Le Horla et autres nouvelles de Guy de Maupassant

LE HORLA

Par une belle journée de printemps, depuis son jardin, un homme salue un superbe trois-mâts qui passe sur la Seine. Mais, rentré chez lui, il est saisi d’un étrange malaise. Bientôt surviennent des événements mystérieux. Chaque soir, de l’eau disparaît sans raison de la carafe posée sur sa table de chevet et son sommeil est interrompu par un même cauchemar : il croit sentir une créature invisible se pencher sur son corps et aspirer sa vie…

Ma lecture

Un livre tout rafistolé mais qui réserve bien des surprises. De jolies gravures, un papier de qualité et des textes qui m’ont ravie. Bienvenue chez Maupassant…..

La première, Le Horla, une de ses plus célèbres et qui est le symbole de la folie. Tout démarrait bien pourtant, un 8 Mai, le narrateur passait une journée dans sa maison des bords de Seine qu’il aime tant pour finir en Septembre dans la tourmente d’un esprit en proie au  délire.  Cet homme tient un journal et à partir de cette date du 8 mai il y consigne sa lente descente aux enfers. Une présence l’habite, qu’il nomme Le Horla, rôde autour de lui, le poursuit, le harcèle, le hante. Il est ici et là et l’obsède.

Certes, je me croirais fous, absolument fou, si je n’étais conscient, si ne ne connaissais parfaitement mon état, si je ne le sondais en l’analysant avec une complète lucidité. Je ne serais donc, en somme, qu’un halluciné raisonnant.(p43)

Guy de Maupassant retrace les étapes progressives qui mèneront son héros, malgré ses tentatives de rationalisation des faits, à envisager l’issue finale : Lui ou Moi….. Récit mélangeant les styles, de la douceur d’une journée de printemps, à l’amour d’un lieu où il vit jusqu’à une écriture délirante  : dédoublement de la personnalité, fantômes, hallucinations, schizophrénie, paranoïa etc… tout y passe. Une analyse de la progression d’un trouble, d’une obsession.

Suivent ensuite, dans mon édition, treize nouvelles, assez courtes, variées dans les domaines abordés :

Amour : où l’amour existe ailleurs que chez les humains

Le trou : où qui va à la pêche perd sa place et peut mener à la mort

Sauvée : quand une épouse trompée ruse pour obtenir le divorce

Clochette : où une jeune fille portera à vie la trace d’une chute amoureuse

Le marquis de Fumerol : qui passera de vie à trépas auprès de femmes de petite vertu

Le signe : être à sa fenêtre et lancer des œillades peut être dangereux

Le diable : quand un paysan avare parie sur l’agonie de sa mère

Les rois : une soirée entre officiers et religieuses qui va mal se terminer

Au bois : un couple voulant revivre leurs premiers émois vont se retrouver entre les gendarmes

Une famille : retrouver un ami de jeunesse et découvrir les joies de la famille

Joseph : entre deux verres de chartreuse, deux femmes esseulées ont bien des secrets à avouer

L’auberge : quand un homme se retrouve bloqué par la neige en pleine montagne (beaucoup aimé)

Le vagabond : il ne fait pas bon vouloir travailler (magnifique et très actuel)

Quel conteur, quelle plume, Guy de Maupassant en de courts récits explorent toutes les couches de la société, de la plus pauvre à la plus bourgeoise et éclaire sur les travers de l’homme sans oublier les femmes, que ce soit pour nous faire sourire ou pas, évoquant à travers ses courtes histoires l’amour, la mort, la peur, la religion, la cupidité et leurs conséquences. Cela se veut gai mais il y a toujours derrière un côté grinçant ou tragique  pour certaines surtout si on tient compte que l’auteur était dépressif et souffrait de troubles qui le mèneront peu à peu à la folie…..

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces nouvelles agrémentées de gravures à l’ancienne, mettant en situation personnages et décors. Je vous en mets quelques exemples :

LE HORLA 1LE HORLA 2LE HORLA 3

La plupart des nouvelles paraissaient dans un premier temps dans différentes revues entre 1885 et 1887 dont Gil Blas, soit 8 ans avant sa mort à 42 ans.

