L’anomalie de Hervé Le Tellier (lu par Robin Renucci)

L'ANOMALIE AUDIO« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. »
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris – New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.

Mon écoute

Que vais-je pouvoir en dire…… Pas grand chose je crois car je n’ai pas du tout accroché à ce roman. L’idée de départ m’a séduite, il faut dire que l’on a pas arrêté de nous en parler, de la vanter et qu’en plus le roman a été couronné par le Prix Goncourt 2020 alors difficile de passer au travers.

Un roman dans lequel je me suis perdue (trop de personnages) et je ne sais si cela est dû au fait que je l’ai écouté mais j’ai eu un peu de mal à « recoller » les morceaux et à tout comprendre (et en avais-je envie d’ailleurs). Je serai d’ailleurs incapable de résumer les hypothèses envisagées pour cette anomalie si d’ailleurs il y en avait plusieurs et puis alors le twist final……..

Première partie : présentation d’une dizaine de personnages prenant un avion, avec un survol de leurs vies et le moment décisif pour certains où ils se trouvent. Le fameux moment du page-turner. Passage d’une perturbation violente, presqu’un film catastrophe puis éclaircie et retour à un vol normal sauf que……

Deuxième partie : exposition des prises de positions politiques, religieuses et tentatives d’explications scientifiques de l’Anomalie, je dis bien tentatives car je vous avoue que là j’ai décroché. Je précise que je n’ai pas du tout un esprit scientifique, ni mathématiques et que toutes ces probabilités et suppositions m’ont probablement ennuyées car je n’en ai pratiquement rien retenues.

Troisième partie : confrontation des avant/après, Marc/June,  assez conventionnels et prévisibles pour certains.

C’est à la fois un roman de science-fiction, thriller (deux genres dont je ne raffole pas), sociétal et psychologique que j’ai écouté sans aucune empathie ni intérêt (m’apercevant même que j’écoutais parfois sans entendre….). J’ai vérifié les critères d’attribution du Prix Goncourt : « Meilleur ouvrage d’imagination écrit en prose paru dans l’année ». Alors oui : il y a de l’imagination, de l’inventivité, des pointes d’humour, de la prose mais pour le reste j’ai dû me perdre dans un trou d’air durant le vol.

Allez je passe mon tour sur ce roman dont je ne me sens pas capable de dire quoi que ce soit car rien n’a retenu mon attention sauf peut-être l’idée de départ, mais très vite j’ai pris mon parachute et me suis laissée dériver, allant jusqu’au bout mais avec une seule envie c’est de retrouver la terre ferme et passer à autre chose.

Retrouvez d’autres avis chez Krol, Yvan, Céline, Antigone, MatatouneKilling79, et bien d’autres, beaucoup l’ont aimé, il a trouvé son public mais pour ma part je n’y ai pas trouvé mon bonheur de lectrice.

Prix Goncourt Général 2020

Editions Gallimard (Août 2020) –  Ecoutez lire – Décembre 2020

Ciao

Les mandarins – Tome 2 – Simone de Beauvoir

LES MANDARINS TOME 2Je n’ai pas attendu longtemps pour entamer le deuxième tome des Mandarins, ayant tellement apprécié le premier, ayant bien en tête tous les protagonistes en tête, les situations dans lesquelles ils se débattaient. Je rejoins Henri, Robert, Paule, Anne et tous les autres dans le Paris de l’après-guerre où chacun(e) tente de redonner un sens à sa vie, essaie de garder un idéal, après une guerre qui a laissé en chacun des blessures, des absents.

Dans ce deuxième opus, on retrouve Anne qui, lors d’un séjour aux Etats-Unis va prendre contact à Chicago avec Lewis Brogan, croisé chez des amis communs. Le coup de foudre est immédiat

Moi qui m’interroge toujours avec soupçon sur les sentiments que j’inspire, je ne me demandai jamais qui Lewis aimait en moi : j’étais sûre que c’était moi. Il ne connaissait ni mon pays, ni mon langage, ni mes amis, ni mes soucis : rien que ma voix, mes yeux, ma peau : mais je n’avais pas d’autre vérité que cette peau, cette voix, ces yeux (p54).

Ils se retrouveront tous les étés, mais au fil du temps l’amour va s’émousser en particulier celui de Lewis, très axé sur lui-même, hésitant à s’engager dans une relation.

