Le parfum des cendres de Marie Mangez lu par Sophie Frison

LE PARFUM DES CENDRESLes parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier d’embaumeur. Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession.
Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme : bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère. Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

Mon écoute

Un ressenti rapide concernant l’écoute de ce premier roman de Marie Mangez dont ma bibliothécaire avait parlé lors d’un speed-booking. Le sujet de la thèse d’Alice porte sur le métier de thanatopracteur. Elle rencontre pour cela Sylvain qui exerce ce métier dont on parle très peu et qui peut même paraître effrayant, repoussant voire glauque et pourtant il est celui qui donne la dernière « touche » aux corps après le décès, leur dernier contact.

Ils sont à l’opposé l’un de l’autre, lui taiseux et portant une blessure depuis 15 ans qui l’a poussé à se couper du monde des vivants, presque déjà mort, elle, vivante, joyeuse, musicale tente de comprendre l’homme face à elle et de le ramener dans le monde des vivants. Bon tout cela est assez convenu.

Un premier roman assez réussi mais assez prévisible que ce soit au niveau de l’histoire mais également de son déroulé et des caractères de chacun des personnages dans ce type de roman. Aucun surprise donc que ce soit sur le traumatisme de Sylvain, les raisons de son comportement et ses troubles, sur l’évolution de la relation entre les deux personnages. Tout cela est dans la lignée des romans contemporains.

J’ai trouvé un peu excessifs et trop appuyés les changements de tons de la lectrice mais aussi l’écriture alternant  la poésie qui entoure justement l’évocation des parfums et le langage gouailleur et parfois ordurier de certains personnages, certes nécessaire pour différencier les caractères sans compter des redondances quant à l’évocation des parfums.

Un « gentil » premier roman que j’ai aimé mais sans plus car il manque d’originalité (j’avais déjà lu un roman sur ce thème : Le reste de leur vie de Jean-Paul Didierlaurent, roman que j’avais beaucoup aimé et qui d’ailleurs utilisait déjà un peu ses ressorts mais aussi Le parfum de Patrick Süskind (non chroniqué car lu il y a très longtemps) qui est je pense le summum dans l’évocation des senteurs corporels et autres et dont d’ailleurs l’autrice fait référence à travers le surnom de Grenouille) quant au traitement de l’intrigue il est commun à tant de romans déjà lus…

J’ai aimé mais sans plus.

Editions Audiolib (Finitude) – Janvier 2022 – 5h07

Ciao 📚

 

S’adapter de Clara Dupont-Monod lu par Françoise Gillard

S'ADAPTERC’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres. C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées. Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd. Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné. Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.
Comme dans un conte, les pierres de la cour témoignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aîné qui protège, de la cadette révoltée qui rejettera le chagrin pour sauver la famille à la dérive. Du dernier qui saura réconcilier les histoires.

Mon écoute

Je ne reviendrai que succinctement sur l’histoire, celle d’un enfant né avec un important handicap au sein d’une famille cévenole. L’originalité tient essentiellement à la construction et à la narration faite par les pierres qui entourent la maison et du point de vue de la fratrie  : l’aîné, la cadette et le dernier, celui né après l’enfant différent et qui ne l’aura jamais connu si ce n’est pas son absence ou à travers sa famille et les souvenirs encore présents dans le lieu.

J’ai aimé écouter la délicatesse avec laquelle les pierres et la voix de Françoise Gillard m’ont conté l’histoire de cet enfant, lui qui ne voyait pas, ne parlait pas, ne bougeait pas, qui était présent mais absent, et qui occupe la place centrale du roman à travers le regard d’un frère aîné protecteur et attentif, d’une cadette indifférente mais pas insensible et d’un dernier qui se pose beaucoup de questions sur l’absent et sur sa propre place, son rôle.

J’ai aimé la manière dont Clara Dupont-Monod a trouvé les mots délicats, les sensations, les odeurs, les touchers, avec pudeur, douceur, sans violence ni pathos mais avec seulement l’amour d’une famille, la manière dont celle-ci l’accueilli avec ce que chacun était, sans jugement, l’a aimé, protégé et en a gardé l’empreinte à jamais. J’ai aimé l’immersion dans les montagnes cévenoles, la nature environnante, le voisinage de la grand-mère, les petits détails emplis de souvenirs, d’odeurs, de parfums, de touchers qui, comme les enfants, ont marqué les narratrices, les forces et les faiblesses de chacun qui ont forgé leurs vies à venir.

