Cassandra Darke de Posy Simmonds

CASSANDRA DARKE T1Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre

Ma lecture

J’ai pris ce roman graphique uniquement par curiosité après l’avoir vu passé ici ou là et l’apparence du personnage sur la couverture m’intriguait.

Alors oui : Cassandra est une teigne grincheuse, une ourse mal léchée doublée d’une escroc en œuvres d’art, en pleine déconfiture après la découverte de ses méfaits. Mais elle se donne toujours le beau rôle et se fait sa propre philosophie. Elle va devoir se lancer dans une enquête par la force des choses, après avoir accueilli une jeune femme, Nicki dans son sous-sol (on ne mélange pas torchon et serviette) où quelques objets abandonnés risquent de lui causer bien des soucis.

Mon premier Posy Simmonds et je dois dire que je ne suis pas conquise. L’histoire est assez poussive et la forme est assez particulière : à la fois narrative à la manière d’un texte mais aussi sous la forme d’un roman graphique et cette présentation m’a un peu gênée.

On retrouve, certes, ce qui fait le charme de la littérature anglaise avec un personnage haut en couleur, atypique, détestable à souhait mais sur le chemin de la rédemption car confrontée à l’insu de son plein gré à la détresse humaine, mais j’ai trouvé que c’était long, parfois confus et finalement j’ai été peu tenu en haleine.

Roman ou roman graphique, pour moi il faut choisir et là pour moi l’intrigue n’était pas suffisante pour retenir mon intérêt et puis que de bla-bla…… Original mais originalité qui ne m’a pas convaincue.

CASSANDRA DARKE 2CASSANDRA DARKE 1

Traduction de Lili Sztajn

Editions Denoël Graphic – 94 pages

Ciao

Loin de Alexis Michalik

LOINQuatrième de couverture

Tout commence par quelques mots griffonnés au dos d’une carte postale : « Je pense à vous, je vous aime. » Ils sont signés de Charles, le père d’Antoine, parti vingt ans plus tôt sans laisser d’adresse. Avec son meilleur ami, Laurent, apprenti journaliste, et Anna, sa jeune soeur complètement déjantée, Antoine part sur les traces de ce père fantôme. C’est l’affaire d’une semaine, pense-t-il… De l’ex-Allemagne de l’Est à la Turquie d’Atatürk, de la Géorgie de Staline à l’Autriche nazie, de rebondissements en coups de théâtre, les voici partis pour un road movie généalogique et chaotique à la recherche de leurs origines insoupçonnées.

Ma lecture

Je dis souvent que la lecture est un voyage et bien ce fut le cas avec celle-ci et quel voyage! A partir d’une simple carte postale reçue avec 17 années de retard avec quelques mots : Je pense à vous, je vous aime. signé Charles, ce Charles que l’on croyait mort, Antoine 26 ans , Anna, 19 ans, les enfants de Charles et Laurent, le meilleur ami d’Antoine vont se lancer dans un voyage à travers le monde, d’Allemagne en Indonésie en passant par la Turquie, l’Autriche, la Roumanie, afin de découvrir cet homme, cet inconnu de père qui les a abandonnés et le voyage va se révéler être également un voyage dans l’Histoire et une quête identitaire pour chacun.

Certains avaient des certitudes, d’autres se cherchaient, le voyage avait un but mais ce qui va finalement les construire c’est le chemin qui y mène.

Un premier roman dont Alexis Michalik a mis trois ans à accoucher et dont les premières phrases font du lecteur son complice. Il s’adresse directement à nous, nous fait pénétrer dans le périple en nous posant la question : Qui es-tu ?. Sommes-nous sûr de notre sol, de notre sang, de nos origines ?

Tout juste des questions, car les questions sont la vie même. Tant qu’il existera quelqu’un pour questionner, et pour se questionner, l’humanité vivra, avancera, reculera, s’effondrera, renaîtra de ses cendres ? (p9)

Et quand on y réfléchit le monde s’est créé à partir de questionnements…..

