Furies de Julie Ruocco

FURIES

Les destins d’une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’un pompier syrien, devenu fossoyeur, se heurtent à l’expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.
Variation contemporaine des « Oresties », un premier roman au verbe poétique et puissant, qui aborde avec intelligence les désenchantements de l’histoire et « le courage des renaissances ». Un hommage salutaire aux femmes qui ont fait les révolutions arabes.

Je résume

Bérénice est française et son travail en tant qu’archéologue consiste à mettre au jour des vestiges anciens enfouis, mais sa formation intéresse également des trafiquants d’art qui, sous couvert de protéger de la guerre des reliques, rapatrient ces dits objets soit-disant pour les mettre à l’abri. Asim, lui, était pompier en Syrie et jusqu’à ce jour il se dévouait à sauver les gens. Mais la fureur de la guerre va lui prendre ce qu’il a de plus cher et il va devenir fossoyeur de tous ces corps martyrisés, torturés et laissés à l’abandon.

La vie est souvent faite de coïncidences, une balle et un homme qui se rencontrent, c’est une coïncidence comme le disait Aragon et la rencontre de Bérénice et Asim est le fruit d’une coïncidence, d’une guerre, de ruines. Leurs routes vont se rejoindre en Turquie et c’est une fillette recueillie par Bérénice qui va être le fruit de ce croisement, car elle cherche des papiers afin de rapatrier l’enfant promise sinon à un camp ou à la mort, papiers que peut lui fournir Asim, devenu spécialiste de faux passeports et de noms ressuscités.

Ma lecture

Il se souvenait. Partout ça avait été une grande clameur. Une énergie foudroyante et contagieuse à la fois s’était emparée de tout le pays. Comme un feu qui prend dans une forêt que l’on a asséchée trop longtemps. Toutes les consciences s’étaient réveillées n même temps. Femmes et hommes avaient relevé la tête au son de la même musique. Un rythme imperceptible d’abord, comme un froissement d’ailes, un murmure d’enfant perdu dans la foule. Et puis, ça avait enflé comme une vague, claqué dans l’air comme un tambour. Pour la première fois, ils avaient osé se regarder et ils étaient sorties pour laver une vie d’injures et de crachats.(p45)

Dans une écriture remarquable, Julie Ruocco plonge le lecteur dans une région où plus rien ne tient, où tout s’effondre, où plus rien de ce qui fut sa splendeur et avait résisté au temps ne résiste à l’assaut d’une guerre. Les Furies sont guerrières et se déchainent ,d’autres demandent vengeance et justice et il y a  celles qui  se veulent les bras armés, porteuses d’espoir, les combattantes kurdes, dernier rampart à l’invasion et à la dévastation.

Les deux personnages principaux portent un fardeau : Bérénice la mort de son père, Asim celle de sa sœur Taym. L’un comme l’autre portent le poids d’un fantôme, tel la pierre que l’une porte autour du cou et ou sur son dos. Leurs routes n’auraient jamais dû se croiser mais pour donner un espoir de vie à l’enfant recueillie, il faut des papiers dont Asim c’est fait un spécialiste. Ils vont pour un temps construire autour d’elle un cocon protecteur mais le bruit des armes n’est jamais loin et ils vont devoir faire des choix à la hauteur de leur courage respectif.

Dans un pays où les ruines des temps étaient le témoin de l’histoire mais qui aujourd’hui ne témoigneront que de la folie des hommes, règnent désormais la destruction, la terreur et la peur provoquées par les hommes qu’ils soient envoyés par un tyran ou par l’obscurantisme, qui font régner leur loi par la barbarie où même l’air est irrespirable car chargé de mort, Bérénice veut sauver cette enfant du désastre et trouvera en Asim le détenteur d’un nom synonyme d’espoir mais également de renaissance pour ceux disparus,  donnant ainsi un sens à sa propre vie et à ceux qu’il aide.

Dans la première moitié du roman j’ai été bouleversée par la manière dont l’auteure retrace, dans une écriture sans fard, parallèlement les vies de ses deux protagonistes. L’une en perte de repères depuis la mort de son père, se lançant dans un trafic qui n’est pas le sien mais un moyen de survivance, l’autre plus habitué à sauver des vies qu’à les enfouir, va se trouver récipiendaire d’un message posthume de sa sœur, fruit de ses enquêtes sur le drame se déroulant sous ses yeux mais que le monde ignore.

