Les guerres intérieures de Valérie Tong Cuong

LES GUERRES INTERIEURESRésumé

Comédien de seconde zone, Pax Monnier a renoncé à ses rêves de gloire, quand son agent l’appelle : un grand réalisateur américain souhaite le rencontrer sans délai. Passé chez lui pour enfiler une veste, des bruits de lutte venus de l’étage supérieur attirent son attention – mais il se persuade que ce n’est rien d’important. À son retour, il apprend qu’un étudiant, Alexis Winckler, a été sauvagement agressé.
Un an plus tard, le comédien fait la connaissance de l’énigmatique Emi Shimizu, et en tombe aussitôt amoureux – ignorant qu’elle est la mère d’Alexis. Bientôt le piège se referme sur Pax, pris dans les tourments de sa culpabilité.
Qui n’a jamais fait preuve de lâcheté ? Quel est le prix à payer ? Quand tout paraît perdu, que peut-on encore sauver ? La domination du désir et de la peur, les vies fantasmées et le dépassement de soi sont au cœur de ce livre fiévreux qui met en scène des personnages d’une humanité bouleversante et vous accompagne longtemps après l’avoir refermé.

Ma lecture

Comme j’avais pris beaucoup de plaisir à la lecture de Par Amour de cette auteure, que j’avais aimé son écriture mais aussi l’analyse des sentiments humains, c’est en toute confiance que je me lance dans son dernier roman qui aborde des thèmes qui me passionnent.

Valérie Tong Cuong continue son exploration des sentiments humains et cette fois-ci elle évoque ceux qui sont ruminés, argumentés, parfois occultés en silence : culpabilité, mensonge, bonne conscience, intervenir ou pas, petits arrangements avec soi-même mais en les intégrant dans notre société confrontée à une violence régulière, physique mais aussi psychologique, une sorte de banalisation et comment chacun peut trouver en soi les moyens de déculpabiliser, parfois en toute bonne foi, face à des événements ou volontairement ou involontairement il peut se trouver impliquer.

Elle met en parallèle ses deux principaux personnages Pax Monnier et Emi Shimizu qui traversent chacun une période de conflits intérieurs l’un par son silence et l’autre face à un événement tragique survenu dans l’entreprise où elle occupe un poste de Responsable des Relations Humaines. Ils vont se rencontrer, s’aimer mais vivre chacun de leur côté, une sorte de double vie, omettant qu’à un moment ou à un autre il faudra faire face quelque que soit le prix à payer.

C’est un roman qui nous parle principalement d’intériorité, du cheminement des pensées, des ruminements, des alternatives qui s’offrent à chacun pour vivre en paix…. Les petits arrangements, les bonnes excuses pour accepter ce que l’on sait ne pas être acceptable, cette petite voix intérieure qui revient sans cesse, qui parfois se fait plus discrète parce que le bonheur prend la place mais qui revient, tel un boomerang, qui vous envahit et devient obsédante.

C’est avec une écriture fluide, comme peut être le flux des pensées, que l’on suit ce couple, celles-ci pouvant réveiller en nous des similitudes de questionnement et c’est aussi à cela que sert la littérature.

J’ai trouvé intéressant d’évoquer des situations très différentes où l’implication de chacun peut être mise en cause. Des cas très différents : une agression pour l’un, la tentative de suicide d’un employé pour l’autre, avec les mises en avant des « si j’avais », où s’arrête la certitude d’avoir bonne conscience, où commence la responsabilité voire la culpabilité. Oui cela peut devenir un champ de batailles où l’on se retrouve seul face à ses choix…..

Valérie Tong Cuong réussit parfaitement l’exercice, en confrontant deux situations où chacun a réagi sur l’instant, dans l’urgence parfois, par automatisme de défense ou par réflexe professionnel. Un seul bémol j’ai trouvé la coïncidence du lien entre les deux personnages assez peu probable mais pourquoi pas, c’est un roman…..

Il est parfois intéressant de se plonger dans une lecture qui amène à se poser des questions sur nos agissements à travers une histoire parmi d’autres, une histoire dans chacun peut à un moment ou à un autre se reconnaître.

