Le dernier jour d’un condamné à mort de Victor Hugo

LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNERésumé

Nous ne saurons pas qui est le Condamné, nous ne saurons rien du crime qu’il a commis. Car le propos de l’auteur n’est pas d’entrer dans un débat mais d’exhiber l’horreur et l’absurdité de la situation dans laquelle se trouve n’importe quel homme à qui l’on va trancher le cou dans quelques heures.
Ce roman – aux accents souvent étrangement modernes – a une telle puissance de suggestion que le lecteur finit par s’identifier au narrateur dont il partage tour à tour l’angoisse et les vaines espérances. Jusqu’aux dernières lignes du livre, le génie de Victor Hugo nous fait participer à une attente effarée : celle du bruit grinçant que fera le couperet se précipitant dans les rails de la guillotine.
Quiconque aura lu ce livre n’oubliera plus jamais cette saisissante leçon d’écriture et d’humanité.

Ma lecture

C’est un court roman mais rarement un roman ne m’a laissé une telle impression à plusieurs années d’écart en effet je l’ai lu il a longtemps et j’en avais gardé un souvenir très fort. Comme Victor Hugo est le thème de la prochaine rencontre du Club de lecture j’ai tout de suite pensé à lui. Je voulais absolument le relire un jour pour voir, pour savoir si il produirait le même effet. Et bien oui si ce n’est encore plus.

Victor Hugo commence par une préface où il nous parle des ratés de la guillotine…. Et croyez-moi il y a de quoi vous horrifier….. Parfois obligé de s’y reprendre à plusieurs fois (mais cela j’en avais déjà eu connaissance) le bourreau ne fait pas toujours très bien son travail….

Puis il se place dans le camp de ceux qui veulent maintenir la peine de mort et leur oppose ses contre-arguments :

. Parce qu’il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a nui et qui pourrait nuire encore

. La société ne doit pas « punir pour se venger », elle doit corriger pour améliorer. Transformez de cette façon la formule des criminalistes, nous la comprenons et nous y adhérons.

. La théorie de l’exemple. Il faut épouvanter par le spectacle du sort réservé aux criminels ceux qui seraient tentés de les imiter ! (prologue de l’auteur)

Il se révolte envers le procureur, le peuple qui sont en soif  de sang, de vengeance, de spectacle mais les met en garde qu’un jour ce ne soit eux qui se trouvent sur l’échafaud.

Il est difficile de songer de sang-froid à ce que c’est qu’un procureur royal criminel. C’est un homme qui gagne sa vie à envoyer les autres à l’échafaud. C’est le pourvoyeur titulaire des places de Grève. (p17)

Après ce virulent prologue, il introduit une courte pièce de théâtre qui met en scène différents personnages qui tiennent salon (avant d’aller dîner) et parlent du roman (sans souvent l’avoir lu) en y faisant figurer entre autres : une aristocrate, un philosophe et un chevalier. Il imagine les critiques concernant son roman : n’est-on pas mieux servi que par soi-même.

Et puis le roman commence : nous avons été mis en condition mais ce qui va suivre c’est le journal d’un homme qui a été jugé et condamné à mort il y a 5 semaines et qui espère que sa peine soit commuée en emprisonnement puis le compte à rebours commence……

A vous les jurés, à vous les bourreaux, écoutez la complainte d’un homme qui va mourir sur l’échafaud !

Victor Hugo a écrit ce réquisitoire a 26 ans, en deux mois et demi et l’on ressent sa colère, son épouvante face à cette barbarie.

Ils disent que ce n’est rien, qu’on ne souffre pas, que c’est une fin douce, que la mort de cette façon est bien simplifiée. Et ! qu’est-ce donc que cette agonie de six semaines. (…) Conte-t-on que jamais une tête coupée se soit dressée sanglante au bord du panier et qu’elle ait crié au peuple : Cela ne fait pas de mal ! Y a-t-il des morts de leur façon qui soient venus les remercier et leur dire : C’est bien inventé. Tenez-vous-en là. La mécanique est bonne.(p115)

Et pour donner encore plus de force à son récit, il donne la parole au condamné lui-même et en le lisant nous nous glissons nous-même dans le personnage. Nous ressentons la même angoisse, les mêmes pensées et la même terreur au fur et à mesure que les jours et les heures s’égrènent.

Il ne donne que peu de détails sur le condamné à mort, qu’importe le crime après tout l’issue est l’objet : on ne sait de lui seulement qu’il est marié, qu’il a une fille de 3 ans, on devine qu’il a reçu une éducation par son langage. Dans ce journal d’une mort annoncée, transpirent tout l’effroi, la peur, l’espoir d’une grâce de dernière minute mais aussi ce qu’il voit, vit, espère. C’est aussi un témoignage sur le fonctionnement de la justice, de la prison de l’époque, le départ des galériens pour Toulon, la présence du prêtre,les sensations, les émotions etc….