Les descriptions, les évocations des douleurs vous plongent sur la scène d’un théâtre où le drame ne remonte pas aux siècles anciens mais qui se déroule aux portes de notre continent et de nos jours. J’ai particulièrement été touchée par Asim, par sa détresse mais également le courage qu’il puise en lui pour tenir et donner un sens à la perte de ce qu’il avait de plus cher.

Puis peu à peu le roman bascule vers un récit plus orienté sur la dénonciation des tenants et des aboutissants de cette terre où les combattants viennent de tous les coins du monde au nom d’une idéologie meurtrière, d’un principe de la terre brûlée mais également sur l’aveuglement et le silence des puissances extérieures. L’auteure à travers ce roman lance un cri de révolte à la fois sur cette guerre aux multiples ramifications tels les serpents dont les Furies parent leurs chevelures dans la mythologie mais également dresse le portrait de ceux qui résistent sur le terrain où aux frontières, dans le silence assourdissant du monde. Il se veut un plaidoyer pour mettre en évidence ce qui constitue cette guerre, ses ravages mais également la manière dont elle est tenue à l’écart des autres nations, laissant un peuple périr sans même ressentir la honte de l’abandon.

Deux manières au sein d’un même ouvrage pour raconter un drame humain dont les femmes payent à plus d’un titre le prix fort tant elles sont exposées aux fureurs extérieures qui n’admettent aucune transgression à la loi qu’ils ont établie. Même si le traitement du sujet sous ces deux formes ne m’a pas empêchée d’apprécier le récit, j’ai eu un peu de regrets à basculer dans un discours certes utile et nécessaire mais qui m’a fait abandonné un temps les héros de cette tragédie qui à eux seuls étaient révélateurs.

Mais sans contexte Julie Ruocco fait preuve d’un réel talent que ce soit par son écriture faisant venir à nous les images et les sentiments, qu’elles soient celles que l’on évite parce qu’insoutenables ou de ceux que nous ressentons, de notre conscience qui oublie que d’autres luttent. Elle met en lumière et donne la parole à ceux dont le courage et la détermination sont les derniers remparts à l’obscurantisme et la barbarie et cela n’est jamais inutile.

J’ai beaucoup aimé même si la construction du propos m’a surprise et créée une rupture dans ma lecture à laquelle je ne m’attendais pas.

Lecture dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques de ma commune.

Editions Actes Sud – Août 2021 – 288 pages

Ciao 📚

Les classiques c’est fantastique …. Mais ce mois-ci cela n’a pas fonctionné quoique…..

QUAND L'HISTOIRE RACONTE L'HISTOIRE MOKA

Ce mois-ci le thème des Classiques c’est fantastique orchestré par Moka Milla et Fanny était Quand l’histoire raconte l’histoire : Les événements historiques vus à travers le prisme de la littérature. Mon choix des classiques à lire ayant été fait dès la liste des thèmes établie, je me suis lancée assez confiante dans l’histoire avec un grand H.

RECITS HISTORIQUES ABANDON

J’avais privilégié des ouvrages de ma PAL (lier l’utile à l’agréable) et il y avait un énorme pavé Le pavillon des Cancéreux de Alexandre Soljenitsyne qui m’a semblé une évidence mais j’ai cru avoir à lire l’Archipel du goulag qui me semblait totalement correspondre au thème (par moment mon cerveau bug)

LE PAVILLON DES CANCEREUX

J’avais déjà fait connaissance avec cet auteur avec Une journée d’Ivan Dessinovitch il y a quatre ans avec un ressenti identique pour cette lecture mais à la différence qu’il s’agissait d’un roman beaucoup plus court et qui se déroulait sur une journée.

Ici il s’agit d’un récit choral qui se déroule au sein d’un service de cancérologie de 1963 à 1967. Je vous mets le résumé de Babelio ci-dessous :

En 1955, au début de la déstalinisation, Alexandre Soljenitsyne est exilé dans un village du Kazakhstan après huit ans de goulag. Il apprend alors qu’il est atteint d’un mal inexorable dont le seul nom est un objet de terreur. Miraculeusement épargné, il entreprendra quelques années plus tard le récit de cette expérience.
Au  » pavillon des cancéreux « , quelques hommes, alités, souffrent d’un mal que l’on dit incurable. Bien que voisins de lit, Roussanov et Kostoglotov ne se parlent pas. Pour l’un, haut fonctionnaire, la réussite sociale vaut bien quelques concessions. Pour l’autre, Kostoglotov, seule compte la dignité humaine. Pour ces êtres en sursis, mais également pour Zoé la naïve, Assia la sensuelle, Vadim le passionné, c’est le sens même de leur vie qui devient le véritable enjeu de leur lutte contre la mort.