Merci à NetGalleyFrance et aux Editions JC Lattes pour cette lecture

Editions JC Lattes – Août 2019 – 151 pages

Ciao

 

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Glaise de Franck Bouysse

GLAISE IG

Après mon coup de cœur pour Né d’aucune femme lu en début d’année, je voulais savoir si c’était l’histoire d’une lecture ou si j’étais conquise par d’autres romans de Franck Bouysse…. Donc Glaise…..

L’action se situe dans le Cantal au pied du Puy Violent, cela plante le décor si déjà l’environnement porte en lui toute la rudesse du récit. La première guerre mondiale vient d’appeler tous les hommes valides sur les champ de bataille, ne restent dans les fermes que femmes, hommes âgés ou réformés et nous découvrons à travers principalement deux familles, les Landry et les Valette, les conflits familiaux quand ville et ruralité se trouvent à cohabiter mais aussi les rivalités ancestrales, les désirs inassouvis ou refoulés qui peuvent transformer l’humain en bête primaire.

Glaise : définition : Terre grasse compacte et plastique, imperméable.

Oui ici presque tout est poisseux, collant, dur et impénétrable…. Mais c’est la terre d’ici et elle façonne ses habitants.

Dès que j’ai commencé ma lecture, j’ai retrouvé l’écriture de Franck Bouysse, directe, dépouillée et pourtant précise, dès les premières pages le décor est planté, les personnages caractérisés et la nature omniprésente installée, elle qui façonne les êtres et les âmes et ici elle est sans concession tout comme les sentiments.

A de nombreuses reprises l’auteur décrit les visages à la manière d’un paysage avec leurs crevasses, leurs vallons, leurs nuances. Comme un sculpteur, il pétrit les phrases les rendant à leur plus juste expression, il malaxe les mots pour en faire une histoire où l’âme humaine se trouve disséquée, montrant tout ce qu’elle cache de plus sombre et de plus vile, révélant ses plus bas instincts mais avec aussi ses moments de grâce.

Des mots il n’en possédait pas tant que ça, en tout cas pas qui auraient pu convenir pour rendre grâce à ce sentiment, la conscience surnaturelle que ce baiser n’était pas une pierre posée au hasard, mais qu’il s’agissait d’une construction grandiose s’élevant bien au-delà des montagnes. (….) Et voilà que cette grande encyclopédie devenait obsolète, mise respectueusement à distance par de nouvelles vérités, une présence importée, une forme magistrale de chair, l’expression d’un miracle. (p124)

Il faut du talent pour se fondre  ainsi dans le décor et s’effacer derrière ses personnages, leur laissant toute la place pour nous raconter une histoire certes rude mais  dans laquelle chacun cache ses failles, ses douleurs et où d’autres laissent parler leur animalité.

-(…) Tu dois avoir une âme d’artiste. (…)

– Je ne sais pas d’où ça me vient. Quand je m’y attelle, plus rien n’a d’importance, c’est comme si je fabriquais un souvenir que je voudrais pas voir disparaître pour garder à l’intérieur toute l’émotion que j’ai ressentie à un moment (p287)

Il a pris un soin particulier à façonner chacun de ses personnages, gens du cru, taillés à la serpe mais à plusieurs facettes pour certains, les faisant évoluer dans un environnement qui leur ressemble mais celui-ci ne les a-t-il pas façonnés ? Ajoutez-y une période troublée où ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, subissant à la fois les assauts du temps mais aussi des événements, se retrouvant mis à nu :

-C’est facile pour personne, mais nous, on ne le montre pas quand c’est pas facile (p338)

Franck Bouysse à travers une histoire de haine mais aussi d’amour, de jalousie et de bestialité laisse l’humain et la bête se confronter, s’affronter. Certains ne cherchent pas à s’élever, d’autres s’y complaisent en répondant à leurs instincts les plus primaires. J’ai particulièrement aimé le personnage de Léonard, ce philosophe protecteur de Victor, taiseux mais tellement humain, protecteur voir philosophe.

C’est un roman noir, rude, rien d’un policier, mais presque une étude sociétale, humaine. Pas de leçon à tirer, des faits rien que des faits, sans cruauté autre que celle des hommes.

