Les déferlantes de Claudie Gallay

LES DEFERLANTES

Résumé

La Hague… Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu’il arrache les ailes des papillons. Sur ce bout du monde en pointe du Cotentin vit une poignée d’hommes.
C’est sur cette terre âpre que la narratrice est venue se réfugier depuis l’automne. Employée par le Centre ornithologique, elle arpente les landes, observe les falaises et leurs oiseaux migrateurs.
La première fois qu’elle voit Lambert, c’est un jour de grande tempête. Sur la plage dévastée, la vieille Nan, que tout le monde craint et dit à moitié folle, croit reconnaître en lui le visage d’un certain Michel.
D’autres, au village, ont pour lui des regards étranges. Comme Lili, au comptoir de son bar, ou son père, l’ancien gardien de phare. Une photo disparaît, de vieux jouets réapparaissent.
L’histoire de Lambert intrigue la narratrice et l’homme l’attire. En veut-il à la mer ou bien aux hommes ? Dans les lamentations obsédantes du vent, chacun semble avoir quelque chose à taire.

Ma lecture

Relecture de ce roman dans le cadre du Club de Lecture sur le thème de la mer.

Dans le décor de ce village d’Omonville proche de La Hague et de ses usines chimiques, la narratrice, la quarantaine, observe et compte mais surtout elle tente de panser ses plaies sur cette côte balayée par les vents et les vagues depuis la perte de l’homme qu’elle aimait.

Elle a trouvé là la solitude nécessaire :  elle compte les oiseaux, elle épie leurs attitudes, leurs habitudes….. Peut-être de là vient sa faculté d’observation  car elle ne se contente pas des oiseaux, elle observe aussi ceux qui l’entourent, les humains. Et ici, les humains ont de lourds secrets, des non-dits, des rancunes tenaces.

Elle vit dans une maison, la Griffue, où vivent également Raphaël et Morgane, frère et soeur mais à la relation fusionnelle. Lui sculpteur, artiste, elle, vit de petits boulots, de rencontres. Il y a Max, homme simple qui construit son bateau de pêche, amoureux de Morgane, il y a Monsieur Anselme qui a connu Jacques Prévert, qui a vécu là ses dernières années, il y a Théo, vieillard taiseux, vivant seul entouré de ses chats, la Mère et Lilli sa fille qui sert à l’auberge.

A l’arrivée de Lambert, la narratrice va tenter de comprendre les regards, les mots, les silences, les questions sans réponse de ce microcosme lourd et pesant.

Quand on ne se questionne plus on meurt.(p197)

C’est un roman relu avec autant de plaisir que la première fois grâce à l’écriture de Claudie Gallay. Fine, ciselée, efficace, on est projeté sur ces falaises où la rudesse du paysage et du climat servent à merveille la quête de cette femme détruite, blessée et solitaire qui cherche à travers les questionnements sur ces voisins, des réponses à sa détresse, au manque de l’être aimé.

Le manque de toi, je l’ai eu. Je ne l’avais plus. J’aurais voulu l’avoir toujours. C’est ce manque qui me manquait, mais ce manque, ce n’était déjà plus toi. (p506)

Dès les premières lignes on est happé par l’histoire, tout s’enchaîne très vite, l’intrigue, les personnages sont mis en place, c’est précis, net, les mots et les silences présents. On sent le souffle du vent, on respire les embruns, les vagues chargée d’écume arrivent à nos pieds et vous fouettent le visage, charriant les secrets des uns et des autres. Patiemment mais fermement la narratrice s’immisce dans la vie de chacun, cherchant la clé qui lui permettra de comprendre les disparitions, les apparitions, les fantômes qui rôdent.

Comme dans La beauté des jours l’auteure a cette faculté de raconter avec simplicité, sans fioriture, les émotions, les sentiments par le climat qu’elle donne à ses romans. L’environnement, les caractères tout ce qui contribue à nous faire pénétrer dans l’intimité de chaque protagoniste.

La douleur de la perte de l’homme qu’elle aimait pour la narratrice, la douleur de la disparition de sa famille dans un naufrage et ses questionnements pour Lambert, la douleur d’une famille déchirée et puis le personnage de Nan, Florelle pour Théo, cette femme mystérieuse, qui guette le retour des naufragés, qui concentre sur elle toutes les peurs, les haines mais aussi l’amour.

C’est un roman sur la reconstruction de vies, quand celles-ci sont amputées, le chemin à parcourir, long et douloureux, dont on ressort ou pas, indemne ou pas mais qui permet de survivre et d’avancer.

