Quatre Amours de Cristina Comencini

QUATRE AMOURS IGMarta et Andrea. Laura et Piero. Deux couples. Quatre amis inséparables qui ont partagé chaque moment clef de leur vie : rencontre, mariage, enfants. Quand, à l’approche de la soixantaine, leurs mariages respectifs volent en éclats au même moment, c’est la sidération. Il y a d’abord Marta qui décide de partir, sans raison véritable, si ce n’est cette envie irrépressible d’être enfin seule. Puis c’est au tour de Piero, mari chroniquement infidèle, de quitter Laura, son épouse dévouée, sous prétexte qu’il ne se sent plus aimé.
Comment vit-on la séparation après vingt-cinq ans de vie commune ? Que reste-t-il de toutes ces années passées ensemble ? Comment apprivoiser et profiter de cette solitude nouvelle ?

Ma lecture 

J’ai eu envie de lire ce roman parce qu’il a pour thème principal les couples qui se séparent après trente ans de vie commune et quand on sait qu’un grand nombre de divorces se produisent souvent au moment où les enfants quittent le nid, où on se retrouve face à face, seuls, où le temps a passé et laissé des traces, où on ne se reconnaît plus, je trouvais intéressant de voir comment le sujet était traité.

Dans le mariage, Piero, on se dispute le pouvoir : même dans les couples les plus réussis, les plus solidaires en apparence, la lutte peut éclater. Une lutte souterraine, qui n’est peut-être jamais venue au grand jour. D’un côté il y a la curiosité et l’envie de se connaître et se donner à  fond, et de l’autre, il y a la terreur de succomber.(p79)

Deux couples amis qui se sont rencontrés lors d’une croisière il y a longtemps et ne se sont jamais perdus de vue. Ils ont la soixantaine, leurs enfants sont adultes et pour certains seront bientôt à leur tour parents. Ils ont tout partagés et sont face chacun à la séparation de leur couple.

Marta, décoratrice d’intérieur a décidé de quitter Andrea, du jour au lendemain parce qu’elle veut vivre libre et seule, être celle qu’elle ressent être au plus profond d’elle,  laissant Andrea désemparé.

On devrait réussir à se sentir libre aussi quand il y a d’autres personnes près de soi : si on veut faire quelque chose, on le fait de toute façon. on peut dire que j’ai cherché à remplir mon temps pour ne pas me sentir seul, mais je ne pouvais pas vraiment être avec les autres parce qu’ils me privaient de ma solitude. une sorte de damnation, tu ne trouves pas ? (p89)

Piero lui quitte Laura parce qu’il ne sent pas aimé comme il devrait l’être. Lui travaille dans la publicité, collectionne les aventures sûr de son charme,  elle est professeure de français et est l’image même de la femme-mère qui s’est oubliée dans ce statut. Ils ont trois enfants dont l’une les fera bientôt pour la première fois grands-parents. Mais une autre naissance s’annonce pour Piero….

Ils sont à un carrefour de leurs vies : comment vont-ils vivre désormais sans celui ou celle qui était à leurs côtés depuis presque 30 ans ……  Tout est remis en question : la solitude, les projets, les lieux de vie et les rencontres vont être les ingrédients du sens qu’ils vont donner à leurs existences. Deux couples, quatre personnalités, des décisions de rupture par une femme et par un homme, qui représentent finalement un large éventail de situations. Autant de couples autant d’histoires, de vécus, de ressentis. En prenant cette option, l’auteure peut ainsi aborder le thème de la séparation sous des angles différents mais qui reflètent les dissonances que l’on peut retrouver au sein des couples après des années de vie commune.

A travers deux saisons : Hiver : le moment de la rupture, Eté : la période où l’on se reconstruit puis Ensemble où de nouvelles perspectives s’offrent à chacun, Cristina Comencini donne à chacun de ses personnages la parole pour évoquer toutes les frustrations latentes qui apparaissent au fur et à mesure du temps, pour des motifs très différents et en particulier dans l’opposition des caractères de ses personnages. Marta la femme active, volontaire, forte, Laura la femme-mère en pleine période de fragilité suite à la découverte d’un cancer. A l’inverse Piero est l’homme-séducteur mais aussi l’homme-enfant qui avait trouvé en Laura une seconde mère et Andrea, l’homme fragile qui vivait dans l’ombre de son couple, dans l’ombre de sa femme, en sécurité, sans se poser ni se remette en questions.