Et bien me voilà convaincue que Franck Bouysse sait écrire sur nous, âmes humaines, mais aussi sur ce qu’il observe de la nature, de son environnement, de nous et des bêtes mais parfois les limites se fondent et se confondent.

Un auteur que je vais suivre.

Résumé

Au pied du Puy-Violent dans le Cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas. Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes. Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette. L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Editions La Manufacture de Livres – Septembre 2018 – 426 pages

Ciao

Les Ardents de Nadine Ribault

LES ARDENTS

Fin du XIème siècle, dans la région des Flandres maritimes, une femme à la poigne de fer, règne sur le château de Gisphild. Isentraud est son nom : elle n’hésite pas à employer tous les moyens, torture et mise à mort comprises, pour que son domaine garde sa splendeur. Mais ce qu’elle veut surtout c’est régner en maîtresse absolue de son domaine…..

 

Au squelette d’autrui, Isentraud, dame de Gisphild, être sans pitié, aiguisait ses canines. Au cœur faible, elle opposait le mur de son mépris. A l’esprit retors, elle réservait la torture puis une cellule sombre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Au fauteur de troubles, elle désignait la place publique où le spectacle d’une pendaison ou d’une roue rappelait l’intérêt et suscitait le goût de la soumission.(p9)

Même son fils Arbogast plie sous ses injonctions : il est contraint d’enfermer et d’affamer sa jeune femme, Goda, pour répondre aux attentes de sa mère qui se veut être seule femme influente dans le royaume. Autour d’eux gravitent Sire Bruni, l’ami d’Arbogast, vaillant chevalier qui va s’éprendre d’Abrielle, une jeune femme savante en plantes et connaissances de la nature. Mais Goda est bonne et va s’attirer, par ses bontés, la sympathie du peuple et cela Isentraud ne peut le supporter.

Confrontation entre le pouvoir de la bonté et celui de la peur, Isentraud n’aura de cesse d’éliminer sa rivale, celle-ci ayant trouvé en Abrielle une amie et alliée. Chacun aura des choix à faire,  mais la révolte gronde car plane également dans le pays un autre mal, celui des Ardents, rongeant âmes et corps, emportant les plus faibles.

Ceux qui avaient attrapé cette maladie, un beau matin, sombraient dans la mélancolie et l’accablement. Ils voyaient la première tache sur un membre qui s’étendait, noirâtre, brûlante et puante. Ils cessaient de sentir le bout de leurs doigts et entendaient des voix. La gangrène s’installait. Ils sentaient la chaleur les cuire et l’étisie s’annonçant, leur peau commençait à partir. (p92)

A la manière d’une légende moyenâgeuse, Nadine Ribault nous conte une histoire d’amour, d’amitié, de pouvoir et de guerre où les êtres comme les corps s’enflamment, se détruisent et se mêlent à la nature omniprésente tout au long du récit.

(…) tu négliges aussi qu’être au pouvoir, c’est veiller à un si subtil équilibre qu’un grain de poussière suffit à le rompre. Il n’est pas facile de régner. Il faut surveiller, espionner, douter de tous et tuer et tuer encore. Voir mourir satisfait mon œil le plus souvent, mais il arrive , parfois, que devoir tuer soit fatigant. Or, on ne peut régner sans tuer. Ta révolte n’entraînera pas ce que tu crois, certainement pas la fin de qui tu crois, mais d’autres, plus proches, indispensables (p188)

Avec une écriture très poétique, riche en détails, l’auteure évoque et mêle ce qui ronge un pays et les âmes humaines. Les phrases sont parfois longues, énumérant un à un les éléments qui peuplent les alentours, c’est parfois déroutant, parfois sidérant de poésie :

Au loin, le long corps de la mer brillait d’un flot de soleil couchant, métallique, aveuglant et devant de soleil qui penchait de fatigue, des barques effleuraient l’eau de leurs coques ventrues. Une jonchée d’oiseaux s’envolait. Vague par vague, au jusant, la mer s’épluchait et les euphorbes que cueillait parfois la jeune fille dans les dunes, fleurissaient.(p190)

mais elles « collent » parfaitement au récit m’évoquant parfois les chansons de gestes colportées de village en village par les troubadours.