Il a expliqué que les chemins les plus longs étaient souvent les plus nécessaires. Marcher et méditer. Il avait mis de longs mois pour arriver ici. Des années encore pour comprendre ce qu’était la vie. Il avait abordé la sagesse. Il était arrivé à la contemplation. (p534)

J’ai trouvé sur mes étagères deux autres livres de Claudie Gallay : Seule Venise et dans l’Or du Temps que je me promets de relire prochainement et dont je vous mettrais, bien sûr, les billets ici.

Mon avis : ❤❤❤❤

Editions J’ai lu – 539 pages – 2008

Prix des Lectrices Elle 2008

Ciao

Six degrés de liberté de Nicolas Dickner

SIX DEGRES DE LIBERTES

Résumé

Où l’on raconte l’histoire d’une jeune fille qui désire repousser les limites de l’expérience humaine, d’un hacker qui veut optimiser la circulation mondiale des bananes et des coussins, d’une employée de la GRC qui rêve d’en finir une bonne fois pour toutes
avec la géographie, d’un septuagénaire qui perd un boulon,
d’une acheteuse compulsive bipolaire, de six perruches et d’un chat intermittent,
tous unis dans un jeu de société à l’échelle planétaire dont personne ne connaît les règles.

LIVRE LU DANS LE CADRE DU PRIX DU ROMAN POINTS 2018

Mon avis

C’est un récit qui ne correspond à rien de ce que l’on peut connaître quoique….. des hackers, geeks, une enquêtrice au passé trouble, une adolescente bricoleuse et douée en informatique qui tente de trouver sa place entre un père qui restaure des maisons avant de les vendre, une mère qui passe ses dimanches chez Ikea, son meilleur ami Eric, agoraphobe, génie informatique, programmateur et hacker, tout cela on l’a plus ou moins déjà lu mais pas de cette façon, même si par moment j’avais l’impression de retrouver des traces de Millénium…..

Le récit alterne les chapitres entre Lisa, 15 ans, qui passe son temps entre des parents divorcés qui ne se préoccupent pas vraiment d’elle et c’est même plutôt elle qui s’occupe ou aide ses parents, et Jay, enquêtrice dans l’Enclave, Service de la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) spécialisé dans les enquêtes sur des fraudes et qui va s’intéresser à la disparition d’un conteneur….. Pas commun me direz-vous ! Non pas commun et ce roman n’est pas commun du tout et il est en plus pas facile de le synthétiser et même de tout comprendre alors en faire une critique….

Les narrations des deux personnages principaux se déroulent à deux rythmes différents : celui de Lisa sur plusieurs mois tandis que celui de Jay sur quelques jours mais cela ne gênent pas la lecture et sont nécessaires pour le bon déroulé et la bonne compréhension de l’intrigue. Le passé de Jay n’est pas très explicite même si on se doute qu’elle est sous le coup d’une interdiction de circuler suite à des malversations.

C’est un reflet de notre Société et de ses travers : tous repérés, tous pistés, nos névroses dans un monde hyper connecté et comment redonner un sens à nos vies dans un système qui a le pouvoir soi-disant d’hyper sécurisé le monde….. mais les deux amis vont montrer les limites du système et même éloignés l’un de l’autre (l’une au Canada, l’autre au Danemark)  ils feront voyager Papa Zoulou, un conteneur autour de la terre et je vous laisse découvrir les « détails » de ce conteneur…..

Les reproches que je ferai seront d’ordre rédactionnels : en effet les termes informatiques, GPS etc les nombreux acronymes  qui obligent à régulièrement se plonger dans l’annexe en fin de livre, les phrases en anglais (tout le monde ne maîtrise pas l’anglais et des traductions en bas de page auraient facilité la compréhension), compliquent la lecture  qui, déjà par elle-même n’est pas simple et un peu déroutante, mais retire un peu du rythme. C’est une écriture assez directe, efficace comme peut l’être un programme informatique.

Je me suis intéressée à la mise en place du projet, ce qu’il était mais sans plus. On n’a pas toutes les clés, les tenants, les aboutissants et il n’y a pas cette petite musique intérieure que j’attends quand je lis un livre, quel que soit le sujet, qui me pousse à tourner les pages par plaisir, curiosité ou intérêt.

C’est un roman générationnel, je pense, pour une tranche de population jeune, qui maîtrise l’informatique, internet et ses implications dans nos vies de tous les jours mais j’ai malgré tout pris du plaisir à le lire, même si la fin m’a déçue et je m’attendais à quelque chose de plus « flamboyant »…..

