Au risque de se perdre de Kathryn Hulme

AU RISQUE DE SE PERDRE IG

« Une vie contre nature… » C’est ainsi que soeur Luc, s’agenouillant pour la première fois aux pieds de sa supérieure entendra celle-ci qualifier la voie que toutes deux ont choisie…
Religieuse et infirmière : des années durant, la jeune femme tentera de concilier. Les vocations qui, parfois, s’opposent.
La Règle saura-t-elle imposer son moule inflexible à l’âme ardente de sueur Luc ?

Ma lecture

Je ne connaissais rien de ce roman ni de son auteure, Kathryn Hulme quand je l’ai acheté d’occasion mais c’est son aspect qui m’a séduite. Sa jolie reliure m’a poussée à l’acheter chez Eammüs en pensant qu’on ne prend pas la peine de relier un livre sans qu’il en vaille la peine….

Belgique 1927 – Gabrielle Van der Mal a 21 ans et entre au couvent. On suit dans un premier temps son intégration, les rites, les règles qui règnent à l’intérieur de celui-ci. Postulante puis novice et enfin professe….. et je dois avouer, même si ma lecture était fluide, instructive parce que je découvrais tout un monde qui me fascine, j’avais un peu la crainte que le récit soit uniquement orienté vers la religion et uniquement cela. Et pourtant au fil des pages j’entendais les pensées de Gabrielle devenue Sœur Luc qui s’interroge sur le sens non pas de son engagement mais sur le sens de celui-ci sentant très vite un esprit de rébellion et de désobéissance monté en elle, malgré les punitions, les flagellations et les confessions publiques appelées « coulpes ».

Ayant reçu une formation d’infirmière en médecine tropicale et en psychiatrie, nous la suivons d’abord en hôpital psychiatrique puis au Congo où elle s’épanouira  pour revenir en Belgique juste avant la deuxième guerre mondiale où elle aidera discrètement la résistance.

Je vais vous apprendre quelque chose sur vous-même, que vous ne savez probablement pas.(…) On n’a pas réussi à vous façonner, ma Sœur. On n’y arrivera jamais. Vous êtes ce que l’on peut appeler une religieuse pour le siècle… idéale pour le public, idéale pour les malades. Mais vous ne serez jamais le genre de religieuse que demande votre Ordre. C’est cela, votre maladie. (p178)

C’est à la fois l’histoire d’une religieuse sûre de ses convictions mais doutant de la manière de servir, d’être utile mais aussi le parcours d’une femme à la volonté de fer, exigeante envers elle-même et autant elle œuvre avec efficacité auprès des malades autant le questionnement Qu’attend Il de moi ? en parlant de sa foi revient à différentes étapes de sa vie, mais si elle tente de se convaincre que Lui seul décide.

C’est une biographie romancée passionnante et prenante car jalonnée d’épisodes où se mêle tragédies, relations entre religieuses, médecins, histoire avec la guerre, les colonies en Afrique  mais aussi et surtout pour moi un roman sur la psychologie de ces femmes qui vouent leurs vies à servir que ce soit un Dieu ou les êtres….

C’est bien écrit, fluide, il y a des rebondissements, on découvre l’univers des couvents et on s’attache à cette femme qui s’interroge sur elle-même mais aussi sur le monde qui l’entoure et le rôle qu’elle peut y tenir. Elle est humaine, avec ses forces mais aussi ses faiblesses, sa croyance mais aussi ses doutes.

Si comme moi vous êtes curieux de découvrir ce monde retranché des couvents mais aussi sur ce qui peut animer ses occupant(e)s, si vous aimez revenir sur une tranche d’histoire au temps des colonies, des missionnaires, des ravages de la lèpre et des maladies infectieuses, sur les asiles psychiatriques du début du XXème siècle, sur le rôle de certains religieux durant la deuxième guerre mondiale, je vous encourage à découvrir la vie de Sœur Luc qui est vraiment un roman…..

KATHRYN HULMEM’intéressant à cette auteure dont je n’avais jamais entendu parler, j’ai découvert que Kadhryn Hulme, qui n’a publié que trois romans, a été inspiré par la vie de Marie-Louise Habets qui fut sa compagne et qu’il existe une adaptation cinématographique du roman sous le nom de The Nun’s Story de Fred Zinnemann en 1959 avec Audrey Hepburn dont je vous mets la bande annonce ci-dessous :

Traduction de C.M. Huet

Editions Stock – 1958 (1ère parution 1956) – 273 pages

Ciao