América n° 10 de François Busnel et bien d’autres

AMERICA 10Cet été, America arrive avec un sommaire qui rafraîchira votre vision du rêve américain ! Dans ce 10e numéro, retrouvez un entretien exclusif de 26 pages avec l’écrivain culte T.C. Boyle, chez lui, à Santa Barbara : l’auteur d’América revient sur la construction du mur contre les migrants mexicains, l’inaction devant le réchauffement de la planète, le naufrage de la démocratie américaine, et ses œuvres visionnaires. Autre temps fort de ce numéro : un grand dossier sur l’American dream. S’élever et changer de vie : que reste-t-il de ce rêve, sous l’ère Trump ? Dave Eggers, David Vann, Yann Perreau et Philippe Coste réfléchissent à cette question, qui interroge l’identité même des États-Unis. On vous emmène aussi à la plage cet été : à Hawaï avec Joan Didion, à l’occasion d’un récit fascinant loin des clichés touristiques, et à Miami, sur les pas du romancier Miguel Bonnefoy. En prime, une enquête de William Finnegan sur les ravages écologiques de l’administration Trump, un focus sur L’Attrape-cœurs à l’occasion des 100 ans de la naissance de Salinger, sans oublier les lauréats du prix America 2019 !

Ma lecture

On l’appelle « Rêve américain » parce qu’il faut être endormi pour y croire. 

George Carlin

Dans ce dixième numéro de la revue America il est question du rêve américain….. Ce qu’il était, ce qu’il est et ce qu’il en reste. Une couverture rose bonbon peut-être pour mieux faire passer la pilule car que reste-t-il de ce rêve d’outre-atlantique, existe-t-il encore ou fait-il partie du passé ?

Un numéro mirage en quelque sorte car nous sommes dans le concret, à l’heure des bilans, face à nos rêves (si nous en avons eus) et aussi à nos désillusions.

J’ai particulièrement aimé l’interview de T.C. Boyle (que j’avais vu précédemment dans un documentaire de François Busnel à la télévision), tellement aimé que je me suis procuré son roman América, Il expose de façon clair sa position, son repli dans sa très belle  maison en bois entourée d’arbres, ses inquiétudes concernant l’environnement et sa prise de conscience vis-à-vis de celui-ci, lui qui a tout tenté, essayé par le passé. J’ai aimé son parler vrai et sa vision du monde qui l’entoure.

Autre article intéressant sur J.D. Salinger, auteur de L’attrape-cœurs, roman que je n’ai pas réussi à terminer et qu’il faudrait peut-être que je retente. Je ne connaissais rien de la vie de cet auteur qui s’est mis en retrait de la vie publique après la publication de son roman. Un personnage très énigmatique et je suis toujours fascinée par le destin de certains écrivains.

J’ai découvert une réalisatrice Marielle Heller qui a sorti en 2018 « Can you ever forgive me » (Les Faussaires de Manhattan en France) d’après l’histoire vraie de Lee Israel qui s’est lancée dans l’écriture de fausses lettres d’écrivains, un film dont je n’ai pas du tout entendu parler lors de sa sortie et que j’espère avoir l’occasion de voir.

Très beau reportage photos (comme toujours des photos sans légende qui parlent d’elles-mêmes) sur les rodéos et les cow-boys, une chronique sur les meilleurs livres de l’année de la littérature américaine et comme toujours des chroniques sur l’état de l’Amérique de Trump.

Un article de Yann Perreau sur Hollywood, symbole du rêve américain par excellence, il s’est promené sur les boulevards du cinéma et sa déambulation va le mener sur le boulevard des illusions perdues .

D’autres écrivains donnent leur avis sur ce fameux rêve américain : David Vann, Douglas Kennedy, William Finnegan et Joan Didion avec un texte inédit sur Hawaï loin des clichés que l’on peut en avoir.

Et comme l’Amérique terrienne ne suffit plus, il y a l’espace et sa conquête (mais je vous avoue que là je n’ai pas été au bout…… car je n’étais pas du tout intéressée….).

