Protocole gouvernante de Guillaume Lavenant

PROTOCOLE GOUVERNANTE

Résumé

Une jeune femme sonne à la porte d’une maison dans une banlieue pavillonnaire coquette et tranquille. Le couple aisé qui l’accueille lui donne quelques recommandations concernant leur fille Elena, dont elle aura la charge. La gouvernante sourit, pose les mains bien à plat sur ses genoux, module sa voix, les met à l’aise… En suivant à la lettre le protocole imaginé par l’étrange Lewis, elle saura se rendre indispensable. Elle deviendra la confidente et l’objet de tous les désirs enfouis par cette famille en apparence idéale.

Mais cette gouvernante n’est pas seule. Ils sont nombreux comme elle à s’être infiltrés à divers endroits de la société. Les motos vont rugir. Une action d’envergure se prépare et dans l’ombre tous y concourent.

Alors que le vernis craque et que l’emprise de la jeune femme grandit, la tension se fait de plus en plus palpable. Jusqu’au grand jour.

Ma lecture

Attention….. Vous mettez les yeux dans une histoire étrange, pesante, à la construction originale, avec une écriture très cinématographique, une histoire découpée en de courts chapitres, en 110 plans où le scénario sans dialogue est uniquement constitué par le protocole qu’applique à la lettre la jeune gouvernante. On ne connait rien d’elle, même pas son nom, ni d’où elle vient. Elle arrive, s’installe dans cette famille comme gouvernante et va très vite devenir indispensable à chacun. Elle devient une sorte de « machine de guerre » disciplinée, sans état d’âme, exécutant à la lettre toutes les consignes.

Il faut dire que le protocole a tout prévu, pensé, rédigé, elle n’a plus qu’à exécuter….. Le but ? Mettre le cahot. Pourquoi ? Il pourrait y avoir une réponse mais il peut y en avoir 100 et c’est cela qui rend la lecture intéressante. On pense à plusieurs pistes en se fiant aux indices parfois laissés par Lewis… Mais qui est Lewis d’ailleurs ? Encore une question qui reste sans réponse : un meneur : oui sans doute, un gourou, un révolutionnaire …..

C’est une machine implacable qui se met en route, on cherche à comprendre mais il n’y a rien à comprendre d’ailleurs vous n’aurez aucune réponse et c’est en cela que le récit, une fois terminé, vous semble intéressant. Vous pouvez, vous lecteur, lui donner votre interprétation, par les quelques indices parfois laissés ici ou là par Lewis.

Le vous est de rigueur, pas de familiarité, le futur est presque le seul temps de conjugaison employé, il n’y est question que de procédures à appliquer, scrupuleusement, sans état d’âme, l’auteur déroulant le protocole à la manière d’un mode d’emploi d’une machine parfaitement huilée, tout a été prévu, envisagé, organisé.

Je ne suis pas lectrice de policier ni de thriller, mais voilà un roman, très court, très vite lu tellement on est interrogatif sur le sens, sur le but, sur l’issue, sur le pourquoi. C’est froid comme peut l’être une notice d’emploi : phrases courtes, directes, presque une énumération. Je vous avais prévenu : pas d’états d’âmes….

Et puis vous croyez qu’elle est isolée, mais non il s’agit d’une action de grande envergure, avec de nombreux membres, tous aux ordres….. Mais que veulent-ils ? Installer le cahot ? Sont-ils humains ? Ils sont si lisses, presque déshumanisés, performants, sans émotions…..

Moi j’ai aimé l’originalité de la narration alors qu’au début j’ai pensé qu’il s’agissait d’un récit à la manière de Chanson douce  pour le contexte et pour finalement me rendre compte qu’il n’en est rien, c’est une sorte de lecture ovni mais qui, comme la gouvernante qui deviendra indispensable au couple, vous captive, vous fascine par l’implacabilité des faits sans pour autant en connaitre les tenants et les aboutissants…..

Un conte moderne, une dystopie, un pamphlet sur notre société, un récit de science fiction ou  révolutionnaire : à mon avis un peu tout cela mais peut-être pas….. En tout cas je me suis prise au jeu, j’ai été le témoin d’une aventure livresque originale, au suspens bien tenu, d’une sobriété presque monacale. Cela peut sembler froid, direct, sans âme mais tout est raccord.