Chacun fait comme il peut et cela l’auteure le rend parfaitement, ne portant jamais un jugement sur aucun de ses personnages (même si nous nous sentons finalement peut-être plus proche de l’un ou de l’autre). J’ai trouvé le ton très juste et très vrai sur le temps qui passe, sur ce qui a construit un couple et ce qui, peu à peu, peut le détruire, ce qui attire et plus tard devient insupportable. Vieillir ensemble n’est pas toujours facile, possible, les personnalités évoluent différemment ou pas au même rythme, les centres d’intérêt et la façon de voir l’avenir.

Un court roman plein d’espoir sur le devenir de chacun sous diverses formes. Je pense que beaucoup de lecteurs pourront se retrouver dans les aléas de la vie commune, avec une écriture ciselée, précise, mêlant introspection et constatations sur les attitudes de chacun. Peut-être un peu stéréotypé par rapport aux portraits (homme à femmes, femme-mère)  mais j’ai aimé les suivre, les écouter, retrouver parfois des sensations connues.

C’est juste, concis, peut-être un peu optimiste sur la sortie de crise de chacun mais pourquoi pas après tout ….

Merci à NetGalley France et aux Editions Stock pour cette lecture

Traduction de Dominique Vittoz

Editions Stock – Mars 2020 – 120 pages

Ciao

L’Amie prodigieuse – Saison 1 – de Saverio Costanzo – Série DVD – d’après Elena Ferrante

Grâce au réseau de bibliothèques de ma commune, j’ai pu me procurer le coffret des trois DVD qui composent l’adaptation de la saga de Elena Ferrante : l’Amie prodigieuse, de l’enfance jusqu’au mariage de Lila.

Ce que j’en pense : ce qui m’a gênée tout d’abord….. Le décor que j’ai trouvé très artificiel, un peu carton pâte, un peu différent à celui que je m’étais créée mais chacun son imaginaire. Je le voyais plus ancien, là il ressemble à ces immeubles d’après la seconde guerre mondiale, des cubes de quatre étages mais c’est sûrement moi qui voyait plus des immeubles à la manière du vieux Naples…..

Pour les actrices : mention spéciale pour la fillette et la jeune femme dans le rôle de Lila, du tempérament, du « chien », un regard déterminé, on retrouve parfaitement le personnage imaginé par Elena Ferrante : sombre, calculatrice, téméraire.  Pour le personnage d’Elena, l’actrice choisie pour les deux époques est parfaite mais comme dans le roman beaucoup plus effacée, intériorisée et j’ai eu la même envie de la secouer (peut-être suis-je d’un tempérament plus Lila que Elena).

Il y a une véritable volonté d’esthétique, de restituer l’ambiance du quartier, du temps qui passe parfois à rien, à des détails, des regards jetés, des sensations, beaucoup de poussière qui vole enveloppant personnages et maisons.

Le climat entre et au sein des différentes familles est également bien restitué : regards, attitudes, silences, violence parfois, relations tendues entre Elena et sa mère. Ce pont entre le quartier et le reste du monde, frontière symbolique à bien des niveaux, est omniprésent.

Dans l’ensemble j’ai bien retrouvé le climat, l’atmosphère avec bien sûr beaucoup moins de détails (8 heures pour les 8 DVD) mais c’est une réussite. Le point fort de cette adaptation c’est la parfaite restitution de la relation des deux jeunes femmes : si différentes et pourtant si liées, unies même si parfois tout les oppose. C’est un savant dosage, comme dans le roman, Lila soufflant le chaud et le froid mais c’est également une plongée dans l’Italie d’après la deuxième guerre mondiale avec les différentes catégories sociales, la condition des femmes.

Je préfère très souvent la littérature à l’adaptation mais j’ai passé un très bon moment et j’espère pouvoir voir la suite car même dans le roman c’est les femmes adultes qui m’ont le plus passionnée car Elena se révèle beaucoup plus et joue un peu plus d’égale à égale avec Lila.

Suite au succès de la série dans les différents pays, la saison 2 est prévue sur Canal + mais à une date encore indéterminée.

Ciao