De sang-froid de Truman Capote

DE SANG FROIDRésumé

Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l’harmonica. Dick était debout au bord d’une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l’intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d’entre eux ne s’arrêtait pour les auto-stoppeurs…

Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.

Le roman culte inspiré à Truman Capote par un terrible fait divers.

Ma lecture

COUP DE ❤

Je viens de refermer ce classique de la littérature américaine et moi qui ne suis pas une adepte de romans policiers, je dois avouer que j’ai été tenu par ce roman-enquête de Truman Capote, un page turner que je n’ai pas lâché même si dès les premières lignes on a tous les ingrédients de ce qui va arriver.

Les deux meurtriers, Perry et Dick, sont en route, ils roulent vers leur cible et la cible est vite identifiée :  la famille Clutter composée des parents et de deux de leurs enfants : Nancy et Kenyon. L’auteur alterne les présentations, installant peu à peu les futurs meurtriers, leurs victimes, leurs voisins. Puis les crimes sont perpétrés mais nous n’en connaissons pas le motif. On retrouve Perry et Dick dans leur fuite pendant près de huit semaines, de vol de voitures en petites escroqueries, leur arrestation, leurs aveux et motifs puis leur emprisonnement et condamnation.

Les événements ont marqué par leur sauvagerie les médias et  le peuple américain par leur sauvagerie, comme ils ont interpellé Truman Capote qui s’est lancé dans une enquête afin de disséquer, avec minutie, chaque personnage intervenant à un moment ou à un autre dans les événements : enquêteurs, juges, relations, familles des meurtriers afin que nous ayons toutes les cartes en mains, tous les éléments comme lui les a découverts au cours de son enquête, allant jusqu’à évoquer les hommes attendant comme eux dans le couloir de la mort.

Vous allez me dire pas de suspens….. Mais si justement et c’est en cela que le roman est passionnant et parfaitement maîtrisé : Truman Capote nous tient en haleine tout au long du récit, distillant tous les détails de son enquête sur ces meurtres véridiques perpétrés une nuit de Thanksgiving 1959 dans le Kansas, meurtres particulièrement sauvages et dont on se pose la question du pourquoi mais aussi du comment on en arrive à tuer sans réel motif. Nous devenons nous-mêmes enquêteurs : comprendre, analyser, écouter ces deux hommes avec leur logique, leur absence de sentiments, vivant au jour le jour, sans regret ni avenir.

Ce qui est le plus remarquable dans ce récit c’est la façon dont l’auteur expose les faits, sans aucune prise de position, les faits rien que les faits et il faut avouer que ceux-ci parlent d’eux-mêmes, le lecteur se laisse guider par les différents informations, découvrant peu à peu toute l’horreur d’un crime sans conscience réelle des assassins. On est atterré par l’absence de tout sentiment de culpabilité,  à la limite de l’inconscience qui d’ailleurs déroutera enquêteurs et psychologues.

Aucun temps mort, c’est un véritable page-turner, les 500 pages sont dévorées, Truman Capote fait d’un fait véridique un roman sociétal sur l’Amérique de l’époque (mais pas différente de l’actuelle) pour lequel il poussera la conscience à rencontrer les protagonistes pour tenter de comprendre leurs mobiles, leurs psychologies, leurs ressentis jusqu’à leurs derniers instants (ils attendirent pendant 5 ans leurs exécutions).

C’est le genre d’œuvre qui laisse une empreinte en vous une fois le livre refermé. On ne peut oublier ces deux hommes, monstres ou victimes d’une enfance, de violences, de hasards de rencontres, de circonstances ou tout simplement psychologiquement faibles, fragiles ?

Dans la dernier partie du roman, « Le coin » (nom donné à l’endroit de l’exécution de la peine de mort), j’ai eu le sentiment que Truman Capote qui avait rencontré les meurtriers, s’attache à eux avec presque un sentiment de pitié mêlée à de l’incompréhension devant leurs arguments :

…Perry dit : « Est-ce que j’ai des regrets ? Si c’est que tu veux dire, non. Je ne ressens rien. Je voudrais bien. Mais ça me laisse complètement froid. Une demi-heure après que ce soit arrivé, Dick blaguait, et moi, je riais. Peut-être qu’on est pas humains. J’suis assez humain pour m’apitoyer sur moi-même. Je regrette de ne pas pouvoir sortir d’ici quand tu t’en iras. Mais c’est tout. (p430)

Oui un grand bon classique de la littérature américaine qui allie écriture, construction, style, travail d’enquête, regards sur un pays au milieu du 20ème siècle sans oublier réflexions sur la culpabilité, la violence gratuite et la peine de mort.

Richard Brooks en a fait une version cinématographique en 2003.

Traduction de Raymond Giraud

Editions Folio – Septembre 2016 – 506 pages

Ciao

Double amnésie de Céline Denjean

DOUBLE AMNESIE

En Bretagne, Abby Le Guen abat son mari, Yohann, médecin reconnu, d’un coup de fusil pendant son sommeil et ne veut rien avouer des raisons de son geste. Manon fait venir en urgence sa jumelle, Eloïse, gendarme, car elle se sent menacée, épiée et craint pour elle et ses deux enfants. Elles ont toutes les deux dans leur passé des zones d’ombre mais existe-t-il un lien entre les deux femmes, pourquoi « L’Oeil » les menace-t-elles ? Eloïse va mener l’enquête pour trouver les clés pour ouvrir les portes des mémoires…..