America est pour moi un magazine de connaissances, j’apprends et découvre un pays, ses habitants, connus ou non, des personnages, des auteur(e)s, son passé et son présent loin des clichés que l’on peut en avoir, du réel, du vécu et du vrai.

« L’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai » (vous savez la chanson de Joe Dassin) et bien en refermant le magazine je ne suis pas sûre que ce pays puisse encore faire rêver. Où sont passés nos rêves d’antan, ils n’ont peut-être été que des mirages….

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Les Editions America – Juin 2019 – 194 pages

Ciao

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Une année à la campagne de Sue Hubbell

UNE ANNEE A LA CAMPAGNEQuatrième de couverture

Un jour, Sue Hubbell, biologiste de formation, ayant travaillé comme bibliothécaire, lasse de vivre en marge de la société de consommation de l’Est américain, décide de changer de vie. Avec son mari, elle part à la recherche d’un endroit où ils pourraient vivre loin des villes, suivant l’exemple du poète Thoreau. Après avoir cherché, ils trouvent cette ferme dans les monts Ozark, au sud-est du Missouri, et, ne connaissant rien à l’agriculture ni à l’élevage, ils décident de créer une « ferme d’abeilles « . Alors commence pour Sue Hubbell une aventure dont elle n’imagine pas les conséquences. Les saisons, les années passent, maintenant dans la solitude car son mari l’a quittée, et cette femme qui n’avait de la nature qu’une connaissance théorique découvre lentement l’immensité de l’univers qu’elle s’est choisi : sur ces quelques hectares de collines où, depuis la disparition des Indiens Osages, aucun être humain ne s’est vraiment arrêté, la vie a établi ses lois et ses règles, tissant un réseau de dépendances entre tous les habitants : les plantes, les insectes, les araignées, les serpents, les oiseaux, les mammifères, et même les parasites et les bactéries. L’entrée dans ce monde n’est pas simple. Pour Sue Hubbell, c’est un véritable bouleversement. Elle qui croyait- par son éducation, par ses études- tout savoir de la vie animale découvre sur ces arpents de terre que la vie naturelle est un bien meilleur professeur, parce qu’elle laisse le savoir germer et mûrir comme tout ce qui est vivant et vrai. J.M.G. Le Clezio

Ma lecture

Ce récit autobiographique que j’ai vu passé ici et là était pour moi. Une année à la campagne….. Moi c’est toute l’année à la campagne et pour vous expliquer pourquoi il m’a tout de suite interpellée il faut que je lève un peu le voile sur mon passé.

Parisienne de naissance, j’ai quitté la capitale à la naissance de ma fille sachant que Paris et enfants étaient difficilement conciliables. J’ai vécu ensuite dans une grande ville de province (Orléans) puis peu à peu je me suis orientée vers la campagne. Désormais je vis au milieu de la nature dans un petit lieu-dit au milieu de bois et prés où seuls les chants des oiseaux m’accompagnent.

J’ai donc compris, et cela se confirme à chaque fois que je retourne en ville, que la ville et moi nous n’étions plus compatibles : bruit, foule, stress, appel à la consommation, pollution etc….. Dès que j’arrive en ville je n’ai qu’une envie …… partir. Je deviens de plus en plus « ourse dans sa tanière » !. J’ai à portée de mains, de pieds et de vue les bois, le calme, la faune et la tranquillité. Tout n’est pas parfait, il y a quelques inconvénients mais je sais malgré tout la chance que j’ai (enfin pour ceux qui aime ce genre de vie).

Voilà pourquoi ce petit récit de Sue Hubbell m’était prédestiné. Oui bien sûr je ne suis pas une spécialiste des abeilles comme elle, qui est biologiste de formation, mais j’ai retrouvé entre ses lignes des réflexions sur le rythme de nos vies au fil des saisons dans la nature mais aussi sur notre comportement consumériste, notre relation aux autres que je me suis moi-même faites.