C’est une longue agonie car le pire n’est-il pas ce qui précède, jusqu’à sa montée sur l’échafaud, on ressent presque le froid des ciseaux sur notre nuque, on imagine l’ombre de cet instrument de mort….. Cela vous comprime le cœur, l’estomac. Ce sont des mots, des sensations, un malaise qui reste coller à l’esprit bien longtemps après avoir refermé le livre, après que la lame soit tombée.

C’est un cri de colère, de honte que pousse Victor Hugo, il nous enjoint de ne pas souscrire à ce type de punition au nom d’une vengeance, d’une loi du Tallion : dent pour dent, œil pour œil, sûrement pas dissuasive et barbare. Les mots qu’il place sous la plume de cet homme qui va mourir de la main de la justice, sont d’une force incroyable, d’une justesse implacable à laquelle on ne peut que souscrire.

A faire lire autour de soi, un livre qui fait partie des essentiels à avoir lu tant pour le sujet, l’écriture, les émotions et la force de conviction qui se cachent derrière chaque mot, chaque argument comme il est utile d’écouter Robert Badinter dire pourquoi il a demandé l’abolition de la peine de mort (peut-être avait-il lu Victor Hugo) et l’a obtenue.

📕📕📕📕📕 COUP DE 

Lecture faite dans le cadre de la prochaine réunion du Club de lecture avec pour thème Victor Hugo (romans, poèmes, théâtre).

Lecture faite sur Liseuse – 146 pages – 1829

Ciao

📕📕📕📕📕 COUP DE 

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Le lambeau de Philippe Lançon

LE LAMBEAUQuatrième de couverture

Lambeau, subst. masc. 1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie. 2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55). 3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

Philippe Lançon est journaliste à Libération et Charlie Hebdo, et écrivain.

Ma lecture

J’ai attendu plus d’un an pour découvrir le récit de Philippe Lançon. Je voulais le bon moment. Je savais qu’il allait me plonger à nouveau dans l’attentat à Charlie, je me souviens comme beaucoup de ce que je faisais ce jour-là, ce moment d’hébétude, puis un moment d’aberration puis de tristesse.

Mais nous étions à l’extérieur, Philippe Lançon l’a vécu de l’intérieur, le 7 Janvier 2015, un jour comme les autres, un mercredi comme les autres, la réunion à Charlie, une soirée au théâtre la veille avec Shakespeare, La nuit des rois,  un livre Blue Note dont il veut parler à Cabu car il le sait fan de jazz et puis 11h25 tout bascule….. Rien ne sera jamais pareil ensuite et comment pourrait-il en être autrement car au-delà des amis qu’il a perdus, il va vivre plusieurs mois de reconstruction, lui l’homme fracassé, défiguré.

C’est un récit bouleversant mais sans apitoiement sur lui-même, jamais, de sa lente remontée à la surface, de ses liens avec ceux qui l’ont aidé, soigné, qui lui ont redonné un visage et en particulier (et surtout) Chloé, sa chirurgienne, celle qui va patiemment redonner forme à son visage, une sorte de deuxième mise au monde.

C’est un récit humain où j’ai été surprise par la plume juste, droite, pudique d’un homme blessé dans sa chair mais aussi dans son âme, par la perte de ceux qu’il aimait, admirait pour certains.

C’est un récit à la recherche de ses souvenirs, l’avant, l’après, de son amour de la littérature, de Proust en particulier, mais aussi Kafka et de Bach. Il trouve en eux des moyens de tenir, d’espérer, de patienter. Ce sont ses remèdes, inépuisables. Il se coupe du monde extérieur par la force des choses mais n’a souvent besoin que des livres, de la musique et du silence pour se reconstruire.

C’est un récit sur le monde caché, peu connu des gueules cassées, des estropiés qui tentent de reprendre pied et visage dans l’ombre d’une coupole, celle des Invalides, si justement nommée.

Avec une écriture accessible il nous raconte son quotidien, tout ce qu’il a vécu, enduré, pensé pendant ces longues semaines de retour à la surface. J’ai été surprise par l’extrême pudeur de ses sentiments. Même s’il parle de son ressenti c’est toujours avec mesure, jamais de violence peut-être parce que la violence il sait ce que c’est, et son témoignage n’en est que plus fort. Pas d’apitoiement sur son sort : c’est un état de fait qu’il accepte parce qu’il n’a pas d’autre choix mais je l’ai ressenti comme de une sorte de dignité, d’humanité vis-à-vis de ceux qui sont morts.