Si vous aimez partir sur des chemins inconnus, découvrir une autre manière de raconter une histoire, découvrir un univers, laisser vous porter par la voix de Lewis, car Lewis lui seul sait, il a tout prévu, il a tout imaginé et il vous adresse une dernière consigne : regardez le chiffre 1, si vous le voyez à l’envers (barre oblique à droite au lieu de gauche comme sur les numéros de chapitre) méfiez-vous c’est le signe de ralliement, le symbole de ce groupuscule et désormais c’est eux qui pilotent.

Ne te loupe pas, Lamar, quand tu rédigeras les protocoles. C’est important que tu sois précis. Pèse tes mots, pèse tes mots, Lamar. Chaque mot, dans chaque protocole, a son poids. (p185)

Guillaume Lavenant signe là un premier roman prometteur, à l’univers bien particulier…..

Lecture faite dans le cadre du comité lecture de ma bibliothèque

Editions Rivages – Septembre 2019 – 190 pages

Ciao

Mikado d’enfance de Gilles Rozier

Résumé

Quarante ans après les faits, le narrateur revient sur un épisode traumatisant de son enfance : l’exclusion de son collège, pour avoir adressé, avec deux camarades, une lettre antisémite à son professeur d’anglais.
Quelques années plus tard, le narrateur, fils d’une mère juive et d’un père catholique, deviendra spécialiste de culture juive. Que s’est-il passé entre ces deux moments de son histoire ?
Le narrateur tente de décortiquer l’imbrication des conflits politiques des années 1970 et des malaises familiaux. Il retrouve cette question tragique que sa mère a posée devant le conseil de discipline : « Comment voulez-vous que mon fils soit antisémite alors que mon père est mort à Auschwitz ? »

Ma lecture

La mémoire est parfois sélective….. Certains événements sombrent et se rappellent à vous alors que vous les aviez intégrés, digérés, presque oubliés. En revenant dessus, vous comprenez  que sous des abords anodins, ils sont fondateurs de ce que vous êtes devenu, de l’homme (ou la femme) que vous êtes, de vos choix de vie, d’orientation.

Lorsque un événement de son enfance remonte à la surface suite à un message électronique reçu interrogeant sur la véracité d’une participation à un acte antisémite de sa part, Gilles, l’auteur, se plonge dans ses souvenirs de collégien en classe de 5ème pour retracer l’impact de ce fait sur toute sa vie d’homme mais aussi sur son identité juive dont il n’avait peut-être pas totalement conscience à l’époque, lui qui est devenu par la suite professeur de yiddish et d’hébreu.

A travers cette narration, l’auteur se livre à un devoir de mémoire sur sa propre enfance, ce garçon surnommé « filliste » en raison de sa délicatesse, de ses goûts, de sa douceur et qui, pour s’associer à deux garçons de son âge dont il souhaite devenir l’ami, Vincent et Pierre, va fournir l’adresse d’un professeur Monsieur Guez à qui sera adressé une lettre antisémite.

Cette complicité va lui devoir une exclusion temporaire, une convocation de ses parents et une réaction de sa mère qui va le marquer à jamais et devenir finalement fondatrice de sa vie d’adulte :

Comment vous-vous que mon fils soit antisémite alors que mon père est mort à Auschwitz ? (p101)

L’auteur revient sur cet épisode en partant d’une photo de classe de l’année 1974-1975 pour resituer dans son contexte les événements. Peu à peu il tire sur le fil des souvenirs pour arriver à « lévénement » qui va lui permettre de découvrir un pan de son identité qu’il ignorait, le destin de sa famille maternelle, dont on parlait pas ou peu.

C’est avec simplicité, bienveillance et douceur que Gilles Rozier revient sur cette année finalement décisive, sur un acte provoqué par le désir de ne plus être le fils du directeur de « lusine » mais un enfant comme les autres, faire un coup d’éclat dont il ne connaissait pas la vraie teneur mais qui va lui révéler que sa famille a un passé douloureux intimement lié à l’antisémitisme.