On comprend très vite que l’auteur à travers son histoire va porter un regard sur nos certitudes dans une écriture vivante, faite de courtes phrases. On ressent le dynamisme de l’homme mais ne vous y trompez pas, ce roman a bénéficié d’un vrai travail de documentation. Alexis Michalik profite de ce voyage autour du monde pour nous rappeler à chaque pays traversé un peu de son histoire, de ses guerres, de ses invasions, afin de contextualiser la suite du récit.

J’ai passé un excellent moment de lecture à avancer pas à pas dans le labyrinthe de l’arbre généalogique d’Antoine et Anna, dans les multiples identités dont ils sont issus, dans lequel chaque élément, pièce du puzzle trouvera finalement sa place, où les pistes semblent parfois brouillées ou impossibles, parfois assombries par les sursauts des conflits ou intérêts pour finalement nous mener dans un voyage presque philosophique sur la recherche de soi pour les trois voyageurs.

Aucune longueur, aucun ennui, toujours un rebondissement, une piste qui semble impossible, improbable et pourtant. Il se permet même d’y glisser des touches d’humour.

Alexis Michalik est un homme qui touche à tout : comédien, scénariste, metteur en scène et le plus souvent avec succès (il remporta de nombreux prix dans tous ces domaines) et j’ai trouvé que ce roman était le scénario parfait pour un film, tout y est, les sauts dans le temps se font sans dommage, les  personnages sont à multiples facettes, les pays défilent et de toutes façons l’auteur à tout prévu puisque un arbre généalogique en fin de livre (que j’ai photocopié pour m’en servir comme marque-page) permet de ne jamais se perdre….

J’ai aimé voyagé avec Antoine, le sérieux, le conventionnel, Laurent, son meilleur ami, noceur, fêtard mais fidèle en amitié, un presque frère si ce n’est la couleur de peau et Anna, cette jeune femme paumée, qui se cherche, qui ne fait rien comme tout le monde, qui disparaît pour mieux réapparaître, qui brûle sa vie par tous les bouts et qui est une source d’incompréhension (et d’inquiétude) pour son frère.

C’est un peu barré comme on dit mais pas si léger que cela dans le fond et que cela fait du bien de lire de temps en temps ce type de récit qui m’a fait penser à un film d’aventures mais dans lequel les histoires des aïeux sont particulièrement touchantes, émouvantes, alambiquées parfois, mais l’auteur maîtrise son récit et nous sert de guide.

Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai vraiment beaucoup aimé, je suis partie avec les trois compères, à bord de la Lada d’un autre temps, certains personnages et en particulier Hripsimé sont forts, mystérieux et à multiples facettes. Quelle imagination et surtout quelle réussite dans la construction pour que tout s’emboîte finalement à merveille.

Livre lu dans le cadre du comité de lecture du réseau de bibliothèques

Editions Albin Michel – Septembre 2019 – 645 pages 

Ciao

 

La note américaine de David Grann

LA NOTE AMERICAINERésumé

1921 Les guerres indiennes sont loin. Leurs survivants ont, pour la plupart, été parqués dans des réserves où ils végètent, misérables, abandonnés à leur sort.Une exception à cette règle : le peuple osage. Il s’est vu attribuer un territoire minéral aux confins de l’Oklahoma. Or ces rochers recouvrent le plus grand gisement de pétrole des États-Unis. Les Osages sont millionnaires, roulent en voitures de luxe, envoient leurs enfants dans les plus prestigieuses universités et se font servir par des domestiques blancs. Le monde à l’envers.Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. Un corps est retrouvé, une balle dans la tête. Puis une femme meurt empoisonnée. Et une autre. Plus tard, une maison explose. Trois morts. Qui commet ces assassinats ? Qui a intérêt à terroriser les riches Osages ? Les premières enquêtes, locales, sont bâclées, elles piétinent. C’est pourquoi, après une nouvelle série noire, ce dossier brûlant est confié au BOI (Bureau of Investigation, qui deviendra le FBI en 1935). À sa tête, un très jeune homme. Son nom est Hoover, Edgar J. Hoover. Il veut deux choses. La première : faire toute la lumière sur cette sombre affaire, et il s’en donne les moyens, enquêteurs hors pair, méthodes rigoureuses de police scientifique, mise en fiche de la moindre information. La seconde : le pouvoir. Surtout le pouvoir. Et ce premier coup d’éclat va le lui offrir sur un plateau.