Choisir comme thérapie l’écriture, mettre à plat ses souvenirs, remonter le temps, pas à pas, retrouver ses sensations comme on retrouve de la sensibilité sur son corps après une opération. Pouvoir exprimer sur le papier ce que l’on ne peut dire tout haut, le long chemin parcouru, les doutes, les espoirs, l’attente, le regard des autres, mais taire sa souffrance, la garder pour soi parce qu’il n’y a peut-être pas de mots pour la dire mais elle transpire malgré tout dans chaque page.

Je me suis installée près de lui, je me suis tue et je l’ai écouté. Il m’a raconté une histoire, son histoire, qui n’est pas belle car il y a des jambes noires qui en ont décidé autrement. Deux minutes trente, deux courtes minutes trente qui ont basculé la vie de huit personnes et ont changé le cours d’autres. Puis l’histoire prend d’autres couleurs : celle de la reconstruction du visage mais aussi de l’homme.

Il m’avait fallu atterrir en cet endroit, dans cet état, no seulement pour mettre à l’épreuve mon métier, mais aussi pour sentir ce que j’avais lu cent fois chez des auteurs sans tout à fait le comprendre : écrire est la meilleure manière de sortir de soi-même, quand bien même ne parlerait-on de rien d’autre. Du même coup, la séparation entre fiction et non fiction était vaine : tout était fiction, puisque tout était récit – choix des faits, cadrage des scènes, écriture, composition. Ce qui comptait, c’était la sensation de vérité et le sentiment de liberté donnés à celui qui écrivait comme à ceux qui lisaient. (p366)

C’est le récit d’un cercle familial, amical, amoureux, de présences en particulier les liens qui l’unissent aux agents qui le protègent et surtout à sa chirurgienne, ils sont les garants de son existence, ils ont sa vie entre leurs mains, ils l’aident à se reconstruire, à tenir debout, à espérer.

J’ai été surprise de constater qu’il n’y a pas de colère ou elle reste mesurée, digne, jamais alors qu’il aurait toutes les raisons de l’être, mais la peur reste présente et comment pourrait-il en être autrement après un tel choc physique mais aussi psychologique.

Le lambeau est une partie de sa vie qui lui a été arrachée, ôtée comme ses amis perdus, mais aussi un morceau auquel les magiciens des hôpitaux vont redonner vie. C’est 500 pages que l’on lit en apnée,  que l’on garde longtemps en soi, un témoignage puissant sur la force et la volonté humaines à se reconstruire, sans pathos, sans larmes car je pense que cela il l’a gardé pour lui.

📕📕📕📕📕 COUP DE

Editions Gallimard – Mars 2018 – 510 pages

Ciao

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

LE SOLEIL DES SCORTA1875 – Sous un soleil accablant un homme arrive à Montepuccio. Il sort de prison, il s’appelle Luciano Marcalzone,  il vient cherche ce qu’il pense être son dû,  celle qu’il s’était juré de mettre dans son lit, celle qu’il a espérée pendant 15 ans. Rien ne peut l’arrêter lui et son âne sur le chemin de pierres vers ce village des Pouilles. Il frappe à la porte de la famille Biscotti, une femme lui ouvre, celle qu’il cherchait. Il paiera de sa vie cette journée, de cet instant. C’est de cette journée qu’est née la légende et la lignée des Scorta avec Rocco, fruit de ce moment.

Rocco s’installa sur les hauteurs du village (…) il y fit construire une belle et grande ferme. Rocco Scorta Mascalzone était devenu riche. A ceux qui parfois le suppliaient de laisser en paix les gens du village et d’aller rançonner ceux des contrées voisines, il répondait toujours la même chose : « Taisez-vous, crapules. Je suis votre châtiment ». (p42)

J’aime Laurent Gaudé dont j’ai lu nombre plusieurs romans : Eldorado, Pour seul cortège, Ecoutez nos défaites mais étrangement je n’avais pas lu celui -ci dont je lisais beaucoup d’éloges, qui a reçu, entre autres, le prix Goncourt en 2004.

A travers cette histoire familiale sur plusieurs générations, l’auteur retrace le destin de la famille Scorta, partie de rien, elle va régner sur le village de Montepuccio,  entre terres arides et mer, tour à tour puissante ou ruinée mais elle renaît toujours de ses cendres car il y a une fierté, une volonté de fer qui coule dans le sang de ses hommes et de ses femmes. Il y a l’amour du nom, la fierté d’être de ce clan.

Laurent Gaudé est à la fois une plume mais aussi une voix, cette voix du conteur, chaude, juste et profonde, cette voix présente dans chacun de ses romans.

On ressent dans chaque page la chaleur, la rudesse de ce village et de ses habitants. C’est dans cette chaleur sèche et accablante que se déroule cette saga familiale, sur une terre ingrate, avec des habitants aux personnalités burinées comme leurs visages, taiseux, dont les sentiments et les secrets ne sont pas exposés au soleil, tout se vit dans l’ombre des mémoires et des cœurs.