C’est une lecture agréable, parsemée de références de l’époque, qui revient à la fois sur l’enfance de l’auteur mais aussi sur la deuxième guerre mondiale, les camps de concentration, l’identité juive à travers les décennies, dans un habile mélange d’humour, de tendresse mais aussi de gravité.

Nous sommes ce que nous sommes parfois par des événements de notre enfance, anodins ou pas, des non-dits parfois, des silences qui se révèlent comme des moments charnières et par leur émergence bien des années plus tard, nous réalisons qu’ils ont été finalement annonciateurs de ce que nous deviendrons et c’est ce que Gilles Rozier réussit parfaitement dans ce roman dans lequel il étale les pièces du jeu et en tire une ligne de vie.

Tous ces souvenirs et les sensations s’y rapportant forment un tas compact, un enchevêtrement d’aiguilles de mikado qui piquent quand on les touche, mais elles ont fini par provoquer la même douleur, quelle que soit leur couleur et le nombre de bagues censées introduire entre elles une hiérarchie. (p53)

Livre lu dans le cadre du Comité de lecture des Bibliothèques de ma commune

Editions L’Antilope – Septembre 2019 – 186 pages

Ciao

Passage du gué de Jean-Philippe Blondel

PASSAGE DU GUERésumé

Myriam et Thomas. Pour Fred, les revoir aujourd’hui, c’est une joie violente qui prend à la gorge, bouscule et donne une force inattendue. Il y a vingt ans, Fred a choisi de traverser, à leurs côtés, une épreuve qui n’était pas sienne. Pour leur éviter la noyade, il s’est tenu là, attentif, disponible, sans rien attendre. Avec tendresse et fermeté, il a tenu leurs têtes hors de l’eau. Une fois la tempête éloignée, il s’est effacé. Myriam, Thomas et Fred. S’ils ont survécu, c’est que le pari le plus insensé peut être tenu. C’est que la vie peut tout donner après avoir tout retiré.

Ma lecture

J’ai découvert Jean-Philippe Blondel avec Le groupe lors d’une lecture pour le comité de lecture jeunesse dont je fais partie, puis avec La Mise à nu, des lectures différentes mais dans chacune d’elle on retrouve beaucoup de l’auteur, s’inspirant je pense de ses observations, son vécu etc….

Dans Passage du gué tout commence par une rencontre fortuite dans un magasin d’un couple que le narrateur, Fred, a connu 20 ans plus tôt. Cette rencontre va le replonger dans une année de sa vie, année charnière, alors qu’il était surveillant dans un établissement scolaire où il fera la connaissance de Myriam, professeur de dessin et pour laquelle une attirance réciproque s’installe. Myriam vient d’apprendre qu’elle est enceinte, invitera Fred lors de la soirée d’annonce de la grossesse à son mari, Thomas, cadre ambitieux dans une grande surface.

Une étrange liaison platonique va s’installer entre Fred et Myriam dans un premier temps, puis entre Thomas et Fred, lorsque un drame va ébranler le couple et dont Fred sera le passeur, celui qui permettra à chacun de retrouver la terre ferme.

… et que Fred lui a demandé ce qu’il pouvait faire pour nous. Thomas a haussé les épaules. Il a répondu rien, bien sûr, rien, il n’y a rien à faire. Mais en fait il y a beaucoup réfléchi et il croit maintenant que ce n’est pas vrai. Que Fred pourrait aider. Pourrait t’aider. Pourrait m’aider aussi. A supporter tout ça. A passer le gué. (p219)

La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille, il faut parfois des passerelles pour franchir les débordements, les crues pour ne pas sombrer et penser qu’un être peut devenir celui qui tiendra ce rôle, un passeur humain, fidèle, qui va trouver dans ce rôle une manière d’entrer dans le monde adulte.

Jean-Philippe Blondel prend le parti, et j’ai trouvé cela très pertinent, de donner la parole aux trois protagonistes : par un retour en arrière, il aborde le point de vue de chacun au fur et à mesure des événements : Fred, ce jeune surveillant en préparation de ses examens pour devenir professeur d’anglais, pas très sûr de lui-même, de ses aspirations, mais qui va devenir la bouée de survie du couple alors que celui-ci traverse une tragédie, puis  Myriam et Fred, aux caractères très différents qui vont devoir affronter la pire épreuve que peut rencontrer un couple et qui peut soit le séparer soit le rendre plus fort.