Entre Henri et Robert les relations se sont tendues suite à la prise de position du premier concernant la mise à jour des camps en URSS, ne pouvant accepter de se voiler la face, de soutenir ce qu’il a toujours combattu, Robert, lui, acceptant des compromissions au nom de la cause.

Il faut tout un travail pour se résigner à l’impuissance. (p342)

Dans cette deuxième partie certain(e) révèle un nouveau visage : Anne qui ne vit que dans l’attente de ses retrouvailles avec Lewis se transforme en femme amoureuse, doutant, analysant chaque mot, chaque attitude, perdant même tout intérêt dans sa vie française. Henri lui s’investit dans son travail d’écrivain, prend de la distance par rapport à la politique et le pouvoir mais se trouvera mêler malgré lui à de sombres affaires.

L’amitié résistera-t-elle aux prises de position, l’amour peut-il exister lorsqu’un océan vous sépare, que faire quand la folie remplace l’amour, comment accepter les compromissions quand il s’agit de sauver ceux que vous aimez ?

Simone de Beauvoir aborde tous ces thèmes avec une écriture toujours aussi agréable, elle met à nu ses personnages, les poussant parfois dans leurs retranchements, les obligeant à prendre position, à rompre les liens qui parfois les unissaient, à accepter certains petits « arrangements  » avec leur conscience. Rien ni personne n’est épargné ni le journaliste, ni l’écrivain, ni le politique.

Quelle écriture, quelle maîtrise des personnages et des idées qu’elle aborde. On évolue à ses côtés dans ce Paris des intellectuels et politiques avec son regard sans complaisance, analysant avec justesse les prises de position et attitudes de chacun, pesant le pour et le contre, glissant ici ou là des événements de sa propre vie, le tout dans une écriture limpide, fluide, cela se lit comme une fresque et je dois avouer que je ne m’y attendais pas du tout.

J’ai beaucoup découvert, grâce à elle, sur ce milieu, sur les sentiments des uns et des autres, sur l’évolution de ceux-ci, sur les luttes d’influence et de pouvoir dans ce microcosme politoco-culturello-littéraire, où les amitiés comme les amours se lient et se délient, où l’on voit apparaître également les questionnements de l’auteure sur la femme, la condition féminine, sur le temps qui passe et qui laisse sa trace :

Ce petit coup de jeunesse qui m’avait étourdie, un instant, il s’était bien vite dissipé. les miroirs de verre sont trop indulgents : c’était ça le vrai miroir, le visage de ces femmes de mon âge, cette peau molle, ces traits brouillés, cette bouche qui s’effondre, ces corps qu’on devine curieusement bosselés sous leurs sangles. Ce sont de vieilles peaux, pensais-je et j’ai leur âge. (p376)

Comme on le sait, elle s’est inspirée d’Albert Camus (Henri) JP Sartre (Robert) et d’elle-même (Anne), de leurs vies, de leurs querelles, des liens qui les unissaient pour écrire ce roman mais aussi d’un monde qui se reconstruit sur les ruines d’après- guerre, où après avoir lutté avec des idéaux, on déchante en découvrant que rien n’est parfait, ni la politique, ni l’amour, ni le pouvoir.

📕📕📕📕

Editions Le livre de poche – 

Ciao

La couleur pourpre de Alice Walker

LA COULEUR POURPRE

Nous sommes en Géorgie, dans la première moitié du 20ème siècle. Celie et Nettie sont sœurs et un puissant lien les lie. Celie, 14 ans, a déjà connu le viol et maternités. Elle a mis au monde une fille et un garçon qui lui ont été enlevés par son père qui est également le géniteur de ses deux enfants et qui ne lui révélera jamais ce qu’il en a fait.

Celie sera mariée par défaut à Mr, veuf avec plusieurs enfants et va devenir la bonne maltraitée d’une maisonnée où elle va subir affronts, réflexions et humiliations.

Ce qui tient Celie debout ce sont les lettres qu’elle adresse à Cher Bon Dieu (titre initial du roman) et à sa sœur dont elle va être séparée. 30 années d’échanges épistolaires sans jamais de retour. Comme il vaut toujours mieux parler au Bon Dieu qu’à ses saints, Celie entreprend une correspondance avec celui-ci afin de lui fait part de ses tourments. Pour elle la vie ressemble à un long chemin de croix fait d’abus, d’insultes et de brimades.