C’est une histoire d’hommes mais aussi et surtout des femmes, de leurs pouvoirs et leurs sacrifices, leur force mais aussi leur douleur :

Bienheureuse en effet, celle qui a eu faim, soif, celle que l’on a fait souffrir, bienheureuse, oui, celle qui a crevé et caché son tourment, ses larmes, sa douleur pour éviter à autrui certains désagréments.(…)Car, si vous voulez le savoir, notre jeune dame ne devrait pas être pleurée comme vous le faites, mécréants ! Vous devriez danser au pied de sa couche. Car, au lieu de se protéger, elle a œuvré à disparaître. (p151)

Il faut se laisser porter par le flux de l’histoire de temps lointains mais facilement transposable tant elle évoque les tragédies qu’ont suscité les luttes de pouvoir, quand l’amour est impossible face à l’honneur, l’obéissance et au respect des convictions, avec ici et là des scènes qui m’ont fait pensé à une sorte de comedia del arte avec le personnage de Inis, sorte de bouffon des bois.

Il m’a fallu un peu de temps pour accepter l’univers, le rythme des mots, peu habituée à ce style d’écriture et de récit mais j’y ai pris plaisir. Je n’ai eu ensuite aucun mal à m’immerger dans ce terrible pays où vous êtes face à des menaces de toutes sortes  mais où la nature et les éléments jouent un rôle important.

Définition du Mal des Ardents : « Le Feu-Saint-Antoine, le Feu Sacré ou le Mal des Ardents , noms divers donnés à des épidémies dûes à l’ingestion, le plus souvent en temps de disette, de farines contaminées par l’ergot du seigle. … C’est un toxique responsable au cours des temps de nombreuses épidémies.

Résumé

A la fin du XIème siècle, dans les Flandres maritimes, Isentraud tient d’une main de fer le château de Gisphild et ses sujets. Poussé par cette dernière, son fils Arbogast ne voue plus, en raison de ses origines étrangères, que haine à sa jeune épouse Goda et la condamne à l’isolement. Insidieusement, le mal des Ardents, que rien ne semble pouvoir ralentir, envahit la région. D’une légende médiévale, Nadine Ribault fait un rêve enfiévré où la description de chaque sensation, chaque lieu, chaque sentiment invite à retrouver son écriture ciselée. Le lecteur plonge dans l’ardeur de l’histoire amoureuse qui, mêlée à celle des guerres, sur fond de siècle lointaine, a tout à voir avec notre époque.

Editions Le mot et le reste – Septembre 2019 – 212 pages

Ciao

Le dernier jour d’un condamné à mort de Victor Hugo

LE DERNIER JOUR D'UN CONDAMNERésumé

Nous ne saurons pas qui est le Condamné, nous ne saurons rien du crime qu’il a commis. Car le propos de l’auteur n’est pas d’entrer dans un débat mais d’exhiber l’horreur et l’absurdité de la situation dans laquelle se trouve n’importe quel homme à qui l’on va trancher le cou dans quelques heures.
Ce roman – aux accents souvent étrangement modernes – a une telle puissance de suggestion que le lecteur finit par s’identifier au narrateur dont il partage tour à tour l’angoisse et les vaines espérances. Jusqu’aux dernières lignes du livre, le génie de Victor Hugo nous fait participer à une attente effarée : celle du bruit grinçant que fera le couperet se précipitant dans les rails de la guillotine.
Quiconque aura lu ce livre n’oubliera plus jamais cette saisissante leçon d’écriture et d’humanité.

Ma lecture

C’est un court roman mais rarement un roman ne m’a laissé une telle impression à plusieurs années d’écart en effet je l’ai lu il a longtemps et j’en avais gardé un souvenir très fort. Comme Victor Hugo est le thème de la prochaine rencontre du Club de lecture j’ai tout de suite pensé à lui. Je voulais absolument le relire un jour pour voir, pour savoir si il produirait le même effet. Et bien oui si ce n’est encore plus.

Victor Hugo commence par une préface où il nous parle des ratés de la guillotine…. Et croyez-moi il y a de quoi vous horrifier….. Parfois obligé de s’y reprendre à plusieurs fois (mais cela j’en avais déjà eu connaissance) le bourreau ne fait pas toujours très bien son travail….

