Les chutes de Joyce Carol Oates

LES CHUTES

Veuve au matin d’une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les Chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur.

Pourtant, au cours de sa semaine de veillle au bord de l’abîme, en attendant qu’on retrouve le corps de son mari d’un jour, La Veuve blanche des Chutes (ainsi que la presse l’a surnommée avant d’en faire une légende) attire l’attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au cœur tendre, fasciné par cette jeune femme étrange.

Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d’un bonheur total avant que la malédiction des Chutes s’abatte de nouveau sur la famille.
Désamour, trahison, meurtre ? C’est aux enfants Burnaby qu’il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents.

Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l’Amérique: les ravages infligés à toute une région par l’expansion industrielle gigantesque des années 50 et 60, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place

Ma lecture

J’ai découvert l’univers de Joyce Carol Oates avec Confessions d’un Gang de Filles que j’avais abandonné car je m’ennuyais et Je vous emmène que j’avais lu dans sa totalité mais  qui ne m’avait pas passionnée.

Mais je n’avais pas définitivement fermé la porte à cette auteure dont j’entendais parler très régulièrement, qui m’intriguait et je crois aux signes en matière de littérature.

Jamais deux sans trois ….. Est-ce que cette fois-ci j’allais enfin apprécier cette écriture, me laisser emmener dans son univers ? Car en fin de compte c’est bien de cela qu’il s’agit…. Et bien oui : quel livre, quel roman, qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire auparavant : une maîtrise totale, une construction originale, elle est la seule maître du récit.

En refermant ce gros pavé j’ai compris qu’il fallait entrer dans l’histoire sans trop se poser de questions. Ce roman n’est pas un long fleuve tranquille mais un fleuve aux remous multiples et l’auteure sait nous appâter : un homme qui se suicide au matin de sa nuit de noces en se jetant dans les chutes du Niagara….. Pas mal ! On pense partir pour une histoire d’amour qui se termine mal ou alors une enquête, ou…….

On ne peut qu’être interpellé, intrigué, curieux de découvrir le pourquoi du comment. Oui elle plante le décor de façon tranquille même si les événements se succèdent très vite puis prennent un rythme de croisière. Elle nous endort, elle prend des chemins parallèles pour nous emmener là où elle veut nous conduire. Car Joyce Carol Oates, elle sait elle où elle veut nous mener et brutalement l’histoire prend un autre tour. J’aime !

Un couple étrange qui s’est uni sans amour, parce qu’il le fallait, comme on s’accroche à une bouée pendant un naufrage mais qui n’empêchera pas celui-ci d’arriver. Puis, étrangement un autre personnage entre en scène, un avocat Dirk Burnaby, beau, riche, aux conquêtes multiples, qui s’est trouvé amené à épauler cette jeune mariée/veuve, Ariah, dans ce drame et va en tomber amoureux sans arriver à se l’expliquer.

Je commence à me dire : encore une fois, cette auteure n’est pas faite pour moi : histoire improbable, irréelle mais passées les 200 premières pages , l’auteure évoque une affaire : la Love Canal pour laquelle Dirk va prendre fait et cause et qui va bouleverser sa vie et celle de son entourage.

Inspirée d’une véritable affaire, la Love Canal (le nom est assimilé à un quartier de Niagara Falls) Joyce Carol Oates aborde le scandale des contaminations par des déchets de toutes sortes (industriels, chimiques, nucléaires, etc) dans les sous-sols de quartiers ouvriers, avec les conséquences que l’on peut imaginer, par des sociétés puissantes et contre lesquelles Dirk va se battre. Tiens tiens cela me parle et m’intéresse.

Et là le récit prend une orientation totalement différente, même si on garde en fond l’histoire de cette famille. On entre dans un récit qui mêle histoire familiale et enquête mais que l’auteure prolonge bien au-delà. En effet, elle aborde les liens familiaux sous un angle particulier, les désirs, le plaisir mais aussi : la pollution, l’environnement, les pouvoirs divers et variés, les destins de chacun, les routes que l’on prend, que l’on quitte etc.

