai aimé mais sans plus.

Lecture dans le cadre du comité de lecture des bibliothèques

Editions Buchet Chastel – Janvier 2022 – 224 pages

Ciao 📚

Les idées noires de Laure Gouraige

LES IDEES NOIRES IGVous avez bien dormi.
Ce matin-là, celui où vous vous êtes réveillée à 10 h 39, vous pensiez être identique à la personne que vous étiez la veille, vos gestes conformes à ceux d’hier. Allumer votre téléphone, la journée commence ainsi.
Vous avez un message vocal. Une journaliste vous convie à la radio pour témoigner du racisme dont vous êtes victime. Vous sauvegardez, reposez le téléphone sur votre table de nuit, en réalité un tabouret cubique en céramique composée de terre de Yixing, offert par votre amie. Voilà.
Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire.

Ma lecture

Bonjour, je me permets de vous appeler car j’aimerais vous inviter à témoigner dans mon émission de radio du racisme anti-noir dont vous êtes victime. Rappelez-moi quand vous le pourrez. Merci (p9)

Un message laissé sur la boîte vocale du portable de la narratrice va mettre en ébullition celle-ci. Qui lui a laissé ce message ? Pourquoi, souffre-t-elle d’un racisme anti-noir et est-elle noire finalement. Jusqu’à ce moment là ce questionnement ne l’avait jamais effleuré  De mère française et de père haïtien, vivant en France, son métissage ne l’avait jamais interrogé, troublé et il n’a fallu que quelques mots pour la convier à une émission de radio puis d’une erreur d’orientation à l’accueil de celle-ci pour que son identité pose problème aux autres et à elle :

C’est un objet encombrant, une identité. (…) Vous épousez des formes ennuyeuses, des évidences pour les détruire, vous êtes une ébauche. (p23)

Une quête de 157 pages pour un périple à la recherche de son identité, un voyage intérieur que va effectuer la narratrice en prenant de la distance par rapport à l’inconnue finalement qu’elle devient suite à ce message, le regard de l’autre et qui est cet autre ? Elle s’interroge en utilisant le « vous » car le « je » pour elle n’existe plus, face à ce moi qu’elle ne reconnaît plus et si j’ai trouvé le ton en début de lecture assez original, au fil de ma lecture j’ai commencé à me lasser non seulement de celui-ci mais également des « aventures » de cette jeune femme d’une trentaine d’années que ce soit à Paris en passant par Miami et jusqu’à Haïti.

Qui est-on quand on est issu d’un métissage, comment les autres vous perçoivent, quelles sont nos vraies racines, que porte-t-on dans ses veines ? J’ai trouvé l’idée de départ intéressante et j’y ai trouvé en fond un regard mêlé d’humour, de dérision parfois avec des scènes de la vie qui peuvent interpeller, catégoriser pour finalement me fatiguer et j’ai trouvé que dans son questionnement elle mettait un peu tout et n’importe quoi, rebondissant sur des sujets, partait dans tous les sens et à force j’ai pris mes distances.

Votre objet à vous est déjà peu clair, certes clair de peau, mais sombre en esprit ; en bref, vous divaguez, vous sombrez dans un délire noir. (p22)

Voilà elle l’écrit elle-même, dès le début, elle se perd et elle m’a perdue au fil des pages, dans ses divagations. Vous m’avez perdu Madame c’est dommage et si je suis allée jusqu’au bout c’est parce qu’il s’agissait d’une mission, une lecture pour le Comité de lecture mais j’aurai préféré plus de nuances, plus d’approfondissement plutôt que de me perdre dans des considérations, des mésaventures loufoques parfois dignes d’une touriste parisienne en voyage. Original certes, teinté d’humour oui, d’un regard sur ses origines et une allusion à Dany Laferrière ayant lui aussi quitté son île d’origine, mais je pense qu’il faut être adepte d’un certain univers décalé de l’écriture et du traitement d’un sujet pour en apprécier toute la saveur. Moi j’en suis sortie presque épuisée.

Bof-bof.

Lu dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques de ma commune

Editions P.O.L. – Janvier 2022 – 157 pages

Ciao 📚