La salle de bal de Anna Hope

LA SALLE DE BALUne lecture que je voulais faire depuis longtemps, la reportant régulièrement et puis elle est devenue, à force d’éloges un peu partout, une priorité ce mois-ci. Enfin !

C’est une salle de bal assez particulière dont nous parle Anna Hope dans ce roman. Nous sommes en Irlande, en 1911 et cette salle de bal se situe dans l’asile de Sharston dans le Yorkshire qui accueille environ 2000 patients, hommes et femmes. J’ai déjà lu par le passé les raisons, pas toujours psychiatriques, qui amenaient toutes ces personnes dans ces lieux où les conditions de vie étaient particulièrement rudes voire misérables. Dans celui-ci, vivant presque en autosuffisance, on y fait la connaissance de Ella Fay, enfermée parce que révoltée, de John Mulligan, « mélancolique » irlandais mais aussi de Clem, lectrice compulsive issue d’une famille aisée et Charles Fuller, ambitieux médecin adjoint.

La salle de bal s’ouvre tous les vendredis à ceux qui le « méritent », offrant un moment de rapprochement entre les sexes, une thérapie par la danse en quelque sorte et Ella et John vont se lancer dans une danse à un seul temps, celui de l’amour.

En prologue, comme dans ce roman, je voudrais dire mon agacement lorsque dans les premières pages du roman, l’auteur(e) donne finalement une idée de ce qui va se passer….. Cela n’apporte rien, je trouve, bien au contraire puisqu’on a finalement le dénouement ou presque…..

Encore une lecture où je suis très partagée….. Le cadre de l’histoire est intéressant et même passionnant : cet asile d’aliénés où vivent dans des conditions déplorables, ces hommes et femmes, pas forcément atteints de problèmes psychiatriques mais rappelons nous que nous sommes en 1911 et qu’il fallait parfois peu de choses pour se retrouver enfermé ! La narration se fait à travers les trois principaux personnages : Ella, John et Charles.

Ce qui m’a le plus « dérangée » c’est l’option prise par l’auteure d’en faire principalement une romance assez prévisible et pour rajouter du piment à l’affaire elle transforme assez rapidement Charles, qui apparaissait en début de lecture, comme un homme aux bonnes intentions vis-à-vis de ses patients avec des idées originales et bienveillantes, en une sorte de médecin fou (vraiment) tortionnaire, jaloux, ambitieux, cédant ses convictions premières d’humaniste à celles d’un défendeur des idées d’eugénismes parce qu’il n’accepte pas ses propres penchants…..

Malgré ces bémols, je reconnais qu’on est embarqué par cette histoire, les thèmes abordés sont très nombreux et intéressants : les prises de position des deux idées majeures de l’époque : eugénisme par stérilisation ou par ségrégation dans le traitement des maladies psychiatriques, la condition des femmes, les conditions de vie dans ces asiles, les raisons assez douteuses parfois d’enfermement, les disparations parfois, pouvaient être à eux seuls suffisants. On découvre d’ailleurs les prises de position de certains grands noms comme Churchill et Darwin et les méthodes glaçantes envisagées ne sont pas sans faire penser à ce qui arrivera quelque trente ans plus tard en Allemagne.

Je me suis sentie beaucoup plus attirée par le personnage de Clem, cette femme anorexique,  placée dans cet asile par sa famille non pas pour se débarrasser d’elle mais pour la protéger, en quelque sorte, me semblait beaucoup plus intéressant. Je pense qu’elle aurait pu faire à elle seule le personnage central d’un récit.

On se laisse porter par l’écriture et les événements mais ce qui aurait pu être un plaidoyer sur les conditions dans les asiles psychiatriques, se perd dans une romance et la « perte de contrôle » du médecin m’a paru un peu mise too much….

Anna Hope s’est inspirée d’un cas d’internement familial, celui de son grand-père à cette époque pour écrire ce roman, avec un travail de recherches important et qui donne toute sa substance au récit. Une lecture que je ne regrette pas, on est embarqué dans une sorte de tourbillon, mais depuis le temps que je lorgnai dessus j’en attendais sûrement plus et surtout ne m’attendais pas à cette construction.

La salle de bal a été très lu entre autres par  : Au fil des livres, Maeve, MoonPalace, Un cahier bleu, Aleslire, Luciole et Feu follet, Mélie et les livres.

Résumé

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un « mélancolique irlandais ». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.
À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

Traduction de Elodie Leplat

Editions Gallimard – Août 2017 – 257 pages

Ciao

Profession du père de Sorj Chalandon

PROFESSION DU PERENous découvrons Emile, treize ans, surnommé Picasso car il est passionné par le dessin. Il vit avec ses parents dans un petit appartement. La figure la plus marquante est son père, André, qu’il nous fait découvrir, maintenant, car celui-ci est décédé et il se sent libérer de cet homme, de ce tortionnaire, de ce mystère….. normal c’était un espion.

Celui-ci lui en fait la révélation et lui confie des missions pour l’OAS en pleine guerre d’Algérie, lui révèle qu’il devra tuer De Gaulle, Emile sert de coursier pour des courriers soi-disant de la plus haute importance. Tout pour l’enfant, avec son innocence, dans un premier temps lui parait plausible. Il est même admiratif et complice de ce père extraordinaire.

Il faut dire qu’André est fabulateur, tyrannique, violent,  il transforme tous les évènements et actualités entendus, en un fait de gloire, à sa gloire, sa bravoure. Il a été Compagnon de la Chanson, footballeur, a fréquenté Piaf etc… mais surtout espion pour la CIA.

Sa femme, soumise, tellement conditionnée par ce mari maltraitant, ne réagit pas, ferme les yeux et même se convint que tout cela est vrai. Emile est brutalisé, maltraité, torturé à la moindre occasion, par ce père sans sentiment pour lui, sans émotion, égoïste et fou.

Maman avait pleuré. Pas grand’chose. Rien de trop, comme à son habitude. Une douleur sur la plante des pieds.

L’auteur nous retrace cette enfance de douleurs où il devient lui-même menteur et le « chef » d’un autre enfant qu’il va pousser à la fugue et fera preuve de la même lâcheté.

Même adulte, il restera très éloigné de ce père qui continuera à l’humilier, sans réaction de sa femme qui se préserve et ne veut pas le contrarier.

Privé d’un père mais aussi d’une père, de vrais parents, d’une vraie référence, il devra se construire seul et parfois mentir, dissimuler pour se protéger. Il y avait tellement de folie, de tristesse, de peur que même adulte il reste marqué par cette enfance traumatisante et comment ne le serait-on pas ?

Ils avaient changé de murs, mais gardé tout le triste

Quel récit, à peine croyable et pourtant…..

C’est d’une violence morale et physique inimaginable : ce que l’on prend au début, peut- être comme un jeu entre le père et l’enfant se transforme très vite en vent de folie. Le bourreau montre sa face et son indifférence envers ce fils : pas de mots et encore moins de gestes d’amour mais que de la brutalité. Non c’est un dur apprentissage.

Ce père est un manipulateur,  mais personne ne réagit, n’intervient. On a du mal à croire qu’il aura fallu que l’auteur arrive à plus de 60 ans pour que son père soit vu par un psychiatre.

L’écriture est dynamique, vive, on s’attend à chaque instant à l’intervention afin que cesse cette situation, c’est tellement énorme et j’ai eu même le doute que cette histoire soit autobiographique, mais oui elle l’est, autobiographie-romancée mais donc réelle.

Je suis à la fois estomaquée, révoltée, étonnée, attristée mais aussi ravie d’avoir découvert cet écrivain.

Ma note♥♥♥♥

Ciao