Je n’ai rien à reprocher à l’écriture qui est très accessible et j’ai même pris du plaisir dans la première moitié du roman (j’ai abandonné à la page 404) mais que c’était long et déprimant d’écouter les propos des malades, médecins, infirmières, cela n’avançait pas, tournait en rond et je dois avouer également que je me perdais dans les différents intervenants (et leurs noms) car non seulement il est question de la maladie, des traitements mais également des différentes classes sociales qui se retrouvent au sein du service sans différenciation de traitement, les deux principaux étant Roussanov représentant le « bon élève » du parti et Kostoglotov, le lucide et le réactionnaire mais également des voix féminines à travers une chef de service ou une infirmière sans oublier une ébauche de romance entre l’un des malades et une infirmière

Mais l’intérêt du récit tient surtout à l’exploration non seulement du fonctionnement d’un service de cancérologie où quelque soit l’origine sociale chacun se retrouve face au mal et les différentes manières d’y réagir vis-à-vis des traitements mais également de la mort. Le fonctionnement du système politique après la seconde guerre mondiale n’est pas mis de côté car certains personnages ont été prisonniers dans des camps mais une fois sortis des camps les exactions ne sont pas arrêtées là car certains ont dû faire face à la relégation ou au bannissement et d’autres ont dénoncé des personnes pour en tirer avantages, grimper dans l’échelle dirigeante, avoir le sentiment d’un certain pouvoir, craignant désormais de subir des représailles, l’action se situant au moment de la déstalinisation.

SOLJENITISYNEAlexandre Solejnitsyne ayant lui-même été atteint à deux reprises d’un cancer a mis, je pense, beaucoup de lui-même dans ce roman, fournissant nombre de détails sur le déroulé des traitements, le ressentiment en tant que malade et les réactions de chacun des occupants de la salle commune mais également sur l’observation des équipes de traitants et personnel d’entretien, montrant le manque de moyens dont disposent les hôpitaux mais également la charge mentale d’une cheffe de service devant faire face à des hommes tout puissants.

Mais j’ai corné la page où je me suis arrêtée car je n’abandonne pas l’idée de le reprendre un jour, là où je l’ai abandonné, car même si l’ambiance me minait le moral mais surtout la lassitude des récits de chacun d’eux que j’avais bien du mal à situer en dehors des deux personnages principaux, j’ai trouvé l’écriture vivante et même parfois très belle (je vous mets quelques extraits ci-dessous) je me suis rendue compte que j’avais du mal à le reprendre et à m’y intéresser. Les pavés ne me font pas peur mais il faut qu’ils m’invitent à tourner les pages, qu’il y ait de quoi susciter soit ma curiosité (et ici c’était le cas) mais qu’également je n’ai pas un sentiment d’ennui, de longueurs.

C’est un ouvrage ambitieux qui traite à la fois d’une maladie où la mort était à l’époque le plus souvent la seule issue, mais également d’un mal, celui d’un régime politique totalitaire avec ce qu’il entraîne comme comportements chez les hommes mais qui, pour ma part, aurait peut-être gagné à moins de personnages pour pouvoir mieux les identifier.

Ce n’est pas une lecture difficile en soi et même instructive mais c’est finalement la longueur et la quantité de narrateurs qui font que j’ai eu envie de les laisser à leurs tristes sorts pour la plupart d’entre eux mais je leur rendrai peut-être une visite, plus tard pour savoir ce qu’ils sont devenus, car il y a une fine analyse non seulement psychologique mais également sociétale et humaine.