Je tiens à préciser en préambule que je ne lis que très rarement des romans policiers, thrillers. Donc j’ai peu ou pas de points de repère, de comparaison, d’évaluation et mon avis est celui d’une lectrice lambda dans ce genre mais qui attend dans ce type de littérature des frissons, une construction, des personnages forts et un final qui me laisse sans voix.

Dès les premiers chapitres, l’auteure révèle la présence de cet Oeil, sans en donner l’identité précise, mais il est là, qui rode autour des deux femmes et finalement l’histoire se construit par des retours en arrière pour remonter les pistes qui ont mené au drame et comprendre ce qui lie les deux femmes. Le personnage de l’Oeil est très vite identifié par le lecteur, l’auteure prenant le parti, non pas de trouver son identité mais de remonter le temps et de décortiquer les faits qui ont mené au drame.

« -Vous avez déjà joué au Meccano, le jeu de construction ?

-Oui, évidemment. Et ?

-Donc vous avez déjà ouvert une boîte de ce jeu. Vis, pattes en fer percées, roues…. tous ces éléments sont en vrac au fond du carton et ça ne ressemble qu’à un vague amas de ferraille. Pourtant en assemblant les éléments de la bonne manière et dans le bon ordre, on construit la tour Eiffel, un camion, une voiture… En fait, c’est exactement ce qu’on est en train de faire avec nos deux affaires (p281)

Voilà la phrase clé du roman qui résume la construction du récit : remettre tout en ordre, chronologiquement, assembler les différentes pièces du puzzle, en suivant parallèlement les souvenirs de Manon et Abby afin que les rouages s’emboîtent et que la lumière soit faite sur cette affaire.

Aucun suspense puisque l’auteure a fait le choix de construire le roman « à l’envers » c’est-à-dire en révélant dès le début du récit une partie de ce que l’on recherche dans un roman policier c’est-à-dire l’identité du persécuteur et elle s’est plus attachée à décortiquer l’enchaînement des événements, le mental de chacun mais en laissant malgré tout quelques zones troubles où on peut, éventuellement, se poser quelques questions. Cela peut être intéressant, mais j’ai trouvé les ficelles un peu trop « grosses », trop faciles, trop évidentes même pour une néophyte en littérature policière comme moi..

J’ai très vite compris le tenants et les aboutissants, pas de réelle surprise, pas de lecture haletante,  peu de fausses pistes à suivre. De nombreuses références aux précédents romans (que je n’avais pas lus mais qui n’empêchent pas la lecture) avec le personnage d’Eloïse, la gendarme enquêtrice, qui traverse une période de désarroi après la mort de son compagnon et qui retrouve sa jumelle Manon avec qui elle n’avait plus de contact depuis 15 ans.

J’ai trouvé la lecture lente, revenant trop fréquemment sur les mêmes faits, connus, tournant un peu en rond et je m’attendais peut être à une revirement en fin de livre, à être « baladée ».

Je pense que je ne suis peut-être pas la mieux placée n’ayant pas assez de références de lectures policières, mais je n’ai pas trouvé d’originalité au récit. Quand je lis un roman policier j’aime me mettre dans la position de l’enquêteur(trice) et chercher les indices, résoudre l’énigme et dans le cas présent, j’ai très vite compris où l’auteure m’emmenait. Dommage car le fond était intéressant, bien que déjà exploité, avec l’affrontement des classes sociales, la dualité entre Eloïse et Manon, les caractères des personnages étant assez stéréotypés mais fouillés.

L’écriture est agréable, mais pas un page turner, c’est finalement la construction et la longueur du récit qui, pour moi, a enlevé tout l’intérêt de la lecture. Je n’ai pas ressenti ce petit frisson que l’on aime retrouver dans ce genre de littérature, j’ai le sentiment d’un déjà vu, déjà lu.

Peut-être ne suis-je pas le meilleur public pour ce type de roman car Céline Denjean a remporté l’année dernière le prix du Polar à Cognac, une référence, pour son précédent roman Le Cheptel.

📕📕

Editions Marabout / Black Lab – Mai 2019 – 462 pages

Livre lu dans le cadre des Explorateurs Lecteurs.com

Merci aux Editions Marabout/Black Lab et Lecteurs.com pour cette lecture

Ciao

Quatrième de couverture

Qu’est ce qui a poussé la fragile Abby Le Guen à tuer son mari, Yohann, médecin respectable, d’un coup de fusil de chasse ? Pourquoi est-elle désormais murée dans le silence ? Pourquoi Manon, jeune mère et soeur jumelle de la gendarme Eloïse est-elle harcelée par un individu qui lui reproche le pire des crimes ? Lorsque Manon est arrêtée, accusée d’infanticide, Eloïse reprend l’enquête aidée par la journaliste Amanda, car Manon maintient n’avoir aucun souvenir du crime dont on l’accuse. Eloïse qui vient de perdre tragiquement l’homme qu’elle aime est confrontée à son histoire familiale et à celle de sa jumelle perturbée dont le chemin a croisé, pour le pire, celui des Le Guen … « Le jeu de piste ne fait que commencer mais sache qu’il te réserve plein de (mauvaises) surprises… »