Comme le paysage, les sentiments sont rudes, tus mais présents, les vengeances et les peurs tenaces

Souvenez-vous des fléaux et demandez au Seigneur pourquoi il ronge la terre, parfois, d’incendies ou de sécheresses. Je suis une épidémie, mon père. Rien de plus. Un nuage de sauterelles. Un tremblement de erre, une maladie infectieuse. Tout est sens dessus dessous. Je suis fou. Enragé. Je suis la malaria. Et la famine. Demandez au Seigneur. Je suis là. Et je ferai mon temps. (p45)

Chaque chapitre est finalisé par un fragment de la confession à Don Salvatore, le « calabrais », prête digne de confiance, il a fait ses preuves et peut tout entendre,

Don Salvatore fut adopté. On avait aimé sa solennité. Il avait la rudesse de la terre du Sud et le regard noir des hommes sans peur. (p159)

de Carmela, celle qui choisit parfois d’être muette quand les mots sont inutiles, mais à Don Salvatore elle veut transmettre ses secrets avant de s’éteindre.

Carmela est l’âme de cette famille, celle qui reçu la bénédiction de son père Rocco, grâce à sa main passée dans ses cheveux, geste qui l’accompagnera toute sa vie, seule geste de tendresse. Car ici ce n’est pas un pays de tendresse, l’amour il faut le gagner comme la terre, comme l’argent. Qu’importe les moyens ce qui importe c’est le résultat.

Chaque génération cherchera à se faire une place sous le soleil, certains partiront loin, bâtiront leur légende sur un mensonge, mais qu’importe ce qui compte c’est de survivre, parfois au prix de petits arrangements avec les lois. On se lie, on se marie, les enfants perpétuent le nom et l’amour de la terre. Difficile de renoncer ce que les générations précédentes ont construit et insuffler dans les veines de chacun.

C’est un roman à la manière d’un conte, d’une légende que l’on raconte le soir au coin du feu. Une famille qui se construit presque comme une légende. Elle est redoutée, admirée, elle possède, elle peut tout perdre mais toujours ce reconstruire si c’est le prix à payer pour rester ancrer dans cette terre qu’elle a fait sienne.

Quel beau roman d’amour où les mots sont inutiles, où les actes parlent, amour de la terre, du nom, du sang qui coule dans les veines, amour du nom, du prix qu’il faut payer pour le maintenir, amour de la famille, des siens.

Laurent Gaudé trouve les mots pour rendre toute l’âpreté du lieu et des personnages, leur ambiguïté, on les aime et on les craint.

Vous l’avez compris c’est un coup de cœur pour moi tellement j’ai été emporté par l’écriture, par la construction et par le style de Laurent Gaudé, si personnel, si reconnaissable, qui nous conte une histoire où la terre du Sud de l’Italie se mêle au soleil au sang et à la sueur de ses habitants afin de faire d’eux les acteurs d’une tranche de vie. A chacun de ses livres ce sont les éléments qui reviennent : la terre, les hommes, les événements, il ne les dissocie jamais, ils sont liés, la terre imprime aux hommes leurs caractères et ceux-ci vivent des événements qui mettent à nu et à vif leur nature profonde.

J’ai retrouvé dans certains passages des accents à la manière de Ernest Hemingway quand un homme, pêcheur, décide de son destin :

Mais le soleil était encore là et le protégeait. Il tourna la barque pour l’avoir face à lui La côte était dans son dos. Il ne la voyait plus. (…) Il mit sa barque dans l’axe du soleil, au centre du chemin de lumière. Il ne restait plus qu’à avancer. Jusqu’au bout. (…) De gros bouillons de vapeur signaleront à ceux que je quitte que Donato est mort. Je suis le soleil…. Les poulpes m’accompagnent.. Je suis le soleil… Jusqu’au bout de la mer. (p243)

Du grand Laurent Gaudé, un prix Goncourt mérité, mais pourquoi ne l’ai-je pas lu dès son achat au lieu de le laisser sur l’étagère, le principal est de l’avoir lu me direz-vous, oui bien sûr…. Lisez Laurent Gaudé, à travers ses histoires il nous parle tellement bien de l’humanité, de la terre, des âmes, c’est à chaque fois un voyage, différent mais toujours le même dans lequel, quelque soit l’époque ou le lieu, les hommes et les femmes sont le fond, l’essence de sa narration, avec ce qu’ils peuvent avoir de plus beau et de plus sombre, avec ce qu’ils espèrent, attendent, craignent.