Non, pas à vie, à perpétuité ! insistait Kostoglotov. Sur le papier c’était écrit en toutes lettres : à perpétuité. Si c’était à vie, alors on pourrait au moins rapatrier mon cercueil par la suite, mais c’est à perpétuité – c’est sûrement interdit de ramener le cercueil. Le soleil pourra s’éteindre, ça n’y changera rien à rien, l’éternité, c’est encore plus long…. (p263)

Et voici que maintenant commençait une nouvelle époque, trouble et malsaine, où il fallait rougir au souvenir de ses plus beaux actes de civisme ! Ou même craindre pour soi ! (p299)

Roussanov lui jeta un regard sauvage et il eut alors la sensation cuisante qu’il ne pouvait plus tourner la tête sans tourner le torse tout entier, comme Ephrem. Cette excroissance affreuse à son cou appuyait en haut sur sa mâchoire et en bas sur sa clavicule (…) Là entre sa mâchoire et sa clavicule, il y avait son destin. Son tribunal. Et devant ce tribunal, il n’avait plus ni relations, ni mérites, ni défense. (p310)

Traduction de Alfreda et Michel Aucouturier, Lucile et Georges Nivat et Jean-Paul Sémon

Editions France Loisirs – 1976 – 781 pages

HORS LA LOIMais je n’avais pas dit mon dernier mot ! Je retourne farfouiller dans ma PAL et sort un livre tout jauni, acheté je ne sais où et qui parle d’une période bien sombre de notre histoire de France, la Terreur durant la révolution. Il s’agit de :

Hors la loi sous la Terreur de Jacques Hérissay

Jacques Hérissay était un écrivain historien français, mort en 1969, spécialisé dans les écrits sur la Révolution française et surtout à travers la religion catholique. 

Il s’agit d’un recueil de 12 récits relatant la fuite de prêtres ayant refusé de prêter serment à la Constitution à partir de 1789 leur enjoignant de ne recevoir que d’elle des ordres et non plus du pape et de se dessaisir de leurs biens et pratiques religieuses.

J’ai été intéressée en début de lecture par l’évocation d’une chasse aux hommes religieux avec « Les martyrs d’Orléans » car j’y ai retrouvé beaucoup de détails géographiques d’une ville où j’ai vécu plusieurs années. Mais arrivée en milieu d’ouvrage je trouvais que les faits, quelque soit la ville, étaient toujours les mêmes : fuites, stratégies pour trouver des refuges et continuer la pratique religieuse allant parfois jusqu’à se déguiser en personne du sexe opposé, dénonciations, jugements et verdicts hâtifs avec exécution immédiate (la période portait le nom de Terreur et ce nom n’était pas usurpé la guillotine fonctionnant à plein régime). 

Une fois de plus au début cela fonctionnait bien puis le côté répétitif des situations ne m’apportait pas satisfaction et plaisir. Rien là non plus à redire sur l’écriture mais ce sont des récits certes très documentés mais mon esprit revenant d’un service de cancérologie sous Staline n’était pas disposé à être confronté à un autre régime sanglant tel que la Terreur.

Voilà…. Je n’ai pas eu de chance dans mes choix (mais je garde Soljenitsyne sous le coude car j’ai vraiment envie d’aller au bout) et je pense que le mois prochain avec comme thème « Elémentaire mon cher Watson » et donc des romans policiers classiques je vais sans peine trouver mon bonheur…..

Ciao 📚

LES CLASSIQUES C'EST FANTASTIQUE 2

 

Journée particulière de Célia Houdart

JOURNEE PARTICULIERE

C’est le récit d’une étrange demande que formule un jour un ami photographe, Alain Fonteray, à Célia Houdart : qu’elle écrive le récit d’une rencontre unique, qui hante Alain Fonteray. Plusieurs années auparavant, celui-ci croise par hasard dans Paris le grand photographe américain Richard Avedon. À la terrasse d’un café, un homme, assis un peu plus loin, se lève, s’approche d’Alain Fonteray et d’une amie et leur demande s’il peut faire leur portrait. L’inconnu les remercie et s’en va avec une femme rousse. Quelques minutes plus tard, la femme rousse revient dire à Alain Fonteray que l’homme qui les a pris en photo est Richard Avedon. Alain Fonteray, qui admire énormément l’artiste américain, ne l’a pas reconnu. Il le rejoint à un passage piéton. À l’issue d’un bref échange, Richard Avedon accepte à son tour d’être photographié par Alain Fonteray, dans le même café.
Près de trente ans plus tard, Alain Fonteray est toujours hanté par cette rencontre. Célia Hourdart fait le récit de sa « journée particulière », sans savoir exactement pourquoi, mais avec le pressentiment d’un mystère.
Elle revient sur les lieux de ce double portrait, consulte des catalogues pour mieux connaître l’oeuvre de Richard Avedon. Se met en quête de témoignages de proches du photographe américain. Elle tente de saisir la raison pour laquelle cette journée comptait à ce point pour Alain. « Faire le récit de cette rencontre fugitive avec Richard Avedon me l’a rendue encore plus profonde et mystérieuse, écrit-elle. C’était tenter à ma manière de la sauver de l’oubli, et cela m’a offert l’occasion, par un jeu de reflets et de surimpressions, profitant du trouble dans lequel cette enquête me plongeait, d’explorer des épisodes de ma propre vie et de mon enfance dans les coulisses des théâtres, auprès de mes parents comédiens. Je croyais regarder un autre. Je ne voyais pas, dans cette glace à plusieurs faces, mon propre reflet. » Ce livre est une reconstitution, une suite de zooms et de panoramiques, un montage. Un peu comme dans Blow Up de Michelangelo Antonioni. Mais ici il n’y a, heureusement, aucun meurtre.