Il faut accepter de se laisser prendre par la narration des différents personnages et toutes les ramifications car c’est finalement un plaidoyer sur les ravages de l’industrialisation à tout va, des magouilles de ces puissantes sociétés (infiltrées dans la police,la justice) mais aussi les conséquences sur une famille dominée par une femme dont le destin va basculer à plusieurs reprises, flirtant avec une sorte de folie, se sentant porteuse d’une malédiction et sur les silences qu’elle entretient auprès de ses enfants.

S’étirant sur près de 30 ans, ce roman est une large fresque dont le personnage principal reste malgré tout les Chutes du Niagara, élément indomptable, grandiose, insondable, fond sonore de la ville et site à touristes. On ressent toute la violence du lieu, ses mystères (suicides, dame blanche etc…) mais aussi comme il influe sur ceux qui le côtoie.

Il y a tellement de thèmes dans ce récit qu’il est difficile de dire ce qui est le plus passionnant car finalement tout l’est. J’ai pour ma part, particulièrement aimé la deuxième moitié du roman, celle où les enfants : Royall, Chandler et Juliet vont enquêter sur leur père, Dirk, afin de le connaître et le comprendre mais aussi pour se découvrir eux-mêmes, qui ils sont réellement et d’où ils viennent. Joyce Carol Oates s’attache à la psychologie des différents protagonistes : leur milieu, leur éducation mais aussi leur cheminement à travers parfois des événements traumatisants. Il y a beaucoup d’émotions dans leurs prises de conscience, dans leurs propres basculements.

J’ai eu à plusieurs reprises le sentiment de regarder un film américain (j’ai beaucoup pensé au combat de Erin Brockovich auprès de familles empoisonnées par l’eau potable) : avec tous les ingrédients : l’amour, le combat personnel,  l’enquête et les personnages chahutés par leur environnement, leur famille, comme on peut être chahuté dans une embarcation lancée sur des rapides et que l’on ne peut maîtriser.

Je comprends mieux la démarche de l’auteure, sa façon de construire son récit et tout son talent. Je reconnais peut être mon erreur dans mes précédentes lectures de ne pas avoir été jusqu’au bout, d’avoir jugé un peu trop vite mais un(e) auteur(e) peut être aussi inégal(e). Donner une autre chance à un(e) auteur(e), surtout quand celui-ci remporte l’adhésion de nombreux lecteurs. Il n’y a pas de hasard.

Je vais la découvrir à travers deux autres romans : Fille noire, fille blanche et Nous étions les Mulvaney que j’ai dans ma PAL car son écriture, son style, les thèmes abordés (très actuels), la construction du récit font que vous partez pour une voyage dont elle seule connaît l’issue et ce type de voyage me plaît.

Je sais maintenant sa manière de procéder :  il faut lui laisser le temps de planter le décor, de nous imprégner du lieu, de donner naissance à ses personnages en sachant qu’elle seule sait où elle veut nous conduire, en espérant trouver les mêmes ingrédients qui rendent le récit passionnant, où l’on apprend également car il est documenté et argumenté.

« Ce que je fais, Clyde, c’est suivre mon instinct pour une fois. Pas l’odeur de l’argent. Ma conscience. » (p381)

Prix Fémina Etranger 2005

Traduction de Claude  Seban

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions France Loisirs – Août 2006 – 724 pages

Ciao

 

 

Les femmes qui ont fait bouger le monde de Katherine Halligan et Sarah Walsh

LES FEMMES QUI ONT FAIT BOUGER LE MONDE

50 femmes qui ont marqué le monde, affronté de nombreux défis, surmonté des difficultés et des dangers, parfois au péril de leur vie, pour vivre leurs rêves et rendre notre monde meilleur.

Ma lecture 

Ce beau livre retrace le parcours de cinquante femmes (entre autres) qui ont œuvré dans tous les domaines : artistiques, politique, écologie, faune, scientifique, sportif etc…..  pour faire avancer le monde,  défendre leurs idées, leurs droits,  guérir, combattre, reconnaître et accepter, au même titre que des hommes, sauf qu’étant femmes elles ont parfois faire preuve d’obstination, de volonté et même de ruse parfois.

Ce très bel album est destiné à la jeunesse mais peut être lu également par des adultes car certaines sont moins célèbres, classées dans cinq domaines d’action comme par exemple : penser et résoudre ou aider et soigner. On retrouve Marie Curie, Elisabeth Ier, Jeanne d’Arc, Mère Teresa etc….  mais aussi  Annie Sullivan, Hanna Szenes, Katherine Johnson dont le nom et le travail sont moins connus.