L’auteur offre une analyse des sentiments de chacun, à toutes les étapes de leur vie commune : la rencontre, le drame puis l’éloignement, où les émotions, les ressentis sont parfaitement mis en évidence, les transformations de chacun sur le chemin de l’amitié, de l’amour et du partage.

Traverser les épreuves avec une épaule sur laquelle se reposer alors qu’elle n’était pas préparée à cela, offrir une présence, une écoute dans les moments les plus sombres de la vie voilà ce que propose Jean-Philippe Blondel dans ce roman à travers le personnage de Fred. Lui le plus jeune, lui le moins préparé, lui qui n’était qu’attiré par une femme un peu plus âgée que lui, va se retrouver le pilier du trio, une sorte de clé de voûte qui fera tenir l’ensemble de l’édifice.

Que sont mes amours devenus, qu’ont-ils laissé en nous une fois le temps passé, ont-ils été le ciment de notre vie, de notre devenir, de ce que nous sommes désormais ? Voilà bien des questions auxquelles l’auteur apporte sa réflexion à travers ce récit.

Amour, amitié, apprentissage de la vie et des sentiments, c’est un riche panel qu’offre l’auteur dans ce roman, le tout dans une écriture empreinte d’émotions, de réalisme, parfois de colère sur la société ou le monde du travail.

A chaque fois que je lis Jean-Philippe Blondel je retrouve à la fois une écriture limpide, fluide mais aussi un regard sur les hommes et leurs vies, sur ce qui fait une société avec ses joies, ses peines mais aussi ses espoirs, sa fraternité.

Editions Robert Laffont  – Juin 2006 – 336 pages

Ciao

Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro

Résumé

Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

Ma lecture

Encore une découverte d’auteur et excusez du peu mais du Prix Nobel de Littérature en 2017 dont j’ai depuis très longtemps sur mes étagères Les vestiges du jour que j’avais acheté suite au film que j’avais beaucoup aimé et pour une fois le film m’avait poussée à découvrir le roman….. Là c’est le titre qui m’a interpellé. Auprès de moi toujours, le genre de titre qui vous frappe parce qu’il est porteur une douce mélancolie,  une volonté de ne jamais quitter, oublier un lien qui vous unit à une personne. Un lien d’amour, d’amitié ….

Pour Kathy H.,31 ans, il s’agit de se remémorer son enfance à la fin des années 1990 à Hailsham, en Angleterre, dans ce manoir isolé, coupé du monde dont aucun des enfants ne doit franchir les clôtures sous peine, d’après la rumeur, de s’exposer à mille dangers. Kathy, la douce Kathy se souvient de son attirance et amitié qui la liaint à Ruth, plus volontaire et Tommy, sensible et coléreux.

Dans ce roman dystopique  l’auteur imagine Hailsham comme une communauté d’enfants « créés » uniquement pour devenir des clones donneurs d’organes vitaux.  Ils mourront jeunes, après avoir fait trois voire quatre dons, ils savent très jeunes qu’ils sont stériles, qu’ils doivent se préserver, qu’ils sont uniques car ils ont en quelque sorte une « mission » à accomplir : offrir des organes sains. Une dystopie qui pourrait devenir une réalité un jour, n’existe-t-ils pas déjà des enfants thérapeutiques mis au monde pour en sauver d’autres

Comment demander à un monde qui en est arrivé à considérer le cancer comme guérissable, comment demander à un tel monde d’écarter cette guérison, de retourner à l’époque noire ? Il n’y avait pas de retour en arrière. Même si les gens se sentaient mal à l’aise à cause de votre existence, leur principal souci était que leurs propres enfants, épouses, parents, amis ne meurent pas du cancer, de la sclérose latérale amyotrophique, d’une maladie du cœur.  Pendant longtemps vous avez été tenus dans l’ombre, et les gens s’efforçaient de ne pas penser à vous. Et si cela leur arrivait, ils essayaient de se convaincre que vous n’étiez pas vraiment comme nous. Que vous étiez moins qu’humains, aussi ça ne comptait pas. (p402)

Kazuo Ishiguro soulève bon nombre de questions sur le clonage, ses limites. Non ce n’est pas un roman léger, il est même oppressant par moment, en particulier quand on imagine la vie de ses enfants, ses jeunes adultes, promis à n’avoir d’autres fonctions que médicales, pour sauver d’autres vies au prix de la leur. 