Comme dans Walden ou La vie dans les bois de H.D.Thoreau que j’ai lu très récemment (comme quoi ce sujet me plait), Sue Hubbell évoque non pas son quotidien au jour le jour mais les faits marquants de celui-ci, saison après saison mais à la différence de son célèbre précurseur c’est frais, pétillant, très accessible. J’ai appris énormément de choses sur les ruches et leurs occupantes (sa seule activité rémunératrice), sorte de microcosme de société.

Depuis son divorce, elle vit seule et parfois cette situation peut poser soucis quand il s’agit de travaux importants qu’elle essaie au maximum de réaliser par elle-même avec les moyens du bord et l’aide parfois de son fils.

Je me demande parfois où nous autres femmes d’un certain âge nous situons dans le tissu social une fois que la construction du nid a perdu de son charme.(…) Nous avons le Temps, ou du moins la conscience du Temps. Nous avons vécu assez longtemps et en avons vu assez pour savoir, autrement qu’au plan intellectuel, que la mort nous attend et nous avons donc appris à vivre en nous sachant mortelles, prenant nos décisions avec soin et après mûre réflexion parce que nous savons que nous ne pourrons pas les prendre à nouveau. Le temps pour nous aura une fin : il est précieux, et nous en avons appris la valeur. (p230)

Comme pour Thoreau la coupe du bois est une des principales « corvées » indispensable pour tenir tout un hiver. La séparation d’avec son mari qui se chargeait de cette tâche l’a obligée au maniement de la tronçonneuse, objet très dangereux en soi et dont elle garde une certaine méfiance. Elle analyse de façon calme et posée (et parfois humoristique) les choses et les événements pour s’adapter le mieux possible à eux.

J’ai beaucoup aimé la façon dont elle parle de tout ce qui l’entoure mais aussi de ses observations sur elle-même, ses relations de voisinage (bonnes et nombreuses) souvent liées à son travail d’apicultrice. De par sa formation, elle observe et analyse les comportements de ses fabricantes de miel : hiérarchie d’une ruche, comportement suivant les saisons, production, prédateurs etc.. C’est facile d’accès et parfois source d’inspiration pour son propre comportement.

Vivre dans un monde où les réponses aux questions peuvent être si nombreuses et si valables, voilà ce qui me fait sortir du lit et enfiler mes bottes tous les matins. (p85)

L’écriture est très agréable, parfois teintée d’humour, d’étonnement, n’hésitant pas, ici ou là, à relater des rencontres festives avec ses compatriotes comme la fête chaque année du cochon grillé qu’elle organise chez elle au mois de Juillet.

C’est une lecture rafraîchissante, instructive (observations des araignées, serpents, poules, coq et autres petits animaux de son environnement), bruissant des milles sons de la nature des monts Ozarchs (Missouri) où elle vit. C’est l’éloge d’une vie simple, active, jamais ennuyeuse car cela fourmille de remarques et réflexions sur l’importance d’observer, d’écouter ce qui nous entoure et ce n’est pas moi qui vais la contredire. J’en suis convaincue…..

Un roman-journal de bord, que l’on peut reprendre, relire ici ou là quelques passages, pour s’aérer, s’inspirer, goûter aux joies d’une vie simple. Il va rester pour moi un livre de chevet dans lequel j’irai piocher au fil des faisons des bribes d’inspiration. Je le recommande en cas de stress urbain, d’un besoin urgent de s’aérer, presque un petit guide de philosophie rurale…

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Traduction de Janine Hérisson

Editions Folio – Juin 1994 – 260 pages

Ciao

 

Un poisson sur la lune de David Vann

UN POISSON SUR LA LUNERésumé

« Les gens seraient-ils en réalité tous au bord du suicide, toute leur vie, obligés de survivre à chaque journée en jouant aux cartes et en regardant la télé et en mangeant, tant de routines prévues pour éviter ces instants de face à face avec un soi-même qui n’existe pas ? »
Tel est l’état d’esprit de James Vann lorsqu’il retrouve sa famille en Californie – ses parents, son frère cadet, son ex-femme et ses enfants. Tous s’inquiètent pour lui et veulent l’empêcher de commettre l’irréparable. Car James voyage avec son Magnum, bien décidé à passer à l’acte. Tour à tour, chacun essaie de le ramener à la raison, révélant en partie ses propres angoisses et faiblesses. Mais c’est James qui devra seul prendre la décision, guidé par des émotions terriblement humaines face au poids du passé, à la cruauté du présent et à l’incertitude de l’avenir.