« Tu n’es rien, Elia. Ni moi non plus. C’est la famille qui compte. Sans elle tu serais mort et le monde aurait continué de tourner sans même s’apercevoir de ta disparition Nous naissons. Nous mourons. Et dans l’intervalle, il n’y a qu’une chose qui compte. Toi et moi, pris seuls, nous ne sommes rien. Mais les Scorta, les Scorta, ça, c’est quelque chose. (…) N’oublie pas cela. Tu n’es rien. Le nom des Scorta passe à travers toi. C’est tout. » (p166)

📕📕📕📕📕 COUP DE ❤

Quatrième de couverture

L’origine de leur lignée condamne les Scorta à l’opprobre. A Montepucccio, leur petit village d’Italie du Sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait vœu de transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu’ils appellent « l’argent de New-York », leur richesse est aussi immatérielle qu’une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Celui que la vieille Carmela confie au curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.

Livre lu dans le cadre d’Objectif PAL organisé par Antigone

Editions Babel – Mars 2006 – 284 pages (1ère parution Actes Sud 2004)

Prix Goncourt 2004

Ciao

Journal de Hélène Berr

HELENE BERR JOURNALIl y avait sûrement en 1942 des après-midi où la guerre et l’Occupation semblaient lointaines et irréelles dans ces rues. Sauf pour une jeune fille du nom d’Hélène Berr, qui savait qu’elle était au plus profond du malheur et de la barbarie ; mais impossible de le dire aux passants aimables et indifférents. Alors, elle écrivait un journal. Avait-elle le pressentiment que très loin dans l’avenir, on le lirait ? Ou craignait-elle que sa voix soit étouffée comme celles de millions de personnes massacrées sans laisser de traces ? Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant. écouter la voix d’Hélène et marcher à ses côtés. Une voix et une présence qui nous accompagnerons toute notre vie. »
Patrick Modiano

Ma lecture

J’ai entendu parler de ce journal grâce aux Bibliomaniacs, qui était un des coups de cœur de l’une d’entre elles (Léo je crois), en commençant la lecture je savais donc où je mettais mes yeux et j’ai attendu le bon moment pour le lire. La préface, émouvante et juste de Patrick Modiano donne le ton de ce que je vais découvrir ensuite. Il la compare à une plume similaire à celle de Katherine Mainsfield. Quel beau compliment pour elle qui aimait tant la littérature anglaise…..

Le livre est près de mon clavier et il est rempli de marque-pages, autant de repères dans ce livre où je me suis arrêtée si souvent émue ou interpellée, où j’ai pris le temps de réfléchir à ce qu’Hélène Berr nous transmet, c’est tellement profond, émouvant que je sais d’avance que je ne pourrai pas tout vous relater car il n’y a parfois aucun mot pour le dire.

Elle met en évidence tellement de questionnements, de façon objective, argumentée que l’on ne peut que noter, arrêter sa lecture pour réfléchir, remettre en question certains aspects sous un autre jour. Bien sûr c’est une lecture où la gorge se noue, où les larmes montent aux yeux tant pour les faits que pour la femme qui écrivait.

1942 – Paris, Hélène Berr commence à tenir un journal car elle a comme un pressentiment que sa vie ne va plus être la même désormais. Elle est à un moment de sa vie où tout se bouscule : études, guerre, amour. Elle devrait ne penser qu’à vivre, à aimer, à sourire mais depuis quelques semaines l’étau se resserre sur les juifs, le port de l’étoile devient obligatoire, elle refuse de s’y plier dans un premier temps puis la porte :

Seulement si je la porte, je veux toujours être très élégante et très digne, pour que les gens voient ce que c’est. Je veux faire la chose la plus courageuse. Ce soir je crois que c’est de la porter. (p54)

les discriminations envers les juifs sont de plus en plus nombreuses, sanctionnées en cas de violation et surtout les rafles sont de plus en plus fréquentes.  Les appartements des voisins, amis se vident de leurs occupants et leurs contenus sont pillés.

Son père, polytechnicien, sera une première fois arrêté et interné à Drancy d’où il sera libéré grâce à une « rançon » payée par ses employeurs,

En échange de Papa, ils nous prennent ce que nous estimions le plus : notre fierté, notre dignité, notre esprit de résistance. Non lâcheté. Les autres gens croient que nous jouissons de cette lâcheté. Jouir ! Mon Dieu. Et au fond, ils seront contents de ne plus avoir à nous admirer et à nous respecter. (p92)

certains membres de sa famille partiront s’exiler en zone dite libre, mais Hélène et ses parents, après moult hésitations, décident de rester dans l’appartement qu’ils occupent à Paris jusqu’en Mars 1944 vivant dans la peur jusqu’à leur arrestation et leur déportation.

Au cours des trois années où ce journal est tenu, le ton va évoluer.

