Globalia de Jean-Christophe Rufin

GLOBALIA IGL’univers de Jean-Christophe Rufin pourrait être celui d’un Nouveau Monde. Une démocratie compartimentée, régie par un calendrier où chaque jour a sa valeur, habillée de bulles de verre, assurant une température agréable et idéale toute l’année ; des indicateurs au service d’une protection sociale où dominent psychologues et officiers ; la volonté de faire perdurer les existences ; une prospérité ad vitam aeternam pour tous et tout le monde au pas. En somme, en apparence ça pourrait aller plus mal ! Seulement voilà, ce monde nouveau, calibré, mesuré, étudié, encadré est bien ennuyeux. On y bannit le passé, on y surveille la pensée, on contrôle les sorties du territoire, on montre du doigt les réfractaires. Tel est le prix et le revers de l’uniformisation. Un prix difficilement supportable pour Baïkal Smith qui tenterait bien l’aventure ailleurs, avec ses risques et périls.

Je résume

Imaginez un monde vivant sous un dôme, une démocratie unique protégée par une bule, où le ciel est toujours bleu, la température comme les conditions de vie sont idéales et programmées, où le temps est aboli sur les visages grâce à la chirurgie esthétique mais également parce que, grâce à la science, les vies ne connaissent plus de limites car la Protection Sociale veille sur eux la population…. Plus de passé et un avenir uniforme. Un monde idéal où pourtant tout ne l’est pas. Baïkal en particulier cherche à le fuir, à découvrir l’autre monde, celui du dehors et il entraîne Kate, son amour, dans sa fuite. Mais leur fuite est dans le viseur d’un homme, Ron Alman, qui va proposer à Baïkal un marché car le monde idéal à besoin de stimulant et quel meilleur stimulant que d’introduire la peur dans la vie du peuple, afin de le doper et d’encore mieux apprécier le monde qu’on leur a construit …. Mais est-ce la vraie raison, n’y a-t-il pas derrière d’autres enjeux ? Baïkal va découvrir qu’un autre monde existe peuplé de Déchus, de Fraiseurs, de Mafieux qui vont lui ouvrir des portes sur d’autres façons d’être et de vivre  et d’envisager son avenir.

Ma lecture

Tout ce qu’il avait découvert dans les non-zones révélait Globalia sous un jour qui rendait cette société haïssable et digne d’être combattue. Quand il avait voulu s’en échapper, c’était avec le désir vague de retrouver une liberté qu’il avait imaginée lui-même. Désormais, il voyait dans Globalia un ennemi, une construction humaine retournée contre les hommes, un édifice fondé sur la liberté mais qui écrasait toute liberté, un monstre politique à détruire. (p375)

Jean-Christophe Rufin se fait le créateur d’un monde futur, Globalia, dans lequel l’uniformisation règne, où chacun et chacune n’a à s’inquiéter de rien et coule des jours heureux et uniformes. Mais dans tout monde, il y a des êtres qui se rebellent, qui n’acceptent pas les règles établies et qui cherchent à comprendre les limites de ce monde et à trouver la faille et ceux qui gouvernent, dirigent, influencent en un mot détiennent le pouvoir.

Une dystopie dans laquelle on s’installe, trouvant le précepte à la fois bien sympathique quoique terrifiant. Tout est aboli, tout ce qui pourrait être source d’inquiétude et de stress, la Protection Sociale a tout prévu, organisé, planifié, ne laissant aucune place à l’imagination ou à la moindre vague. Une histoire qui démarre sur la fuite d’un homme, le héros, Baïkal, celui qui va devenir le Nouvel Ennemi, devenant le gibier d’une chasse à l’homme programmée et consentie, un homme dont le visage va inonder les écrans, pour lequel des alliances, comme souvent, entre racailles et pouvoir, vont se faire car chacun, que ce soit sous le dôme où dans les non zones, y trouvera son intérêt.

L’auteur va, en homme de lettres qu’il est, créer un autre pouvoir, une force silencieuse,  au sein de Globalia faisant de l’écrit et des mots (voire des livres) une arme car n’est-ce-pas les livres que toute dictature évince dès sa prise de pouvoir ?