Pour chaque femme, sur deux pages, un texte clair retrace la biographie de chacune avec des illustrations semblable à des dessins d’enfant, colorées mais aussi des photographies (quand l’époque le permettait), ou gravures mais aussi des citations de chacune se terminant par un court résumé retraçant le parcours mais aussi le bilan de l’action de chacune.

Mais l’homme fait partie de la nature et son combat contre la nature est inévitablement un combat contre lui-même. (Rachel Carson)

Un lexique en fin d’ouvrage les resitue dans l’échelle du temps (de -1500 à 1997)  ainsi qu’un glossaire expliquant les termes les plus techniques, puis un index permettant de retrouver facilement chacune ainsi que l’explication de leur classification.

C’est un magnifique livre, à mettre dans toutes les mains, pour sa forme mais aussi pour le fond car au-delà du travail de chaque femme, on prend conscience des différents combats qu’elles ont dû mener, même pour les plus puissantes, du fait de leur sexe.

La lecture d’un tel ouvrage permet d’ouvrir la discussion avec l’enfant sur non seulement ces femmes d’exception mais aussi sur les faits historiques, les entraves rencontrées et la finalité de leur combat pour s’imposer.

LES FEMMES 1LES FEMMES 2LES FEMMES 3LES FEMMES 4

Merci aux Editions Hatier Jeunesse et Babelio Masse Critique pour cette lecture

Mon avis : 📕📕📕📕

Editions Hatier Jeunesse – Octobre 2018 – 112 pages

Ciao

 

Ceux de Guitry – L’Affaire Flichy (tome 1) de Dany le Du

L'AFFAIRE FLICHY

La Révolution Française a profondément bousculé les relations entre les habitants de Guitry, petit village de Normandie. Denise et Nicolas Belhoste, la famille de Beauval et Jean Misère, les personnages principaux de l’Affaire Flichy, illustrent cette évolution radicale.
Fils de cultivateur devenu entrepreneur et maire de son village, Nicolas Belhoste est un homme orgueilleux, égoïste, manipulateur et opportuniste, porté par la volonté de laver une humiliation subie dans sa jeunesse. Le jour de son premier mariage, le destin de ces personnages se nouera pour plusieurs générations, en donnant à Nicolas Belhoste le moyen d’accomplir sa vengeance, cruelle, sournoise, implacable.

Ma lecture

Je tiens à préciser en préambule que je ne suis pas une lectrice de romans dits du terroir mais j’ai accepté malgré tout de lire les deux premiers tomes de « Ceux de Guitry » de Dany Le Du, qui en comportera 4, car l’époque m’intéressait (la révolution française) et j’aime également découvrir des romans d’auteur(e)s dont on ne parle pas ou peu. Mon côté exploratrice qui sommeille en moi se réveille……

Je précise que je reste toujours très honnête dans mon ressenti, bon ou moins bon, qu’il n’est pas question pour moi de complaisance mais simplement un avis sincère, par rapport à ma lecture. Les auteurs en sont informés dès le départ.

Je vais situer dans un premier temps l’auteure, Dany Le Du, et son parcours : psychologue de formation, elle a écrit des nouvelles et des guides pratiques, elle signe ici le premier tome d’une fresque familiale et historique se déroulant en Normandie. Elle s’intéresse au quotidien et à la vie sociale, a écrit des jeux d’enquête et est passionnée de psycho-généalogie. Elle s’inspire d’ailleurs d’une de ses branches familiales pour l’écriture de cette saga. Ces précisions sont importantes et se retrouvent d’ailleurs dans tout le récit.

En effet, on ressent très vite la passion de l’auteure pour ces domaines, une région, son parler, ses traditions, le soin qu’elle a apporté à la construction des différentes familles, les caractères des différents personnages, il y a derrière tout cela un important travail de documentation. Son récit fourmille de détails sur la vie dans la campagne normande : on est plongé dans le quotidien de chacun mais aussi des différentes familles, sur la vie du village, les traditions et croyances.