En 1942 Hélène raconte par le menu ses sorties, ses activités, elle fréquente la Sorbonne, prépare une agrégation d’anglais, a fait des études de philosophie, elle joue du violon, a de nombreux amis, s’évade souvent dans la maison familiale qu’ils  possèdentà  Aubergenville où pendant quelques heures elle goutte au bonheur simple de cueillir et manger des fruits. La guerre semble parfois lointaine. Le ton est assez léger même si on sent poindre ça et là les craintes, les observations, les doutes d’Hélène. Elle se révolte sur le port de l’étoile mais elle ne peut résister longtemps, elle ne fait pas le poids. Au mois de Juillet la rafle du Veld’hiv et les arrestations massives mettent la famille face à la réalité de ce qui arrive. Les rumeurs sont fondées et par déduction Hélène comprend que les trains qui partent de Drancy sont des voyages sans retour…..

Je veux rester encore, pour connaître à fond ce qui s’est passé cette semaine, je le veux, pour pouvoir prêcher et secouer les indifférents. (p107)

En 1943 le ton et le contenu changent totalement, Hélène commence à imaginer ce qui les attend : elle anayse les faits, elle tente de trouver des réponses aux questions qui se posent à elle, sur l’homme, la religion, le mal, la peur, la mort. Il y a de la révolte en elle, de la colère parfois, de la rebellion. Elle n’a pas peur pour elle, mais pour ceux qu’elles aiment et les autres, pour tous ces enfants dont elle s’occupe dans une association de placement d’enfants juifs sans parents et le travail est énorme.

Biens et personnes disparaissent, certaines situations sont absurdes,  certains dénoncent, d’autres protègent, certains refusent les évidences et Hélène arpente les rues de Paris pour ne pas rester à subir : elle s’active, est bénévole dans une bibliothèque, vient en aide, prépare des colis, attend, tremble, espère……

1944 : les choses s’accélèrent, la vie de la famille devient très compliquée, les menaces d’arrestation se font de plus en plus précises, proches et ils passent sur la fin leurs nuits ailleurs, comme si les arrestations ne pouvaient avoir lieu le jour, jusqu’à ce jour de Mars, le jour de son 23ème anniversaire où ils seront arrêtés et partiront pour un voyage sans retour.

Comme pour le journal d’Anne Frank, autre témoignage bouleversant,on est saisi par la volonté de transmettre, de témoigner de leur quotidien, de la lucidité et du courage dont elles ont fait preuve. Toutes deux découvraient l’amour, Hélène vient de croiser la route de Jean (JM ou il) dans le journal, le garçon qu’elle aime et dont elle parle de façon si touchante, très mystérieuse, comme un trésor caché (la chose dit-elle) et auquel elle destine ce journal comme une prescience qu’elle peut disparaître :

J’ai un devoir à accomplir en écrivant, car il faut que les autres sachent. (p185)

J’ai trouvé beaucoup de profondeur dans ses questionnements sur ses ressentis, sa clairvoyance par rapport aux faits et ses tentatives pour comprendre l’attitude des français, de l’ennemi, des chrétiens face à cette tragédie que fût l’arrestation et la déportation des juifs.

Et ceux-ci ne sont que des hommes faibles et souvent lâches ou bornés. Est-ce que si le monde chrétien s’était levé en masse contre les persécutions, il n’aurait pas réussi ? J’en suis sûre.(…) Est-e que le pape est digne d’avoir le mandat de Dieu sur la Terre, lui qui reste impuissant devant la violation la plus flagrante des lois du Christ. (p189)

On est frappé par la lucidité dont elle fait preuve face aux événements, aux regards portés sur eux, à ses inquiétudes pour ceux qu’elle aime, pour ceux qui souffrent. Elle se donne sans compter jusqu’au dernier jour trouvant le réconfort dont elle a besoin dans la musique et la littérature en particulier Shelley et Keats qui lui apportent parfois du réconfort et des réponses à ses questionnements.

 Je ne peux que conseiller la lecture d’un tel ouvrage, il faut s’y préparer car la plume de l’auteure transmet tout son amour de la vie, des autres, il faut parfois poser le livre, laisser passer les émotions puis réfléchir à ce qu’elle nous transmet. Bien sûr cette guerre est finie mais il y en a d’autres, ailleurs et nous ne pouvons pas dire que l’on ne sait pas, que l’on ne voit pas, que l’on entend pas.

On peut imaginer le brillant avenir qui s’offrait à elle, ses capacités d’analyse et  la monstruosité de ce qui s’est passé ici, il n’y a pas si longtemps.

Il faut donc que j’écrive pour pouvoir plus tard montrer aux hommes ce qu’a été cette époque (…) chacun dans sa petite sphère peut faire quelque chose. Et s’il le peut, il le doit. (p187)

Les feuillets de son journal ont été remis à Andrée, leur cuisinière pour qu’elles les transmettent à Jean, son amour au cas où elle ne reviendrait pas. C’est sa nièce qui les a récupérés et fait publier en 2008, comme un devoir de mémoire.