Alors s’engage une course où la manipulation et les intérêts ne se révéleront qu’en fin de récit, où les figures des zones hostiles font preuve d’humanité et ouvriront les yeux de Baïkal et Kate sur un monde non aseptisé où l’homme est responsable de son destin et doit survivre dans un monde hostile, sans la main mise d’un gouvernement omniprésent mais où la valeur des sentiments et des actions ne répondent pas à l’ordre établi.

Si j’ai pris du plaisir dans la première partie du récit avec la découverte de Globalia et par la même occasion de l’imagination de Jean-Christophe Rufin se faisant visionnaire d’un avenir dans lequel nous pouvons déjà entrevoir certains signes présents, au fil des pages mon plaisir s’est un peu émoussé. Peu à peu les personnages secondaires et pourtant primordiaux dans le récit, me sont apparus un peu caricaturaux de ce type d’histoire, où il y aura des sacrifices, où les puissants se révèlent manipulateurs et ayant bien d’autres objectifs en tête, l’histoire d’amour passant en second plan et n’est qu’un alibi (mais cela ne me dérange pas plus que cela).

C’était une lecture agréable, un peu longue à se conclure et de façon assez conventionnelle, mais qui ne me marquera pas durablement. Les thèmes du bonheur pour tous, de la longévité, de l’uniformisation, de la prise en charge des masses y sont traités mais comme ils l’ont été déjà dans de nombreux romans, de façon parfois plus forte et plus originale ou novatrice et comme parfois elles apparaissent dans certains pays ou dans nos modes de vie.

J’ai aimé.

Editions Gallimard – Janvier 2004 – 512 pages

Ciao 📚

Le silence de Don DeLillo

LE SILENCEPar un dimanche soir de 2022 où doit se jouer le Super Bowl, cinq amis se sont réunis pour l’occasion alors qu’une catastrophe semble avoir frappé le monde autour d’eux. Toutes les connexions numériques viennent d’être coupées et, dans le huis clos de l’appartement de Manhattan, les mots se mettent à tourner à vide. La vie s’échappe, mais où ? Et le silence s’installe. Jusqu’à quand ? Un roman percutant qui tombe à point nommé et prend la forme d’une saisissante conversation sur notre humanité, orchestrée par l’une des voix les plus éblouissantes et essentielles de la littérature américaine.

Ma lecture

Le monde est tout, l’individu rien. Est-ce que nous comprenons bien ça, tous ? (p107)

2022 – Un couple dans un avion, Jim et Tessa reviennent de voyage et s’apprêtent à rejoindre un autre couple Max et Diane à Manhattan pour assister à la retransmission du Super Bowl à la télévision, événement médiatique et national s’il en faut. Mais alors que l’un consulte les écrans afin de surveiller la progression du vol et que l’autre prend des notes dans son carnet sur ses souvenirs, l’avion doit se poser en catastrophe. Plus de connexion, plus d’électronique, plus d’informations,  tous les écrans s’éteignent et le monde est plongé dans un silence numérique et informatique. Même chez leurs amis auquel s’est joint Martin Dekker, ancien élève de Diane, plus rien ne fonctionne, le monde retourne au silence et chacun va se trouver confronter à soi-même puisque le monde tel qu’il était n’est plus.

Je voulais lire Don DeLillo depuis longtemps car il revenait souvent comme une des références de la littérature américaine et j’ai choisi son dernier opus, très court, pour me frotter à son écriture. A travers un des événements les plus médiatiques américains, la finale du football américain baignée, inondée de publicités, l’auteur imagine, sans en donner les causes, l’arrêt de tout ce qui fait désormais partie de notre monde moderne, de notre quotidien et nous plonge dans un monde où désormais les écrans noirs et le silence prédominent, confrontant deux couples et un invité à leurs solitudes, préoccupations, craintes mais également certains avantages ou gestes oubliés.

Petit roman dystopique que j’ai lu d’une traite. Certes l’écriture est minimaliste mais efficace, réduite à sa plus simple expression mais qui pour moi correspond bien à l’ambiance. On ne sait rien, comme les personnages du récit mais ce n’est finalement pas important de savoir pourquoi, comment et jusqu’à quand la situation perdurera mais plutôt comment réagissent, dans un état d’hébétude et de stupeur les protagonistes, où le silence doit être comblé par des mots, presque inutiles auparavant, où chacun imagine ce que sera le monde du silence mais également comment le combler.