Alors il me colle son machin contre ma cuisse, et puis il le tortille un peu, et il le rentre dans mon zizou. Moi, j’crie que ça me fait mal. Alors il me serre le cou, et il me dit : Tu vas la fermer. Va falloir t’habituer.(p7)

Puis viennent les lettres à Nettie quand celle-ci est contrainte de partir afin de fuir Mr qui voudrait bien la mettre dans son lit. Elles se font la promesse de s’écrire et de se retrouver un jour comme Celie se promet de retrouver ses enfants, ayant la conviction que ceux-ci sont en vie.

Les deux sœurs sont différentes : Celie écrit comme elle parle, sans détour, avec ses mots à elle, elle a souvent entendu qu’elle était « moche » et bête.  Nettie est plus jolie, elle est instruite et a un langage plus élaboré. Chacune, malgré l’absence de réponse, persistera dans cette correspondance, racontant chacune sa vie, l’une en Géorgie l’autre en Afrique.

A travers ce roman, Alice Walker aborde plusieurs thèmes : condition féminine, racisme, injustice, abus sexuels, maltraitance, amour, amitié,  religion. Même si parfois elle glisse sous la plume de Celie des événements qui peuvent porter à sourire par la façon de s’exprimer de celle-ci ou l’interprétation qu’elle en fait, c’est un roman poignant sur les souffrances d’une fillette, sans instruction, qui va se construire et comprendre le monde qui l’entoure par les différentes rencontres qu’elle va faire, par l’optimisme et la volonté qu’elle a chevillés au corps.

Grâce aux lettres de Nettie, qui passe une partie de sa vie en Afrique, l’auteure aborde les thèmes liés à ce continent comme les méfaits de l’arrivée de la modernité, de la déforestation, du non respect des peuples qui y vivent, des pratiques mutilantes sur les femmes, des doutes qui l’assaillent sur la religion mais aussi sur l’esclavage.

C’est un roman éminemment féminin, sous ses différents visages : Celie bien sûr, qui va trouver la force et les moyens de tenir,  Shug Avery, la maîtresse de son mari, la chanteuse, la femme de mauvaise vie, celle qui va devenir son alliée inattendue, Sofia, l’indomptable, Nettie l’instruite, la douce, la fidèle, ce sont tous les visages de femmes qui se battent, les hommes n’ayant pas le beau rôle.

C’est un récit haut en couleur, plein de charme mais aussi parfois très dur, on ne peut rester insensible à la détresse et à la douleur de Celie, l’ensemble se déroulant essentiellement au sein de la communauté noire même si le racisme est évoqué à travers le parcours de Sofia qui paiera cher sa rébellion.

– Pourquoi on fait toujours les réunions de famille le 4 juillet ? demande Henriette en faisant une moue de contrariété. Qu’est-ce qu(il peut faire chaud !

-Les Blancs fêtent leur indépendance d’avec l’Angleterre ce jour-là, dit Harpo, et alors les Noirs n’ont pas à travailler. C’est repos. On peut passer la journée à se faire notre fête à nous. (p261)

Au fil des lettres et des années qui passent Celie acquiert vocabulaire et réflexion, prend une revanche sur le passé. Le contraste entre les missives des deux sœurs est très marqué plus particulièrement dans la deuxième partie, quand on découvre les lettres de Nettie, plus élaborées, plus profondes avec de vrais questionnements. Elle analyse le monde qui l’entoure, sa relation avec les Olinkas, leurs traditions mais aussi le rôle des missionnaires au sein du village.

Alice Walker est une militante féministe américaine et elle offre avec ce roman un réquisitoire sur la place des femmes noires ne faisant pas porter la responsabilité de leurs situations, comme souvent dans la littérature, sur les blancs mais au sein de la communauté noire elle-même.

📕📕📕📕

Traduction de Mimi Perrin

Editions Michel Laffont Rivages – Septembre 1986 – 262 pages (1ère parution Etats-Unis 1982)

Prix Pulitzer Fictions 1983

Adaptation cinématographique de Steven Spielberg (1986) avec Whoopy Goldeberg (Celie) et Oprah Winfrey (Sofia)

J’ai regardé à la suite l’adaptation cinématographique qu’en a fait Steven Spielberg en 1986 avec Whoopi Goldberg dans le rôle de Celie. Celle-ci est assez fidèle quant au fond de l’histoire, axant le récit sur Celie principalement et il a complètement occulté toute la partie où Nettie est en Afrique, sa vie et son parcours, sa relation avec le couple de missionnaires ainsi que toutes les réflexions de Nettie sur la destruction du pays, de ses habitants ne gardant qu’une scène de scarification du visage. Peut-être que les ravages du monde dit « civilisé » sur le paysage n’avaient pas leur place dans un film américain.