Puis il se place dans le camp de ceux qui veulent maintenir la peine de mort et leur oppose ses contre-arguments :

. Parce qu’il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a nui et qui pourrait nuire encore

. La société ne doit pas « punir pour se venger », elle doit corriger pour améliorer. Transformez de cette façon la formule des criminalistes, nous la comprenons et nous y adhérons.

. La théorie de l’exemple. Il faut épouvanter par le spectacle du sort réservé aux criminels ceux qui seraient tentés de les imiter ! (prologue de l’auteur)

Il se révolte envers le procureur, le peuple qui sont en soif  de sang, de vengeance, de spectacle mais les met en garde qu’un jour ce ne soit eux qui se trouvent sur l’échafaud.

Il est difficile de songer de sang-froid à ce que c’est qu’un procureur royal criminel. C’est un homme qui gagne sa vie à envoyer les autres à l’échafaud. C’est le pourvoyeur titulaire des places de Grève. (p17)

Après ce virulent prologue, il introduit une courte pièce de théâtre qui met en scène différents personnages qui tiennent salon (avant d’aller dîner) et parlent du roman (sans souvent l’avoir lu) en y faisant figurer entre autres : une aristocrate, un philosophe et un chevalier. Il imagine les critiques concernant son roman : n’est-on pas mieux servi que par soi-même.

Et puis le roman commence : nous avons été mis en condition mais ce qui va suivre c’est le journal d’un homme qui a été jugé et condamné à mort il y a 5 semaines et qui espère que sa peine soit commuée en emprisonnement puis le compte à rebours commence……

A vous les jurés, à vous les bourreaux, écoutez la complainte d’un homme qui va mourir sur l’échafaud !

Victor Hugo a écrit ce réquisitoire a 26 ans, en deux mois et demi et l’on ressent sa colère, son épouvante face à cette barbarie.

Ils disent que ce n’est rien, qu’on ne souffre pas, que c’est une fin douce, que la mort de cette façon est bien simplifiée. Et ! qu’est-ce donc que cette agonie de six semaines. (…) Conte-t-on que jamais une tête coupée se soit dressée sanglante au bord du panier et qu’elle ait crié au peuple : Cela ne fait pas de mal ! Y a-t-il des morts de leur façon qui soient venus les remercier et leur dire : C’est bien inventé. Tenez-vous-en là. La mécanique est bonne.(p115)

Et pour donner encore plus de force à son récit, il donne la parole au condamné lui-même et en le lisant nous nous glissons nous-même dans le personnage. Nous ressentons la même angoisse, les mêmes pensées et la même terreur au fur et à mesure que les jours et les heures s’égrènent.

Il ne donne que peu de détails sur le condamné à mort, qu’importe le crime après tout l’issue est l’objet : on ne sait de lui seulement qu’il est marié, qu’il a une fille de 3 ans, on devine qu’il a reçu une éducation par son langage. Dans ce journal d’une mort annoncée, transpirent tout l’effroi, la peur, l’espoir d’une grâce de dernière minute mais aussi ce qu’il voit, vit, espère. C’est aussi un témoignage sur le fonctionnement de la justice, de la prison de l’époque, le départ des galériens pour Toulon, la présence du prêtre,les sensations, les émotions etc….

C’est une longue agonie car le pire n’est-il pas ce qui précède, jusqu’à sa montée sur l’échafaud, on ressent presque le froid des ciseaux sur notre nuque, on imagine l’ombre de cet instrument de mort….. Cela vous comprime le cœur, l’estomac. Ce sont des mots, des sensations, un malaise qui reste coller à l’esprit bien longtemps après avoir refermé le livre, après que la lame soit tombée.

C’est un cri de colère, de honte que pousse Victor Hugo, il nous enjoint de ne pas souscrire à ce type de punition au nom d’une vengeance, d’une loi du Tallion : dent pour dent, œil pour œil, sûrement pas dissuasive et barbare. Les mots qu’il place sous la plume de cet homme qui va mourir de la main de la justice, sont d’une force incroyable, d’une justesse implacable à laquelle on ne peut que souscrire.