Illustrations de Julian-Damazy (gravées sur bois par G. Lemoine)

Editions Albin Michel – Année ? – 313 pages

Ciao

Les sentiers délicats d’Eric Holder

Partir, dit-on, c’est mourir un peu. À suivre Éric Holder dans les méandres de ses sentiers délicats, on aurait l’impression de revivre. Bien plus que la destination, c’est le voyage qui compte. Un voyage à l’intérieur de huit nouvelles et par tous moyens : à pied, en chemin de fer, à moto, en voiture, etc. Mais qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse. Celle du jeune narrateur qui par son échappée belle parachèvera son éducation. Celle de cet écumeur de rivières qui a pour maison le monde sur un coup de volant. Le motard n’est pas en reste : pesanteur abolie au profit de la force centripète, halte impromptue, plaidoyer pro moto. Se souvenir d’une Alfa Romeo rouge, et Anne Deux apparaît sur le siège conducteur. Dans le train, la conversation oiseuse d’un couple anglais se révèle être le déclencheur d’un cocorico d’anthologie. Et parfois suffit au bonheur de marcher dans la campagne tout en écoutant le pèlerin, frère Jean. Ne reste plus qu’à s’accommoder du jet lag où le songe peut l’emporter sur la réalité, à moins que ce ne soit le contraire.

Ma lecture

J’ai découvert Eric Holder en étant jurée pour le Prix France Télévisions Romans en 2018 avec son roman, La belle n’a pas sommeil que j’avais énormément aimé sans pouvoir vraiment expliqué pourquoi son écriture m’avait autant touchée. Ensuite j’ai lu La correspondante et je m’aperçois que certains thèmes sont omniprésents dans ses romans : la nature, bien sûr, les chemins mais aussi l’observation de ses congénères croisés ici ou là.

Dans ce recueil de huit nouvelles, l’auteur emprunte différents chemins, différents moyens de transport ou différents voyageurs, lui ou d’autres qu’ils soient motard, camionneur, fugueur, journaliste, écrivain, tzigane.

Huit nouvelles, huit instantanés, huit petits carnets de voyages, très courts dans lesquels il évoque certains souvenirs comme une fugue à 13 ans L’échappée belle, l’écoute d’une conversation dans un train, France 1 – Angleterre 0, une très jolie nouvelle, Frère Jean, sur son amitié avec Jean Rolin, journaliste-écrivain :

L’attention que je lui porte dit assez l’admiration dans laquelle je le tiens. Peu de jours sans que je pense à lui, et je me moque qu’il se souvienne de moi.(…)Quand nos chemins se croiseront à nouveau, je ne lui indiquerai plus le sien. Un feu attendra dans la cheminée. Nous marcherons. Il parlera. J’écouterai le pèlerin (p135-136)

un congrès d’auteurs au Canada, Lost in translation, la rencontre d’une tzigane à Charleville Mezières, Un instant d’éternité,  sur les terres d’Arthur Rimbaud

(…) elle laissa traîner son regard dans le mien. Il était fier, il était altier. On dira qu’un regard ne peut être qualifié ainsi, mais : cambré. Elle était d’ascendance tzigane, compris-je un peu plus tard, au café. Elle eut à nouveau cette belle lueur de défi dans l’œil (…) On lui avait appris à cacher ses origines sous peine qu’elle se retrouve, elle aussi sur les routes, et moi j’aimais les manouches. Les mains potelées de leurs petites filles. Et puis quand elles se penchent vers vous, l’air autant attendri qu’il était indifférent, la minute d’avant. (p81)

Comment ne pas croire que ces récits soient personnels, la moto et la savoureuse observation du comportement des automobilistes vis-à-vis d’eux, Un plaidoyer pro-moto, mais aussi sur les traces mortelles laissées sur le bord des routes.

Le simple bout de bois fiché en erre des tombes musulmanes. Nos vanités. La stèle d’un anonyme et sans date. Nous aimerions y voir marqué : « Nous recherchions l’oubli » (p94)

J’ai découvert les chemins pris par Eric Holder, à sa façon simple de raconter les vies à travers la sienne et les itinéraires empruntés par un écrivain passionné de moto, d’espaces, de nature. Cela se lit comme on fait une balade, cela n’a l’air de rien et pourtant c’est une réflexion sur nous, sur ceux que nous rencontrons ou côtoyons mais ne voyons plus ou pas, sur les attitudes désagréables de certains mais avec malgré tout toujours un sentiment de solitude personnelle.

C’est un amoureux de la littérature et des livres, ils sont présents pratiquement dans chacune de ses nouvelles, d’une manière ou d’une autre et même si je n’ai pas été aussi enchantée que par mes précédentes lectures de cet auteur, j’ai eu plaisir à le retrouver et à le suivre sur des chemins qu’il avait balisés.

Les piles de livres près des lits ouverts, l’après-midi. Le soleil dessine au-dessus un rectangle plus clair dans le mur blanc du mur. Des livres pour un oui pour un non. Pour leur couverture. Pour trois mots attrapées en dessous, derrière. (p102).

Editions Le dilettante – Janviers 2005 – 150 pages

Ciao