J’ai finalement une préférence pour le roman, comme souvent, même si le film est très réussi mais il occulte toute une partie, pour moi importante, où l’auteure évoque les thèmes de la colonisation, de l’esclavage et la religion.

Ciao

Nœuds et dénouement de Annie Proulx

Quatrième de couverture

NOEUDS ET DENOUEMENTSQuoyle est un ballot que la vie a piétiné. Petit journaliste dans une feuille des environs de Boston, il s’est marié à une harpie qui finira par le quitter, non sans avoir tenté de vendre leurs deux filles à un pédophile. A la morte de sa femme, il s’exile, le cœur brisé, avec ses filles et sa tante, au pays de ses ancêtres, Terre-Neuve. Peu à peu, il rebâtit sa vie comme une maison en ruine battue par des vents furieux. Nœuds et dénouement est l’histoire d’un homme et d’un père transfigurés par l’apprentissage d’un bonheur simple.

Ma lecture

J’ai choisi de lire ce livre car je me souviens avoir écouté une émission à la radio où une lecture de ce roman était faite et j’avais été très touchée par la puissance de ce texte. J’ai ensuite lu dans America N° 5 consacré à l’Amérique Sauvage, un articled’Annie Proulx qui avait confirmé mon envie de la découvrir, elle, qualifiée comme une des grandes écrivaines de la littérature américaine et dont le nom est très peu cité.

Terre-Neuve, vie neuve, territoire entre ciel et mer, terre de caractère, exigeante et rude mais terre de résurrection pour Quoyle.

Un quoyle est, comme décrit par Clifford W. Aschley dans Le grand livre des Nœuds? livre-référence du roman, une galette de cordage enroulée et posée à plat sur laquelle on peut marcher. Une grande partie des chapitres de ce roman, couronné par le prix Pulitzer en 1994, commence par la description d’un nœud de marine : comment le faire et son utilisation. Ces nœuds correspondent aux étapes de la vie de Quoyle, celle qu’il se construit, petit à petit sur la terre de ses ancêtres où il espère trouver un nouveau départ avec sa tante et ses filles Bunny et Sunshine après le décès de Petal sa femme.

Annie Proulx a une écriture bien particulière, sèche, saccadée, faite de phrases courtes comme des énumérations lorsqu’il s’agit de décrire les paysages, les sensations, les faits. J’ai été un peu déroutée par ce style au début mais comme l’histoire de cet homme malmené par la vie, qui n’est pas sans me rappeler certains personnages de romans de Steinbeck par exemple, m’a touchée, émue, tellement malmené dès les premières pages,  j’ai poursuivi ma lecture. Et bien m’en a pris, car au-delà de cette reconstruction humaine, c’est dans un voyage au Canada, à Terre Neuve qu’Annie Proulx nous convie.

Ce territoire elle le connaît, elle y vit une partie de l’année ce qui explique la richesse des descriptions, l’attachement qui transpire entre les lignes, l’évocation des ravages du monde moderne sur la nature, les hommes et la faune,  sur le désespoir de certains de devoir partir pour ne jamais revenir.

Il y a des drames, il y a parfois des situations cocasses, il y a des joies, des silences, des haines tenaces, les secrets du passé jamais révélés qui refont surface mais aussi des solidarités car comme dans toute région soumise aux soubresauts et aux caprices du temps, les habitants, sous des dehors assez rugueux, font preuve d’humanité.

La vie est faite de nœuds, plus ou moins complexes, qui construisent, qui étranglent parfois mais dont le dénouement permet de grandir, de trouver les réponses aux questionnements pour trouver la paix.

C’est la quête de Quoyle, lui le doux, le naïf, le gentil, observateur mais n’ayant pas toujours les réponses à ses questionnements, lui le timide, le réservé, lui qui prend la vie comme elle se présente, heureux de ce qu’elle lui donne de positif et au fil des étapes, des nœuds qui se dénouent, il prend de l’assurance, il prend sa vie en mains.

