Reviens de Samuel Benchétrit

REVIENS

Comment un père divorcé vit l’absence de son fils, 18 ans, celui-ci étant parti pour un voyage de plusieurs mois…..

Il est écrivain mais il est en panne d’écriture, son éditeur et son ex-femme lui mettent la pression et lui cherche entre autre dans une émission de télé-réalité sur l’organisation de mariages, dans des mails venus d’Afrique, dans de la lecture dans une maison de retraite et surtout à remettre à la main sur son précédent livre (un comble) des bouées pour se maintenir la tête hors de l’eau et des sources d’inspiration pour son prochain roman.

Ma lecture

Quelle surprise…. Je ne m’attendais pas du tout à ce type de récit et la surprise est belle. Ne croyez pas tomber dans un récit larmoyant, désespérant sur l’attente d’un père qui attend son fils, désespérément….. bien que cela parle exactement de cela mais d’une manière poétique, ancrée dans le réel de la vie actuelle, humoristique.

Mais qui est donc cet homme, qui erre dans son appartement à la recherche des mots de son futur roman, qui attend avec impatience son émission préférée de télé-réalité Quatre mariages pour une lune de miel, sur des candidates qui rivalisent en coups bas et faux-semblants, sur l’organisation de leurs mariages, qui reçoit des mails d’Afrique d’un homme dont le nom ne lui est pas étranger et qui lui demande une aide financière, qui rêve toutes les nuits des livreurs d’Amazon etc…..

Vous allez me dire que cet homme mène une vie de patachon….. Oui mais son fils est partie pour plusieurs mois et il se sent terriblement seul, encore plus seul que lorsqu’il était encore là.

Une vie bien remplie direz-vous et bien je n’en suis pas si sûr car au-delà de toutes ces mésaventures, il y est question de la solitude, de l’absence, du manque.

Tout était en moi et c’était pourtant l’endroit où je me perdais le plus (p121)

mais traitées sur le ton de l’humour, de la naïveté mais sans exagération, comme si le narrateur, ce père naufragé ne se rendait pas compte du ridicule de ses actions, de ses pensées.

Qu’il est naïf cet homme, il vit parmi ses livres : il est totalement déconnecté de la réalité et semble souvent tout découvrir comme il va découvrir la réalité du départ de son fils qui est bien plus qu’un voyage pour découvrir le monde, l’ailleurs.

L’auteur observe avec beaucoup de dérision et un brin de bienveillance, cet homme à la dérive, qui se raccroche à une bouteille de whisky, un appartement qu’il avait choisi avec son fils juste après son divorce, qui se débat dans des problèmes financiers qui frôlent parfois l’absurde (en particulier dans ses relations avec le Centre des Impôts). Bonne idée de traiter de cette manière l’absence, la solitude, le désarroi mais aussi l’espoir car cela rend la lecture presque poétique par tant de décalage.

L’écriture est faite de courtes phrases, au rythme des pensées du narrateur, avec parfois beaucoup d’humour pour nous lecteurs, sur cet homme privé de ce fils, dont l’ex-femme le harcèle car elle pense toujours au pire en bonne mère super protectrice. Lui est inconscient parfois, elle en fait trop, étouffe son enfant.

J’ai eu un peu peur que le récit ne soit fait que de la narration des « mésaventures » de cet homme, ce qui je pense m’aurait au bout d’un moment lassée mais il y a dans l’écriture un petit je ne sais quoi la-dessous qui m’a plu.

Peut-être une évocation d’une forme de solitude d’un adulte qui est perdu,  passif et tellement naïf face au monde, qui s’enferme face à son écran, vit par procuration en attendant que les choses arrivent, changent en contraste avec ce fils parti à l’aventure, seul découvrir d’autres contrées, d’autres sociétés, d’autres horizons, qui prend sa vie à bras le corps et affronte les difficultés d’une autre manière, peut-être le plus adulte de la famille.

Je n’ai rien lu de cet auteur, c’était une première, c’est une chronique parentale de notre siècle sur l’absence, la solitude et le désarroi mais je dois avouer avoir trouvé ce « héros » assez lunaire mais malgré tout attachant même si parfois les situations m’ont semblé totalement loufoques…… J’ai n’ai pu, je le reconnais, m’empêcher de sourire en me demandant parfois qui était réellement l’enfant…..