Et bien cette fois-ci je me range dans la lignée de ceux et celles qui ont aimé, la plume de l’autrice ayant su m’atteindre, me toucher, m’émouvoir. Alors l’addition des « J’ai aimé » devient un « J’ai beaucoup aimé » parce qu’il y a dans ce roman tellement de tendresse, de justesse, de pudeur, de retenue et d’amour mais tout en nous offrant la réalité d’une vie absente mais tellement présente qu’on ne peut qu’être sous le charme d’une plume mais également de la voix si adaptée aux mots et au sujet.

J’ai beaucoup aimé.

Trois prix pour ce roman en 2021 – Goncourt des lycéens – Prix Landerneau et Femina

Editions Audiolib – Mars 2022 – 4h13

Ciao 📚

Combats et métamorphoses d’une femme d’Edouard Louis lu par Irène Jacob

COMBATS ET METAMORPHOSES D'UNE FEMME

Pendant une grande partie de sa vie ma mère a vécu dans la pauvreté et la nécessité, à l’écart de tout, écrasée et parfois même humiliée par la violence masculine. Son existence semblait délimitée pour toujours par cette double domination, la domination de classe et celle liée à sa condition de femme. Pourtant, un jour, à quarante-cinq ans, elle s’est révoltée contre cette vie, elle a fui et petit à petit elle a constitué sa liberté. Ce livre est l’histoire de cette métamorphose

Mon écoute

J’ai eu une très mauvaise expérience de lecture avec Edouard Louis lors de la sortie de son roman : En finir avec Eddy Bellegueule (à l’époque je ne tenais pas de blog ni de chroniques sur Babelio) mais je ne comprenais pas les éloges que j’entendais sur cet ouvrage ici ou là… Je n’avais pas apprécié l’écriture et le fond même s’il était très largement autobiographique et donc très personnel.

Lassée d’écouter les infos actuelles à la radio et ayant la possibilité par ma bibliothèque d’écouter (ou de lire sur liseuse) certains ouvrages j’ai opté pour son dernier récit sur sa mère , ayant évité ses autres romans parus après la déconvenue de ma première lecture de cet auteur. Lui donner une seconde chance même si lors de l’écoute de ses interviews le personnage me gênait, m’agaçait par ses propos parfois trop construits, par le fait qu’il ne faisait que « creuser » dans son passé pour trouver la source de ses romans, ressassant inlassablement ses souvenirs de petit garçon triste au milieu d’une famille dysfonctionnelle et d’une société dans lesquelles il ne trouvait pas sa place (cela je ne le conteste pas) et décortiquant apparemment les causes de son malheur.

Et bien avec Combats et métamorphoses d’une femme je dois avouer que cela a mieux fonctionné mais j’avoue que l’auteur en est pas totalement responsable. Il y a la voix de Irène Jacob (très agréable) mais surtout le fait que ce qu’elle narrait faisait remonter en moi beaucoup de souvenirs donc de véracité sur une famille dans laquelle une femme, pour de multiples raisons, souffre, ne s’épanouit pas, offre un visage de femme éteinte, dépassée, noyée entre tâches familiales et soucis d’argent et comment à un moment de sa vie elle change, trouve une sortie de survie et change.

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit, pour moi de grande littérature, mais j’y ai trouvé de la justesse dans les descriptions, de l’émotion par moments (celle de l’auteur mais aussi la mienne) sur l’ambiance au sein de cette famille, de ce que l’alcool et le manque d’argent peuvent endommager les relations au sein d’un couple mais aussi entre parents et enfants. Par contre je me souvenais de la critique « sévère » de l’auteur vis-à-vis de sa famille dans En finir avec Eddy Bellegueule et à y repenser en fin d’écoute, je suis assez interrogative sur le changement de ton, d’attitude et de positionnement. Un effet de la prise d’âge, du recul avec le temps ou de la maturité, plus dans le questionnement que dans le colère et le jugement …. Peut-être. En tout cas j’ai trouvé qu’il y avait de l’apaisement, un regard adouci et très franchement je préfère.

J’ai aimé mais je ne suis pas sûre de continuer à le lire sauf s’il sort de ses thèmes de prédilection et en finisse de régler ses comptes…..

Editions Audible – Octobre 2021 – Durée 1h37

Ciao 📚