C’est l’histoire d’une renaissance dans cette maison verte du bout du monde qui ne tient debout par on ne sait quel miracle. à Cap Quoyle, au gré des rencontres, au gré des coups de vent, des rudesses de cette terre et de la mer, subissant parfois les caprices de la nature, mais dont on peut ressortir grandi, plus fort. C’est l’histoire des amitiés qui vont se nouer, d’un amour avec celle qui, comme lui, a enduré en silence souffrances et humiliations. Elle lui montrera le chemin qui le mènera à comprendre ses enfants, à décrypter leurs messages, à l’aimer et à s’accepter.

Comment ne pas être touchée par cet homme au grand cœur qui va trouver le chemin pour devenir le père qu’il ne savait pas être, pour devenir le journaliste d’une petite gazette l’Eider Cancaneur, passant des faits divers maritimes à un rôle de rédacteur en chef, prenant de l’assurance, acteur au lieu de victime, qui va découvrir des secrets bien cachés comme souvent ils le sont dans des régions où l’urgence n’est pas de s’attarder sur ses souffrances mais de tenir, de survivre.

Et des souffrances il y en a comme partout ailleurs mais ramenés à l’échelle d’une île, isolée : pédophilie, abus sexuels, folie, Annie Proulx passe en revue toutes les misères humaines mais aussi une étude des désastres qui touchent la nature et en particulier la pêche.

On pourrait penser que c’est une histoire triste alors que c’est un roman plein de poésie, de tendresse et d’amour. Rien n’est joué, tout peut se reconstruire. Quoyle fait partie de cette humanité des laissés pour compte, jugés sur leur apparence mais qui vont saisir, parfois sans le savoir, le bon cordage, vont s’y accrocher, vont résister aux tempêtes et savoir écouter ceux qui l’aiment pour ce qu’il est.

Au final c’est roman d’espérance, une sorte de documentaire riche en détails sur la vie des terre neuviens. Annie Proulx est souvent comparée à John Steinbeck et William Faulkner et c’est vrai que son style, mêlant l’histoire des déshérités, des abîmés par la vie,  à celle de l’environnement de son pays, est proche des thèmes de ces deux auteurs.

C’est une lecture exigeante, qui demande une certaine attention, qui allie les éléments humains et environnementaux et nous embarque pour un voyage sur une terre canadienne peu évoquée, où la vie est rude, où les âmes vivent, aiment, souffrent, peuvent sombrer où devenir plus fortes. Car sur ces terres battues par les vents et les vagues, les natures humaines sont mises à nue et les plus forts survivent et parfois ressuscitent.

Il y a tout un panel de « petites histoires » parfois comiques, parfois tragiques, comme les faits divers qui remplissent les pages de la gazette où travaille Quoyle, où les orientations d’un journal peuvent se prendre tout en pêchant. Ce sont des personnages au fort tempérament dont les visages sont marqués par les épreuves, le climat et le regard toujours porté sur le temps à venir.

C’est en tout cas une belle découverte d’une auteure, d’un style, une construction originale qui rejoint tous ces écrivains « nature writing » comme Pete Fromm, Jim Fergus, Henry Thoreau, David Vann, Jean Hegland, Jim Harrison etc… (pour ceux que je connais? que j’ai lu ou dans ma PAL).

Car si Jack Buggit avait pu sortir de son bocal de cornichons, si un oiseau au cou brisé avait pu s’envoler, que restait-il d’impossible ? Pourquoi l’eau ne pourrait-elle être plus vieille que la lumière, les diamants jaillir du sang chaud d’une chèvre, le sommet des montagnes cracher un feu glacé, des forêts pousser au milieu de l’océan ? Il arrive que l’on attrape un crabe avec l’ombre d’une main, que l’on retienne le vent du soir avec un bout de ficelle noué.

Et il se peut parfois qu’un amour existe sans chagrin ni souffrance. (p466)

Un film est sorti en 2001 adapté de ce roman, Terre-Neuve, avec Kevin Spacey et Julianne Moore que j’espère voir un jour. Je vous mets la bande annonce…..

📕📕📕📕

P.S. : Pour info Annie Proulx est l’auteure du roman Brokeback Mountain qui a été adapté au cinéma sous le titre Le Secret de Brokeback Mountain en 2005.

Traduction Anne Damour

Prix Pulitzer 1994

Editions Grasset / Les cahiers rouges – Mai 2008 – 466 pages

(1ère édition : 1993 Etats-Unis – 1997 France – Editions Payot et Rivages)

Ciao