Je résume

Rien à rajouter au résumé ci-dessus, tout est dit….

Ma lecture

JOURNEE PARTICULIERE 1

Ce récit autobiographique tourne autour de ces deux photos : celle de gauche a été prise par Richard Avedon (photographe spécialisé dans la mode mais dont je n’avais jamais entendu parler) dans un café parisien où il demande à Alain Fonteray (photographe de théâtre et ami de Célia Houdart) s’il accepterait d’être pris en photo avec la femme qui l’accompagne. Celui-ci accepte sans reconnaître le photographe américain dont il est pourtant admiratif du travail. La rousse qui accompagne Richard Avedon revient vers eux un peu plus tard et révèle l’identité à Alain Fonteray qui, ne comprenant pas pourquoi il n’a pas reconnu une de ses idoles, se rue sur le couple dans la rue et lui demande d’être eux aussi pris en photo (photo de droite). Deux photos de deux instants entre deux photographes dont ce sera la seule rencontre.

Ce court récit revient sur cette rencontre mais également sur le travail de Richard Avedon, son parcours comme photographe entre autres pour le Harper’s Bazaar et Vogue ou ayant photographié Andy Wahrol, Marilyn Monroe, Brigitte Bardot, les Beatles etc…, ses photographies étant souvent réalisées sur fond blanc.

Je dois vous avouer que je n’ai pas été très intéressée par ce récit aux accents biographiques (sur les photographes) mais également autobiographiques (la relation entre l’auteure et Alain Fonteray) peut-être parce que je ne connaissais rien sur les protagonistes mais également parce qu’il m’a semblé finalement très personnel par rapport à Alain Fonteray et à cette rencontre improbable, sur le pourquoi de la première photo, sur le fait qu’il n’ait pas reconnu celui qui lui a fait la demande, sur cette journée particulière, qui restera une énigme tant par sa forme et que par son sens, ses questions restant à jamais sans réponse. A la manière d’un album photos l’auteure analyse les clichés, recoupent les souvenirs et les suppositions des personnes apparaissant sur ceux-ci mais également en recherchant dans le travail de Richard Avedon un sens à sa demande de photographier deux inconnus, dans un café parisien et d’accepter d’avoir une sorte de négatif en acceptant lui-même d’être photographié au même endroit, le même jour. Une journée particulière comme dans le film d’Ettore Scola, hors du temps, sans but, sans conséquence mais qui restera à jamais dans la mémoire.

Un récit qui a eu le mérite de me faire découvrir un photographe (décédé en 2004) dont je ne connaissais rien mais dont j’ai été voir certaines de ses œuvres sur internet mais je m’aperçois que quelques jours après sa lecture je n’en garde presque aucun souvenir quant au contenu. Peut-être est-ce dû au fait que l’auteure a construit son récit avec de très courts chapitres (qui d’ailleurs n’en sont pas mais ressemblent presque plus à des légendes d’instants saisis sur la pellicule), de suppositions, revenant sur le parcours de Richard Avedon mais également sur celui d’Alain Fonteray qui travaille régulièrement avec Olivier Py.

Une lecture qui m’a fait malgré tout penser à Patrick Modiano, avec ses rencontres improbables et dont on cherche longtemps le sens, l’impact qu’elles ont eues dans la vie ou les mystères qu’elles conservent. Des phrases courtes, presque sous la forme d’haikus, comme pour fixer sur les pages le flou de cette journée particulière.