Ma lecture

David Grann à travers ce récit nous livre son enquête concernant une série de décès survenus à partir de 1921 dans l’Oklahoma, état du Midwest des Etats-Unis, territoire des Osages, amérindiens propriétaires des terres et de leurs richesses.

En effet les Osages étaient riches, très riches car ils avaient inclus dans le contrat lors du morcellement des terres en 1900 une clause étonnante  :

« Tout pétrole, gaz, charbon ou autres minerais sur ces terres (…) sont, par la présente, réservés à la tribu. » (p64)

Inutile de préciser que cette mention prémonitoire, faisant d’eux des hommes et des femmes multimillionnaires, attira bien des convoitises lorsque le sol révéla la présence de quantité de pétrole…..  Des millions de dollars qui reviennent aux Osages, il fallait trouver un moyen de les récupérer et des moyens les blancs en ont trouvé : tutelle, mariages mixtes, spoliations et jusqu’à cette série de meurtres.

Ce fut principalement Mollie Burkhart qui fut à l’origine de toute l’affaire quand elle s’inquiéta de la disparation de sa sœur Anna, puis des décès et nombreux et inexpliqués  autour d’elle pendant ce que l’on appela « le Règne de la terreur ».

David Grann, reprend point par point tous les événements de cette sinistre affaire, où il est question d’empoisonnements, d’exécution de sang froid, de dynamite par un gang dirigé par un cerveau sans état d’âme avec pour seul but le gain.

L’enquête fut prise en mains après quelques temps et disparitions opportunes des détectives  par le tout nouveau  B.O.I (qui deviendra par la suite le F.B.I.) dirigé d’une main de fer par Edgar Hoover.

On découvre les prémices de la modernisation des enquêtes : empreintes, centralisation des informations, filature etc… Et c’est grâce au travail minutieux et obstiné de Tom White que le commanditaire et ses acolytes furent démasqués.

C’est un récit basé sur une histoire vraie dont David Grann nous révèle tous les détails, beaucoup de détails. J’ai trouvé la première partie assez longue, avec de nombreux éléments, personnages et même si les faits étaient pour le moins troublants, j’avais une certaine impatience à ce que la machine se mette en route….. Et lorsque Tom White entre en scène avec en arrière plan l’énigmatique et inquiétant E. Hoover, toutes les pièces se mettent peu à peu en place, s’imbriquent les unes aux autres et l’on comprend qu’il fallait en passer par ce long préambule pour comprendre et réaliser toute l’horreur et le machiavélisme des meurtriers….

Même si l’on a connaissance et conscience des drames, spoliations, abus de pouvoir qui ont eu lieu envers les amérindiens, il n’est pas inutile de rappeler certains faits, les remettre en lumière et dans le cas présent il s’agit d’indiens riches, très riches, trop riches. Non contents de les déposséder de leurs terres, il fallait les déposséder du sous-sol et de ses richesses, d’une manière ou d’une autre.

L’auteur s’est attelé à refaire l’enquête, pas à pas, document après document, allant jusqu’à rencontrer certains descendants et toute l’horreur tient dans la proximité des commanditaires et des protections dont ils bénéficiaient.

On se perd parfois dans tous les noms, les liens familiaux, mais on prend conscience de l’ampleur du travail de recherches effectué par l’autre, l’écriture est assez froide, journalistique, sèche. Des faits rien que des faits à part dans la dernière partie où David Grann a cherché à retrouver les témoins directs encore vivants. Il va prendre conscience que le souvenir de ce Règne de la Terreur est encore bien vivant et présent dans l’esprit de ceux-ci et il laisse émerger toute l’émotion qui l’étreint.

Une lecture très instructive sur une histoire peu glorieuse et peu connue d’une série de meurtres dans une ambiance où l’alcool de contrebande , le moonshine, fait des ravages et qui met dans la lumière l’acharnement d’un homme Tom White à mettre à jour les assassins.

Traduction de Cyril Gay

Editions Globe – Novembre 2018 – 363 pages

Ciao