Elle choisit l’époque révolutionnaire pour démarrer son histoire, époque où les différentes classes sociales s’affrontent, où les nantis perdront beaucoup, où certains tenteront de se faire une place dans la hiérarchie. Aristocratie, bourgeoisie, artisans et paysans se côtoient avec en fond les bouleversements qu’apportera la révolution française.

Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal à entrer dans le récit : multitude de personnages, les liens entre les différentes familles, la narration qui passe de l’un à l’autre, sautant les années, certains disparaissant dans les méandres de ces temps troublés voir qui changent de nom…… Mais c’est le lot de tout début d’une saga familiale…..

L’écriture s’est allégée dans la deuxième partie, se concentrant plus sur les intrigues, glissant ici et là des situations assez drôles (le viager),  documentées sur le fonctionnement par exemple de la franc-maçonnerie, la vie quotidienne (la tue-cochon), s’inspirant parfois de faits historiques (la fuite à Varennes) mais surtout le personnage central, Nicolas Belhoste, plein de rancœur après une humiliation dans son enfance qu’il ne parvient pas à oublier.

D’autre part j’ai trouvé dans la narration des répétitions sur certains événements, situations etc….. qui alourdissent le souffle (j’ai pensé plusieurs fois : « mais cela elle me l’a déjà dit il y a quelques pages) : la quantité de détails  « casse » le rythme de l’histoire.

Par contre installer une intrigue policière pour nous parler de la vie au 18ème siècle dans la campagne normande sur fond de révolution est une manière agréable de découvrir, d’apprendre, de voyager dans le temps. Fausses pistes et suppositions se superposent jusqu’à la révélation finale qui est assez bien montée (même si quelques éléments ont été semés ici ou là laissant supposer l’issue).

Les personnages sont assez caricaturaux, certaines situations typiques de ce genre de récit, mais pour ma part, j’ai surtout apprécié le côté historique et documenté d’une époque agitée assez proche de la nôtre…..

J’ai senti que l’auteure avait beaucoup à dire, qu’elle disposait d’une foule de documentation et cela noie un peu le souffle du récit, mais tout dépend de ce que l’on recherche dans la lecture. Je pense que les amateurs de récits du terroir, et il y en a beaucoup,  y prendront du plaisir. C’est un récit de longue haleine et comme tel demande d’installer décor et protagonistes.

L’écriture est accessible, faite souvent de courtes phrases mais Dany Le Du n’a pas choisi le chemin le plus facile : une saga historique sur plusieurs générations, très fournie en informations sur la vie quotidienne tout en incluant une intrigue policière….

Le lecture du deuxième tome que je ferai je pense le mois prochain,  m’emportera j’espère dans la suite des aventures au sein de cette famille et de cette région, maintenant que tout  est planté, que les bases sont connues, que certains faits restent en suspens et qu’on attend leur devenir.

Je remercie Dany Le Du pour sa confiance ainsi que les Editions des Falaises pour cette lecture.

Mon avis : 📕📕📕

Editions des Falaises – Mars 2018 – 259 pages

Ciao

 

Le testament de Dina de Herbjorg Wassmo

LE TESTAMENT DE DINA

Exrême nord de la Norvège, 1890. La fougueuse Dina n’a pas survécu à ses blessures lors de l’incendie de Reinsnes.
L’église est bondée le jour de ses funérailles et, face à la foule, sa petite-fille Karna témoigne de sa confession: « Moi, Dina, j’ai de mes propres mains fait en sorte que le traîneau tombe dans le gouffre et provoque la mort de Jacob Grønelv. J’ai tiré un coup de fusil lapon sur le Russe Léo Zjukovsky et provoqué sa mort. Je me reconnais coupable. Je demande cependant qu’on libère mon corps. Dans la mer. » Puis Karna se mure dans le silence.

Ma lecture

En voulant lire ce roman de Herbjorg Wassmo, je me suis rendue compte qu’il était la suite d’une saga et comme je voulais me plonger totalement dans cette œuvre nordique et en découvrir les racines, j’ai d’abord lu les tomes 1, 2 et 3  du Livre de Dina dans lesquels j’ai fait la connaissance de cette femme à la volonté de fer, qui ne craint personne et que tout le monde respecte.