A faire lire autour de soi, un livre qui fait partie des essentiels à avoir lu tant pour le sujet, l’écriture, les émotions et la force de conviction qui se cachent derrière chaque mot, chaque argument comme il est utile d’écouter Robert Badinter dire pourquoi il a demandé l’abolition de la peine de mort (peut-être avait-il lu Victor Hugo) et l’a obtenue.

📕📕📕📕📕 COUP DE 

Lecture faite dans le cadre de la prochaine réunion du Club de lecture avec pour thème Victor Hugo (romans, poèmes, théâtre).

Lecture faite sur Liseuse – 146 pages – 1829

Ciao

📕📕📕📕📕 COUP DE 

Nous rêvions juste de liberté de Henri Lœvenbruck

NOUS REVIONS JUSTE DE LIBERTE« Nous avions à peine vingt ans, et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paye cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road movie fraternel et exalté.

Ma lecture

Avec ce roman vous partez pour une aventure, une envolée, une équipée sauvage avec une bande de jeunes désœuvrés, délaissés ou brutalisés par leurs familles qui se lance à bord de leurs motos pour une traversée du pays avec un hypothétique objectif, mais c’est aussi le récit de l’amitié, de la liberté qui habitent Hugo, le narrateur, ce jeune homme qui fait de trois mots : Honneur, Liberté et Respect, les axes de son existence.

Ils vivent au rythme de leurs bolides, parfois dangereusement, consomment toutes les substances mises à leur disposition, rencontrent d’autres « bandes » et Hugo trouve dans les « 1% », fraternité dont il fait la connaissance lors d’un séjour en prison,  tout ce qu’il veut dans sa vie : la liberté, les amis, les motos, un code d’honneur.

L’amitié résiste-t-elle au temps, aux événements, au pouvoir, ceux que l’on a tant aimés suivent-ils le même chemin, respectent-ils les mêmes règles, ce road-movie va être le récit d’une folle cavale qui mettra ses héros face à leur destin, face à leurs rêves.

On entre dans le récit à la vitesse des bolides, on écoute Hugo parler de son enfance, de cette sœur Vera morte, de ses parents, de sa roulotte, héritage d’un homme de passage qu’il a adopté comme un grand-père, de ses rencontres dont une déterminante : Freddy, sorte de petit caïd à Providence, sa ville natale,  qui va lui transmettre la passion de la moto mais préférera rester au port quand Hugo, Alex et Oscar prendront la tangente.

L’auteur, en se glissant dans le personnage d’Hugo, lui laisse les pleines pouvoirs : il utilise son langage, sa pensée pour évoquer ce qui l’habite, le guide et au fil des pages on s’attache à ce jeune homme qui a soif d’amour, de reconnaissance et qui trouve dans cette bande une raison d’être, d’exister.

Ils vont s’inventer une vie, prennent une autre identité : Bohem, le Chinois, la Fouine comme pour laisser leurs passés derrière eux, vont adouber ceux qui croiseront leur route et feront preuve du même idéal. Vivre sans entrave, partageant tout qui se résume parfois à rien, l’argent n’a pas de valeur, n’a pas d’odeur que celle qu’ils lui donnent.

La construction fait que les gaz sont mis progressivement, on passe les vitesses petit à petit pour terminer par un final poignant, où Hugo se met à nu, laisse apparaître toute sa sensibilité, ses espoirs déçus et l’on termine la lecture avec les larmes au bord des yeux tant les mots sont le reflet de son désespoir et de ses rêves brisés.

C’est une traversée d’un pays mais aussi d’une jeunesse, au rythme du rock n’roll, des moteurs, de la came et de la l’amitié, celle que toute jeunesse imagine, rêve, espère, que peu réalise. C’est Easy Rider, la Fureur de Vivre, l’Equipée Sauvage d’une jeunesse, d’un mal de vivre, à la recherche du bonheur mais vite, fort et libre…..

A lire pour retrouver nos rêves de jeunesse, de liberté, d’aventure, pour retrouver ces bandes que l’on croise parfois sur leurs engins, blousons et cheveux au vent, des sortes de chevaliers des temps modernes rêvant juste de liberté…..

Livre lu dans le cadre d’Objectif PAL d’Antigone

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Editions Flammarion – Avril 2015 – 421 pages

Ciao