Farenheit 451 de Ray Bradbury (lu par Christophe Montenez)

FARENHEIT 451 AUDIO

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume.
Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres, dont la détention est interdite pour le bien collectif.
Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement poursuivi par une société qui désavoue son passé.

Mon écoute

Je me souviens avoir vu, il y a très longtemps, l’adaptation cinématographique de ce roman (je crois qu’il s’agissait de celle de François Truffaut) et j’en ai gardé un souvenir teinté de violence et d’oppression, d’une vision d’un monde qui m’horrifiait et qui ressurgissait à chaque fois que l’on me parlait d’autodafé, de livres interdits ou détruits. Pour tout amoureux (se) des livres, de la littérature et de la lecture, c’est un sujet très sensible et il provoque en moi comme une amputation d’une partie essentielle de ma vie.

451° Farenheit est la température à laquelle le papier entre en combustion et dans cette œuvre de science-fiction datant de 1953, l’auteur imagine une société où les livres sont bannis car sources de pensées, de pertes de temps, de connaissances et de réflexion. Les autodafés sont de règle et les pompiers, dont fait partie Montag, sont là pour faire respecter la loi. Mais un jour Montag rencontre Clarisse, sa jeune voisine de 17 ans, tellement différente des autres femmes qu’il côtoie. Elle va lui ouvrir des portes sur un monde, un savoir qui va remettre en question toute sa vie, un monde où les pompiers éteignaient les feux au lieu de les allumer et quand elle va disparaître Montag va commencer à douter.

J’ai été tout d’abord impressionné par la prémonition de l’auteur sur ce que risquait de devenir la vie des humains dans le futur (pour lui à l’époque) : écouteurs, écrans, abrutissement par les médicaments, régimes totalitaires etc….

Mais ce qui est à la fois inquiétant et intéressant c’est l’évocation de l’interdiction des livres de quelque sorte dans les foyers car sources, pour les dirigeants, de révoltes, de questionnements, d’évasion et de rêves, en résumé de savoir et d’incontrôlabilité. Un monde sans livres, où lire est un délit dans cet univers autoritaire, à l’aube d’une guerre et où les vies de chacun sont totalement prises en charge et codifiées. Le personnage de Mildred, la femme de Montag en est le symbole, où l’humain est devenu une machine à recevoir, à diriger, à programmer.

Grâce à des « résistants » tels que Faber, un ancien professeur et des marginaux en fuite, Montag découvre qu’il y a des hommes qui perpétuent le contenu des livres au risque de leurs vies, en les apprenant par cœur, morceaux par morceaux, pour assurer leurs transmissions et que lui-même doit également s’engager dans cette lutte afin que d’autres découvrent, comme lui l’a fait grâce à Clarisse, la richesse des mots, du savoir, des histoires et la liberté qu’apporte la lecture.

Que de symboles dans ce roman que ce soit sur un régime totalitaire qui, en interdisant la lecture, supprime toute pensées, ouvertures d’esprit et imaginaire. Farenheit 451 est le roman d’une certaine forme d’oppression et d’apocalypse où les livres sont les seuls dangers que redoute le pouvoir mais aussi d’espoir grâce à ceux qui perpétuent, qui résistent. Montag prend conscience qu’il existe d’autres possibles et que la liberté, la conscience et la réflexion passent par la littérature et inutile de vous dire que j’en suis très largement convaincue.

Farenheit 451 est important par les idées qu’il développe plus que pour l’écriture. C’est très puissant quant aux messages, au monde que Ray Bradbury imagine (n’oublions pas qu’il a été écrit à la sortie de la deuxième guerre mondiale où le nazisme a usé des autodafés) où les hommes sont gouvernés par des machines, des écrans et où ils n’ont plus leur libre arbitre.

A lire et à relire, pour ne pas oublier le pouvoir des livres (et c’est bien pour cela qu’ils sont parfois une des premières victimes sous certaines dictatures), pour tous ceux qui aiment lire mais aussi pour éveiller ceux qui ne comprennent ou ne savent pas pourquoi nous aimons lire et pourquoi les livres sont essentiels….

Le genre de livre à avoir dans toute bibliothèque et à transmettre.