A la rigueur mais parce que je suis restée spectatrice d’un album photos, à réserver aux passionnés de photographie et de récits originaux.

Lecture dans le cadre du Comité de lecture des bibliothèques

Editions P.O.L. – Octobre 2021 – 102 pages

Ciao 📚

Chez soi de Mona Chollet

Le foyer, un lieu de repli frileux où l’on s’avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l’on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l’ardeur que l’on met à se blottir chez soi ou à rêver de l’habitation idéale s’exprime ce qu’il nous reste de vitalité, de foi en l’avenir.
Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l’on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l’état de  » famine temporelle  » qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question  » Qui fait le ménage ? « , persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l’on rencontre des modes de vie bien plus inventifs… Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d’y voir plus clair, et de se sentir mieux.

Ma lecture

Dès que j’ai eu connaissance de cet essai je savais que je le lirai car je suis une casanière, j’aime être chez moi, dans mon nid et dès que je le quitte je me sens un peu orpheline, en manque et n’ai qu’une envie le retrouver surtout depuis que je vis dans une maison dans le bocage entourée de nature et où le silence n’est rompu que par le chant des oiseaux. J’en avais rêvée, je l’avais construite dans mon imaginaire et même si elle n’a pas tous les critères espérés, je me sens chez moi.

Difficile de résumer un essai mais j’ai trouvé que Mona Chollet abordait le thème du foyer de façon très complète, avec ses différentes ramifications, évoquant tout ce qui est lié au « Chez soi » que ce soit en tant que choix de vie (en solitaire ou pas), espace, lieu de vie (ville ou campagne), isolement ou pas, confort, fonctionnement (répartition des tâches ménagères et du couple, chambre commune ou pas), façon d’y vivre avec en autre l’apport des nouvelles technologies type internet, mais aussi l’architecture etc…. Elle y inclut quelques évocations sur sa propre façon de vivre, ses propres choix et déculpabilise les lecteurs des leurs car chacun cherche à trouver son lieu idéal, en accord avec sa vie, ses loisirs et ses aspirations personnelles. 

Je m’y suis retrouvée, je m’y suis sentie chez moi, j’ai souri parfois dans les descriptions ou cas évoqués , elle me rassurait également sur la validité de mes choix (même si je n’avais pas besoin de cela pour savoir que j’avais fait, pour moi, les bons choix) mais qui me font parfois me poser des questions surtout à travers le regard des autres. Il est truffé de références littéraires (en particulier H.D.Thoreau avec Walden mais également Virginia Woolf avec son essai Une chambre à soi (ou un lieu à soi suivant la traduction) cette dernière évoquant si bien l’importance du lieu de vie, mais aussi d’études et enquêtes scientifiques pour appuyer ses propos. Elle évoque également les nouveaux modes d’habitation (en particulier les tiny houses dont c’était le début : première édition en 2016) mais sans les changements, bien sûr, qu’a opéré dans nos comportements la récente crise sanitaire, confortant ou pas les choix de certains. En féministe affirmée qu’elle est, elle ne peut éviter de défendre la place de la femme au sein du foyer, son rôle primordial et toujours majoritaire au bon fonctionnement de celui-ci.

C’est une lecture passionnante et instructive pour qui s’intéresse à son lieu de vie, à son évolution avec des pistes sur les nouveaux comportements plus écologiques, plus communautaires ou intergénérationnels mais également source de réflexions sur ce que représente notre rapport à notre maison, à notre nid, à notre refuge et sur ce que cela révèle parfois de nous. Cela se lit grâce au ton presque comme un roman celui de la recherche, parfois ardue, de concilier lieu, prix, espace surtout quand le marché de l’immobilier s’enflamme, rend la quête impossible ou oblige à se contenter de ce qui entre dans les possibilités mais aussi comme l’histoire de nos quotidiens, de nos vies.

Je le recommande bien sûr à ceux qui aiment leur « chez soi » ou qui rêvent de le trouver, qu’ils en rêvent ou en ont le projet, celui qui correspondra exactement à leurs aspirations, à leur façon de vivre, n’ayant pas besoin d’être grand, ni beau mais seulement être le « nid » confortable auquel ils aspirent.

J’ai beaucoup aimé.

Editions La découverte poche – Juin 2020 (1ère édition 2016)- 356 pages

Ciao 📚