Même si je n’ai pas lu les romans qui se situent entre le livre de Dina (tomes 1,2 et 3) et celui-ci (Fils de la providence et l’héritage de Karna) je n’ai eu aucun mal à découvrir celui-ci tellement l’auteure relate habilement le passé et situe chaque personnage. Mais il est préférable, comme je l’ai fait, de connaître le passé et surtout Dina qui marquera définitivement chacun.

Cette saga est axée principalement sur des parcours de femmes. Les deux personnages principaux de celui-ci sont Karna, la petite fille de Dina et Anna, sa belle-mère,  deux héroïnes au tempérament fort de manière différente.

En effet, suite à la confession de Dina lue pendant ses obsèques par Karna, celle-ci perd l’usage de la parole, comme sa grand-mère dans le passé, et sombre dans la folie. Comme Dina elle ressent la présence de fantômes et sera internée en hôpital psychiatrique. Ses parents Benjamin et Anna décident de tout abandonner pour rester auprès d’elle. Ce déménagement va entraîner un bouleversement dans le couple, Anna, sa belle-mère se découvrant une soif d’indépendance, de désir et d’interrogations au contact de Joakim Klim, médecin aux méthodes peu orthodoxes pour l’époque à l’asile d’aliénés.

C’est l’occasion également pour Herbjorg Wassmo d’évoquer les traitements appliqués dans ces asiles, la souffrance mais aussi les conditions de travail du personnel.

Dans le Livre de Dina soufflait déjà un vent de folie avec Dina, cette femme capable du pire quand on lui résistait,  mais les générations suivantes, que ce soit Anna, avec sa soif d’émancipation, d’indépendance ou Karna, dans le monde qu’elle imagine et dans lequel elle vit, fait de silence mais aussi de crises d’épilepsie violentes, le rythme ne retombe pas.

On embarque très vite, dès les premières lignes, dans les générations suivantes, avec Anna, qui vivait dans l’ombre de son mari et qui veut dormais s’affranchir et faire ses propres choix (pas toujours évidents même pour elle)  : plus d’autonomie, d’indépendance, de décision sur son devenir, sur le choix de travailler, d’assumer ses désirs. La femme moderne, à travers elle, apparaît. Elle  fait décide, hésite, tergiverse. Elle s’affirme également face aux hommes dans sa vie professionnelle.

La présence d’un médecin  Joakim Klim, aux méthodes révolutionnaires dans l’hôpital où est soignée Karma, va jeter le trouble dans son esprit, mais il va  imaginer une autre façon de soigner Karna, d’analyser les causes pour mieux soigner en dehors de tout traitement abrutissant, par l’écoute et la patience.

Herbjorg Wassmo aborde tous ces thèmes avec une écriture puissante, rebondissant sur les événements et la valse des hésitations, les changements qui s’opèrent chez chacun mais aussi dans la société. Il y règne une ambiance qui alterne entre le froid du pays nordique, de sa nature et de sa rudesse et la chaleur des émotions et la violence des sentiments.

En se glissant dans les différents personnages et en adoptant entre autre leur façon de parler (très poétique et fantasmagorique de Karna, ou à la troisième personne dans les dialogues entre confrères du monde médical ….. assez surprenant cet emploi du il ou elle quand on est face à son interlocuteur (trice)), la façon dont Anna « ose », « se libère » : c’est une autre femme qui apparaît que ses parents et son mari auront bien du mal à accepter.

A part une ou deux exceptions, tous les personnages sont attachants, ni tout blanc ni tout noir : Benjamin par sa douceur, son humanité mais faible et manquant d’assurance, Anna par sa volonté farouche de vivre pleinement ses désirs mais indécise, Peder, l’amoureux patient, resté au pays à attendre la guérison de Karna, son unique amour qui oscille entre vie et mort, entre au-delà et réalité et Joakim, énigmatique, troublant et chaleureux.

C’est une fresque romanesque, parfaitement maîtrisée par son auteure, qui nous déconnecte et nous fait voyager dans un paysage fait d’aventures, d’amour, d’amitié (parfois là où on ne l’attend pas), mais aussi un regard sur une société qui change, qui évolue, où la femme tient une place de plus en plus affirmée. Jusqu’aux dernières pages elle nous raconte l’histoire d’une famille nordique marquée par le destin.

Mon avis : 📕📕📕📕

Traduction de Loup-Maëlle Besançon

Editions Gaîa – Juillet 2018 – 558 pages

Ciao