Qu’en penser ? Je dirai que j’ai aimé ce court roman aux allures de réflexion sur notre monde, sur notre environnement hyper connecté et dépendant, sur la superficialité qui s’installe dans nos relations où les écrans filtrent nos pensées, nos langages. Les nombreuses références à Einstein à travers la voix de Martin et les prémonitions de l’illustre scientifique, sont glaçantes et viennent à point nommer pour appuyer les pensées de l’auteur sur notre monde actuel et son avenir qui pourrait finalement plus régresser que progresser.

J’ignore de quelles armes usera la troisième guerre mondiale mais la quatrième se fera à coups de bâtons et de pierres. Albert Einstein.

Je vais poursuivre ma découverte de cet auteur car j’ai aimé qu’il exprime de façon concise une vision certes peu optimiste d’un monde dans lequel nous vivons et dont nous avons récemment compris qu’il pouvait un jour avoir un autre visage.

Traduction de Sabrina Duncan

Editions Actes Sud – Avril 2021 – 104 pages

Ciao 📚

L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs de Daniel Fohr

L'EMOUVANTE ET SINGULIERE HISTOIRE IG2021 : 85% des lecteurs sont des lectrices.
Sans qu’on puisse l’expliquer, jour après jour, l’écart continue de se creuser et une projection raisonnable permet même d’affirmer que les lecteurs masculins auront totalement disparu en 2046. Peut-être avant.

Ce roman raconte l’histoire du dernier homme qui lisait. Comment a-t-il vécu cette situation inédite, seul au milieu des femmes qui le comprennent encore et partagent sa passion ? Son destin est-il une impasse et saura-t-il renverser la situation ? Qu’en disent les autres hommes ?
Un roman-manifeste, aussi drôle qu’inquiétant, que les femmes devraient faire lire d’urgence aux hommes avant qu’il soit trop tard.

Ma lecture

Il est le dernier des lecteurs du genre masculin ! Avouons-le et apparemment les enquêtes le prouvent : il y a plus de lectrices que de lecteurs. Dans ce roman à la manière d’une dystopie, l’auteur cherche à déceler à la fois ce qui a éloigné les hommes de la lecture mais éventuellement quelques pistes pour les y faire revenir.

C’est un cri d’alarme, une sonnette que l’auteur tire afin d’inverser le processus afin qu’il ne reste, après lui, plus aucun lecteur. Comprendre et exposer les causes, trouver des solutions voici le but de ce conte prémonitoire afin de provoquer un sursaut général de la gente masculine et ne pas laisser les femmes être les seules bénéficiaires des bienfaits de la lecture.

C’est un pamphlet qui mêle humour (et peut-être l’angoisse) avec observations, réflexions et  références littéraires, qui se veut un condensé de scènes imaginées ou réelles, une bouteille lancée à la mer dans lequel Daniel Fohr s’imagine en survivant d’un genre disparu, » Le Lecteur », le dernier comme le dernier dinosaure, entouré uniquement de Lectrices, perdu, seul, désespéré et se veut le sauveur d’une race disparue.

C’est à la fois léger (mais parfois inquiétant malgré tout), tendre, humoristique, un tantinet loufoque par moment. Que l’on soit homme lecteur (mais seuls les lecteurs le liront et s’y reconnaîtront peut-être) ou femme lectrice, on ne peut que s’identifier dans nombres de situations, que ce soit des rites et manies de lecture, d’ambiance de librairies mais également dans la difficulté de faire comprendre parfois aux autres l’importance de la lecture dans nos vies et de ce qu’elle pourrait apporter dans la leur.

Un regret : que seuls les lecteurs et lectrices le liront puisque les autres…….

J’ai aimé comme une pause légère, une sorte de récréation et me réjouir (un peu) du plaisir d’avoir une lecture où les femmes ont pris le pouvoir dans un domaine.

J’ai aimé mais je ne suis pas sûre de savoir dans quelques temps qui était le dernier des lecteurs…..

Editions Slatkine & Cie – Janvier 2021 – 148 pages

Ciao 📚