Il règne dans ce roman une ambiance très particulière qui oscille entre l’horreur de la situation de ces êtres qui semblent ne ressentir que peu d’émotions en dehors de celles autorisées ou données par l’institution (mais ils n’ont rien connu d’autres que Hailsham et ne savent que peu de choses sur ce qui se passe à l’extérieur) et les questionnements que nous nous posons et auxquels Kathy, au fur et à mesure de sa narration, répond en se souvenant des instants où elle-même et ses deux amis ont eu leurs propres interrogations. Grâce à cette construction, on comprend leur conditionnement, leur résignation, leur abnégation.

C’est une histoire d’amour et d’amitié, une sorte de roman d’apprentissage, entre trois êtres aux personnalités très différentes. Entre Kathy et Ruth une sorte d’amitié-rivalité les oppose, un peu à la manière de Lila et Elena dans L’amie prodigieuse : ce que l’une a l’autre prend plaisir à l’avoir en premier et Ruth n’a aucune limite dans ce domaine mais elle exerce une telle fascination sur Kath que celle-ci accepte de voir le couple se former sous ses yeux, se tiendra à l’écart même si Tommy garde pour elle un tendre sentiment. Elle choisira d’ailleurs de devenir Accompagnant c’est-à-dire d’assister les donneurs dans leur parcours chirurgical jusqu’à leur « terminaison ».

Les termes choisis par l’auteur : Donneur, Vétéran, Accompagnant, Terminaison et l’environnement dans lequel il installe ses personnages donne une idée du climat sombre, distant, anonyme, d’ailleurs chacun n’est identifié que par un prénom et une lettre comme Kathy H. Une usine à organes ….

Hailsham est un lieu de manipulation des cerveaux, les enfants étant conditionnés à accepter le monde qu’on leur propose fait de cadeaux (la Vente) d’aucune valeur, d’encouragements à se respecter soi-même, de l’attente du passage de Madame qui sélectionnera leurs travaux artistiques pour être exposés dans la Galerie, une manière d’être enfin sur le devant de la scène, d’exister leur semblent-ils. Aucune révolte, aucune colère, ils n’ont connu qu’Hailsham, son enseignement, ses règles et sont résignés à leur sort n’ayant rien connu d’autres, ils sont presque déshumanisés et à travers Kathy c’est la découverte de sentiments de la part de certains d’entre eux

Ce qui est le plus surprenant dans ce roman c’est le contraste entre l’histoire, assez monstrueuse et la douceur du récit, de l’écriture même lorsque les enfants ont la révélation de leur devenir. C’est à la fois beau, glaçant, douloureux, inquiétant et c’est le genre de récit qui laisse une trace et des questionnements longtemps après. Pas de violence, pas d’éclats et cela donne encore plus de force au récit.

J’ai découvert dans ma pile de DVD l’adaptation cinématographique en 2010 Never let me go de Mark Romanek avec Keiro Knightley, Andrew Garfield, Carey Mulligan et Charlotte Rampling que j’avais achetée il y a très longtemps et jamais vue….. Donc je l’ai visionnée à la suite de ma lecture. Evidemment et comme souvent, même si le film est très beau et reprend la trame du roman, il n’y a pas toute la richesse des détails fournis dans celui-ci. J’ai trouvé que la première partie du film sur l’enfance à Hailsham bien trop rapide alors que dans le livre elle tient une place prépondérante puisqu’elle conditionne tout le reste et quelques modifications de faits.
Voici la bande annonce ainsi que la bande son de la musique fétiche de Kathy : Auprès de moi toujours chantée par Judy Bridgewater.