Ma lecture

David Vann avec ce récit autobiographique fait revivre père, James (Jim), qu’il avait en partie évoqué dans Sukkwan island, dentiste, fortuné mais au bord de la banqueroute suite à un redressement fiscal en retraçant les trois jours qui précèdent son suicide. C’est  un road-movie des adieux aux différents membres de la famille, aux amis mais aussi une plongée dans la dépression, dans les questions qui ne trouvent pas de réponse satisfaisante dans le cerveau de cet homme, dans une sorte de folie oscillant entre moments d’euphorie et d’abattement, n’ayant aucune limite ni pudeur dans l’exposition de son mal-être. .

-J’ai essayé, Papa, dit Jim. C’est ce que j’ai envie que tu saches, je crois. Je me suis simplement effondré. J’ai lutté pendant des centaines, peut-être des milliers d’heures.

-Ce n’est pas une lutte, dit son père. C’est la vie. On la vit, c’est tout.

-Ce n’est pas une raison suffisante

-On n’a jamais eu besoin d’une raison. (p209)

Que ce soit la famille, son psy, ses amis, ses ex, tous se sentent impuissants devant son mal-être et sa détermination. On a parfois le sentiment qu’en utilisant la provocation il joue un jeu, cherchant peut-être un mot, un geste, quelque chose qui le retiendrait, une bouée à laquelle se rattacher. Il fait un tour d’horizon de sa vie avec lucidité, reconnaissant ses torts, tentant de trouver de quoi se raccrocher à la vie, trouver une paix qu’il ne pense trouver que dans la mort pour que cette douleur cesse….. Enfin.

L’auteur utilise ce contexte pour évoquer également des thèmes qui lui sont chers comme la nature omniprésente, son père étant chasseur et pêcheur mais aussi et surtout la présence d’armes dans presque tous les foyers américains, comme une normalité, ces armes qui rendent la mort possible à tout moment. Son père va passer ses derniers jours avec un Magnum sur lui, au vu et sur de tout le monde, le manipulant, l’exposant et d’ailleurs aucun ne cherchera vraiment à lui subtiliser sachant qu’il en trouvera une aisément.

J’ai trouvé la lecture parfois difficile mais tout le mérite, car il s’agit bien d’un mérite, en revient à David Vann car il relate parfaitement le climat dépressif, les atermoiements, les idées sombres, les raisonnement  tenus par son père, la lente progression de sa détermination à mourir, son compte à rebours. On est témoin de cette descente inexorable et l’on peut se révolter sur son égoïsme de la part de Jim vis-à-vis de ses proches ne leur épargnant aucun détail de ce qu’il s’apprête à faire, exigeant d’eux beaucoup, allant jusqu’à les manipuler pour arriver à ses fins.

David Vann explore tous les coins, tous les méandres de l’esprit de ce père dont le mal de vivre s’est trouvé renforcé par des unions qu’il a saccagées, par l’argent qu’il n’a pas sur gérer, par un métier qu’il dit avoir subi plus que choisi car identique à celui de son propre père. Il recevra de celui-ci le plus beau cadeau possible mais trop tardif, un moment suspendu où l’important et l’essentiel sera dit. C’est un moment de tendresse, pudique et fort.

J’ai admiré la patience, la générosité de son frère Doug, qui a tout tenté pour le sortir de l’abîme, répondant au moindre de ses désirs, mettant sa propre vie entre parenthèses mais impuissant devant la volonté et les arguments de son frère.