C’était une jeune femme comme les autres passionnée, intelligente, qui voulait vivre auprès de Jean, qui a aidé jusqu’à son dernier souffle les femmes déportées avec elle à Bergen-Belsen, où elle s’éteint sous les coups d’une gardienne, car atteinte du typhus elle n’a pas pu se rendre à l’appel, 5 jours avant la libération du camp en 1945.

C’est une lecture, comme celle du Journal d’Anne Frank qui va m’accompagner longtemps, pas seulement par la narration des événements mais surtout pour la qualité de son écriture et la justesse de ses raisonnements, son refuge dans la littérature et la musique dans les jours les plus sombres, la générosité dont elle a fait preuve.

📕📕📕📕📕 COUP DE COEUR 

Editions Points – Mai 2009 – 329 pages

Ciao

Cotton County de Eleanor Henderson

COTTON COUNTY

Cotton County, Géorgie, 1930. Elma Jesup, une jeune femme blanche, fille du métayer du domaine, met au monde deux jumeaux. L’un est blanc, l’autre mulâtre. Accusé de l’avoir violée, Genus Jackson, un ouvrier agricole noir, est aussitôt lynché par une foule haineuse avant que son corps ne soit traîné le long de la route qui mène au village le plus proche.

Malgré la suspicion de la communauté, Elma élève ses enfants de son mieux sous le toit de son père avec l’aide de Nan, une jeune domestique noire qu’elle considère comme sa soeur. Mais le récent drame a mis à mal des liens fragiles qui cachent bien des secrets. Jusqu’à faire éclater une vérité douloureuse qui va confronter chaque membre de la communauté à sa responsabilité dans la mort d’un homme et dans la division irrévocable d’une famille.

Pourquoi j’ai choisi ce livre

J’ai reçu ce livre grâce au Picabo River Book Club que je remercie ainsi que les Editions Albin Michel, personne n’en parlait encore car il est sorti le 20 Mars 2019, je ne connaissais pas l’auteure dont c’est le deuxième roman (Alphabet City était son premier roman), mais lorsque j’ai lu la quatrième de couverture j’ai tout de suite été emballée…… Alors je vous raconte….

Ma lecture

Bienvenue dans le sud de la Géorgie, dans le Comté du Coton (Cottom County). Ici rien ne bouge, rien ne change, ségrégation et racisme sont toujours en vigueur en cette année 1930,  lorsque nous débarquons chez les Jesup, où vivent Juke, le père, Nan et Genus les employés de couleur et Elma, 17 ans, la fille de Juke, qui vient de donner naissance à des jumeaux : l’une blanche, Winnafred, l’autre noir : Wilson. Impossible dites-vous ? Ici en Géorgie tout est possible, il suffit de…….

Et quand il y a la vie comme ces deux naissances inexplicables, inexpliquées de jumeaux-gémeaux dans cet état sudiste profondément ancré dans la haine de ce qui est différent et de la suprématie, il y a la mort qui vient réclamer son dû et on pénètre de plein fouet dans un drame qui prend ses racines bien avant ces naissances, celles-ci n’étant que le déclencheur de bombes à retardement qui sommeillaient.

Alors, ce même jour de Juillet, parce qu’il fait chaud, parce qu’on ne comprend rien à cette naissance bicolore, parce qu’il faut bien trouver un coupable, on lynche l’ouvrier agricole noir de la ferme, Genus Jackson, forcément accusé, forcément coupable..Tout le monde voit, tout le monde regarde mais personne n’est responsable. Cotton County c’est une communauté où tout le monde se côtoie, blancs, noirs, maîtres et esclaves main-d’œuvre, puissants et faibles. Ici il y a des alliances, des amitiés et des fossés que rien ne pourra combler comme ceux de chaque côté de la Twelve-Mile- Straight qui traverse le paysage.

Le pays a connu la dépression de 1929, la prohibition est en vigueur et dans le sud, comme ailleurs, la misère règne. Alors certains fabriquent ce que les autres désirent et sont prêt à payer cher, même si cet alcool abîme et détruit. C’est la loi de l’offre et de la demande et en dehors de la culture du sorgho et du maïs il y a désormais le gin, le « cotton-gin, que Juke distille pour étancher la soif des hommes et améliorer l’ordinaire.

Ici on est blanc ou noir enfin je devrais dire on naît blanc ou noir, du bon ou du mauvais côté et le bon côté est souvent celui des blancs. Ici, j’y ai vu a haine dans les yeux des bourreaux, ici j’ai entendu les souffrances muettes de Nan, 14 ans mais aussi les manipulations d’Elma, ici j’ai senti les haleines chargées d’alcool, ici j’ai vu la douleur et les rancœurs se déchaîner, ici j’ai vu la sueur et la peur perler sur le front des hommes et des femmes travaillant pour presque rien, subissant les désirs, les colères et les vengeances, Ici il y a les lieux pour les blancs et ceux pour les noirs, jamais les mêmes.