Traduction de Anne Rabinovitch 

Editions Des 2 Terres – Mai 2006 (2005) – 441 pages

Ciao

°

Là où les chiens aboient par la queue de Estelle-Sarah Bulle

LA OU LES CHIENS ABOIENT PAR LA QUEUERésumé

Dans la famille Ezéchiel, c’est Antoine qui mène le jeu. Avec son « nom de savane », choisi pour embrouiller les mauvais esprits, les croyances baroques et son sens aigu de l’indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni petit frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d’or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l’histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis les années 50: l’enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et es taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l’irruption du roi béton, la poésie piquante du créole, et l’inéluctable exil vers la Métropole…..

Ma lecture

Je sais que ce roman a beaucoup plu depuis sa sortie, on me garantissait de passer un bon moment et alors que je viens de le refermer, je suis presque soulagée de l’avoir enfin fini…. Je devais le lire pour pouvoir voter pour le prix des lecteurs des bibliothèques de ma commune car il faisait partie des 5 romans « coup de cœur » retenus….. Le seul que je n’avais pas lu, qui ne m’attirait pas, que je n’avais pas envie de lire. Pourquoi ? Je ne saurai vous le dire mais comme je suis consciencieuse dans ce que je fais, je l’ai malgré tout  lu jusqu’au bout (si ce n’avait pas été pour le prix je crois que je l’aurai abandonné). Mais ce qui est étrange c’est que j’aurai du mal à définir ce qui m’a gênée.

A la demande de la nièce (sûrement en partie l’auteure), ses tantes : Lucinde et Antoine et Petit Frère (son père) retracent le parcours de la famille Ezechiel entre Guadeloupe et Métropole. Chacun évoque les souvenirs de leur enfance, de leur père Hilaire qui épousa une béké (blanche) Eulalie Lebecq, trop tôt disparue pour le Petit Frère qui n’en a aucun souvenir et sera à la recherche une partie de sa vie d’une photo pour mettre un visage sur cette mère qu’il n’a pas connue, c’est d’ailleurs lui qui m’a le plus touchée.

De 1947 à nos jours presque 70 ans sont évoqués en partie sur l’île jusqu’à la fin des années 70 puis en métropole, avec les versions de chacun, les chemins de vie, le tout dans une écriture parsemée du parler créole et dont Apollone mais qui se fait appeler Antoine  pour éloigner les mauvais esprits, la tante, est la figure la plus marquante, la plus ambiguë, bien que le désarroi de Petit Frère, son isolement en partie dû à l’écart d’âge avec ses deux sœurs, sa quête maternelle, son amitié avec Yvan sont les passages que j’ai préférés.

La narration polyphonique et le découpage en plusieurs époques ne posent aucun problème, mais je pense qu’au fond je suis restée très à distance des personnages et de leurs histoires.

Je m’attendais peut-être à plus de truculence (il faut dire que le titre interpelle), à une histoire familiale peut-être plus hors du commun, haute en couleur et je n’y ai trouvé qu’une histoire finalement assez conventionnelle si on excepte l’installation à Paris d’Antoine et de son « commerce » près du Sacré-Cœur et je n’ai trouvé finalement qu’une d’histoire guadeloupéenne, semée ça et là des aventures de la fratrie, de leurs différences et des événements politiques et économiques qui ont parfois changé le cours de leurs vies.

C’est assez difficile pour moi de mettre le doigt sur ce qui m’a déplu car je n’ai rien à reprocher à l’écriture ou la construction mais j’ai trouvé qu’il n’y avait pas de « chaleur », de profondeur dans ce récit, je n’avais aucun intérêt pour les personnages, leur devenir. C’est une succession de faits, d’événements vus par les membres de la fratrie mais chacun restant à distance des autres expliquant sûrement leurs relations distendues.

Je ne vais pas épiloguer car je me rends compte que je n’ai pas grand chose à en dire et c’est souvent le cas quand on passe à côté d’une lecture. Ce roman a trouvé son public

Je l’ai lu, il ne m’a pas convaincue et maintenant je peux voter la conscience tranquille.

Livre lu dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques pour le Prix des Lecteurs

Editions Liana Levi – Août 2018 – 283 pages

Ciao