Je ne sais ce qui fait partie des souvenirs de l’auteur qui avait 13 ans à l’époque, des témoignages des proches et la partie romancée, mais l’ensemble en fait un récit sans concession, violent sur la détresse humaine, qu’il faut lire dans de bonnes dispositions tant l’émotion est présente. L’auteur a su garder une certaine distance par rapport au récit, s’y trouvant parfois mêlé, mais en gardant la position du narrateur neutre et distancier.

Il faut avoir connu ou approcher la dépression pour savoir à quel point ces idées mortifères sont parfois obsédantes, profondes et j’ai souvent pensé à l’auteur pendant ma lecture, sur le courage qu’il lui a fallu pour évoquer ce drame. Cette plongée dans ses souvenirs a dû être douloureuse mais peut-être aussi salvatrice dans le sens où l’écriture peut permettre d’évacuer tous les fantômes du passé, les comprendre et les laisser partir en paix.

Il faut le prendre comme un témoignage personnel, difficile dans sa lecture mais qui peut être utile pour comprendre le cheminement d’un homme que plus rien ne rattache à la vie. L’écriture est directe, elle se veut efficace, sans fioriture, brutale parfois sûrement à l’image de l’homme mais aussi de la situation.

Rien ni personne n’aurait pu retenir Jim…..

Livre lu dans le cadre du Cercle Livresque Lecteurs.com

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Traduction de Laura Derajinski

Editions Gallmeister – Février 2019 – 285 pages

Ciao

Walden ou la vie dans les bois de Henry David Thoreau

WALDENRésumé

En 1845, Henry David Thoreau part vivre dans une cabane construite de ses propres mains, au bord de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. Là, au fond des bois, il mène pendant deux ans une vie frugale et autarcique, qui lui laisse tout le loisir de méditer sur le sens de l’existence, la société et le rapport des êtres humains à la Nature. Une réflexion sereine qui montre qu’il faut s’abstraire du monde et de ses désirs pour devenir réellement soi-même.
Walden est un monument de l’histoire littéraire américaine à l’immense postérité.

Ma lecture

Il y a très longtemps que j’avais Walden dans mon programme de lecture. Nature, Environnement, Solitude tout cela me parle. Souvent cité comme une référence de la nature writing, initiateur de ce type de littérature paraît-il, H.D. Thoreau part au printemps 1845 pour deux ans deux mois et deux jours au bord du Lac Walden pour vivre une expérience d’isolement, d’observations et d’expériences personnelles.

L’auteur relate dans le détail la préparation de son habitat, de ses cultures, de l’organisation pour être au maximum auto-suffisant, la comptabilité qu’il tient de chaque dépense s’y rapportant, réduisant ses besoins au strict minimum, puis il observe, il écoute, il pense et nous livre ses réflexions : sur la différence entre acheter, posséder et faire de ses mains, sur l’importance de vivre l’instant, de profiter de chaque moment, de se lever tôt et d’observer ce qui nous entoure, du plaisir qu’on en retire, de vivre simplement….. Cela ne fait-il pas écho en vous : la décroissance dont on parle tant de nos jours, lui l’évoque déjà. Il explique également où va le monde, la vitesse à laquelle il accélère et les répercussions de cette course effrénée.

Il aborde également l’importance de la lecture dans sa vie et en particulier celle des classiques, privilégier les lectures qui importent, qui éduquent plutôt que les lectures faciles , rendre la culture accessible à tous voire à la privilégier par rapport à d’autres dépenses…..

Un mot écrit est la plus choisie des reliques. C’est quelque chose de tout de suite plus intime avec nous et plus universel que toute autre œuvre d’art. (p142)

Bien sûr la nature et ses occupants, le rythme des saisons, son quotidien tiennent une grande place mais il y est également question de ses voisins, des gens de passage et ce fut pour moi une surprise de constater qu’il était loin d’être totalement seul sur les bords du lac. En effet, il se rendait régulièrement au village voisin, appréciait de croiser chasseurs, pêcheurs et autres promeneurs mais utilisait également des techniques pour éloigner les importuns.