Mon avis : ♥♥♥

Ciao

Juste une orangeade de Caroline Pascal

JUSTE UNE ORANGEADE

Résumé

Raphaëlle est sans nouvelles de sa mère depuis lundi. Deux jours, ce pourrait n’être rien, et pourtant, cette absence est anormale, ce silence inquiétant.
Les heures passent, le temps s’étire, l’angoisse monte. Jour après jour, les inconnues se multiplient pour révéler la part cachée d’une vie que Raphaëlle croyait transparente et le portrait d’une étrangère se dessine derrière le discret veuvage bourgeois.
Soudain seule au milieu d’une vie comblée, Raphaëlle recompose le récit de sa relation avec sa mère, d’occasions ratées en gestes oubliés, de ressemblances voulues en reconnaissances espérées, de malentendus en aveuglements. À mesure que s’égrène le compte à rebours de la détresse, s’impose à elle la réalité d’une disparition, dont le point d’orgue se jouera quelque part au fond de la province.

LIVRE LU DANS LE CADRE DE MASSE CRITIQUE / BABELIO

Mon avis

J’ai de la chance, oui j’ai de la chance…… Recevoir cet ouvrage des Editions de l’Observatoire par l’intermédiaire de la Masse Critique de Babelio est une chance car qui dit que je me serai arrêtée sur cet ouvrage sinon….. Je remercie donc Babelio et félicite les Editions de l’Observatoire pour la qualité de leurs livres : jolie photo de couverture, titre et nom de l’auteure mis en relief avec une jolie couleur mordorée et un livre que l’on a plaisir à tenir entre ses mains, souple et maléable…..j’aime. Un livre est aussi un bel objet.

Passons maintenant à la lecture elle-même qui m’a embarquée dès les premières lignes, les premières pages car qui n’a pas connu la montée de l’angoisse pour un doute sur la bonne arrivée à destination après un trajet en voiture, sur l’absence répétée ou inexpliquée d’un membre de la famille…. L’absence, l’incompréhension.

Raphaëlle découvre à l’occasion de la disparition de sa mère, Laurence dite Manou, une femme qu’elle ne connaît pas ou ne reconnaît plus, une presque étrangère qui ne lui dit pas tout ou alors est-ce elle qui n’écoutait pas sa mère ? Qui est vraiment sa mère ? La mère et la femme sont-elles les mêmes personnes. Elle la regarde avec ses yeux d’enfant, devenus adulte mais toujours des yeux d’enfant, alors qu’elle a une vie de femme, avec des désirs, des rêves, des occupations, des amis. Tant que tout va bien, on ne se pose pas de question, c’est notre mère….. mais dès que la machine se détraque, dès qu’un caillou sur le chemin transforme la mère en femme, que savons-nous réellement d’elle ?

Disparue lundi après la fin de son bridge à seize heures, comme si elle continuait à faire la morte, mais en masquant ses cartes, cachant a donne, dissimulant ses atouts.(p40)

Très joli récit sur l’installation et la montée de l’angoisse, les doutes, les questionnements, les souvenirs qui remontent à la surface, les pertes déjà subies. L’absence s’installe, inquiète, les réponses ne viennent pas et toutes les bases s’effondrent. Vivait-elle depuis tant d’années auprès d’une étrangère ?

Tout était clos pourtant, inhabité, mais l’été avait conservé la trace de sa présence derrière les volets, dans l’obscurité du temps suspendu, avec le fétichisme d’un amoureux (…) C’est à peine si elle sait bouger, de peur sentir sa mère disparaître.(p53)

L’angoisse installe tout un cheminement sur notre propre existence, sur notre propre rôle de femme et de mère, disons-nous tout à nos proches, nous connaissent-ils vraiment, intimement ? Et puis une mère reste une femme.

A l’occasion de cette disparition elle redevient l’enfant qu’elle a été, avec ses blessures, ses joies mais aussi ses souvenirs et refait, à l’occasion des déplacements dans les différents lieux de vie de sa mère, le voyage parfois douloureux dans leur passé commun.

Le récit est découpé en scènes par journée de recherches, par heure, lieu et protagonistes. Tout se déroule entre Paris, Versailles (très conoté petite bourgeoisie….) et Nonant, la résidence familiale normande, et en communication avec Singapour pour les deux membres de la famille, Marc le mari en déplacement professionnel et Charles le fils qui y fait ses études.

L’écriture est fluide, beaucoup de métaphores surtout vers la fin du récit, trop peut être. La lecture est aisée, on tourne les pages, différentes pistes s’offrent à nous, on se reconnaît dans cette femme qui perd pieds, qui sombre car le pire est de ne pas avoir de réponses. On connaît cette angoisse qui monte, irraisonnée parfois, on tourne tous les scénarios dans sa tête, on en évite d’autres qui nous heurtent ou qui sont inenvisageables car il est question de notre mère, la personne que l’on pense le mieux connaître …

Juste une orangeade…. La réponse au choix du titre est donnée à la toute fin du livre, elle est le reflet de qui était Manou et de la reconnaissance de la fille pour sa mère…..

Juste une orangeade.

Ma note : ♥♥♥♥

Ciao