Traduction de Jacques Chambon

Editions Audible (Gallimard 2018) (1ère édition 1953) 

Ciao

Ravage de René Barjavel

RAVAGE« Vous ne savez pas ce qui est arrivé ? Tous les moteurs d’avions se sont arrêtés hier à la même heure, juste au moment où le courant flanchait partout. Tous ceux qui s’étaient mis en descente pour atterrir sur la terrasse sont tombés comme une grêle. Vous n’avez rien entendu, là-dessous ? Moi, dans mon petit appartement près du garage, c’est bien un miracle si je n’ai pas été aplati. Quand le bus de la ligne 2 est tombé, j’ai sauté au plafond comme une crêpe… Allez donc jeter un coup d’œil dehors, vous verrez le beau travail ! »

De l’autre côté de la Seine une coulée de quintessence enflammée atteint, dans les sous-sols de la caserne de Chaillot, ancien Trocadéro, le dépôt de munitions et le laboratoire de recherches des poudres.

Une formidable explosion entrouvre la colline.

Des pans de murs, des colonnes, des rochers, des tonnes de débris montent au-dessus du fleuve, retombent sur la foule agenouillée qui râle son adoration et sa peur, fendent les crânes, arrachent les membres, brisent les os.

Un énorme bloc de terre et de ciment aplatit d’un seul coup la moitié des fidèles de la paroisse du Gros-Caillou.

En haut de la Tour, un jet de flammes arrache l’ostensoir des mains du prêtre épouvanté.

Ma lecture

Science-fiction, dystopie, ce roman est un des classiques de la littérature française que je voyais régulièrement passé ici ou là et je l’avais mis au programme de mes lectures en cette période où notre monde a été bouleversé. Je ne suis pas amatrice de lectures de science-fiction mais ce roman a une telle renommée qu’il me semblait important de le découvrir.

L’action se situe dans un Paris de 2052 dans lequel j’ai retrouvé beaucoup de notre époque actuelle (René Barjavel est un visionnaire mais dans certains domaines nous avons pris de l’avance sur ce qu’il avait imaginé) envahit de plastec la matière ayant pris le dessus sur toutes les matières « nobles ».

Quatre parties pour ce roman et quatre univers très différents. Tout commence par la rencontre avec François, le personnage principal, et Blanche. Ils sont jeunes, ils sont venus de Provence remplis d’espoir à Paris et éprouvent l’un pour l’autre une amitié amoureuse encore non avouée. 

Lorsque dans la deuxième partie une sorte de guerre des énergies s’abat sur le pays provoquée par le continent africain en représailles de toutes les humiliations et abus subis, le ton change. Plus d’électricité, plus d’eau, plus de lait, les villes se vident, les gens fuient, se battent pour se nourrir. L’exode commence et dans la troisième partie le couple, rejoint par d’autres fuyards, part rejoindre leur région d’origine, espérant y trouver eau, paix et nourriture. C’est un long chemin de croix, parsemés de tueries, d’incendies et de pertes en tout genre.

Dans la dernière partie ….. Et bien là je ne vais rien vous en dire…..

C’est à la fois un roman, un conte philosophique, une odyssée apocalyptique, un voyage dans le futur qui ressemble presque à notre présent. Cela se lit presque comme un thriller des temps modernes car comment ne pas voir les similitudes avec les modes de vie, les réactions humaines de notre époque et l’idée (voire envie) de revenir à la vie simple, avec moins de technologie, à repenser sa manière de vivre afin de ne plus dépendre de quiconque…..

Une lecture intéressante, agréable mais qui m’a un peu gênée sur la fin par l’image faite des femmes, de leur rôle ramené uniquement à la procréation (cela m’a beaucoup fait penser au roman de Margaret Atwood La servante écarlate, ces femmes habillées de rouge, ne s’en est-elle pas inspirées ?), la position de l’homme dominant, polygame…. 

Je m’attendais à une lecture plus difficile dans son écriture. Ce qui est le plus surprenant ce sont les différents tons et ambiances utilisés, allant d’une sorte de badinage à des scènes assez insoutenables, où humanité et nature se trouvent réduites à rien et où la prise de conscience d’un monde artificiel et superficiel transpire.

Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai beaucoup aimé et comprend mieux pourquoi ce roman fait partie des romans précurseurs de la science-fiction et combien il colle de plus en plus à notre actualité. Tout y est : amour, road-movie, survie et idéologie.

Ils comparaient leur propre misère à cette horreur. Nus, mais debout, maigres, affamés, las, mais décidés à la lutte, ils étaient loin de cette déchéance atroce. Ils n’avaient pas renoncé. Ils étaient encore des hommes. (p247)

Editions Le livre de poche – 1970 (1ère parution Denoël 1943) – 279 pages

Ciao