Je l’ai lu par petites touches car l’écriture est exigeante, un peu déroutante au début dans son style assez ampoulé et les sujets abordés sont à la fois philosophiques et descriptifs. Il se fait d’ailleurs assez professoral dans le ton, un peu trop parfois même s’il ne s’empêche pas quelques traits d’humour :

Pour les Pyramides, ce quelles offrent surtout d’étonnant, c’est qu’on ait pu trouver tant d’hommes assez avilis pour passer leur vie à la construction d’une tombe destinée à quelque imbécile ambitieux, qu’il eût été plus sage et plus mâle de noyer dans le Nil pour ensuite livrer son corps aux chiens. (..) Quand à la religion et l’amour de l’art des bâtisseurs, ce sont à peu près les mêmes  par tout l’univers, que l’édifice soit un temple égyptien ou la Banque des Etats-Unis. Cela coût plus que cela ne vaut. (p88)

Il m’a fallu un petit temps d’adaptation et prendre le temps de « digérer » ce qu’il écrit, d’y penser et le transposer dans la vie actuelle. Pour moi qui suis depuis longtemps convaincue des bienfaits de l’isolement, de l’écoute de la nature, du non gaspillage, du fait maison, de la non-consommation à outrance, je savais qu’il allait confirmer mon propre ressenti, donc pas de réelle découverte sur le fond. La réelle surprise vient du fait  que cet ouvrage a été publié au milieu du 19ème siècle…. Il avait déjà pressenti vers quel monde nous allions et ses dangers à long terme sur les hommes, la nature et les animaux.

Je dois avouer que, même si je suis contente de l’avoir lu et comprends la référence qu’il représente pour tous les amoureux de la nature et des immersions solitaires, j’ai été un peu déçue, peut-être, parce que j’en attendais encore plus, parce que le style m’a parfois gênée, peu habituée que je suis à lire une telle écriture, que j’ai trouvé certains passages un peu longs et tournant parfois un peu en rond.

Découpé en 17 chapitres comme Visiteurs, Le champ de haricots, bruits, lecture, économie, voisins inférieurs, pendaison de crémaillères (la construction d’une cheminée par ses soins est savoureuse par le plaisir qu’il en tire), l’étang l’hiver etc….. + la conclusion, on peut aisément revenir s’y plonger à l’occasion d’un questionnement sur un domaine particulier.

On comprend qu’il s’agit là de l’œuvre d’une vie, tellement elle est précise, faisant appel à de nombreuses références littéraires, poétiques, qu’il a peaufiné pour trouver le mot juste (on retrouve là votre sens de la précision), retrouver tous ses souvenirs et sensations afin de nous faire partager son expérience. Il ne s’est pas contenté, comme beaucoup, de donner des préceptes, il les a appliqués. Il m’a conforté dans mes orientations, même si je n’ai pas eu de réelle révélation.

Dans notre société hyper connectée, d’hyper consommation et de rapidité, un tel ouvrage porte à réfléchir sur le sens que l’on veut donner à son existence. Le lire peut permettre à certains de se poser les bonnes questions, à d’autres de les conforter dans leur choix.

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Traduction de Louis Fabulet

Editions Albin Michel – Sepembre 2017 – 430 pages (1ère parution 1854)

Ciao

Landfall d’Ellen Urbani

LANDFALLRésumé

Ce matin de septembre 2005, la jeune Rose Aikens, dix-huit ans, s’apprête à rejoindre La Nouvelle-Orléans. Elle va porter secours aux sinistrés de l’ouragan Katrina. Mais sur la route, sa voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, morte dans l’accident, seule et sans le moindre papier d’identité, bientôt l’obsède. D’autant que dans sa poche se trouve la page d’un annuaire indiquant les coordonnées des Aikens. Rose n’a alors d’autre choix que de retracer pas à pas le parcours de la victime, à travers l’ouragan et une ville en ruine.
Landfall est un roman haletant qui révèle les destins croisés de deux jeunes filles, l’une blanche, l’autre noire. Ellen Urbani dresse le portrait de femmes fortes et tendres qui savent se battre au coeur de la tourmente.