Dans ce roman, personne n’est tout blanc ou tout noir, chacun s’adapte, chacun cherche des réponses à des absences, à des affronts,  cherche à comprendre des bribes de souvenirs, à recoller les morceaux de vies brisées, les décès des mères d’Elma et Nan laissant les deux adolescentes sans repère féminin. Elle vont devoir se soutenir, s’aider,  liées depuis l’enfance par une amitié indéfectible.

Dès les premières pages, les premières lignes, Eleanor Henderson nous projette dans ce roman sombre, dans un drame qui va se dérouler sous nos yeux, inexorablement au fil des 641 pages.  On s’immerge au milieu des personnages, tel un témoin impuissant qui ne peut que constater qu’ici rien ne change, qu’ici il y a celui qui possède l’argent, les relations et la force, propriétaire tout puissant et influant de la filature de coton mais aussi du sol et des hommes.

Je ne vous dévoilerai pas le récit car je veux que vous ayez le même plaisir et les mêmes émotions que moi à la lecture de ce roman où il est question d’amour, de haine, de rivalité, de maternité, d’abus, de trafics, de silences, de femmes, d’enfants, de règlements de compte, de révélations, de vie et de mort.

L’auteure a construit son récit avec des allers-retours entre le présent avec la naissance des jumeaux sans jamais en dire trop et le passé, révélant au fur et à mesure,  par petites touches  la genèse du drame, car rien n’arrive par hasard.

C’est habilement mené, du début à la fin, sans temps mort, on ne se perd jamais, les acteurs tiennent leurs places, l’ambiance y est moite, les esprits et les corps s’échauffent vite surtout quand l’alcool les attise, que les sangs bouillonnent et que les femmes sont des proies faciles.

Lorsque je croyais m’être perdue, ne pas comprendre le pourquoi ni le comment, dans les pages qui suivaient l’auteure me donnait les explications par la voix des intéressés. Il y a une maîtrise du récit, un travail de documentation pour restituer la nature et les hommes.

A la manière d’un drame antique, tous les acteurs sont là, exposés avec leur noirceur souvent, leur beauté parfois, leur sacrifice ou leur rédemption, la nature tient sa place soufflant le chaud et le froid. Et puis il y a les absents mais tellement présents, les esprits qui hantent les mémoires et qui n’ont pas révélé tous leurs secrets….

On passe par tout un tas d’émotions au fil des pages, on croit comprendre ce qui est arrivé, ce qui va se passer et puis non, Eleanor Henderson nous emmène ailleurs, elle fouille au plus profond de cette terre de Géorgie où la culture du coton, si doux, si blanc abîme les dos, les doigts et les âmes, où la filature est le lieu de tous les pouvoirs, de tous les abus, où l’alambic réchauffe et brûle les corps et les esprits. C’est l’âme humaine qu’elle va chercher au plus profond de cette terre de Géorgie.

Dans ce récit tous les personnages interviennent, prennent la parole, racontent, se racontent, dévoilent un bout de cette histoire où blancs et noirs ne sortiront pas vainqueurs, où les vérités ne sont pas toujours celles que l’on croit, qu’à trop vouloir savoir on peut regretter l’ignorance, que toute vérité n’est pas bonne à dire.

La langue est la pire des malédictions, lui avait expliqué Ketty. Il y avait de la dignité à garder sa vérité à l’intérieur. Mais la vérité s’arrangeait toujours pour s’échapper, pour exploser comme le bocal de gin tombé d’entre ses cuisses.(p262)

Aucun temps mort, aucune longueur, le bien et le mal s’affrontent, se mêlent, prennent tour à tour le dessus, c’est un récit d’amour et de haine, c’est le chant d’une Amérique profonde, aux relents de sang et de sueur, où résonnent les plus bas instincts. C’est un roman captivant et qui tient en haleine jusqu’à la dernière ligne.

Elle repensa alors au couteau de sa mère, à sa langue, enterrée là-bas sous l’arbre à calebasses, et pendant un instant vertigineux, elle comprit : lorsqu’on vous a fait du mal, il vous faut parfois faire du mal en retour à ceux que vous aimez, pour être capable de supporter l’amour que vous leur vouez. (p637)

La musique qui berce le récit (citée dans le roman) : Sometimes I feel like a motherless Child (traduction : parfois je me sens comme un enfant sans mère)

📕📕📕📕📕 COUP DE COEUR

Merci aux Editions Albin Michel et au Picabo River Book Club pour cette lecture

Traduction de Amélie Juste-Thomas

Editions Albin Michel – Mars 2019 – 641 pages

Ciao