Mon avis : 📕📕📕/📕

Merci aux Editions Grasset et NetGalley pour cette lecture.

Editions Grasset – 169 pages – Septembre 2018

Ciao

 

 

 

Juste après la vague de Sandrine Collette

JUSTE APRES LA VAGUE

Pata et Madie, les parents de neuf enfants ont une décision difficile à prendre après le passage d’une terrible vague qui a tout submergé et qui continue à progresser obligeant la famille à partir. Partir oui, mais l’embarcation ne peut contenir que 8 personnes.

Qui laisser, qui emmener, pourquoi ? Quelles seront leurs chances de revenir les chercher ou de survie ?

Ma lecture

Je n’ai entendu que des éloges sur ce roman d’une auteure encore jamais lu (je rappelle que je ne suis pas fan des polars et des thrillers). Je devais le lire dans le cadre d’un comité de lecture et je dois aussi confesser que le côté « thriller psychologique » mis en avant m’a convaincu.

Dès les premières pages on est plongé, c’est le cas de le dire, dans la tragédie : choisir parmi ses enfants ceux qui ont une chance de s’en sortir, en sacrifier d’autres. Cornélien mais vital.

Le contexte est planté, reste maintenant à découvrir les personnages et l’auteure le fait parfaitement. Personnage prédominant la mère : c’est par elle que nous vivons principalement le côté parental, à travers elle. Son instinct de protection de ceux qu’elle a mis au monde, qu’elle a nourris, protégé. Impossible pour elle de se résigner à en abandonner certains. Elle nous fait partager également ses sentiments de femme : sa vie, son couple, ses maternités, son souhait de penser enfin à elle avant la vague, mais rien n’arrive comme l’aurait souhaité.

Voudrait s’endormir et jamais se réveiller. Ou s’enrouler dans un trou, un terrier, une tanière, et qu’on la laisse pour de bon, mérite pas mieux, se tapir bien au fond loin de la vie qui ne vaut rien, c’est comme dormir, échapper à l’existence, oublier. (p138)

Presque comme une bête elle se bat avec acharnement pour chacun de ses petits, même quand la douleur est insoutenable, elle continue, elle ne renoncera jamais.

Il y a également un des enfants, je ne vous dirai pas lequel afin de ne pas gâcher votre lecture, qui va prendre la direction du petit groupe resté à la maison, sur ce coin de terre qui se trouve envahit peu à peu par les eaux. Il devient un parent de substitution, doit prendre les décisions, organiser leur survie, avoir des idées pour manger, partir, vivre.

Je ne cache pas que l’on ne peut s’empêcher de trembler pour cette famille dont on suit les péripéties de part et d’autre : ceux qui sont partis, ceux qui ont été abandonnés. C’est efficace et régulièrement les éléments se déchaînent faisant accroître l’angoisse.

On ne connaît rien du lieu, les noms sont imaginaires mais les conditions climatiques m’ont fait penser à des tragédies que nous vivons régulièrement dans le monde : inondations, tempêtes, tsunami, tremblements de terre, éruption volcanique, incendies et quand la nature se déchaîne, rien ne peut l’arrête. Elle prouve sa force, elle est imprévisible, sans sentiment, elle.

Et puis il y a les longues périodes d’attente, de voyage, de calme, de faim mais aussi les rencontres, les bonnes, les mauvaises, les espoirs déçus et les solidarités inattendues.

Je ne peux rien vous dire de plus de l’histoire pour que vous gardiez tout le plaisir de l’angoisse.

Ce n’est pas un thriller/polar pour moi c’est un thriller psychologique, fort, sur le thème de la famille, de l’espoir, une aventure tragique au sein d’un clan.

L’écriture est terriblement efficace car elle rend très bien les paysages, les éléments, mais aussi les pensées de chacun, leurs angoisses, leurs relations. Rien de trop, rien de moins.

Une lecture agréable qui porte à réflexion sur ce thème du choix : que ferions-nous nous dans le même situation ?

Ma lecture : 📕📕📕📕

Editions Denoël – 302 pages – Janvier 2018

Ciao