Ma lecture

Femmes prises dans la tourmente. Avec ce premier roman, Ellen Urbani dresse le portrait de femmes que rien ne prédestinaient à se croiser et que l’ouragan Katrina, qui a ravagé la Nouvelle-Orléans en Septembre 2005, va mener l’une à l’autre.

Elles n’ont rien en commun à part peut-être une presque similitude de prénoms : Rose et Rosy. L’une blanche, l’autre noire. L’une va partir pour trouver de l’aide, l’autre va partir sur celle qui a trouvé la mort sous les roues de la voiture conduite par sa mère. Elles cherchent chacune des réponses, parce l’une s’est retrouvée sous les roues de la voiture conduite par la mère de l’autre.

Elles ont en commun la mort : l’une perd sa mère, l’autre y laissera sa vie. Rose va se lancer dans une quête pour découvrir qui est Rosy, reprendre la route empruntée par celle dont elle a pris les chaussures maculées de sang après l’accident, parce qu’elles sont désormais liées,  parce qu’elle veut comprendre pourquoi elle se trouvait sur cette route,  pourquoi elle avait dans ses poches une page d’annuaire où figurait son nom et  elle se fait un devoir de prévenir sa famille, pace qu’elle se sent responsable de sa disparition. A 18 ans, elle prend ses responsabilités et va aller au bout de sa démarche pour découvrir qu’aussi incroyable que cela puisse paraître elles ont quelque chose en commun….

C’est un roman puissant comme l’ouragan qui va ravager le paysage et comme ses personnages féminins. Elles sont toutes taillées dans le roc, avec une volonté de fer et une détermination sans faille. Deux générations de femmes que l’auteure a doté chacune d’un psychisme à tout épreuve même si Cilla oscille entre folie et raison, elle a entouré Rosy, sa fille, d’un amour tendre et protecteur. Gertrude, elle, a élevé Rosy un peu « à la dure » afin qu’elle ne soit jamais prise au dépourvu, qu’elle puisse se sortir de toutes les situations.

Elles ont dû grandir vite, l’une devant protéger sa mère durant ses crises, l’autre pour se confronter à la vie et à assumer ses actes.

Leur éducation 0 chacune se retrouve dans leur attitude face aux dramatiques événements : Rosy porte aide et secours, fait confiance et est moins méfiante mais le monde n’est pas toujours à son image, Rose réfléchit, imagine, assume et met ses pas sur la route empruntée par Rosy pour comprendre ce qui l’a menée à elle.

Deux éducations, deux parcours mais une même dignité face aux événements, une rage d’aller au but qu’elles se sont fixées, grâce parfois, mais aussi malgré, les rencontres faites en chemin.

Une narration à deux voix : celles des deux jeunes filles dotées d’une volonté à toute épreuve et des épreuves elles vont en connaître. Ellen Urbani a doté chacune de ses femmes d’une forte personnalité choisissant des profils diamétralement opposés mais qui vont trouver les ressources pour avancer, affronter et survivre.

Une narration dans deux unités de temps : Rose dans le présent et Rosy dans les jours qui ont précédé.

J’ai particulièrement aimé la construction du récit : alternant les voix des deux jeunes filles, découvrant peu à peu l’itinéraire de Rosy grâce à Rose, m’attachant à elles deux mais aussi aux femmes qui les entourent comme Maya, la nourrice devenue une grand-mère de substitution pour Rosy.

On assiste à un road-movie féminin sur la quête de secours et d’aide mais aussi sur le sens du devoir, des responsabilités et de l’identité.

Ayant en mémoire des images de cette ville ravagée, des familles désemparées, des scènes de cahot et d’horreur, je me suis très vite immergée et passionnée par le récit, tout va très vite, utilisant le présent de Rose pour retourner vers Rosy, révélant au fur et à mesure les zones d’ombre, une écriture fluide, rapide, haletante et même si la fin est un peu prévisible.

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Traduction de Juliane Nivelt

Editions Gallmeister – Janvier 2016 – 292 pages

Ciao